Pour tout comprendre de la KHL, Hockey Archives vous fait comme chaque année une présentation détaillée, qui ne manque pas de destins parfois étonnants et singuliers. On commence par la division « tatare et ouralienne », celle du champion en titre Magnitogorsk.

Les attaquants locaux n’auront pas forcément la partie aussi facile que les défenseurs. Bogdan Potekhin et Yaroslav Kosov ne progressent pas aussi vite que les supporters et les observateurs ne l’auraient souhaité. Cet été, le club a donc recruté les frères Kazionov pour former un troisième trio expérimenté derrière la ligne -vedette et le deuxième trio étranger. Les jeunes se contenteront du quatrième bloc.
Or, le maintien au sommet du Metallurg dépendra évidemment de sa capacité à gérer le vieillissement de ses leaders, et en particulier de sa première ligne Mozyakin-Kovar-Zaripov. Le déclin maintes fois annoncé des deux ailiers russes se fait attendre. En particulier, Sergei Mozyakin semble toujours défier le temps, paraissant au sommet de son art à 35 ans. Peut-être parce que son style de jeu, fondé non pas sur l’énergie mais sur ses qualités techniques (surtout celles de son lancer), le lui permet.

Dans les années 80, Ravil Shavaleyev était une des figures de l’équipe de Kazan, un défenseur râblé que l’on surnommait le Tatar fou. Mais c’est surtout au siècle présent, en tant que vice-président du club, qu’il s’est fait connaître. Shavaleyev était un de ces hommes puissants comme la Russie en produit, à la fois homme politique pour le parti au pouvoir Russie Unie et cadre de la compagnie pétrolière Tatneft, le sponsor majeur local. Il inspirait la crainte, au sein et en dehors du club, y compris physiquement par la force qui se dégageait de lui. Mais en 2012, il est tombé du troisième d’étage de sa chambre d’hôpital, en se mettant à la fenêtre pour fumer alors qu’il passait un examen médical. Il était alors très gravement blessé et on n’avait plus entendu parler de lui.
La période faste de Kazan (champion 2006, 2009 et 2010) s’était bâtie sur deux hommes forts complémentaires : Shavaleyev pour l’infrastructure (y compris le complexe d’entraînement et le centre de formation) et Zinetula Bilyaletdinov pour les systèmes de jeu. Le duo tatar magique est de nouveau réuni, mais entre-temps l’étoile de Bilyaletdinov a pâli, surtout depuis l’impardonnable échec olympique à domicile à la tête de l’équipe de Russie. On lui reproche de ne pas avoir su s’adapter à l’évolution du hockey et de rester bloqué dans ses principes. Les deux hommes, désormais moins craints, peuvent-ils répéter la formule à succès ?
Pour l’instant, rien n’indique une évolution fondamentale si on regarde l’effectif. La défense, autrefois le point fort, se cherche de nouveaux leaders depuis le déclin et le départ de Nikulin et de Medvedev. Or, les arrières les plus expérimentés (Yakov Rylov, Konstantin Korneyev, Nikolaï Belov) sont partis cet été. Les deux derniers sont d’anciens internationaux en disgrâce, mais Rylov était le meilleur pointeur de la défense. Ziyat Païgin, canonnier révélé en quelques mois au HK Sotchi, gardera-t-il la même réussite pour son retour à Kazan ? Pour ne rien arranger, le très bon défenseur international slovaque Marek Daloga a des ennuis de santé, et le club a résilié son contrat en août. Son remplaçant, l’international finlandais Atte Ohtamaa, reste sur une saison médiocre aux Jokerit. Les lignes arrières restent donc un chantier en cours.

La défense a été renforcée par un second étranger, le Suédois Niclas Andersen, qui a déjà connu la KHL. Mais il a fallu en compensation renoncer à se payer un gardien étranger. Le jeune Igor Ustinsky (qui a fait de l’ombre à Jakub Kovar l’an dernier mais a peu d’expérience) et Vladimir Sokhatsky (Ufa) se battront donc pour la place de numéro 1.
Après ses colères anti-arbitrales et ses propos homophobes, l’entraîneur Andrei Razin est paraît-il plus calme. Il dit ne plus avoir la même pression que durant sa première saison de KHL où il devait prouver sa valeur. Certains préjugés de couleurs se trahissent toutefois encore dans la méthode de motivation qu’il déclare toujours en vigueur, et qui consiste à affubler de maillots roses les joueurs « coupables ». Il n’a cependant jamais eu à appliquer cette punition l’an dernier.
L’Avtomobilist fait en effet toujours plaisir à voir jouer, à l’instar de sa jeune vedette Anatoli Golyshev, joueur très technique qui ne rechigne pas aux duels physiques malgré son petit gabarit. L’équipe est pleine d’enthousiasme et pratique un hockey intense avec un tempérament très offensif.

Les joueurs en fin de contrat partent immanquablement. Même dans le cas du centre Andrei Popov (28 ans) qui a fait toute sa carrière au club, le Traktor a essayé d’égaler l’offre faite par Kazan, mais le joueur était parti dans sa tête. Il n’y a rien à faire contre ces envies d’ailleurs, sinon espérer que certains reviendront au bercail. Les dirigeants ont ainsi passé un mois entier à convaincre Kirill Koltsov – réputé de caractère difficile – de rentrer dans son club formateur. Il l’avait quitté à 15 ans dans les pires heures de l’histoire du Traktor : le club traversait alors une grande crise et était supplanté par son ancienne équipe-ferme, le Mechel, comme club dominant de la ville.
Le retour du fils prodigue n’est pas que symbolique, car Koltsov est tout bonnement le meilleur pointeur des défenseurs dans l’histoire du championnat russe ! Il pourra ainsi soutenir une offensive équilibrée mais sans individualités saillantes. Elle a été renforcée de deux ailiers tchèques, Michal Repik et Michal Birner, qui étaient partenaires de ligne pour l’éphémère Lev Prague en 2013/14.
Promu à la tête de l’équipe première en cours de saison dernière, Anuar Gatiyatullin, plein de calme et de sang-froid, semble incarner l’avenir. Mais les supporters exigeants ne pardonneraient pas que le club rate de nouveau les play-offs.

Même en dehors du cas Krikunov, le Neftekhimik continue de pratiquer le « recrutement des revenants » avec les joueurs. Les deux principaux renforts offensifs sont les frères Dmitri et Konstantin Makarov, qui avaient déjà joué à Nijnekamsk entre 2007 et 2010 et pèsent chacun une trentaine de points par saison. Quant à Sergei Konkov, c’est déjà son troisième passage. La fois précédente, il avait déjà été mis à la porte du Lokomotiv, comme maintenant. Entre-temps, il a pris de l’âge (34 ans) mais a aussi gagné en expérience en obtenant deux titres de champion avec le Dynamo Moscou.
Le Neftekhimik doit être pris au sérieux. Il a gardé toute sa défense, et a une certaine densité de gardiens pour faire face au départ Sudnitsin. La concurrence est établie dans toutes les lignes et l’effectif a du potentiel. Il fait donc partie de ces clubs de milieu de tableau qui lutteront pour les play-offs dans l’Est.

Néanmoins, marquer des buts reste compliqué. Deux arrivées pourraient toutefois soutenir une attaque moribonde. Taylor Aronson est le défenseur offensif tirant de la droite que le Lada recherchait, mais il faut que le jeune Canadien s’acclimate bien dans la cité-dortoir de l’automobile russe. Et bien sûr, il y a Nikita Filatov, prêt à reconnaître ses erreurs passées, tant ses jeunes années de flambeur quand les dollars de NHL lui sont montés à la tête que ses problèmes d’alcool. On ne parlera plus de seconde chance dans son cas car on ne les compte plus, mais le Lada s’est dit prêt à partir d’une page blanche pour se doter de son indéniable talent offensif.
Le souci est que le Lada reste fragile au poste-clé de centre. Le staff s’est félicité d’avoir un vrai premier centre avec Mikael Johansson, là où son prédécesseur tchèque Zatovic était plutôt un ailier placé au centre. Ce n’est pas totalement faux, même si le Suédois joue aussi parfois à l’aile. Le problème est que ça risque de ne pas suffire. Le centre Vasili Streltsov et le polyvalent Aleksei Mastryukov sont actuellement blessés à l’épaule (gravement pour le second). Or, tous les autres joueurs qui avaient un peu joué à ce poste l’an dernier sont partis à l’intersaison, sauf Anton Krysanov, lui aussi convalescent en pré-saison, et Viktor Komarov, qui n’a que 22 ans. Cela donne une mesure de la tâche demandée à Johansson : le triple champion de Färjestad peut difficilement remplacer deux joueurs d’un coup…

Reste à espérer que les papys ne seront pas trop lents à se mettre en route. La pré-saison, avec 1 victoires en 12 rencontres, a été plutôt inquiétante. Le Yugra était resté assez compétitif l’an passé, il ne faudrait pas qu’il s’essouffle. Sinon, le public pourrait se lasser de voir évoluer une « maison de retraite ». Il lui faudra juste un peu de patience avant de voir de jeunes joueurs apporter une nouvelle énergie…
Comme le club a été créé en 2007, il ne peut pas encore s’appuyer sur des produits locaux, mais ce temps approche. Le Yugra compte beaucoup sur sa génération 1999, menée par le capitaine Aleksandr Yaremchuk (né en Ukraine occidentale avant que sa famille ne s’installe dans la région). Elle a fini quatrième du championnat national des moins de 17 ans et représente l’avenir du club.







































