Ce troisième volet de la présentation de KHL couvre la division Bobrov, avec une majorité de clubs étrangers. Or, ceux-ci sont pour beaucoup en crise existentielle, voire politique…

La recrue la plus spectaculaire et la plus prestigieuse, c’est incontestablement Pavel Datsyuk, le joueur russe le plus unanimement respecté. Ce maître du palet et Messie du hockey peut même réussir un miracle : la résurrection d’Ilya Kovalchuk, évincé de l’équipe au printemps et qui ne peut pas tomber plus bas. L’effet Datsyuk a été net : au premier match à domicile, le « golem » Kovalchuk a mis 6 points (3+3), ce qui ne lui était jamais arrivé dans sa carrière (il avait « juste » signé trois matches à 5 points quand il jouait en NHL). L’autre ailier sur cette ligne est aussi un joueur renaissant, Sergei Plotnikov, qui était devenu objet de moquerie après sa saison à 0 but. En plus de Datsyuk et Plotnikov, deux autres revenants de NHL ont atterri au SKA : Viktor Tikhonov, champion du monde 2014 qui se cherche depuis lors, et Aleksandr Khokhlachev, qui a échoué comme tous les joueurs russes partis trop tôt outre-Atlantique (à 17 ans) et revient six ans plus tard sans avoir percé à la mesure de son talent annoncé.
Non content de happer dans ses filets tous ceux qui rentrent au pays, le SKA a chassé aussi chez ses concurrents en s’amusant à surenchérir : le CSKA a forcément répliqué sur Telegin, pas le Salavat sur Nikolaï Prokhorkin. Si on ajoute Sergei Shirokov aux joueurs déjà cités, on en est à dix internationaux potentiels, plus deux joueurs de devoir parfaits pour la quatrième ligne (Evgeni Ketov et Ilya Kablukov). Mais, oups, il y a aussi deux étrangers de premier plan (Moses et Koskiranta).
Idéal, de ce point de vue, d’avoir engagé le sélectionneur russe Oleg Znarok pour s’occuper de ce qui ressemble de plus en plus au « club de base » de l’équipe nationale. Le SKA savait parfaitement qu’il serait indisponible pendant trois semaines en plein championnat pour cause de Coupe du monde à la sauce NHL, accompagné de trois joueurs (alors qu’aucune autre équipe de KHL n’a laissé plus d’un joueur à cette occasion). Pas très grave au vu de l’effectif : Jarmo Koskiranta a pu assurer comme centre numéro 1, suivi à cette position des polyvalents Prokhorkin et Tikhonov.
Le problème, c’est de gérer le retour des deux centres Datsyuk et Shipachyov après la compétition. Il ne pourra pas y avoir de temps de jeu pour tout le monde. Entre-temps, le jeune Aleksandr Barabanov, seul titulaire « local », s’est rendu indispensable, et on compte 15 attaquants majeurs pour quatre lignes… L’autorité intimidante de Znarok sera bien utile pour gérer un vestiaire avec autant de vedettes…

Si le doute plane, c’est que l’équation financière n’est pas si simple. Avec le handicap des sanctions européenne contre ses dirigeants russes (depuis la guerre en Ukraine), les Jokerit n’ont pas beaucoup fait croitre leurs ressources propres depuis leur intégration en KHL. Certes, cette dernière envoie 3,5 millions d’euros au titre des droits télé et du marketing global, mais cela ne couvre pas les dépenses supplémentaires. Une saison en KHL coûte 23 millions d’euros, alors qu’elle en coûtait 10 en Liiga. La première saison dans la ligue russe a laissé à elle seule un déficit de 10 millions… Les clubs russes ont l’habitude d’opérer à perte et d’être refinancés par les autorités ou des entreprises proches du pouvoir, mais en Finlande, ce n’est pas le modèle économique normal…
La saison est rendue encore plus compliquée par un calendrier qui s’ouvre par huit déplacements. Les Jokerit se retrouvent du coup « condamnés » à commencer en bas de tableau. Un leurre : l’entraîneur champion du monde 2011 et champion du monde junior 2016 avec la Finlande, Jukka Jalonen, qui a connu entre-temps la KHL avec le SKA, dispose d’une équipe compétitive. Sa priorité était de la rendre plus physique : l’élimination au premier tour contre le Torpedo, seul adversaire qui pouvait bousculer physiquement les Finlandais, est dans toutes les mémoires. Rasmus Rissanen, tout sauf un enfant de choeur quand il s’agit de nettoyer son enclave, et le gros international danois Oliver Lauridsen arrivent à l’arrière. Le géant Marko Anttila et le rugueux Masi Marjamäki musclent l’attaque.
Pour autant, ce ne sont pas ces joueurs qui vont mener l’offensive. Le centre danois Peter Regin, premier étranger à être nommé capitaine des Jokerit, a été entouré d’ailiers qui doivent relancer leurs carrières, Sakari Salminen et Michael Keränen. Une deuxième ligne voit le jour autour de Joey Hishon, un ancien choix de premier tour de draft NHL dont les deux premières saisons pros ont été perdues à cause de commotions cérébrales. Ces meneurs ont du talent, mais pas forcément plus que les concurrents. À se focaliser sur le mauvais souvenir du Torpedo, on en a oublié qu’il était l’exception plutôt que la règle en KHL. Techniquement, les Jokerit restent techniquement un ton en dessous des cadors.

Même s’il n’y a pas de restriction pour les clubs non russes, le Dynamo se les impose lui-même : pas plus de 6 étrangers, et si possible 5. Outre le défenseur tchèque Lukas Krajicek, à qui il restait heureusement pour lui un an de contrat (car il n’a pas été flamboyant…), un seul d’entre eux a été conservé : Matt Ellison, le meilleur marqueur.
Comme on ne sait pas très bien ce qu’il advient de l’ex-capitaine Aleksei Kalyuzhny – joueur biélorusse de l’année en 2015 mais persona non grata depuis le dernier Mondial ? – il fallait donc « rapatrier » de nouveaux internationaux qui figuraient encore au sein des clubs russes (où leur nouveau statut d’étranger les rend beaucoup moins intéressants depuis un an). Le centre fiable Evgeni Kovyrshin, depuis cinq ans à Cherepovets, et le talentueux Sergei Kostistsyn, à la carrière beaucoup plus « errante » du fait de sa réputation sulfureuse, font ainsi leur grand retour à Minsk.
Preuve de la hiérarchie entre club et équipe nationale, le nouvel entraîneur Craig Woodcroft a aussi été placé là par le sélectioneur national Dave Lewis, avec lequel il est en liaison constante. Il a immédiatement appris son texte dès sa première conférence de presse en saluant « le hockey au Bélarus qui se développe rapidement grâce au soutien du gouvernement et du Président ».
On a tellement entendu ce discours par les entraîneurs successifs que l’on s’amuse du recrutement de Ben Scrivens, gardien canadien que l’on sait doté d’une forte conscience sociale et politique, au point d’évoquer des sujets qui fâchent comme la « démocratie » ou les « droits des minorités sexuelles ». À un journaliste russe qui lui demandait s’il accepterait d’être reçu par Loukachenko, Scrivens a rétorqué que c’est peut-être le Président qui ne voudrait pas être pris en photo avec lui… « Je ne cache pas mes opinions et je n’en démordrai pas, mais je suis un invité et je ne vais rien changer à ce qui se passe en Russie et au Bélarus ». Cela reste lucide, mais ça a le mérite de la franchise par rapport aux discours rabâchés par des entraîneurs mués en porte-parole du régime…

Les gardiens, qui ont failli en fin de saison, ont été évacués avec leur coach spécifique. Le nouvel entraîneur des portiers est suédois, et le titulaire aussi : Marcus Svensson a été gardien de l’année en SHL et doit être le sauveur, s’il s’est bien remis de sa blessure survenue en finale de championnat avec Skellefteå.
Tout gardien a besoin d’une défense de métier, et celle du Spartak était légère (le petit gabarit Chay Genoway est maintenant parti chez les Jokerit) et inexpérimentée. Le triple champion du monde Dmitri Kalinin a été engagé pour son vécu, et vu son âge (36 ans), le Spartak était seul sur le coup. Il n’a en effet pas les moyens d’engager des joueurs russes très courus, vu qu’il a même perdu des joueurs moyens (Bodrov et Valentenko) pour raisons financières.
L’espoir du Spartak réside donc dans les progrès de ses jeunes. Le développement du vice-champion du monde junior 2015 Vyacheslav Leshchenko a ainsi été jugé un peu lent, et on attend beaucoup plus de lui cette année : il a été placé en première ligne avec le Tchèque Lukas Radil – le seul étranger qui avait donné satisfaction – et le centre américain Ryan Stoa, que Titov connaît bien pour l’avoir eu ses ordres à Novokuznetsk. Une ligne pour tirer l’offensive, c’est ce qui manquait depuis longtemps aux rouge et blanc, mais il n’est pas sûr que cela suffise à enfin humer le parfum du printemps.

Le montant en jeu (100 000 euros environ) n’est pas énorme en soi, et ne suffit pas à remettre en cause la pérennité financière du club. Mais il entache sa réputation et sa crédibilité. L’affaire a de toute manière laissé des traces : le public a remarqué – et déploré – que les joueurs de valeur repartent très rapidement. Gilbert Brulé est heureusement resté et a le potentiel pour être une star : il aura fallu attendre sa troisième saison en KHL pour que l’ancien numéro 6 de draft se rappelle qu’il fut un très grand espoir de la NHL.
Redevenue très nord-américaine (une quinzaine de joueurs plus tous les entraîneurs), l’équipe du Medvescak intéresse de moins en moins de monde dans une KHL qui se lasse très vite de ses modes. La Croatie ne rivalise pas en potentiel économique avec la Chine… En plus, beaucoup de supporters sont encore nostalgiques d’une ligue autrichienne plus adaptée au développement du club croate. Pour toutes ces raisons, le Medvescak est sans doute le participant dont la pérennité en KHL est la plus douteuse.

Les lignes arrières ont fière allure avec quatre internationaux slovaques en exercice (Daloga, Meszaros, Sersen et Svarny), un international tchèque (Tomas Kundratek) et même un international italien (évidemment canadien), Nick Plastino, qui reste sur une belle saison à Tappara où il a fini champion de Finlande. Le problème est que l’élément le plus doué de cette défense – la recrue Marek Daloga – a été recadré par son coach Milos Riha et est prié de limiter sa participation aux mouvements offensifs, qui font pourtant sa valeur.
On peut donc craindre que le Slovan ne soit pas très enthousiasmant offensivement. L’attaquant tchèque Kaspar est une grosse perte, et le départ de Ticar signifie que le Slovène restant – Ziga Jeglic – est beaucoup moins performant sans un partenaire de jeunesse à ses côtés. Comme, de surcroît, le Tchèque Radek Smolenak s’est cassé la clavicule sur une vilaine charge dès le mois d’août, le Slovan a confié le leadership en attaque à des Nord-Américains. Les centres Jeff Taffe (Neftekhimik) et Kyle Chipchura (Arizona Coyotes, NHL) savent s’adapter et travailler dans les deux sens de la glace. L’ailier Jonathan Cheechoo reste au contraire un buteur jamais réputé pour son patinage ou son repli, et cela ne changera pas à 36 ans. Retourner une seconde année de suite en play-offs relèverait donc quand même de l’exploit.

C’est en tout cas le thème de sa contre-attaque qui a visé avec sa finesse habituelle Juris Savickis, le président du conseil d’administration du Dinamo Riga : « Savickis est un ancien officier du KGB. Mes parents ont grandement souffert du KGB, des membres de ma famille ont été déportés en Sibérie et exécutés. Je ne dis pas que ce ne sont pas des gens bien, mais ils ont été élevés avec ça dans le sang. M’évincer était la tâche principale [de Savickis]. Gazprom refuse de financer fortement le Dinamo, un club étranger. Savickis ne peut pas réclamer de l’argent au gouvernement parce que c’est une compagnie privée. Il a imaginé depuis longtemps avoir un homme à lui à la fédération. Comme ça, la LHF pourra demander de l’argent public qui finira au Dinamo. »
Dans ce grand marigot du hockey letton (Lipmans a aussi révélé aux médias qu’il avait payé les clubs tout ce qu’ils demandaient pour qu’ils votent pour lui…), le Dinamo Riga est en effet désargenté. Depuis la saison passée, le manager Normunds Sejejs est « obligé » de faire aussi figure de coach. Même le capitaine Kristaps Sotnieks est parti : ayant vécu toute sa vie à Riga, il s’est dit qu’il était temps de voir autre chose avant ses 30 ans, et il a signé à Togliatti. Pour compenser ce départ en défense, un précédent capitaine, Georgijs Pujacs, est revenu au pays après avoir fini la dernière saison en Slovaquie (au bout de trois mois de chômage).
L’effectif compte peu d’étrangers (6), mais c’est autant par manque de moyens que par choix. La presse russe s’est moqué de ces renforts au rabais, tel Colton Gillies, qui lui aussi n’avait trouvé un emploi qu’en Slovaquie. Les stats qu’il y a obtenues (17 points pour 141 minutes de pénalité) sont peu engageantes, pourtant le neveu de Clark Gillies – attaquant-vedette de la dynastie des New York Islanders dans les années 80 – est un ancien numéro 16 de draft NHL et doit quand même avoir un peu de talent. Pas de quoi empêcher une troisième saison de suite en bas de tableau pour le Dinamo Riga, certes. Jusqu’à ce que la manne financière dénoncée par Lipmans n’arrive ?









































