La Slovénie peut narguer tous ses autres adversaires du tournoi mieux placés au classement mondial, puisqu’elle est la seule qualifiée pour les Jeux olympiques. Elle n’est pas venue pour rigoler car c’est son seul tournoi de préparation avant de revivre son rêve aux cinq anneaux. Elle est donc au complet (sauf Jan Mursak) avec une sélection expérimentée où figurent de nombreuses actuelles ou vieilles connaissances de la Ligue Magnus.
L’équipe de France n’a pas rassemblé tout le monde, et a volontairement renoncé à nos représentants européens (Gapençais et Grenoblois) pour leur accorder un temps de repos dans un début de saison intense. De ce fait, elle se présente dans un mix « d’avenir » intéressant, qui aurait mérité plus d’attention et une meilleure affluence.
On retrouve une moitié de joueurs confirmés, dont les expatriés en Finlande qu’on ne reverra plus jusqu’au camp pré-Mondial parce que la Liiga ne s’arrête pas pendant les JO (signe que les Finlandais ont intégré le relatif déclin de l’importance de leur championnat). L’autre moitié est constituée de jeunes, dont trois parfaits débutants en équipe de France senior. Deux espoirs étaient attendus et identifiés, Malo Ville et Hugo Gallet, mais s’y est ajoutée la « surprise du chef » Florian Sabatier, le Rémois qui a joué en D1 jusqu’à ses 25 ans. Autant dire que le parcours atypique de l’actuel attaquant d’Épinal pourrait inspirer bien des hockeyeurs français !
Les Slovènes partent très fort, comme s’ils avaient déjà la torche olympique dans le viseur. Le rythme est tout de suite plus fort que le match de l’après-midi (Lettonie-Bélarus) avec moins de déchet technique. Les deux pénalités concédées par Chakiachvili et Manavian en début de match ont l’avantage d’illustrer le rôle demandé aux nouveaux visages de l’équipe de France dans le travail en infériorité numérique. Les paires inédites Ville-Sabatier, Matima-Ritz et Maia-Berthon se succèdent dans l’exercice et bloquent bien les tirs, mais il faut aussi souligner le duo défensif Roussel/Llorca, appliqué dans son enclave face à la menace de Golicic et des Rodman (photo ci-dessus). Le gardien Ronan Quemener réalise des arrêts décisifs pendant ces dix premières minutes plutôt subies.
Les tauliers, pour leur part, se chargent ensuite de l’animation offensive. Le novice Hugo Gallet protège le palet dans sa zone contre la bande, puis Stéphane Da Costa (oublié des mentions d’assistance) le ressort. Anthony Rech envoie lors en profondeur le maître buteur Damien Fleury qui feinte le défenseur Kranjc puis le gardien Pintaric (1-0, 12’54 », photo ci-dessous).
L’équipe de France aborde la deuxième période avec la même énergie, mais la Slovénie est une équipe techniquement talentueuse avec du métier. Elle construit bien et Robert Sabolic, à l’entrée du cercle droit, trouve une belle lucarne sur une petite passe en retrait d’Anze Kuralt (1-1, 23’17 »).
L’attaque française, pour sa part, se repose beaucoup sur la qualité technique de ses deux vedettes, Stéphane Da Costa et Damien Fleury, qui se trouvent à merveille. Leur redoublement de passes a mystifié Kovacevic sur la photo ci-dessous, mais le gardien rouennais Matija Pintaric gardera la jambière gauche bien ferme. Compter toujours sur ce duo, c’est encore trop peu pour que la domination ne soit pas stérile, mais ça se comprend car les autres lignes n’ont pas de vécu commun et doivent d’abord apprendre à se connaître. En attendant, l’efficacité est slovène. Et sur une contre-attaque, c’est le Slovène d’Amiens, Anze Kuralt, qui bat Quemener côté mitaine, poteau rentrant, d’un tir croisé (1-2, 37’16 »).
Marcel Rodman a été pénalisé juste avant la pause. Dès le début du troisième tiers-temps, c’est le meilleur buteur de la Liiga finlandaise qui frappe : Charles Bertrand, devenu incontournable par son début de saison tonitruant (déjà 15 buts), fête son grand retour en équipe de France par l’égalisation au rebond d’un tir de Da Costa (2-2, 41’10 »).
Les deux capitaines Stéphane Da Costa et Marcel Rodman se chiffonnent pendant une action autour de la cage slovène et sont envoyés en prison. La pénalité suivante contre Kovacevic met donc la France à 4 contre 3. En l’absence du néo-Genevois sur le banc des punitions, la principale arme offensive est le duo « finlandais » Claireaux-Bertrand, entre qui on sent une bonne communication sur la glace. Il faut encore qu’ils trouvent l’interaction avec les autres joueurs, notamment les défenseurs. Ils donnent envie d’être revus, même si leurs actions communes n’aboutissent pas ce soir, y compris sur cette phase. À cinq minutes de la fin à 5 contre 5, ils se créent leur meilleure occasion « en duo », une déviation très bien réalisée sur un centre de la gauche, même si Pintaric a le dernier mot.
La ligne « rodmano-grenobloise » allume un incendie devant la cage de Quemener dans les trois dernières minutes, mais les pompiers français écartent ce très chaud danger. Après une ultime prise de catch de Da Costa – très agacé des mauvais coups dispensés par les deux frères – sur le second Rodman (David cette fois), Ronan Quemener doit encore signer deux gros arrêts à 4 contre 4 dans les quinze dernières secondes.
Le trio Chakiachvili-Rech-Fleury commence la prolongation à 3 contre 3, mais c’est le trio slovène Gregorc-Ticar-Sabolic qui trouve la faille après 44 secondes en profitant d’un cafouillage (2-3). Un succès pas illogique pour une Slovénie compétitive et fixée sur son objectif.
L’équipe de France est dans des phases de développement différents selon ses lignes : en résumé succinct, un duo Fleury – Da Costa qui fonctionne parfaitement, un duo embryonnaire Bertrand – Claireaux qui donne de bons pressentiments, et des jeunes volontaires dont l’énergie est à canaliser pour prendre confiance. À suivre avec de nouveaux tests demain, puisque l’équipe tournera et intégrera notamment Alexandre Texier.
Désignés joueurs du match : Stéphane Da Costa (photo ci-dessous) pour la France et Robert Sabolic pour la Slovénie.
Commentaires d’après-match
Dave Henderson (entraîneur de la France) : « On a vu beaucoup de jeu offensif, de belles choses, même si on veut peut-être trop distribuer le palet et pas assez aller à la cage. Les quatre blocs ont fait leur maximum. Les blocs de Da Costa et de Claireaux ont bien travaillé offensivement. Les autres avaient leurs occasions mais manquent un peu de finition. Deux erreurs défensives ont coûté les deux premiers buts, on ne peut pas être satisfait de perdre. Les jeunes ont tenu leur place, c’est positif pour le futur de leur carrière. […] Sabatier, je l’avais vu en détection à 16 ans. On a épuisé la liste des remplaçants, on a regardé nos besoins et on avait besoin d’un droitier qui travaille, avec un bon shoot. Le hockey maintenant, c’est la vitesse, auparavant c’était le physique, en plus évidemment du talent offensif. Il a bloqué pas mal de shoots, Malo Ville aussi en infériorité, mais il n’était que treizième attaquant, on le verra demain. Hugo Gallet a fait un bon match, il a tenu son rôle offensivement et défensivement. Bastien Maia a été plus en difficulté ce soir. […] Val [Claireaux] a joué un bon rôle au centre de la deuxième ligne. Charles [Bertrand] est vif, alerte, physique. Loïc [Lampérier] est calme, il voit bien le jeu, il a bien complété la ligne. »
Damien Fleury (attaquant de la France) : « On a été sérieux défensivement. On laisse des occasions, mais c’est normal qu’on fasse des erreurs, c’est la première fois qu’on joue ensemble. Cela fait plusieurs stages que je joue avec Stéphane Da Costa, on prend du plaisir ensemble en équipe de France, en sachant être professionnels. »
Charles Bertrand (attaquant de la France) : « J’avais envie de revenir en équipe de France, mais je ne veux pas trop penser à tout ça. Je veux rester dans une bonne dynamique. En ce moment ça se passe bien, c’est l’aboutissement d’un travail de plusieurs années même si certaines sont plus ou moins compliquées. Sur mon but, je me suis décalé pour donner une option, Stéphane Da Costa prend le tir et le palet me revient. On joue dans la même ligue avec Valentin Claireaux, on pense un peu pareil souvent, on a des automatismes. La Finlande est une bonne ligue pour le développement, c’est du haut niveau, mais je ne m’y suis pas forcément fixé, je suis ouvert. »
Florian Sabatier (attaquant de la France) : « J’ai appris ma sélection seulement samedi, mais je savais que c’était possible. Je connais plus de la moitié des joueurs, c’est plus facile d’être mis dans le bon bain. C’est un plaisir de les rencontrer et de découvrir les autres. On savait qu’ils allaient arriver vite et patiner, c’était un match assez intense, compliqué quand même. Cette année je joue beaucoup en infériorité, je pratique toute la saison donc cela n’a pas posé problème, j’ai juste exécuté les directives même si elles changent forcément de coach en coach. »
Photos d’Emmanuel Giraudeaux
France – Slovénie 2-3 après prolongation (1-0, 0-2, 1-0, 0-1)
Jeudi 9 novembre 2017 à 20h00 l’Aren’Ice de Cergy. 897 spectateurs.
Arbitrage de Pierre Dehaen et Adrien Ernecq (FRA) assistés de Nico Constantineau et Joris Barcelo (FRA).
Pénalités : France 10′ (4′, 0′, 6′, 0′) ; Slovénie 14′ (4′, 4′, 6′, 0′).
Tirs : France 37 ; Slovénie 47′.
Évolution du score :
1-0 à 12’54 » : Fleury assisté de Rech et Gallet
1-1 à 23’17 » : Sabolic assisté de Kuralt et Pavlin
1-2 à 37’16 » : Kuralt assisté de Stebih et Pavlin
2-2 à 41’10 » : Bertrand assisté de S. Da Costa (sup. num.)
2-3 à 60’44 » : Ticar
France
Attaquants :
Anthony Rech – Stéphane Da Costa (C, +1, 4′) – Damien Fleury (-1)
Charles Bertrand – Valentin Claireaux – Loïc Lampérier (A)
Rudy Matima (-2) – Nicolas Ritz – Florian Sabatier (-1)
Bastien Maia (2′) – Eliot Berthon (-1) – Jérémie Romand (-1)
Malo Ville [en infériorité]
Défenseurs :
Nicolas Besch (A) – Antonin Manavian (2′)
Olivier Dame-Malka (-1) – Florian Chakiachvili (-2, 2′)
Thomas Roussel (-1) – Vincent Llorca ou Hugo Gallet (+1)
Gardien :
Ronan Quemener
Remplaçant : Sébastian Ylönen (G). En réserve : Kévin Dusseau, Joris Bedin, Alexandre Texier.
Slovénie
Attaquants :
Robert Sabolic (+1, 2′) – Rok Ticar (+2) – Ziga Jeglic (+1)
Ken Ograjensek – Miha Verlic – Jan Urbas (2′)
Bostjan Golicic (-1) – Marcel Rodman (-1, C, 4′) – David Rodman (-1, 2′)
Ales Music (+1) – Ziga Pance (+1) – Anze Kuralt (+2)
Défenseurs :
Matic Podlipnik (+1) – Sabahudin Kovacevic (A, 2′)
Ales Kranjc (-1) – Aleksandar Magovac (-1)
Blaz Gregorc (A, 2′) – Jurij Repe
Miha Stebih (+2) – Ziga Pavlin (+2)
Gardien :
Matija Pintaric
Remplaçant : Robert Kristan (G). En réserve : Gasper Kroselj (G), Maks Selan, Nik Pem, Andrej Hebar, Anze Ropret.