Mission accomplie !

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Malheur au vaincu : ce France-Autriche a tout du match décisif pour le maintien. C’était ce qui était prévu avant même le début du Mondial. C’est ce que les résultats de la première semaine ont concrétisé.

L’Autriche a cerclé de rouge ce match et encore plus celui de samedi contre la Biélorussie. Le point arraché contre la Suisse vaut déjà de l’or. Mais depuis, l’Autriche n’a pas réussi à enchaîner. Deux déroutes 7-0 contre la Russie et la Suède, et une bataille plus serrée 4-2 contre la Slovaquie.

La France a vécu un parcours similaire : défaite 7-0 contre la Russie également, 4-0 contre la Suède et 3-1 contre la Slovaquie. Sur le papier, les Bleus sont favoris, eux qui ont gagné les deux duels contre l’Autriche au Mondial (3-1 en 2013, 2-0 en 2015).

Mais comment la France aura-t-elle digéré la désillusion et les efforts de la veille ? Hugo Gallet est de retour, et remplace Thomas Thiry dans l’alignement.

La France avec autorité

La France débute pied au plancher. Solide dans les bandes, elle libère Auvitu à la bleue. Starkbaum bloque la tentative.

Les Bleus jouent vers l’avant, mais une mauvaise passe coûte cher. L’Autriche récupère dans la neutre et prend la défense à revers. Thomas Hundertpfund a le champ libre et, du cercle gauche, envoie le palet dans la lucarne sur le premier tir autrichien (0-1). Coup dur…

Pire, à la cinquième minute, Florian Chakiachvili subit une charge appuyée de Patrick Spannring le long du banc français, et reste de longues minutes au sol. Il est évacué avec l’aide de deux soigneurs, sonné. Spannring et Stéphane Da Costa prennent deux minutes pour l’altercation qui a suivi, et à quatre-contre-quatre, la France tente de revenir avec un tir de loin. Treille en écran ne peut reprendre le rebond.

Le jeu s’accélère. Fleury veut remettre de derrière le but, mais rate son destinataire. Schneider file en échappée pendant le changement de ligne tricolore. Raux revient en désespéré et Hardy fait l’arrêt, mais Janil est puni de deux minutes.

But de Damien Fleury, Autriche-France, Copenhague 2018 (c) Jonathan Vallat

La France effectue un travail remarquable et tue la pénalité sans grande occasion. Elle repart à l’assaut dès le retour de Janil. Stéphane Da Costa lance en force dans l’axe. Il y a du trafic devant le gardien et le palet est bloqué. Fleury est le premier à le repérer dans l’enclave et termine le travail entre les jambes de Starkbaum (1-1). Joli cadeau pour son 60e match de Championnat du monde !

Soulagés, les Bleus doivent encore défendre. Loïc Lampérier est sanctionné pour crosse haute. 46 secondes de quatre contre quatre, dominés par la France. À peine à cinq, elle accélère. Alexandre Texier gagne un duel dans le coin contre Clemens Unterweger, trop lent. En technique, le benjamin des Bleus efface un défenseur et attaque directement la cage. Le cafouillage dans le slot permet à Sacha Treille de dénicher le palet et de le pousser au fond (2-1).

But de Sacha Treille (c) Jonathan Vallat

L’Autriche recule de plus en plus et subit les vagues offensives. Stéphane da Costa lance et trouve le bâton de Starkbaum. Le capitaine obtient une autre chance sur une passe de derrière la cage de Fleury, suite à un bon travail de Rech. Les joueurs de Roger Bader sont pris de vitesse et acculés sur leur but. 2-1 pour les joueurs de Dave Henderson après vingt minutes convaincantes.

Les Bleus se donnent de l’air

La France continue dès la reprise à prendre l’Autriche à la gorge. Texier gagne une mise au jeu et attaque la cage, forçant Starkbaum à un arrêt.

L’Autriche réagit avec une longue séquence qui enfonce le trio Guttig-Lampérier-Claireaux dans sa zone. Hardy sort la botte, après que plusieurs tirs aient été contrés. Du côté tricolore, Teddy Da Costa et Texier mettent le feu dans la défense, sans cadrer. Claireaux insiste et pousse Peter à la faute. L’avantage ne dure pas, Fleury touchant le gardien dans la continuité de son tir.

1’29 » de quatre-contre-quatre donc, qui ne profite à personne. Mais le rythme est retombé et la partie s’équilibre peu à peu. Teddy da Costa est puni pour une crosse haute. Le tir de la bleue à travers la foule gêne Hardy, qui relâche le palet. Raffl s’en empare et égalise (2-2).

(c) Jonathan Vallat

Patrick Obrist prend son tour au cachot. L’installation du jeu de puissance est bonne et Fleury est décalé pour un tir au cercle, bloqué par Starkbaum. Patrick Peter est ensuite sanctionné pour une faute sur Guttig, et cela donne 29 secondes de cinq contre trois. Sanction immédiate. Stéphane Da Costa fixe la défense au centre et prend tout le monde par surprise avec une passe dans le dos vers Fleury. La volée en hauteur est imparable (3-2).

Le jeu de puissance se poursuit et les occasions pleuvent. Tir de l’aile droite, arrêt de Starkbaum, puis série d’actions de près, dont une reprise mi-hauteur de Fleury que les officiels jugent trop haute.

Les Bleus finissent par reculer et une longue présence autrichienne étouffe la ligne Treille-Texier-Teddy Da Costa. Ils sauvent une occasion chaude, et, même s’ils sont hors d’haleine, piègent l’Autriche en contre. Gallet dégage avec l’aide de la bande vers Texier, qui lance un deux-contre-deux. Il repique au centre et fixe son défenseur. Sa passe-abandon entre ses jambes et celles du défenseur est parfaite pour Teddy Da Costa. Starkbaum est battu (4-2).

La France a eu des hauts et des bas dans ce tiers, mais dispose désormais de deux buts d’avance.

But de Teddy Da Costa (c) Jonathan Vallat

Le maintien est là

Raffl puni d’entrée en zone offensive, le jeu de puissance ne tarde pas. Sacha Treille jongle avec le palet en entrée de zone et se présente seul devant le gardien, qu’il bat du revers (5-2). C’est le troisième point du jour d’Alexandre Texier.

L’Autriche accuse le coup et recule dans sa zone. Fleury provoque une crosse haute et le jeu de puissance peine à en profiter. Il se fait même surprendre sur un long dégagement de Starkbaum contre la bande. Schneider lance un deux-contre-un et Hardy reste solide devant la reprise d’Hundertpfund.

Le portier angevin continue son excellent match et repousse plusieurs tentatives sporadiques. Ses coéquipiers ont bien reculé et ne jouent plus autant vers l’avant. Texier concède même un retenir, puis Douay met en échec involontairement le gardien dans un duel près de la cage.

France-Autriche (c) Jonathan Vallat

La défense ne lâche rien et ne concède aucun tir. De quoi finir plus sereinement, avec une belle volée de Guttig. La France termine en roue libre : une nette victoire 5-2, et un maintien acquis à deux journées de la fin.

La France a su hausser son niveau de jeu face à un adversaire direct, comme contre la Biélorussie. Malgré quelques petites erreurs défensives, elle a joué avec autorité, campant la plupart du temps dans la zone adverse. Elle a été récompensée de son travail avec des buts combatifs dans les zones de vérité. Une victoire convaincante. Maintenant, il reste deux matchs pour se faire plaisir…

Désignés joueurs du match : Damien Fleury (France) et Michael Raffl (Autriche)

Anthony Guttig (c) Jonathan Vallat

Commentaires d’après-match :

Damien Fleury (attaquant de la France) : « Ils ont marqué en premier mais nous avons eu un gros cœur. On a montré du caractère. On ne s’est pas affolé et on a pris le match en mains. Notre jeu de puissance a marqué, cela fait plaisir d’être efficace. Il fallait gagner les duels devant la cage, mettre le gardien en difficulté. C’est ce qu’on avait vu à la vidéo avant le match et on a bien appliqué les consignes. »

Kevin Hecquefeuille (défenseur de la France) : « Mission accomplie ! On a joué 60 minutes solides. Ils ont scoré en premier, mais nous n’avons pas paniqué. Nous avons joué le match comme nous l’avions souhaité, contrôlé. Ils ont poussé en troisième comme prévu, mais nous avons bien géré défensivement. Notre équipe commence à avoir des joueurs d’expérience, ce qui permet de mieux gérer ce type de match. Nous avons plus de joueurs à l’étranger qui ont l’habitude de ces matchs avec de la pression, car ils en jouent souvent. C’est un tout en fait, car en plus, nos jeunes ont fait du bon boulot et se sont bien intégrés. On va chercher quelque chose sur les deux derniers, pourquoi ne pas créer la surprise. On peut se lâcher, mais rester dans le système tout de même car ce n’est jamais agréable de prendre une fessée. Les Tchèques ont gagné en profondeur avec leurs deux renforts, ils seront difficiles à manœuvrer. Demain, c’est journée de repos, on va respirer, profiter et récupérer. On ne sait jamais… »

Sacha Treille (c) Jonathan Vallat

Sacha Treille (attaquant de la France) : « On a eu un peu peur après le premier but. Mais la charge sur Flo (Chakiachvili) nous a ressoudés. Cela a réveillé le groupe. Nous avons marqué des buts « poubelle », mais ils comptent pareil. Ils ont fait beaucoup de bien, à des moments importants. Texier ? C’est un grand joueur en devenir, on l’a vu en Finlande. C’est d’autant plus sympa de jouer sur sa ligne. Pourvu que ça dure !’

Dave Henderson (entraîneur de la France) : « Ouf ! ça fait du bien. On a souffert mentalement, les joueurs, le staff et même le président et le DTN. Ce n’était pas facile surtout avec ce premier but encaissé. Les joueurs ont eu du cran, ils ont travaillé fort. Ils l’ont bien fait. Même s’il y a eu pas mal de pénalités, le penalty-kill a été très bon et notre jeu de puissance a bien travaillé.
Chakiachvili a pris le joueur de face, mais comme il n’y a pas de plexiglas au banc des joueurs, il s’est plié le dos. C’est une contusion musculaire, on verra demain avec le jour de repos, qui fera du bien à tout le monde.
L’expérience des joueurs fait que, maintenant, c’est mieux contre des adversaires de ce niveau-là, c’est mieux négocié. C’est la douzième année, l’objectif est toujours de rester, et de rester une treizième, une vingtième année…
Nos U18 et U20 ont performé à leur niveau, nous avons des jeunes de talent qui arrivent. Leclerc, Texier, Gallet, même Thiry qui n’a pas joué aujourd’hui, ils ont montré des choses et seront là pour longtemps. Cela montre le sérieux de la formation au niveau global, de chaque club.
Ce soir, on avait dit aux joueurs que l’on cherchait trop le « beau jeu ». On a le talent pour, mais pas contre tous les adversaires, pas à chaque match. Il fallait batailler dans les coins et devant la cage, gagner des duels. On peut faire du beau jeu, mais pas comme la Suède ou le Canada par exemple. On doit faire fructifier les petits détails, car l’ADN de l’équipe, c’est le travail, ensemble. Cela ne marche pas toujours, mais cela nous donne la meilleure chance. Nous marquons plusieurs buts dans l’enclave, presque tous. Le seul but « clair », c’est celui de Teddy. Il marque des superbes buts à l’entraînement, des lucarnes, mais en match on doit l’encourager à tirer, plutôt que de passer derrière la défense. Il l’a fait sur ce but, avec un beau tir. Texier joue de mieux en mieux, mais Leclerc et Gallet aussi. Gallet a pris un choc contre la Suède mais est déjà là, c’est notre état d’esprit, dur au mal. Nous ne sommes pas éliminés de la course aux quarts, donc pourquoi pas. Nous serions preneurs d’une première victoire contre les Tchèques au Mondial ! »

Yohann Auvitu (c) Jonathan Vallat

France – Autriche 5-2 (2-1, 2-1, 1-0)
Vendredi 11 mai 2018, 16h15. Royal Arena de Copenhague. 5780 spectateurs.
Arbitrage d’Antonin Jerabek (TCH) et Stephen Reneau (USA) assistés de Brian Oliver (USA) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : France 12′ (6′, 4′, 2′), Autriche 14′ (4′, 6′, 4′).
Tirs : France 30 (9, 16, 5), Autriche 36 (5, 12, 19).

Récapitulatif du score
0-1 à 03’32 : Hundertpfund assisté de Heinrich et Schumnig
1-1 à 10’00 : Fleury assisté de S. Da Costa et Rech
2-1 à 13’10 : S. Treille assisté de Texier et Hecquefeuille (sup. num.)
2-2 à 31’22 : Raffl assisté de Heinrich (sup. num.)
3-2 à 34’11 : Fleury assisté d’Auvitu et S. Da Costa (sup. num.)
4-2 à 37’49 : T. Da Costa assisté de Texier et Gallet
5-2 à 41’06 : S. Treille assisté de Texier et Hecquefeuille (sup. num.)

Anthony Rech (c) Jonathan Vallat

France

Attaquants :
Anthony Rech (+1) – Stéphane Da Costa (C, 2′, +1) Damien Fleury (A, 2′, +1)
Sacha Treille – Alexandre Texier (2′) – Teddy Da Costa (2′)
Loïc Lampérier (2′) – Anthony Guttig – Valentin Claireaux
Guillaume Leclerc – Nicolas Ritz – Jordann Perret
Floran Douay

Défenseurs :
Yohann Auvitu (+1) – Antonin Manavian (+1)
Florian Chakiachvili (puis Raux) – Kevin Hecquefeuille (A, -1)
Hugo Gallet (+1) – Johnathan Janil (2′, -1)
Damien Raux (+1)

Gardien :
Florian Hardy

Remplaçant : Ronan Quemener (G). Réservistes : Sebastian Ylönen (G), Thomas Thiry (D), Maurin Bouvet (A)

Stéphane Da Costa (c) Jonathan Vallat

Autriche

Attaquants :
Brian Lebler (A, +1) – Thomas Hundertpfund (C, +1) – Manuel Ganahl (A)
Michael Raffl (2′) – Konstantin Komarek (2′) – Fabio Hofer
Dominic Zwerger (-2) – Lukas Haudum (-2) – Peter Schneider (-1)
Patrick Spannring (2′) – Patrick Obrist (2′) – Alexander Rauchenwald

Défenseurs :
Stefan Ulmer – Clemens Unterweger
Dominique Heinrich (+1) – Martin Schumnig (2′, +1)
Layne Viveiros (-1) – Markus Schlacher (-2)
Mario Altmann (-1) – Patrick Peter (4′)

Gardien :
Bernhard Starkbaum

Remplaçant : David Madlener (G). Réserviste : David Kickert (G), Steven Strong (D), Daniel Woger (A)