Bilan de la saison NHL 2/4 : Chicago, Rangers, Edmonton, Islanders, Carolina, Calgary, Dallas, St. Louis, Panthers

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Deuxième partie de notre bilan de la saison 2017-2018 dans la NHL avec la suite et fin des équipes éliminées après 82 matchs. On y trouve : des soucis de gardiens, des choix stratégiques douteux, des équipes handicapées par des blessures clés, et, globalement, des formations qui ont eu bien trop de problèmes sur ou en dehors de la glace pour prétendre aller plus loin…

 

25e – Chicago Blackhawks – Par Nicolas Leborgne
La fin d’une ère ? Après les titres 2010, 2013 et 2015, les Blackhawks de Chicago ont connu une série de désillusions. Aucune victoire en playoffs depuis que les gros contrats de Jonathan Toews et Patrick Kane se sont activés (21 millions à eux deux), et pas de playoffs du tout cette saison, une première depuis 2008. Un bout de course anticipé ?
Le principal problème cette saison ne semble pourtant pas un problème de fond. Le gardien numéro 1, Corey Crawford, était parti sur les bases de l’une des meilleures saisons de sa carrière : une fiche de 16-9-2, avec 92,9% d’arrêts et 2.27 buts encaissés en 28 matchs. Le problème, c’est qu’il s’est blessé, une blessure à durée indéterminée qui a finalement duré toute la saison et a fait réaliser à beaucoup que la saison précédente tenait beaucoup aux seules performances de Crawford justement…

Les Blackhawks ont été contraints de s’appuyer sur Anton Forsberg, qui ne comptait qu’une dizaine d’apparitions NHL en carrière sous les couleurs de Columbus. Le Suédois a flanché (90,8% d’arrêts) et a même partagé la cage avec le vétéran Jeff Glass, ancien champion du monde junior qui débutait en NHL à 32 ans après sept saisons en KHL, et le Québécois Jean-François Berubé : le duo n’a même pas atteint le 90% d’arrêts en 28 matchs. Le rookie Collin Dellia n’a pas fait mieux en deux apparitions, et s’est même lui aussi blessé au cours d’un match. Son remplaçant ? Un comptable de 36 ans, Scott Foster, gardien “d’urgence”, qui a connu ses 14 minutes de gloire avec sept arrêts contre Winnipeg, dont un tir difficile de Laine. L’amateur fut le héros d’un soir, et quasiment le seul moment positif des cages de Chicago…

Clairement, la saison ratée des Blackhawks vient de là – la signature de Cam Ward début juillet illustre ce nécessaire renfort en backup. Mais la défense n’a pas non plus été exempte de tout reproche. Soucieux de diminuer sa masse salariale, Stan Bowman a dû sacrifier le bon soldat Nicklas Hjalmarsson, envoyé à l’intersaison 2017 dans l’Arizona, contre Connor Murphy. Ce dernier n’a pas confirmé et n’avait pas le niveau d’un top-4. Duncan Keith a mené (encore) la brigade défensive, mais n’a marqué que deux fois sur 187 tirs. Il termine avec 32 pts, son plus bas total depuis 2007, et un triste ratio de -29 inhabituel pour l’ancien vainqueur du Norris. Il a été bien plombé par son compère de toujours Brent Seabrook, complètement en bout de course, au point même de finir en tribunes. A 6,8 millions par an jusqu’en 2024, le contrat de Seabrook apparaît comme un sacré boulet… Derrière ces joueurs d’expérience, le bilan est maigre. Jan Rutta, Erik Gustafsson – plutôt prometteur en 35 matchs, récompensé par un contrat de deux ans -, Jordan Oesterle, Gustav Forsling ont alterné le bon et le moins bon. Michal Kempny, déçu de son temps de jeu, a demandé un échange… et soulevé la coupe à Washington. Les lignes d’arrières de Chicago ne sont plus ce qu’elles étaient…

Cette faiblesse s’est traduite sur la relance, et donc sur le potentiel offensif d’une équipe complètement dépendante de Patrick Kane. L’Américain n’a pas atteint les 100 pts comme l’an dernier, mais a digéré le départ d’Artemi Panarin avec une saison de 27 buts et 76 pts, friable défensivement. Il a fini par trouver une entente intéressante avec deux jeunes : Nick Schmaltz, ancien premier choix de draft (21 buts, 52 pts) et le sniper rookie Alex DeBrincat, petit gabarit auteur de plusieurs triplés pour sa première année (28 buts, 52 pts). En échange de Panarin, l’équipe avait fait revenir Brandon Saad dans l’espoir de relancer Toews. Le capitaine signe 52 pts avec des statistiques de possession dominantes… mais Saad seulement 35. Les deux hommes n’ont jamais eu un pourcentage au tir aussi bas dans leur carrière… Artem Anisimov n’a en revanche pas supporté le départ de Panarin et a coulé, avec certes 20 buts mais seulement 31 pts. Le bottom-6, invisible, ne compte aucun joueur à 10 buts, avec une foison de changements tout au long de l’année – échanges de Hartman et Panik notamment. Seul Vinnie Hinostroza y a tiré son épingle du jeu, dans un rôle limité (25 pts, +5)… mais il vient de partir pour l’Arizona en compensation du contrat de Marian Hossa. Le retour de Patrick Sharp fut en revanche une fausse bonne idée, et le vétéran a vu son temps de jeu s’étioler au fil de l’année. Enfin, Chicago a été plombé par l’un des pires jeux de puissance de la ligue (15,9%, 28e) et un jeu en infériorité sans relief (18e).

Clairement, Chicago conserve son carré magique – Keith, Kane, Toews, Crawford – mais s’est essoufflé pour les entourer. La draft n’a pas compensé, et les nombreux échanges pour tenir sous le plafond salarial ont fini par saper les fondations de l’équipe. Il va y avoir du travail pour revenir à un niveau respectable au sein d’une division Centrale de plus en plus relevée.

 

24e – New York Rangers – Par Thibaud Châtel
La saison de la fin des illusions pour les Rangers. Voici plusieurs années que le niveau de l’équipe décroît, depuis leur finale perdue de 2014 en fait, mais Henrik Lundqvist permettait aux Blueshirts d’accrocher les séries année après année. Le portier suédois est désormais sur la pente descendante et l’intérim nécessaire d’Antti Raanta l’an passé avait pu passer pour une sonnette d’alarme. Cela n’avait pas empêché Lundqvist de sortir Montréal à lui-seul au premier tour dans un dernier sursaut d’orgueil. Mais un tour et puis rien.
Les Rangers n’avaient pas pu résister aux appels du pied de Kevin Shattenkirk au cours de l’été. Le défenseur avait parfaitement fait connaître son désir de jouer pour son club de cœur. Mais, pour le reste, l’état-major était déjà bien conscient qu’une page devait se tourner. Antti Raanta et Derek Stepan furent monnayés pour un haut choix de draft et un espoir. Ne pas chercher à remplacer le premier centre par défaut du club constitua un autre signe que les attentes pour la campagne 2017-18 allaient être modestes.

Le début de saison ressembla aux précédentes ou presque. Des Rangers dominés dans le jeu mais sauvés par Lundqvist et la réussite des tireurs en attaque. Résultat, le club était encore en course pour les séries à la fin du mois de janvier. Pas vraiment du goût des dirigeants… Dans une division Métropolitaine extrêmement serrée, la rumeur que les Rangers allaient plus ou moins volontairement piquer du nez secoua la ligue tant il est inédit de voir une équipe dénigrer une chance de jouer au printemps et surtout une telle transparence dans la stratégie à long terme d’un club est encore taboue.
Il est certain que le modèle de communication des Toronto Maple Leafs tout au long de leur reconstruction a fait des émules. Début février, les Rangers firent parvenir aux abonnés de saison une lettre détaillant le programme à venir. L’équipe doit se refaire une santé, se rajeunir, reculer pour améliorer ses chances de remporter à l’avenir une coupe Stanley. Les Rangers devinrent de fait l’une des équipes les plus scrutées avant la date limite des échanges. Outre Nick Holden, Michael Grabner et J.T Miller, Rick Nash fut envoyé à Boston contre, entre autre, un choix de 1er tour, et surtout le capitaine Ryan McDonagh prit la direction de Tampa Bay, contre un autre choix de 1er tour, et potentiellement un autre en 2019.

La fin de saison fut un avant-goût du futur. Filip Chytil et Lias Andersson eurent droit à un essai, une manière de mettre l’eau à la bouche des fans et de montrer que l’avenir méritait d’être patient. Car la reconstruction ne sera pas terminée en septembre, loin de là. Les Rangers ont ajouté 3 choix de premier tour à la draft du mois de juin mais ces jeunes demandent encore quelques années de développement. L’effectif en place s’articulera encore autour de Mats Zuccarello, meilleur pointeur de l’équipe cette saison avec 53 petits points. À 30 ans, le petit Norvégien pourrait cependant être échangé en février prochain alors qu’il sera en fin de contrat. Mika Zibanejad (47 points en 72 matchs) et Chris Kreider (37 points en 58 matchs) étaient les deux seuls attaquants à plus de 50% de possession cette saison (et un joli 53% de buts anticipés). Ils devront faire survivre l’attaque avec Vladislav Namestikov, obtenu de Tampa.

Shattenkirk n’a pas du tout époustouflé cette saison (23 points en 46 matchs mais des indicateurs de jeu largement dans le rouge) mais sera le leader à la bleue l’an prochain faute de McDonagh. Les vétérans Marc Staal ou Brendan Smith encadreront les jeunots Neil Pionk, Anthony DeAngelo et Brady Skjei.
Henrik Lundqvist aurait pu partir ailleurs tenter sa chance s’il le voulait mais le portier a choisi de demeurer fidèle au club. Il lui reste trois années de contrat à écouler, le temps de faire la transition avec le très prometteur Igor Shestyorkin, 21 ans et l’un des tous meilleurs gardiens de KHL avec le SKA. Il devrait débarquer en Amérique en 2019-2020 pour rejoindre la sage reconstruction de la franchise.
Celle-ci passait également par un changement de staff. Exit l’entraîneur Alain Vigneault, très critiqué ces dernières saisons pour ses stratégies conservatrices s’appuyant largement sur des vétérans défensifs et les prouesses de Lundqvist. L’entraîneur de Boston University David Quinn le remplace derrière le banc, prenant le pari d’un coach plutôt novice à cette position – il a connu par le passé trois saisons en AHL et une saison en assistant coach à Colorado. Cette saison a demandé du courage aux Rangers mais au moins ils vont dans la bonne direction.

 

23e – Edmonton Oilers – Par Nicolas Leborgne
On peut aligner le meilleur joueur du monde et tout de même rater sa saison… Dure leçon pour les Oilers d’Edmonton, qui se voyaient déjà soulever la coupe Stanley. Après un retour en playoffs en 2017, ponctué par une qualification au deuxième tour, Edmonton semblait destiné à suivre les traces des Penguins, qui avaient atteint la finale lors de la troisième saison de Sidney Crosby. La plupart des observateurs y voyaient un signe et plaçaient Connor McDavid et ses coéquipiers au sommet. Mais ils ont perdu 25 points au classement et échoué même à se qualifier !
Comment expliquer une chute aussi brutale ? Clairement, ce n’est pas la faute de son capitaine. McDavid est monté en puissance tout au long de l’année et a fini en feu : 41 buts, record de carrière, et 108 pts, meilleur total de la ligue. S’il ne remporte pas le trophée Hart (ne pas se qualifier en séries semble une condition sine qua non…), il s’offre le Ted Lindsay, qui récompense le meilleur joueur désigné par ses pairs. A 21 ans à peine, il est la star absolue de la ligue. Il fut cependant seul, trop seul, et les choix douteux du manager général Peter Chiarelli l’ont très mal entouré. Leon Draisaitl fut le seul à pouvoir jouer à son niveau (25 buts, 70 pts), mais l’Allemand n’a produit que sur sa ligne, incapable de former un duo de centres de haut vol. Ryan Nugent-Hopkins a fortement progressé défensivement et marqué 24 buts, record de carrière, et 48 pts en 62 matchs, gêné par des blessures, au point de figurer dans les rumeurs d’échanges, du moins jusqu’à ce qu’il ne passe sur l’aile de McDavid… Chiarelli avait sacrifié Jordan Eberle pour sauver sa masse salariale, et les remplaçants n’ont pas vraiment brillé. Ryan Strome ne compte que 34 pts en 82 matchs… et c’est le 4e compteur de l’équipe ! La profondeur de banc ? Quelle profondeur ?…

Les choix douteux sont légion : Milan Lucic, auteur de 10 buts – 1 seul sur les 46 derniers matchs – et payé 6 millions de dollars jusqu’en 2023 (!), Michael Cammalleri (4 buts)… Il y a un Edmonton avec McDavid et un sans, les statistiques de possession tombant dans les abysses dès que le capitaine n’est plus sur la glace. On passera l’anémique bottom-6, où seuls Drake Caggiula et Jesse Puljujärvi ont vaguement tiré leurs épingles du jeu (20 pts en 67 et 65 matchs). Ty Rattie a pour sa part finit sur la ligne de McDavid, et signé 9 pts sur les 14 derniers matchs : peut-être a-t-il enfin franchi la marche, lui qui est trop bon pour l’AHL mais pas assez pour la NHL, du moins jusque là.

L’attaque n’a donc rien donné, la faute à une défense catastrophique. Darnell Nurse est sorti du lot (26 pts, +15 et 22 minutes par match) là où Oskar Klefbom a connu une saison brutale, laminé en possession mais il faut le dire handicapé toute la saison par une douleur à l’épaule qui a fini par le contraindre à l’opération. Adam Larsson a joué son rôle de défenseur pur, mais, forcément, sa performance sera sans cesse comparée à celle de Taylor Hall, MVP de la ligue cette saison… On passera sur le trophée Calder de Matthew Barzal, drafté avec le choix des Oilers acquis contre un Griffin Reinhart perdu dans la draft d’expansion ! Derrière, Kris Russell continue à diviser les observateurs, et les choix de Todd McLellan ont trop souvent cantonné Yohann Auvitu en tribunes, en dépit d’un apport évident à l’offensive (33 matchs, 9 pts). La blessure d’Andrej Sekera, limité à 36 matchs, n’a bien sûr pas aidé la défense, mais il a coulé à son retour. Au total, le staff aura testé 31 joueurs et 4 gardiens, sans jamais trouver une combinaison valable. Quatre gardiens, car Cam Talbot, après sa brillante saison passée, a signé l’une des pires campagnes de sa carrière avec 90,8% d’arrêts et 3.02 buts encaissés. Retour aux temps glorieux de la défensive passoire des Oilers…
Peter Chiarelli vit sur sa réputation de vainqueur de coupe Stanley avec Boston, mais ses décisions depuis son arrivée à Edmonton posent question. Marquées par la “réaction” (signer le gros bras Lucic pour répondre au physique des Kings), l’agressivité sur le marché et surtout, une cascade de mauvais choix. Edmonton frôle les 22 millions de dollars sur le duo McDavid-Draisaitl, et a donc mis tous ses œufs dans le même panier de la première ligne. Cela ne suffit pas à faire une équipe.

 

22e – New York Islanders – Par Thibaud Châtel
Nous serions tentés de dresser le bilan de la saison 2017-18 des Islanders de New York en commençant par la fin. Inutile de revenir sur les détails du feuilleton John Tavares, l’important est que le capitaine est parti, et que le club n’a rien eu en retour. La grande décision du 1er juillet dernier, la signature la plus importante d’un agent libre de cette dernière décennie, vient clôturer une saison où les événements hors glace ont eu autant, voire plus d’importance que la performance sportive de l’équipe.
Celle-ci entamait la saison dans une éternelle position d’outsider. En état perpétuel de végétation sous l’ère du DG Garth Snow, les Islanders avait réussi à soutirer Jordan Eberle aux Oilers durant l’été et un certain Matthew Barzal allait faire ses débuts en NHL. Ayant pris les rênes de l’équipe en fin de saison dernière, Doug Weight avait apporté une certaine dose de confiance dans l’effectif, même si les indicateurs de jeu montraient que l’amélioration par rapport à son prédécesseur était minime. Enfin, la question du ménage à deux entre Jaroslav Halak et Thomas Greiss dans les cages demeurait entière, et fort probablement le talon d’Achille de l’équipe.

Sur la glace, les Islanders ont longtemps fait illusion. Illusion car les hommes de Brooklyn furent copieusement dominés dans le jeu. Si l’attaque a produit des tirs et des buts anticipés dans la moyenne de la ligue, la défense s’est classée 29e pour les tirs tentés contre et 30e pour les buts anticipés accordés… La blessure de Calvin de Haan qui rata 50 matchs n’aidait pas. Si l’on ajoute des gardiens sans surprise dans le peloton de queue de la ligue, il a fallu enchaîner les miracles devant pour tenir l’équipe à flot.
Ces miracles sont venus de la palette des Barzal, Lee, Tavares and co. Les attaquants de l’équipe ont connu une réussite aux tirs parmi les meilleures de la ligue, la 4e à 5v5, de quoi compenser pour le manque d’occasions créées. Les Isles se sont ainsi vite fait une image d’équipe « Fun », des tireurs en feu et un gruyère derrière… Au final, New York est l’équipe ayant vu le plus de buts à 5v5 avec 176 marqués et 188 encaissés, 364 au total, 17 de plus que la seconde équipe, Ottawa.
Ce dopage offensif a fait que les coéquipiers de Tavares squattaient encore une place en playoffs arrivé l’hiver, lorsque la réussite a fini par disparaître – surtout lorsque Bailey a manqué quelques matchs sur blessure. Jouer au-dessus de ses moyens est quasi toujours annonciateur d’une chute et celle des Isles annoncée s’est confirmée au cours de février, mois durant lequel la fiche de l’équipe fut de 3 victoires, 6 défaites et 2 autres en prolongation. Et le mirage des séries s’est dissipé.

Dommage car la franchise avait signé une victoire importante en remportant l’attribution d’un terrain pour la construction d’une nouvelle arena fin décembre. La fin d’un feuilleton douloureux qui devait constituer un atout de choix pour retenir Tavares à long terme. Mais pour celui-ci, le projet sportif venait avant tout et la désillusion de rater une nouvelle fois les séries allait ajouter à son envie d’ailleurs.
Le capitaine avait pourtant fait honneur au maillot, avec une saison de 84 points. Sans oublier que, comme à son habitude, Tavares a traîné avec lui ses ailiers. Successeurs des Kyle Okposo et Matt Moulson, Anders Lee a inscrit 40 buts aux côtés de Tavares et Josh Bailey 71 points. Élu Rookie de l’année, Barzal a crevé l’écran avec ses 86 points. Il ajoute à cela des indicateurs de possession et de buts anticipés parmi les meilleurs de l’équipe avec son compagnon de trio Eberle, et fait déjà partie de l’élite de la ligue pour les sorties et entrées de zone en possession du palet. Les Islanders tiennent là un joyau. Eberle inscrit 59 points mais le reste de l’alignement eut du mal à suivre. Les jeunes Beauvillier et Nelson n’ont pas dépassé les 40 points. Joshua Ho-Sang peine toujours à obtenir la confiance du management, au point d’exprimer publiquement sa frustration (12 points en 22 matchs). Le jeu allait un peu trop vite pour les vétérans en défense, Nick Leddy et Johnny Boychuk et les quelques satisfactions sont plutôt venues des jeunes Pulock, Pelech et Mayfield (tous entre 23 et 25 ans).

La suite de l’histoire, on la connaît. Les propriétaires ont fait le ménage dans les bureaux. Exit Garth Snow et Doug Weight, remplacés par les poids lourds Lou Lamoriello et Barry Trotz. Cela n’a pas suffi à retenir Tavares. La draft a été bonne avec quatre choix hauts placés mais le court terme s’annonce sûrement difficile pour les Islanders pour faire le lien entre le désormais leader Matthew Barzal et les prospects de cette cuvée 2018 Wahlstrom, Dobson and co. La défense manque de défenseurs top-4, surtout que De Haan, blessé une bonne partie de l’année, est aussi allé voir ailleurs au 1er juillet. L’autre point d’interrogation vient du niveau réel de Lee ou Bailey sans Tavares… Les modèles précédents Okposo et Moulson se sont plus ou moins écroulés après avoir quitté le club. Cela laisserait un gros problème de profondeur, surtout que Lamoriello a signé depuis plusieurs « plombiers » pour remplir l’alignement, de quoi s’interroger sur le niveau de jeu que pourra proposer le club l’an prochain. La gueule de bois post-Tavares risque de durer un peu.

 

21e – Carolina Hurricanes – Par Thibaud Châtel
Les années se suivent et se ressemblent comme deux gouttes d’eau pour les Hurricanes de la Caroline. Équipe joker avant la saison, petit pêché mignon des amateurs de stats, les Canes ont tout fait pour réussir mais ont tout de même retrouvé les terrains de golf dès la mi-avril… Depuis l’arrivée en poste de l’entraîneur Bill Peters, Carolina propose l’un des meilleurs jeux de possession de la ligue, une domination sur la glace et des efforts anéantis par une réussite anémique en attaque et des gardiens à la rue… Sur les quatre saisons sous la direction de Peters, Carolina se classe 5e pour la possession (derrière LA, Boston, Nashville et Tampa, excusez du peu) mais bonne dernière au PDO (shooting % + save %) avec un PDO de 97.9… Sachant que le 30e, Buffalo, est à 99.

La solution semblait pourtant avoir été trouvée l’été dernier. Le talent grandissant à l’attaque pouvait résoudre une partie du shooting% manquant et surtout, les Canes ont mis la main sur Scott Darling, le « gardien remplaçant pouvant devenir un numéro un » le plus en vue sur le marché. Auteur d’une excellente saison à Chicago derrière Corey Crawford, tous les espoirs étaient permis. Peine perdue, Darling n’a jamais trouvé son rythme en Caroline. Son save% de 91.5% en 2015-16 et 92.4 en 2016-17 a dégringolé à 88.8% cette saison, le pire parmi les 32 gardiens ayant joué au moins 40 matchs. Quant à Cam Ward qui devait l’épauler dans sa tâche, il se classe au 29e rang sur ces 32 cerbères avec un save% de 90.6%. Pour représenter l’ampleur du fardeau que les gardiens ont encore représenté pour les Canes, s’ils avaient offert un taux d’arrêt même aux alentours de la moyenne de la ligue (90.5%), rien de plus, Carolina aurait encaissé 28 buts de moins dans la saison. 28 ! Sachant que leur différentiel au final était de…. -28. De quoi mettre un pied dans la porte des playoffs.

Car le reste était plus que jamais prometteur. Second meilleur Corsi de la ligue avec 53.5% des tirs tentés, Carolina a obtenu à 5v5 52.7% des buts anticipés (5e de la ligue) pour seulement 46.1% des buts marqués en réalité (25e rang)… Dans le détail, seul Boston accordait moins de tirs en défense, même si la qualité des chances accordées par Carolina laissait parfois à désirer. Offensivement, seuls Calgary et Chicago ont décoché plus de tirs. Là aussi il y avait souvent un problème de qualité des chances, les Canes shootant beaucoup en périphérie, mais le barrage imposé aux adversaires aurait dû suffire.

Le doigt a été pointé vers Bill Peters mais également vers des joueurs pas assez enclins à vouloir se risquer près des filets adverses. Combien de fois a-t-on vu Carolina tourner autour des défenses adverses pour finir par lancer dans le plastron du gardien ? Un jeu trop léché, trop idéaliste, pas assez réaliste et hargneux. Car à trop posséder le palet, une équipe s’expose à des défenses adverses repliées et compactes, difficile à percer. C’est le revers de la médaille du hockey moderne. À trop vouloir bien jouer, on se retrouve dans une impasse. Et justement, l’effectif était composé de très bons joueurs de système mais manquait de finisseurs de haut talent.
La défense est une machine à porter la rondelle et les attaquants sont des mangeurs de puck, mais pas assez des gâchettes capables de forcer ces défenses en mode château fort. Sebastian Aho, Teuvo Teravainen ont pourtant continué de progresser avec des saisons à 65 et 64 points. Justin Williams a apporté ses 51 points, Jordan Staal, Elias Lindholm et Derek Ryan ont fini autour de 40 points mais seul Aho a dépassé les 25 buts inscrits. Jeff Skinner a connu un manque de réussite au tir résultant en seulement 24 filets inscrits. Au final, si la progression est visible, le shooting% des Canes se classait encore 28e de la ligue cette saison. Encore et toujours la même rengaine.

Nul besoin de faire le calcul de ce qu’un shooting% moyen aurait apporté comme buts en plus, vous avez compris le principe. Carolina a encore échoué dans son idéal de jeu, abattu par la réalité des manques de son effectif. Ayant racheté la franchise en fin de saison, Tom Dundon a promis du changement et vite. Exit le DG Ron Francis, qui avait pourtant bâti cet effectif prometteur. Bill Peters a également choisi de quitter le navire. Et le recrutement d’un nouvel entraîneur a pris un temps fou, la plupart des candidats potentiels déclinant l’offre, sans doute inquiets de l’implication massive du néo-propriétaire Dundon, dont le modèle avoué est celui de Mark Cuban, le bouillant propriétaire des Mavericks de Dallas en NBA…

Le plus paradoxal dans cette affaire est que les solutions pointaient leur nez. La saison prochaine, Carolina pourra compter sur le centre Martin Necas, le futur centre numéro un manquant et surtout sur Andrei Svechnikov, numéro deux de la dernière draft et sniper d’élite. Un bon échange a également apporté Dougie Hamilton en défense, l’un des meilleurs dynamiseurs offensifs de la ligue. Si Darling assure le minimum, Carolina pourrait ENFIN réaliser son potentiel.

 

20e – Calgary Flames – par Nicolas Leborgne
Logo Calgary petitLes Flames de Calgary ont frôlé la qualification en playoffs. Jusqu’au 15 février, l’équipe figurait dans le top-8 de la conférence Ouest… mais a terminé la saison sur une piteuse fiche de 5-12-2. En réalité, les Flames ont évolué en sur-régime toute l’année et se sont finalement éteintes dans la dernière ligne droite. Un an après une courte apparition en playoffs, la franchise de l’Alberta a compté sur un Mike Smith de gala : 92,1% d’arrêts sur les 47 premiers matchs. Mais le vétéran s’est blessé, ses remplaçants n’ont pas pu porter l’équipe de la même manière (91,1% pour David Rittich tout de même). Pire, Smith n’a plus rien arrêté à son retour (88% d’arrêts sur les 8 derniers matchs). Rittich, comme Jon Gillies, ont montré trop d’inconstance, mais pourraient devenir les choix par défaut, car Smith, 36 ans, sera en fin de contrat en 2019.
Ce souci dans les cages a sans doute coûté la saison de Calgary, car le positif est réel. La paire Mark Giordano-Dougie Hamilton fut l’une des plus dominantes de toute la NHL : 58,5% au Corsi et dominante en buts anticipés. Hamilton a signé 3.29 tirs par match et 17 buts… curieusement sacrifié et envoyé à Carolina à l’intersaison contre Noah Hanifin notamment. Entre les problèmes de masse salariale et l’attitude du joueur jugée trop “intellectuelle” (!), Hamilton laissera un grand vide. Derrière Giordano, TJ Brodie et Travis Hamonic ont peiné à s’entendre et ont souffert dans le jeu, faute de trouver l’alchimie. La troisième paire n’a pas convaincu non plus, le duo composé par Michael Stone et le rookie Brett Kulak ne jouant qu’un rôle limité. Ce dernier, en fin de contrat, a demandé l’arbitrage, et le staff a répondu en le plaçant au ballotage…

L’attaque a un peu le même profil : un top-6 solide, mais pas grand chose derrière. Johnny Gaudreau a battu son record de carrière (84 pts), avec 24 buts, et domine son sujet. Il est le moteur qui mène l’attaque de Calgary, et son entente avec Sean Monahan est précieuse. Gêné par des pépins physiques, ce dernier a tout de même marqué 31 buts et 64 pts, avant de subir pas moins de quatre opérations (hanches, poignet) à la fin de la saison… A leurs côtés, Michael Ferland a apporté le jeu physique et compté 21 but et 41 pts, avant d’être expédié à Carolina avec Hamilton. Elias Lindholm fait le voyage dans le sens inverse et sera sans doute installé sur cette première ligne en 2018-19.
Derrière cette première ligne dominante, Matthew Tkachuk (24 buts, 49 pts en 68 matchs) s’installe comme un buteur précieux, au style agressif. Mikael Backlund, centre intelligent défensivement, signe 45 pts. Et c’est tout : l’ancien top-3 de draft Sam Bennett stagne (26 pts), l’ancien top-10 Curtis Lazar, acquis d’Ottawa contre un 2e tour et protégé lors de la draft d’expansion, n’a pour sa part marqué que… 2 buts ! Finalement, seul Mark Jankowski et ses 17 buts ont réellement servi, le rookie restant dans l’histoire comme le dernier buteur d’une passe de Jaromir Jagr en NHL. Le vétéran tchèque a tenté un dernier rodéo au Saddledome, pour 1 but, 7 pts en 22 matchs parsemés de blessures diverses avant un retour au pays. On y ajoutera le déclin sensible de Troy Brouwer et la blessure de Kris Versteeg, enfin, qui aura fait très mal à la profondeur de banc.

Un changement de “culture” semblait nécessaire : Glen Gulutzan subissait des critiques de plus en plus ouvertes, entre coups de gueule à l’entraînement et choix incompréhensibles. Le jeu de puissance, notamment, n’a marqué que 16,6% de ses occasions, ce qui intrigue compte tenu du talent de la première ligne.
Le staff a jeté son dévolu sur Bill Peters. L’ex-coach de Carolina a la réputation d’un entraîneur rigoureux, développant un jeu de possession dominant, mais les prestations défensives comme la finition des Hurricanes n’ont jamais rien donné. Il disposera cette fois de talents largement supérieurs en attaque comme en défense. A voir si Smith tiendra le fort dans les cages…

 

19e – Dallas Stars – Par Thibaud Chatel
Les Stars de Dallas font pleinement partie du contingent des déçus de la saison. Les Stars avaient appuyé fort sur l’accélérateur l’été dernier en remportant la course pour Alex Radulov, afin de compléter le premier trio avec Jamie Benn et Tyler Seguin, et Martin Hanzal comme 3e centre. Marc Methot fut acquis de Vegas pour donner de la profondeur à la défense, même si ce choix pouvait paraître douteux, et Ben Bishop arriva pour stabiliser la position de gardien, talon d’Achille de l’équipe ces dernières saisons.
Derrière le banc, Ken Hitchcock est venu faire une dernière pige et apporter son génie défensif à une équipe qui pariait auparavant sur un jeu très ouvert, peut-être trop ouvert pour son effectif disponible. Le résultat fut assez édifiant. Dallas termina la saison au 3e rang de la ligue pour les tirs accordés. Seuls Boston et Carolina en accordèrent moins. Et si l’on prend en compte la qualité des chances, Dallas finit 2e pour les buts anticipés contre. En bref, une véritable forteresse, à la Hitchcock, une nouvelle preuve qu’un coach peut faire faire ce qu’il veut à des joueurs.

John Klingberg, durement critiqué auparavant pour son manque de rigueur défensive, a démontré dans ce contexte tout son potentiel. Il a très bien limité l’adversaire dans sa propre zone et surtout prouvé sa capacité à dynamiser l’attaque. Avec Klingberg sur la glace, Dallas s’est créé 2.7 buts anticipés par heure de jeu à 5v5, ce qui place le Suédois dans le top-10 de la ligue, en compagnie des Roman Josi, Kris Letang, Dougie Hamilton, Marc Giordano, Morgan Rielly et Zack Werenski de ce monde. Ses 67 points le placent 3e parmi les défenseurs de la ligue, à un petit point de John Carlson. À ses côté, Esa Lindell, 24 ans, a confirmé tout le bien qu’on pensait de lui. Methot blessé, c’est lui qui a appuyé Klingberg toute la saison, formant la paire la plus efficace, et de loin, de l’équipe.

La situation de l’équipe s’est simplement un peu ternie au pire moment, courant février, alors que la défense s’est mise à accorder davantage de tirs et de chances. Pour quelle raison ? Disons que cela coïncide exactement avec le retour au jeu de Marc Methot…

Celui-ci fut finalement rétrogradé dans l’alignement et tenu loin de Klingberg mais la réputation du joueur avait une nouvelle fois joué en défaveur de l’équipe. Comme à Ottawa, c’est avec lui sur la glace que Dallas a accordé le plus de tirs à l’adversaire. Au contraire, Stephen Johns, Dan Hamhuis et Greg Pateryn ont été solides en profondeur.
Dans les cages Ben Bishop a connu une saison tout juste potable, avec un taux d’arrêts de 91,6%, dans la moyenne de la ligue, mais en dessous de sa moyenne en carrière. Dallas espérait plus et le gardien présentait surtout deux visages, bon à domicile et très friable sur la route.

Mais, au final, l’assise de l’équipe a été largement solidifiée. Heureusement car l’attaque n’a produit tirs et chances qu’à un rythme moyen (18e de la ligue pour les tirs tentés). Au total, Dallas affichait le 12e taux de possession de la ligue à 51.4% et surtout le 2e pourcentage de buts anticipés! avec 53,6% de ceux-ci, grâce, donc, aux prouesses de la structure défensive. De quoi largement suffire pour accrocher une place en séries.
Que s’est-il alors passé ? C’est le moment de parler de réussite et de concours de circonstances. Si, sur la saison, Dallas affiche un PDO tout à fait dans la norme à 100.1, le découpage de la saison est complètement débalancé. L’occasion de ressortir le graphique dont votre serviteur est le plus fier cette saison…

Durant le mois d’octobre : 14 points pris en 10 matchs avec un PDO de 97, et en mars, seulement 10 points pris en 16 matchs avec un PDO de 97.4… Pas un bilan catastrophique mais pas un rythme permettant d’aller en séries. Deux mois, 24 points en 26 matchs, un quart de saison durant lequel l’équipe a joué avec un boulet au pied. Des points précieux perdus qui ont coûté le printemps aux Stars, échouant à 3 points de la 8e place de la conférence. Entre novembre et février, Dallas a, à l’inverse vu la rondelle pencher complètement de son côté avec un PDO de 101.2, le 8e de la ligue sur cette période. Un surplus de réussite qui n’était, pour le coup, pas forcément nécessaire. Dallas a vécu de croûtons de pain en octobre et mars et s’est offert des restaurants au quotidien entre deux…

Si les gardiens n’ont pas fait de vague, c’est surtout en termes de shooting% que le problème a été latent. Benn (79 points), Seguin (78) et Radulov (72) ont fait la pluie et le beau temps sur la glace, mais, derrière, la chute est brutale. Le pointeur suivant, Mattias Janmark est à seulement 34 points ! Jason Spezza a brusquement disparu de la circulation (26 points), Hanzal a été limité à 10 points en 38 matchs à cause de blessures, Roussel a lui aussi connu des pépins physiques et moins apporté que la saison précédente. En gros, il manquait une seconde ligne aux Stars et le fond d’alignement a manqué ses chances. Un problème auquel l’équipe va tenter de remédier l’an prochain. Valeri Nichushskin va revenir de KHL. Peut-être qu’Adam Mascherin, re-drafté par Dallas à 20 ans, aura sa chance. Enfin, le 3e choix de la draft 2017, Miro Heiskanen débarquera en Amérique.
Après la pige de Hitchcock, Dallas mettra sa confiance en un coach rookie, Jim Montgomery. À voir quel visage il souhaitera donner aux Stars alors que Tyler Seguin entre dans sa dernière année de contrat, « à la Tavares ». Des Stars qui ont tenté leur chance sur Tavares justement et qui poussent fort sur Erik Karlsson. Vu l’âge de l’équipe, c’est la seule chose à faire.

 

18e – St. Louis Blues – Par Nicolas Leborgne
Parfois, une saison se joue sur un seul match. C’est le cas du finaliste malheureux, mais c’est aussi le cas des Blues de St. Louis cette saison. L’équipe du Missouri a manqué les playoffs pour la première fois depuis 2011, et la différence entre un succès relatif et un échec cuisant tient à une partie : la 82e et dernière. Le 7 avril, St. Louis se déplaçait à Denver, face à l’Avalanche, avec en jeu la 8e et dernière place de la conférence Ouest. Une déroute 5-2, qui éliminait les joueurs de Mike Yeo, doublé par leur adversaire d’un soir pour un petit point, et achevait une fin de saison brutale.
Tout s’est joué en réalité dans la quinzaine précédent la deadline. Une série de contre-performances poussait le manager général Doug Armstrong à jeter la serviette et d’envoyer Paul Stastny à Winnipeg. Un choix curieux, car l’équipe avait largement dominé son sujet au cours des deux premiers mois de la saison et ne semblait vivre qu’une mauvaise passe, avec une attaque en berne. Car ce très bon début s’était fait sans Patrik Berglund, Jay Bouwmeester et Alex Steen, blessés – ce dernier ne manquant finalement que 6 matchs -, et avec le jeune Robby Fabbri out pour la saison. Portés par Vladimir Tarasenko et la révélation Jaden Schwartz, ainsi que par l’excellente acquisition de Brayden Schenn, St. Louis jouait dans la cour des grands, menant même la division Centrale… jusqu’à la blessure de Schwartz mi-décembre, qui faisait dérailler la mécanique. Le bilan de 3-8-1 en février précipitait donc les manœuvres de Doug Armstrong, conscient des limites de son offensive, descendue à 2.1 buts par match. Cette longue agonie s’achevait ainsi avec cette défaite sans contestation au tout dernier match.

Quelle leçon tirer ? L’effectif était bien trop limité au final, et manqua de constance. A commencer par Jake Allen, aussi brillant en début de saison que catastrophique vers la fin, lui qui termine avec l’un des plus mauvais pourcentages d’arrêts des gardiens partants (90,6%). A lui de rebondir, car son remplaçant Carter Hutton n’est plus là, parti au 1er juillet, capitalisant sur une saison remarquable (93,1%).
La défense a donc du se priver de Bouwmeester, limité à 35 matchs – où il fut laminé en possession – et s’est principalement appuyée sur la première paire Alex Pietrangelo (54 pts) et Colton Parayko (35 pts). On attendait plus que les 6 buts du deuxième cité, mais le premier en a revanche marqué 15, avec une domination évidente dans le jeu. Malgré tout, derrière eux, la situation fut plus délicate pour Joel Edmundson. Robert Bortuzzo a plutôt bien fait dans un rôle limité de défenseur pur, tout comme Carl Gunnarsson et le rookie Vince Dunn, plutôt solide pour ses débuts (24 pts). Il fut même propulsé vers un rôle plus grand dans la dernière ligne droite, pour compenser les blessures de ses équipiers. En somme, la défense a fait le travail, mais pas le gardien…

Et encore moins l’attaque, particulièrement en fin de saison. Seul le premier trio a véritablement produit. Brayden Schenn, acquis de Philadelphie à l’intersaison, a mené l’équipe avec 70 pts, dont 28 buts, avec son habituelle domination en jeu de puissance (19 pts). Il a assuré le rôle de premier centre avec aplomb. Tarasenko a fini les actions, un cran en dessous de ses standards (33 buts, 66 pts) et Jaden Schwarz s’est installé parmi les meilleurs joueurs de la ligue, signant 59 pts en seulement 62 matchs, dont 24 buts. Il fut clairement le joueur de l’année côté Blues. Le retour de blessure de Steen n’a pas autant apporté : le Suédois a souffert défensivement et n’a finalement marqué que 15 buts et 46 pts.
Le gros problème, c’est qu’il n’y avait pas grand monde derrière. Brodziak, Sobotka, Berglund (17 buts, 26 pts), Upshall, Jaskin n’eurent des productions qu’anecdotiques. St. Louis a tourné à une seule ligne, bien insuffisant dans une division Centrale aussi relevée.

La véritable question demeure : quel est le réel niveau des Blues ? Celui des deux premiers mois de l’année, ou celui de la fin de saison ? Tout reposera sur Allen, car Armstrong s’est montré particulièrement agressif sur le marché à l’intersaison : signatures de Tyler Bozak, Patrick Maroon, David Perron, acquisition de Ryan O’Reilly. La profondeur offensive qui a fait tant défaut en 2017-2018 semble avoir été traitée…

 

17e – Florida Panthers – Par Thibaud Chatel
Avons-nous besoin de revenir sur la saison 2016-17 des Panthers pour comprendre la campagne 2017-18 ? Non hein ? Et bien si, absolument… Car l’analyse de la saison passée doit se faire à la lumière des possibilités au départ de celle-ci.
Faisons vite. Été 2016, Florida met au placard Dale Tallon et nomme Tim Rowe Directeur Général. Celui-ci apporte des idées novatrices, notamment la volonté de largement utiliser les statistiques pour le dépistage des joueurs et le repêchage. Gerard Gallant, homme de Tallon, reste en poste quelques mois avant d’être finalement limogé en plein road trip. En général, le management du personnel de Rowe a posé question dans un milieu très fraternel. Nombreux préposés au matériel, à la préparation et adjoints ont été remplacés sans ménagement. La légende urbaine a été de voir à leur place des « computer boys », extérieurs au milieu du hockey. Rowe assura lui-même l’intérim derrière le banc, certainement une autre erreur médiatique. Florida était certes hors de la course aux séries début 2017, mais il faut prendre en compte une saison durant laquelle Jonathan Huberdeau n’a joué que 31 matchs, Barkov 61, Bjugstad 54, Ekblad a subi des commotions et surtout l’équipe affichait un horrible PDO de 98.8, le 25e de la ligue… Les propriétaires n’auront pas attendu bien longtemps et Rowe fut mis à son tour au placard et Tallon remis en place. Un an après ces évènements, l’analyse communément admise dans la ligue est que Florida n’avait pas le luxe ni la culture de la patience, là où Toronto par exemple a pris le temps de changer son fonctionnement de fond en comble jusqu’à nommer Kyle Dubas DG.

S’il est encore nécessaire de revenir en arrière, c’est enfin pour comparer les mouvements des deux DG. Rowe s’est débarrassé de Dmitri Kulikov pour le sous-estimé Mark Pysyk, a refilé le contrat de Dave Bolland à l’Arizona, signé James Reimer (5 ans à 3.4M$) pour épauler Roberto Luongo, obtenu Jason Demers (5 ans à 4.5M$) et un certain Jonathan Marchessault sur le marché des agents libres. Il a surtout signé une floppée de contrats avantageux pour la franchise : Aaron Ekblad (8 ans à 7.5M$), Keith Yandle (7 ans à 6.3M$), Vincent Trochek (6 ans à 4.75M$), Reilly Smith (5 ans à 5M$), Jonathan Huberdeau (6 ans à 5.9M$). Sans oublier le repêchage de Henrik Borgstrom en fin de première ronde (23e rang), aujourd’hui considéré comme l’un des 5 meilleurs espoirs hors NHL. Jamais de mémoire on avait vu un DG solidifier l’avenir d’une franchise de la sorte en un seul été. Le mécontentement en interne et des performances sportives décevantes du fait des blessures et d’un PDO exécrable auront donc eu le dessus sur le processus à long terme.

Revenons donc au présent (sic) et à la saison dernière. Dale Tallon héritait d’une équipe cimentée pour longtemps, avec des forces à tous les postes et un cap salarial très avantageux. Son retour en poste allait pourtant être symbolisé par un coup de balai digne des pires alternances politiques. La première échéance était le repêchage d’expansion de Las Vegas. Tallon choisit alors de protéger les défenseurs de profondeur Alex Petrovic et Mark Pysyk plutôt que Jonathan Marchessault, pourtant auteur de 30 buts et 51 points pour le modique salaire de 750 000$ et encore sous contrat un an. Tallon allait de plus offrir Reilly Smith dont le contrat de 5M$ par an lui faisait peur et qui sortait d’une saison décevante de 37 points, lui qui tournait avant autour de 50. Pour s’en délester, Vegas ne paya qu’un choix de 4e ronde. Les Knights reçurent donc deux joueurs de leur futur premier trio pour un simple choix de 4e ronde. Et Florida perdait deux attaquants de top-6. Jason Demers, pourtant auteur de 28 points fut expédié en Arizona contre Jamie McGinn, un joueur de profondeur. Tallon défaisait tout ce qu’il pouvait des actions de son prédécesseur. Et refaisait l’équipe à son image en signant Michael Matheson pour 8 ans et 4.875M$ par an, un terme énorme pour un défenseur numéro 4-5.
À son actif, Tallon fit par contre revenir Evgeni Dadonov de KHL et sentit qu’il était temps de laisser Jaromir Jagr s’en aller. Enfin, il nomma derrière le banc Bob Boughner, un entraîneur à la réputation conservatrice et qui déclara à l’envie sa réticence envers les stats.

Cette opposition médiatique à l’expérience Tim Rowe semblait importante pour Florida et Dale Tallon passa également du temps à mettre en avant l’échec de son prédécesseur. Échec en apparence mais tout relatif comme nous l’avons vu. Et le DG de prononcer cette phrase devenue culte, « les stats ont pris plus de place dans le jeu, nous avons fait des erreurs, mais dieu merci je suis de retour… ».

Qu’advient-il sur la glace ? Bob Boughner tira de son équipe un piètre 19e jeu de possession de la ligue, le 20e pour les buts anticipés, avec une attaque et une défense dans le ventre mou de la ligue dans chaque cas, le 21e jeu de puissance et la 16e infériorité numérique. Et si les Panthers firent une poussée vers les playoffs en fin de saison, c’est uniquement dû à un PDO de 102.8 sur le dernier quart de la saison. Le sprint final les laissa dans le coup jusqu’à la dernière semaine. Malgré cinq victoires de rang pour finir la saison, le retard accumulé était trop important pour être comblé.

Le fond de jeu proposé ne faisait cependant en aucun cas des Panthers un candidat viable aux séries. Devant, Barkov engrangea 78 points, dominant le jeu en compagnie de Dadonov (65 points) et Huberdeau (69 points). Trocheck marqua 75 points (dont 27 en power play) dans un rôle très offensif, et Bjugstad amassa 49 points comme passager aux côtés de Barkov. Derrière ? Le vide. L’attaquant suivant, Jamie McGinn termina avec 29 points. Radim Vrbata, signé durant l’été ne disputa que 42 matchs pour 14 petits points. Si seulement les Panthers avaient conservé Marchessault et Smith…

La paire Aaron Ekblad – Keith Yandle a souffert dans le jeu, terminant avec les pires indicateurs de jeu parmi les défenseurs de l’équipe (48% de possession et de buts anticipés). Victimes des stratégies de Boughner ou vrai problème ? Yandle amassa quand même 56 points mais Ekblad commence à inquiéter au fil des années. Son impact sur le jeu n’est plus le même. Les commotions ont-elles laissé trop de traces ? Dans les buts, Roberto Luongo réalisa une superbe saison, avec un taux d’arrêts de 92.9%, le 2e de la ligue derrière Antti Raanta parmi les gardiens ayant joué plus de 35 matchs. Reimer tint son rôle de back-up à 91.3%, un brin décevant mais la charge était peut-être lourde avec 44 matchs joués du fait d’une blessure de Luongo en cours de saison.
Au final, pas de séries pour les Panthers malgré un effectif pourtant talentueux mais dirigé de manière peut-être problématique. Il est utile de rappeler une dernière fois que Dale Tallon aura encore la confiance de ses patrons la saison prochaine. Une liberté incommensurablement plus grande que les 9 mois accordés à Tim Rowe et ses idées. Dans une ligue qui va de l’avant, Florida marche à l’envers.

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