NHL: Un deuxième tour de playoffs inattendu

Source: Instagram Columbus Blue Jackets
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Pour la première fois de l’histoire, tous les champions de division ont été éliminés dès le premier tour des playoffs. Les quatre wild-cards ont joué les coupeurs de tête et laissé les observateurs indécis. La surprise est telle que les concours de pronostics ont organisé une session « deuxième chance » !

Hockey Archives vous propose de découvrir les quatre séries de ce deuxième tour inattendu.

 

San Jose Sharks – Colorado Avalanche

Les Sharks sont passés par un trou de souris à l’issue de ce qui fut sans doute la plus belle série du premier tour. De l’intensité, du trash-talking, des mises en échec d’anthologie, des retournements de situations improbables… Il y a eu à peu près tout.

Pour se défaire de Vegas, il a fallu tenter de museler le trio Stone-Stastny-Pacioretty, ainsi que Marchessault… ce que les Sharks n’ont finalement pas vraiment réussi à faire (12 pts pour Stone, 11 pour Pacioretty), puisqu’ils ont été menés 3 victoires à 1. En revanche, San José a alors arrêté de se préoccuper du trash-talking de Ryan Reaves et s’est reconcentré sur son jeu. En ne perdant plus son énergie dans le défi physique et les mêlées après le coup de sifflet, les Californiens ont repris leur point fort, réduit les turnovers idiots des défenseurs et gagné le match 5 avec maîtrise.

Le 6e a vu le retour en grâce de Martin Jones, auteur de 58 arrêts avant le but en infériorité de Tomas Hertl en double prolongation. Le 7e est déjà entré dans la légende. Menés 3-0 à 10 minutes de la fin, les Sharks ont exploité comme jamais dans l’histoire 5 minutes de prison de Cody Eakin en marquant 4 buts. Vegas, revenu dans la dernière minute, cédait en prolongations au bout du suspense face à l’improbable Barclay Goodrow, oublié sur le banc les trois quarts du match. Jamais San Jose n’avait remonté un handicap de 3 victoires à 1, et on peut dire que le mental de l’équipe en sort renforcé.

Un Jones revenu au meilleur donc (96% sur les 3 derniers matchs), un Erik Karlsson décisif devant (9 assistances) mais surtout une grande variété. Les Sharks comptent dix buteurs différents, mais devront gérer l’absence probable de leur capitaine Joe Pavelski, retombé sur la tête dans le contact d’Eakin. Le leader de l’équipe a quitté le match en sang, ce qui a sans doute joué dans la décision sévère des officiels.

San José dispose des atouts Couture-Hertl (6 buts chacun), de défenseurs offensifs, mais a eu bien du mal à gérer la vitesse de contre de Vegas. Il faudra aux hommes de DeBoer mieux verrouiller la zone neutre et le jeu dans la largeur, qui les a trop souvent exposé défensivement contre les Golden Knights. Pas de chance, la vitesse est justement l’atout de l’Avalanche…

En face, Colorado n’a donc pas connu les mêmes frayeurs. Laminés 4-0 au premier match, ils se sont offerts les quatre suivants (dont deux en prolongations), laissant les Flames pantois. Les Canadiens n’ont tout simplement pas réussi à étouffer les trois meneurs offensifs MacKinnon-Landeskog-Rantanen, qui comptent 9 des 17 buts de Colorado. Jared Bednar a souhaité disperser un peu le talent, Rantanen évoluant en deuxième ligne depuis quelques semaines. Clairement, le succès de ces trois talents reste la condition essentielle pour que l’Avalanche secoue San Jose.

L’Avalanche s’appuie par ailleurs sur des arrières offensifs, notamment Tyson Barrie (5 assistances). Le rookie Cale Makar, tout juste auréolé du Hobey Baker de joueur NCAA de l’année, s’est fondu dans le groupe comme un poisson dans l’eau (1 but, 1 passe en 3 matchs).

La clé sera de résister à la profondeur de banc des Sharks, et de voir enfin une contribution de son propre banc. Calvert, Kerfoot, Brassard, Soderberg ne comptent en effet aucun but. Les joueurs de Jared Bednar ont plutôt bien protégé Philippe Grubauer (1.90 buts encaissés, 93,9% d’arrêts) en ne concédant que 163 tirs en cinq matchs.

Une ligne forte et un gardien intraitable d’un côté ; une équipe résolument offensive mais plus exposée aux contres de l’autre : faites vos jeux !

 

Saint Louis Blues – Dallas Stars 

Notre petit doigt nous dit que les Blues n’ont pas fini de nous surprendre. Ceci dit, peut on encore les qualifier de réelle surprise, tant leur deuxième partie de saison est exemplaire. Tombeurs des Jets de Winnipeg en 6 matchs, mais dans une série qui aurait pu plus mal tourner pour eux, les hommes de Craig Berube ont tout pour réussir, et un chemin qui semble tout tracé jusqu’en finale de conférence.

En face, les Stars de Dallas ont déjà accompli un tour de force au premier tour, en sortant les Predators de Nashville, pourtant parmi les favoris à l’ouest. L’un des plus gros match-up de la conférence n’aura donc pas lieu, et les amateurs friands d’un Winnipeg-Nashville en mode revanche de l’an passé, devront se contenter de ce St Louis – Dallas tout aussi alléchant, tant la folie qui envahit ces playoffs tend à nous faire croire que l’impossible est encore d’actualité.

Sur le papier, les Blues sont plus armés. Effectif plus complet, une dynamique bien installée et un profil plus polyvalent. Si les Blues ont souvent eu des soucis de gardiens, la présence de Jordan Binnington, sorti de quasi nul part cette année, couvre un poste dégarni jusqu’alors, mais devenu un poste important avec ses 92% de parades. Il aura malgré tout fort à faire contre l’homme du premier tour à Dallas, Ben Bishop, à un niveau stratosphérique depuis deux semaines. 5,2 buts sauvés, 94,5% d’arrêts face à Nashville, il a écœuré les Preds, et compte bien renouveler ces performances là contre Saint Louis.

Ce sera d’ailleurs un minimum si les Stars veulent créer un nouvel exploit, car si du côté du Texas on a plutôt bien défendu cette saison, ce fut beaucoup moins le cas contre Nashville. Avec un corsi contre de 65%, 14e équipe de ces séries, ils sont poreux (2,93 buts anticipés contre – 16e équipe des PO) et doivent leur survie à leur parcours absolument parfait en infériorité numérique, auréolés d’un superbe 100%. 15/15, meilleure unité de la ligue. Alors ne prenons pas ceci comme argent comptant, car cela aura été un soucis récurrent chez les Predators cette saison, incapable de créer du danger en supériorité, malgré les tentatives d’ajouts d’agents libres spécialistes du genre en février.

Leurs jeux de supériorité sont performants, surtout chez les Blues avec un beau 26,3%, se payant même le luxe d’être l’équipe se créant le plus d’occasions franches dans ce secteur. Si au total, leur corsi et buts anticipés sont inférieurs à 50% chez les deux équipes, elles compteront en tous les cas sur leurs premiers trios offensifs pour se refaire la cerise.

Chez ces deux-là on peut même dire que le top six est excellent. Derrière le couteau suisse Ryan O’Reilly aux Blues, David Perron, Vladimir Tarasenko, Brayden Schenn, Oskar Sundqvist et surtout Jaden Schwartz sont du même calibre que les défenseurs Alex Pietrangelo, ou Colton Parayko, importants des deux côtés de la glace.

À Dallas, la première ligne est également monstrueuse, composée de Tyler Seguin, Alex Radulov et Jamie Benn. Explosive ligne donc ayant marqué 18 points en 6 matchs, dont 7 buts. Le trio suivant est également efficace, avec notamment le dernier arrivé, Mats Zuccarello, déjà coqueluche des partisans des Stars avec ses 3 buts. 7 buts également pour 9 points sur la ligne, et une alchimie qui commence à se créer. Les aides défensives de John Klingberg (1 but, 5 assistances) et surtout le rookie Miro Heiskanen (1 but 1 passe) apportent de la fluidité dans le jeu de transition.

Mais si le bottom six des Blues paraît intéressant avec des Pat Maroon, Tyler Bozak, ou Robert Thomas, Alex Steen etc, celui des Stars est faiblard, et Jim Montgomery utilise même ces 3e et 4e trios pour exercer de la pression défensive. Peu de production qui réduit les chances de Dallas. Du coup, si les Texans veulent continuer leur bonhomme de chemin, il faudra que la recette du premier tour s’applique de nouveau, un powerplay efficace, des infériorités de haut niveau, un gardien pas retombé de son nuage et une attaque à 5 ou 6 qui scorent régulièrement. À moins, la rotation chargée des Blues fera la différence.

Si l’on peut encore parler de logique dans ces play-offs 2019, on devrait voir le tour suivant dans le Missouri en probablement 6 matchs. Si les planètes continuent de s’aligner, les Stars ne sont pas du tout à l’abri de pouvoir renvoyer encore un favori à la porte.  Si la grinta de ses premiers trios apporte les points qu’il faut aux bons moments, rien n’est fait pour St Louis. Si Ben Bishop ne peut pas réitérer ses performances, ou qu’Alex Radulov ne peut pas se dépêtrer de Pietrangelo, alors Dallas sera en vacances.

 

Boston Bruins – Columbus Blue Jackets

Ce sont sans doute ces canonniers-là qui ont mis le feu aux poudres. Huitième qualifié après la saison régulière, Columbus ne venait pas en victime expiatoire face au trophée du président, le Lightning de Tampa Bay, mais était malgré tout promis à une défaite plus ou moins sèche. Il n’en fut rien, un coup de balai plus tard, les hommes de John Tortorella compostaient leur ticket pour le second tour, laissant les grands favoris de plus de 80% des brackets médusés, sans voix, ni sans trop d’explications.

Du coup, jeu physique, gardien en feu (à partir du 2e tiers du premier match), ascendant psychologique,  stratégie étouffante pour l’adversaire, Columbus est passé de sparring partner à l’une des plus grosses surprises de l’histoire des séries éliminatoires.

Du jeu physique, cela tombe bien, ils en auront pour leur argent face aux Bruins de Boston, dont c’est l’une des caractéristiques principales, presque une identité de jeu. Du gros échec-avant, en ne laissant pas beaucoup d’espace pour manœuvrer, et des éléments rugueux de chaque côté.

Mais ce n’est pas tout. Les deux équipes possèdent des portiers capables de se transcender dans cette période de l’année. Tuukka Rask chez les B’s, Sergei Bobrovsky chez les Blue Jackets, tous deux à un peu plus de 93% d’arrêts, même si le Russe de l’Ohio a nettement progressé lors du premier tour en passant de 91,5% à 93,8%. Sa propension à sauver des buts est également supérieure à celle de son homologue finlandais avec 4,6 « GSVA » contre 2,6 chez Rask. Un  gardien plus poussé dans ses retranchements côté CBJ, l’amenant à effectuer des parades peut être plus difficiles que le cerbère bostonien.

Ce qui est certain également, c’est que vont s’affronter deux effectifs bien équilibrés, avec un top six omniprésent. À Boston, le premier trio est même vital aux Bruins, avec Brad Marchand et Patrice Bergeron. Le troisième larron David Pastrnak a été bougé sur le second trio par Bruce Cassidy, non pas par sanction mais pas stratégie pour embêter un peu plus les Maple Leafs de Toronto, une nouvelle fois évincés en 7 manches par Boston.

David Krejci, Jake DeBrusk, Danton Heinen, Charlie Coyle, Marcus Johansson, Karson Kuhlman, Sean Kuraly, Joakim Nordström ou le revenant David Backes, autant de noms résonnant comme des pénibles, aussi dangereux en attaque que responsables en défense, jamais loin d’une bonne mise en échec, ni d’une habitude manifeste de se faire respecter aux quatre coins de la glace. Leur défense est aussi renommée, avec Charlie McAvoy, Zdeno Chara, ou Torey Krug, montant un corsi global à 50,9% en playoffs, 2,28 buts anticipés par match, un powerplay de 43,8% (2e de la ligue) et un jeu en infériorité supérieur à 81%. Des chiffres plutôt satisfaisants quand on voit qui ils ont affronté au premier tour.

Pourtant, les Blue Jackets sont presque mieux armés sur le papier. Leur quatre trios ont des stars, des courageux, des polyvalents, et des facteurs X. Pierre-Luc Dubois, Artemi Panarin, Oliver Bjorkstrand, Matt Duchene, Ryan Dzingel, Cam Atkinson, Josh Anderson, Nick Foligno, Boone Jenner, Riley Nash, Brandon Dubinsky et notre nouveau Frenchy Alexandre Texier (déjà auteur de 2 buts et 1 assist face à Tampa Bay) donnent peu de failles manifestes, une belle cohérence dans les alignements, avec un danger pouvant venir d’à peu près partout, et des renforts défensifs de choix avec notamment Seth Jones, Zach Werenski ou David Savard.

Et si leurs stats sont moins impressionnantes, avec un corsi à 47,2%, et des buts anticipés à 46,2%, ce qui les place au 12e rang des séries, c’est sans doute imputable au fait qu’ils avaient quand même Tampa Bay en face. Moins de 2 buts anticipés par rencontres, mais un jeu en supériorité carrément à 50%. 1 but toutes les deux supériorités, meilleur ratio des PO, et une infériorité numérique à 83,3% faisant des équipes spéciales, l’un des atouts majeurs de Columbus, et sans doute un élément clé de la série.

Boston est toujours dans le rythme, avec leur dernier match il y a deux jours,  et une intensité maximale, alors que Columbus est au repos depuis plusieurs jours. S’ils seront ostensiblement plus frais, les Blue Jackets seront peut être également rouillés en début de série. Ce genre de tour de playoffs semble promis à des Bruins froids et cliniques. Les Jackets, encore sur un nuage suite à leur upset du 1e tour, pourraient être cueillis à froid par un adversaire qui ne devrait pas plonger psychologiquement même si cela tourne mal pour eux, à l’inverse d’un Lightning incapable de réagir tant ils ont été surpris d’une telle adversité.

Avec une équipe presque meilleure sur le papier, les coéquipiers d’Alexandre Texier n’auront plus le rôle de l’équipe la plus agitatrice, mais sont sans doute plus complets que Boston. Mais avec moins de vécu à ce niveau, et peut-être déjà le sentiment du devoir accompli, Boston paraît favori contre Columbus. Et si nous prenons encore un risque de nous aventurer sur le terrain des pronostics, nous dirions Boston en 7 matchs.

 

New York Islanders – Carolina Hurricanes

L’affiche tant attendue… ou pas. Disposant des puissances historiques Washington et Pittsburgh au premier tour, Islanders et Hurricanes apportent un souffle de nouveauté en finale de la Métropolitaine. Pensez-y : première fois depuis 2007 que ni les Pens ni les Caps sont en demi-finale de conférence !

Les Islanders impressionnants stratégiquement contre des Penguins qui se sont heurtés à un mur défensif en zone neutre « à la Barry Trotz ». Un entraîneur qui a pu soigneusement choisir ses confrontations de trios lors des deux premiers matchs à domicile, envoyant ses deuxième, troisième, voire quatrième trios contre Crosby et Malkin afin de libérer Mathew Barzal et Jordan Eberle. Dire que cela a fonctionné est un euphémisme… Et Pittsburgh n’a pas réagi par la suite à domicile.

Ajoutons tout de même que Robin Lehner a largement contribué au balayage avec plus de 95% d’arrêts. Jusqu’où ira-t-il ? Auteur d’une saison bien au-dessus de ses standards (certes avec une charge de travail très légère avec 46 matchs joués), Lehner continue d’étonner. On sait bien que les gardiens assis sur une bulle sont en sursis, mais celle-ci éclatera-t-elle face aux Canes, ou plus loin ?

C’est ce qu’espère Carolina alors que se profile un duel de styles entre une équipe résolument offensive et les murailles de Long Island. Les Canes qui devront surtout parvenir à entrer en zone offensive, et le plus dur sera fait. Ils en ont été largement capables face à des Capitals parfois complètement dépassés. Et dans un autre style lors du match 7 très fermé où Carolina a insisté encore et encore à grand coup de dumps pour sauter un blocus en zone neutre qu’ils retrouveront donc face aux Isles.

L’entraîneur Rob Brind’Amour qui envoyait soigneusement la paire Pesce-Slavin tentera certainement la même chose contre Barzal and co. Bref un vrai duel tactique à l’horizon dont l’issue est bien difficile à prévoir.

La clé de la série: Robin Lehner. S’il goale comme cette saison, aucune chance pour les Hurricanes. S’il tombe à son niveau « normal », Carolina devrait avoir assez de munitions pour sortir vainqueur.

 

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