La France croquée par Nico Hischier

384

Les rues de Sierre sont désertes pour un soir : toute la population s’est réunie dans les bars ou directement à la patinoire pour voir le match Suisse-France, joué à guichets fermés. Le héros local, c’est bien sûr Vincent Praplan, qui a grandi dans la maison à côté de la patinoire de 3 à 15 ans. Il y entendait la sirène de la table de marque et les cris des supporters. Revenu en visite, il expliquait que rien n’a changé, si ce n’est les bandes flexibles installées l’été dernier. Et il a évoqué avec les journalistes locaux ses derniers souvenirs avant son départ quand il jouait en Minis, une défaite infligée au Genève-Servette de Tim Bozon et de la colère de Philippe Bozon après le match. Il retrouvera les Bozon père et fils ce soir sous le maillot de l’équipe de France, à peine modifiée pour cette dernière phase de préparation

La vedette du soir est néanmoins Nico Hischier, le numéro 1 de la draft NHL 2017 qui fête sa première sélection en équipe de Suisse (il était blessé au poignet l’an passé). Lui aussi est Valaisan, mais germanophone et formé par le grand rival Viège. Au-delà des barrières géographiques et linguistiques, c’est tout le canton du Valais qui est uni ce soir pour fêter ses hockeyeurs. Plus grand talent jamais vu en Suisse, Hischier évolue devant toute sa famille, sauf son frère aîné Luca (joueur de Davos) au service militaire. Les duettistes valaisans Praplan et Hischier évoluent ensemble sur la première ligne, et le sélectionneur Patrick Fischer a pris soin de préciser, que ce n’était pas pour faire plaisir au public mais parce qu’il espérait que l’association fonctionne.

L’autre débutant en équipe de Suisse, le junior de 19 ans Philipp Kurashev, sort de l’ombre médiatique de Hischier après deux minutes de jeu par une belle passe pour Andres Ambühl, qui oblige Sebastian Ylönen à un premier arrêt. Hormis deux offensives menées par Tim Bozon par Valentin Claireaux, la Nati fait le jeu, mais sans se créer d’occasion très franche. Celle-ci arrive à la douzième minute quand Christoph Bertschy sert Alessio Bertaggia pour une reprise directe face au but, parée avec brio par Ylönen. La Suisse élève le rythme et des espaces s’ouvrent dans la défense tricolore, sans que Grégory Hofmann pourtant isolé en profite. La pression helvétique aboutit à une crosse haute de Manavian. Une déviation de Fiala ne passe pas, et la France tue cette pénalité.

Dominatrice, la Suisse doit se montrer plus efficace en deuxième période. Elle y parvient après seulement une minute, alors que Valentin Claireaux essaie d’éloigner le palet pour forcer un changement de ligne. Le temps que Janil cède sa place à Chakiachvili, les Suisses ont déjà opéré leur jeu de transition et Philipp Kurashev envoie Hofmann dans le dos de la défense pour le 1-0. Les Bleus peinent avec l’éloignement de leur banc dans ce deuxième tiers et ils subissent ainsi une longue séquence dans leur zone avec deux tirs consécutifs de Hischier et Praplan. Un but est ensuite refusé à Noah Rod pour une obstruction préalable de Bertschy sur le gardien. Jordann Perret part en prison pour accrocher et la pression s’accentue : si le lancer de Hofmann dévié par Kurashev ne frappe « que » la transversale, Anders Ambühl finit par contourner Ylönen au rebond d’un premier tir de Kevin Fiala.

Sebastian Ylönen quitte la glace après trente minutes après avoir eu sa part de travail : vingt tirs et deux buts encaissés. Henri-Corentin Buysse effectue plutôt une entrée en douceur, car l’équipe de France joue soudain mieux. Elle passe plus de temps en zone offensive et tue sans encombres une pénalité de Hecquefeuille. Elle aurait même pu marquer si Tim Bozon avait pu entièrement exploiter une perte de palet de Yannick Rathgeb à la ligne bleue. Le gardien des Gothiques d’Amiens ne se doute pas alors de la foudre qui va s’abattre sur lui au troisième tiers-temps.

Et la foudre a un nom : Nico Hischier. Dès la reprise, le centre des New Jersey Devils déborde son vis-à-vis Nicolas Ritz sur le côté gauche et repique au centre pour marquer à mi-hauteur côté plaque. C’est son collègue valaisan Praplan qui va demander le palet à l’arbitre pour le lui conserver en souvenir. La France réagit encore bien, elle devance parfois ses adversaires sur les palets et Chakiachvili se procure même une occasion à dix minutes de la fin en cherchant la lucarne. Mais l’addition va devenir salée en fin de match.

Alors que les spectateurs se sont mis à siffler leurs collègues qui ont mis fin à une ola, Hischier rabat avec la main un rebond laissé par Buysse sur un tir de Praplan et marque dans le haut du filet. « Nico Hischier, Nico Hischier », chantent déjà les tribunes. Elles pourront chanter encore plus quand le Haut-Valaisan déviera un tir de la bleue de Michael Fora pour un triplé personnel. Vingt-quatre secondes plus tard, l’autre débutant Kurashev, qui avait un peu décliné après un bon début de match, ouvre lui aussi son compteur international, entre les bottes du malheureux Buysse, qui finit à 56% d’arrêts.

Passé tout près du quadruplé puisqu’il a tiré sur la transversale à la dernière minute, Nico Hischier écrit encore un peu plus l’histoire : trois buts pour son premier match en équipe de Suisse, c’est du jamais vu depuis au moins quarante ans. Personne n’avait réussi un doublé depuis Roman Wick en 2007.

On voit bien la différence que Hischier peut faire pour la Suisse vice-championne du monde. Sachant que sa défense va encore se renforcer avec Diaz, Weber et surtout Josi, la Nati peut aborder le Mondial avec optimisme. Et avec de toutes autres ambitions que l’équipe de France.

Désignés joueurs du match : Nico Hischier pour la Suisse et Timothé Bozon pour la France.

Commentaires d’après-match (au micro de la SRF)

Nico Hischier (attaquant de la Suisse) : « J’ai toujours aimé jouer pour la Suisse en U18 et en U20. Je me suis d’autant plus réjoui de pouvoir débuter en équipe de Suisse ici en Valais, c’était spécial. Le déroulement du match l’a rendu encore plus spécial. Que ces débuts aient été si réussis, c’est un peu un rêve. C’tait inattendu pour moi. J’ai juste essayé de faire de mon mieux. L’ambiance était super ici et nous avons gagné, c’est ce dont je suis le plus content.

 

Suisse – France 6-0 (0-0, 2-0, 4-0)
Vendredi 26 avril 2019 à 20h15 à la patinoire de Graben, Sierre. 4500 spectateurs.
Arbitrage de Alex Dipietro et Didier Massy (SUI) assistés de Roman Kaderli et Balazs Kovacs (SUI).
Pénalités : Suisse 4′ (0′, 0′, 4′) ; France 10′ (2′, 4′, 4′).
Tirs : Suisse 29 (15, 8, 6) ; France 17 (3, 9, 5).

Évolution du score :
1-0 à 21’13 : Hofmann assisté de Kurashev et Fora
2-0 à 27’32 : Ambühl assisté de Fiala (sup. num.)
3-0 à 40’38 : Hischier assisté de Rathgeb et Fiala
4-0 à 53’52 : Hischier assisté de Frick et Praplan
5-0 à 57’03 : Hischier assisté de Fora
6-0 à 57’27 : Kurahsev

Suisse

Attaquants :
Vincent Praplan (+3) – Nico Hischier (+3) – Kevin Fiala (+3)
Andres Ambühl (A, +2) – Philipp Kurashev (+2) – Grégory Hofmann (+2)
Damien Riat – Jason Fuchs – Denis Hollenstein (C)
Noah Rod (A, 4′) – Christoph Bertschy – Alessio Bertaggia

Défenseurs :
Yannick Rathgeb (+1) – Joël Genazzi
Andrea Glauser (+1) – Samuel Kreis
Michael Fora (+3) – Lukas Frick (+3)
Christian Marti (+1) – Janis Moser (+1)

Gardien :
Reto Berra

Remplaçant : Robert Mayer (G). En réserve : Gauthier Descloux (G), Romain Loeffel, Marco Müller, Samuel Walser.

France

Attaquants :
Sacha Treille (-2) – Anthony Guttig – Charles Bertrand
Tim Bozon (-2) – Valentin Claireaux (A, -2) – Anthony Rech (-2)
Guillaume Leclerc – Peter Valier (-1) – Damien Fleury (C, -1)
Eliot Berthon (-2) – Nicolas Ritz (-2) – Jordann Perret (2′)
Cédric Di Dio Balsamo (-1)

Défenseurs :
Pierre Crinon (-2) – Kévin Hecquefeuille (A, -1, 2′)
Hugo Gallet (-1) – Antonin Manavian (-1, 2′)
Olivier Dame-Malka (-1, 4′) – Jonathan Janil
Kévin Dusseau (-2) – Florian Chakiachvili (-2)

Gardien :
Sebastian Ylönen (18/20) puis à 29’25 Henri-Corentin Buysse (5/9)

En réserve : Florian Hardy (G), Thomas Thiry, Teddy Da Costa.

Les commentaires sont fermés.

On vous envoie quelques cookies, c'est juste pour suivre notre audience, vous pouvez refuser de les recevoir si vous le voulez ! Accepter En savoir plus

Aenean Nullam velit, dolor. Praesent mattis ipsum ut