La Russie aura beaucoup de stars… Trop ?

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Alors que le camp de l’équipe de Russie avait à peine commencé, certains journalistes russes pointaient déjà comme une erreur l’invitation d’Ilya Kovalchuk, estimant qu’il serait impossible de le renvoyer à la maison au vu de son statut, mais qu’il ne méritait pas forcément sa place dans l’équipe après une saison compliquée. Une partie de leurs prédictions s’est réalisée : chaque jour qui passe ajoute en effet de nouveaux noms à une équipe qui devient l’incontournable favorite du championnat du monde. Après l’élimination de Washington et Toronto en play-offs NHL dans la nuit de mercredi à jeudi, il n’a fallu que quelques heures pour confirmer que tous les joueurs russes viendraient. Tous, même Evgeni Orlov sur lequel pesait un doute du fait de sa femme enceinte (elle sera à 7 mois de grossesse pendant le Mondial).

Si la Russie a déjà rassemblé des « dream teams » dans la dernière ligne droite des championnats du monde, elle n’a jamais eu la garantie d’un effectif aussi alléchant à deux semaines du début de la compétition. L’équipe annoncée est si impressionnante qu’elle ne saurait quoi faire d’un renfort supplémentaire au tour suivant. Le top-6 offensif devrait être composé des trios Ovechkin – Kuznetsov – X et Gusev – Malkin – Y, avec X et Y à déterminer entre Kaprizov ou Dadonov et le meilleur marqueur de la saison NHL Nikita Kucherov. Le poste de centre, parfois en question dans les équipes russes, devrait être bien complété par Anisimov et Andronov. Le top-4 défensif sera constitué de Provorov, Sergachyov, Zaitsev et Orlov. Les cages seront bien gardées par Vasilevski. Tous ces hommes vont débarquer au fur et à mesure dans les dix prochains jours, et cela ne laisse plus qu’une poignée de places aux joueurs déjà présents. On imagine que tous ne se réjouissent pas dans le vestiaire de ces arrivées en masse : certains peuvent avoir l’impression de voir leurs chances de jouer le Mondial diminuer d’heure en heure.

Les Lettons ont plus de certitudes, puisque Bob Hartley a annoncé connaître son équipe à 95%. Il avait annoncé juste un ou deux changements mineurs pour ce deuxième match face aux Russes : Vitalijs Pavlovs et Renars Krastenbergs ont été remplacés par Toms Andersons et Elvijs Biezais, l’attaquant de Gap qui est donc toujours dans la course même si sa position de treizième attaquant laisse peu d’espoir. Ces deux joueurs ont joué la veille avec la Lettonie B contre l’Estonie (2-0, premier but signé Biezais), pas vraiment le même calibre d’adversaire !

Il est évident que la Sbornaïa à un tout autre niveau, même si trois pénalités la coupent dans son élan en première période et l’empêchent d’imposer son rythme. Ilya Kovalchuk joue son rôle en se créant la principale occasion, de près face à Gudlevskis, mai celui-ci ne reçoit que trois tirs cadrés russes en vingt minutes ! Les Russes sont maintenus sur les extérieurs par le système de Bob Hartley et la domination territoriale passe peu à peu en faveur de la Lettonie. De bonnes occasions d’Abols, Meija ou Daugavins échouent sur le gardien Georgiev. Il se montre aussi vigilant sur les contre-attaques quand la Russie prend enfin le contrôle du jeu à la mi-match. Sur une longue séquence installée où une pénalité différée a été appelée, Artyom Zub s’avance et tire en lucarne, son deuxième but en deux soirs (0-1). Kovalchuk reste à l’affût du moindre espace : il arrive une fois à feinter Gudlevskis, mais sans pouvoir ensuite tirer.

La Lettonie a encore un peu plus d’occasions en troisième période, mais sans trouver la faille du gardien Georgiev. C’est quand elle est en infériorité numérique que Gints Meija et Ronalds Kenins partent à 2 contre 1 face au seul Kovalchuk. Le joueur de Lausanne est décalé avec la cage ouverte et égalise. Deux minutes plus tard, Roberts Bukarts donne l’avantage aux Baltes, mais Georgiev se plaint d’avoir été gêné dans sa zone par Daugavins. L’appel à la vidéo lui donne raison, au grand dam de l’aîné Bukarts qui crie quelque chose à l’arbitre depuis le banc et se fait renvoyer aux vestiaires. Bronca des 7400 spectateurs de l’Arena Riga.

Kenins et Kovalchuk ont chacun le palet de la victoire à la dernière minute, mais on file en prolongation. Après une occasion manquée de Kadeikin, Kaspars Daugavins et Uvis Balinskis partent aussitôt en contre-attaque à 2 contre 1. L’attaquant du Spartak Moscou envoie un excellent tir du poignet en pleine lucarne. La Lettonie récolte une victoire de prestige, et les solides performances démontrées pendant ces deux soirs lui donnent le plein de confiance pour le Mondial. Tout le travail reste à faire en revanche pour la Russie qui devra intégrer ses multiples vedettes avec la pression d’être le grand favori.

Commentaires d’après-match :

Bob Hartley (entraîneur de la Lettonie) : « Un bon match, j’ai vraiment apprécié notre combativité. J’ai aimé notre jeu en supériorité et nous avons été très très bons en infériorité numérique. Cette victoire aide à forger notre caractère. Chaque fois que nous jouons contre des grands du hockey, cela rend notre équipe meilleure, et cela rend chaque enfant meilleur en Lettonie. La KHL est la deuxième meilleure ligue du monde, j’ai pu m’en rendre compte cette saison. […] Gudlevskis a bien joué, il nous a souvent secourus, comme en prolongation avant le but gagnant. Nous avons aligné Gudlevskis une seconde fois car il se peut qu’il ait à jouer deux matches consécutifs au championnat du monde parce que nous ne connaissons pas la situation avec Merzlikins [NB : sous contrat avec Columbus pour la fin de saison]. Nous avons parlé à Gudlevskis ce matin. Comme le Dinamo Riga n’a pas atteint les play-offs, il n’avait pas joué depuis longtemps. S’il ne s’était pas senti bien, j’aurais donné du temps de jeu à Grigals, mais cela aurait injuste de le jeter dans le bain pour un tel match. »

Rodrigo Abols (attaquant de la Lettonie) : « Nous avons joué un match plus plein : hier nous avons fait deux bons tiers-temps, aujourd’hui trois. Plus important encore, nous avons gagné. Cela montre que nous ne lâchons pas. J’étais en prison mais j’étais plus joyeux que les joueurs qui ont marqué [l’égalisation en infériorité numérique]. Quand on regarde la pénalité, la vérité a triomphé quand nous avons marqué au lieu d’encaisser un but. Je n’ai pas vu la vidéo mais je suis à 99% sûr que je ne l’ai pas touché. Ma crosse n’est pas restée entre ses jambes. Les émotions dans ce match sont si hautes que c’est dur d’aller au banc des pénalités quand la décision vous semble injuste. Jouer contre de telles équipes, c’est spéciale. Tous leurs joueurs sont célèbres et on veut montrer qu’on peut jouer contre eux. Dans quelque composition que ce soit, cela reste l’équipe de Russie. L’atmosphère était super. Quand nous avons égalisé, j’ai ressenti de la chair de poule. Je suis impatient de vivre le championnat du monde en Lettonie en 2021. »

 

Lettonie – Russie 2-1 après prolongation (0-0, 0-1, 0-0, 1-0)
Jeudi 25 avril 2019 à 18h30 à l’Arena Riga. 7400 spectateurs.
Arbitrage d’Andris Ansons et Andrejs Kudrjašovs (LET) assistés d’Andrejs Jakovievs et Viesturs Lēvalds (LET).
Pénalités : Lettonie 22′ (0′, 0′, 2’+20′, 0′) ; Russie 8′ (6′, 0′, 2′, 0′).
Tirs : Lettonie 31 (11, 10, 8, 2) ; Russie 18 (3, 7, 7, 1).

Évolution du score :
0-1 à 31’25 : Zub
1-1 à 52’11 : Kenins assisté de Meija (inf. num.)
2-1 à 62’56 : Daugavins assisté de Balinskis

Lettonie

Attaquants :
Kaspars Daugaviņš (C) – Rodrigo Ābols (-1, 2′) – Ronalds Ķēniņš (+1)
Rihards Bukarts – Miks Indrašis – Roberts Bukarts (A, 20′)
Tomas Andersons – Oskars Batņa – Emīls Ģēģeris
Mārtiņš Dzierkals – Gints Meija (+1) – Rihards Marenis
Elvijs Biezais

Défenseurs :
Ralfs Freibergs – Oskars Cibuļskis
Artūrs Kulda (A, +1) – Kristaps Zīle (-1)
Uvis Balinskis (+1) – Kristaps Sotnieks (+1)
Krišjānis Rēdlihs (-1) – Roberts Mamčics

Gardien :
Kristers Gudļevskis

Remplaçant : Gustavs Davis Grigals (G).

Russie (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Vladimir Tkachyov [1995] – Aleksandr Burmistrov – Sergei Plotnikov (A)
Ilya Kovalchuk (C) – Aleksandr Kadeykin – Aleksandr Barabanov (+1)
Damir Zhafyarov – Denis Alekseev – Anton Zlobin (2′)
Anatoli Golyshev (-2) – Pavel Kraskovsky (-1) – Nail Yakupov (2′)
Egor Korshkov

Défenseurs :
Rushan Rafikov – Ilya Lyubushkin
Dinar Khafizullin (A, +1) – Artyom Zub (2′)
Bogdan Kiselevich (-1) – Aleksandr Elesin
Artyom Sergeev

Gardien :
Aleksandar Georgiev [sorti de 31’24 à 31’25]

Remplaçant : Ilya Konovalov (G). En réserve : Ivan Bocharov (G), Nikita Cherepanov.

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