Romain Sadoine (Valenciennes) : « Une équipe plus compétitive que l’an passé »

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Formé à Grenoble, passé par Dijon, Boulogne-Billancourt, Bordeaux ou Cherbourg, Romain Sadoine a été, sans doute, le plus jeune entraîneur-joueur de France quand, à 19 ans, il a pris la tête des Hiboux d’Aubagne. Dix ans – et un titre de champion de Division 2 acquis avec Chambéry en 2018 – plus tard, il entame sa deuxième saison à Valenciennes. Où, à bientôt 30 ans, il est à la fois entraîneur général et défenseur de devoir.

Romain, vous êtes devenu entraîneur-joueur d’une équipe senior (à Aubagne, en Division 3, lors de la saison 2010-2011) à seulement 19 ans… Comment se retrouve-t-on à la tête d’une équipe aussi jeune ?

Romain Sadoine : « C’est arrivé un peu par hasard. Je jouais à Cherbourg, mais la patinoire a fermé à cause de problèmes d’amiante. Je devais d’abord rejoindre Vanoise. Ils ont eu des soucis financiers, et ça ne s’est finalement pas fait. Après tout ça, Aubagne m’a proposé d’évoluer en Division 3 et d’entraîner leur mineur. Puis les dirigeants m’ont demandé de prendre aussi en charge l’équipe senior. J’avais un peu peur, à 19 ans, de diriger des trentenaires, mais je me suis lancé. Ça reste une bonne expérience. Le groupe a bien joué le jeu, même si j’ai dû faire quelques erreurs ! »

Vous avez remis ça sept ans plus tard à Chambéry, en Division 2 (saison 2017-2018), cette fois-ci à tout juste 26 ans…

« Là encore, je n’avais rien prévu. Ça faisait un moment que les dirigeants du club et l’entraîneur de l’époque (Rémy Enselme) tentaient de me convaincre que j’en étais capable. Moi, je ne me sentais pas prêt à devenir entraîneur-joueur d’une équipe semi-professionnelle. C’était trop tôt. Mais j’ai fini par accepter, en les prévenant qu’ils prenaient quand même un sacré risque… »

Champion dès ma première année comme entraîneur en D2, je ne pensais pas ça possible

La suite leur a donné raison : Chambéry a tout de suite remporté son championnat et est monté en Division 1…

« Champion dès ma première année comme entraîneur en Division 2, honnêtement, je ne pensais pas ça possible. Mais j’avais prévenu le club : je suis un compétiteur, et si je me lance, c’est pour aller le plus loin possible. Les dirigeants m’ont suivi et ont accompagné le projet. J’ai été aussi bien aidé par mon adjoint de l’époque, Jean-Robert Becqwort. On a réussi notre recrutement et l’alchimie dans le groupe était parfaite. »

La saison suivante, celle de la découverte de la Division 1, a été en revanche nettement plus compliquée (seulement trois succès en saison régulière)…

« J’ai plus appris pendant cette saison galère en D1 que lors de la précédente. En D2, tout roulait, tout était facile. Là, on devait sans cesse essayer de trouver de nouvelles idées, de nouvelles solutions à nos problèmes. On est monté avec un tout petit budget par rapport à nos adversaires, un peu moins de 300 000 euros. Le club a eu des soucis financiers à partir de décembre. Des joueurs se sont blessés. Et j’ai aussi clairement ma part de responsabilités. Je manquais d’expérience, je découvrais plus ou moins le niveau de la D1. J’ai commis des erreurs. »

Comment arrive-t-on à garder une équipe unie dans des moments si compliqués ?

Romain Sadoine (Valenciennes)« Forcément, gérer un groupe dans ce contexte, c’est compliqué. Des tensions peuvent apparaître. Certains ont tendance à rejeter la faute sur les autres, au lieu de se remettre en question. Il faut réussir à garder tout le monde soudé. Je crois qu’à l’époque, on ne s’en est pas trop mal sorti. Mon âge m’a aidé. Être un jeune entraîneur a des inconvénients, mais aussi des avantages. Le fait d’être en même temps joueur aussi. On est plus dans une relation de confiance que dans un rapport hiérarchique. Je fais partie du groupe, je suis sur la glace avec eux, et ils voient que je me donne à 100 %, que je ne triche pas. Ils me respectent pour ça. »

Vous avez quitté Chambéry en 2019 pour Valenciennes. Comment cela s’est fait ?

« Après cette saison compliquée en D1 avec Chambéry, j’ai ressenti le besoin de changer d’air, de voir autre chose. Les dirigeants des Éléphants m’ont proposé de rester, j’ai eu des contacts avec d’autres clubs. Mais le courant est bien passé avec Valenciennes. J’ai vu que la patinoire était chouette, qu’il y avait un bon public. Ça m’a convaincu. »

Comment fait-on pour construire son groupe quand on arrive dans une équipe que l’on ne connaît pas, comme ce fut votre cas en signant à Valenciennes ?

« C’est la partie la plus compliquée. À Chambéry, je connaissais tout le monde. Je savais qui associer avec qui, quel style de jeu pratiquer, quels types de joueurs je devais recruter. En arrivant à Valenciennes, j’ai regardé les vidéos de la saison précédente, j’ai pris des infos auprès d’anciens Valenciennois, j’ai discuté avec les dirigeants. Mais j’étais forcément un peu dans le flou. C’est ce qui m’a contraint à réajuster l’effectif en cours d’année. L’équipe avait un peu trop gardé son esprit D3. Il fallait apporter de la rigueur, passer d’un esprit amateur à un esprit semi-professionnel. Ça a demandé du temps, mais ça a marché. La saison a été constructive. Il a fallu faire un gros travail de structuration. Et à partir de décembre, ces efforts ont payé. Ils nous ont permis de terminer le championnat sur une dynamique positive, avec des bons résultats. »

On avance avec un budget prudent. À Valenciennes, on ne dépense pas ce que l’on n’a pas

La saison s’est terminée en play-offs, face à Morzine/Avoriaz (deux victoires à zéro pour les Pingouins)…

« Morzine/Avoriaz était clairement au-dessus. On s’est bien défendu à domicile (0-5), puis on a pris une dérouillée chez eux (12-2). Avec le maintien et la qualification pour les play-offs, on avait rempli notre objectif. Peut-être qu’inconsciemment, on s’est relâché. On est arrivé avec les dents un peu moins longues. Je préfère retenir notre fin de saison régulière. C’est sur ça qu’il faut reprendre en septembre. »

Au-delà de l’équipe de D2, comment se porte le club de Valenciennes ?

« On a environ 200 licenciés. Avec des beaux potentiels en U11 et U13. Le club fait ce qu’il faut pour se développer. Ce n’est pas ‘tout pour la D2’. Avec l’équipe senior, globalement, tant que je respecte le budget, j’ai les mains libres. C’est beaucoup plus cadré pour le mineur, et c’est très bien. Ça montre la volonté des dirigeants de développer les catégories de jeunes. Ceci étant dit, même si le hockey est le deuxième sport le plus suivi à Valenciennes après le football, cela reste un sport qui coûte cher, ce qui complique beaucoup de choses dans une région populaire. »

Comment fait-on pour organiser tout cela quand on est, comme vous, entraîneur général ?

« Tout gérer seul, c’est injouable. On s’y perd, il y a trop de tâches différentes. Si je suis entraîneur général, je ne suis pas tout seul. Je travaille main dans la main avec mon adjoint, Sébastien Fronty. Le staff dédié au hockey mineur fait un gros travail. On est soutenus par les dirigeants et par toutes les composantes du club. »

Avec la crise sanitaire actuelle, comment prépare-t-on la saison prochaine ?

Romain Sadoine, entraîneur-joueur de Valenciennes en Division 2. Photo fournie par le club de Valenciennes.« En multipliant les réunions téléphoniques. On se pose évidemment beaucoup de questions. Nos partenaires, publics et privés, vont peut-être être amenés à revoir leurs participations à la baisse, ce que l’on peut comprendre. Alors on avance avec un budget prudent, sans prendre en compte des fonds qui ne sont pas sûrs de rentrer. À Valenciennes, on ne dépense pas ce que l’on n’a pas. Cela peut parfois être un peu frustrant, mais le résultat, c’est que le club est sain. Quand je propose quelque chose à un joueur, ce n’est certes pas très élevé, mais je suis certain qu’il touchera bien, en temps et en heure, ce qui lui a été promis. »

Pour l’équipe de Division 2, où en êtes-vous ?

« Elle est presque bouclée. J’attends encore deux ou trois confirmations, je cherche toujours un défenseur. Je suis confiant. On aura une équipe plus compétitive que l’an passé, avec un plus petit budget. On a réussi à saisir des opportunités intéressantes. Avec des garçons comme Loïc Destoop et Rémi Houque (ex-Dunkerque). Ou Thomas Cornu, qui arrive de Cholet pour prendre des responsabilités. Notre objectif reste le même : se maintenir et se qualifier pour les play-offs. Je le répète, je suis un compétiteur, je veux aller le plus loin possible. Mais je suis aussi conscient que Valenciennes n’a pas les reins encore assez solides pour viser la Division 1. »

Valenciennes a le meilleur public de Division 2

Quel style de jeu voulez-vous pratiquer ?

« La priorité, c’est de commencer par s’adapter à l’équipe et aux joueurs. Quand je suis arrivé à Valenciennes, j’ai voulu mettre en place des systèmes inspirés du modèle nord-américain, assez agressifs. Mais ça n’a pas marché. On est revenu à quelque chose de plus défensif, en mélangeant patience et contre-attaque. Puis de nouveaux joueurs sont arrivés, on a pris le temps de travailler tous ensemble aux entraînements. On a eu de meilleurs résultats, et on a pu revenir à une stratégie qui me plaît plus, plus proche du porteur du palet avec un bon forecheck. On va repartir comme ça à la reprise. »

Comment arrive-t-on à attirer des joueurs à Valenciennes pour jouer en Division 2 ?

« On structure le club, on a une belle patinoire. La ville est aussi bien placée. Lille, Bruxelles, Paris, Bruges, Gand ne sont pas loin. Et on a un super public. Pour moi, le meilleur de Division 2. On a un millier de spectateurs à chaque match, avec un vrai kop présent dans les bons comme dans les mauvais moments, jamais dans la critique. Les joueurs adorent ça. J’en profite pour tous les remercier. »

Photos fournies par le club des Diables rouges de Valenciennes.

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