Un championnat injustement oublié ?

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Hockey Archives s’était d’abord intéressé à la reconstitution de l’histoire du hockey en France, en Europe, et dans les compétitions internationales, présumant le hockey nord-américain très largement couverte. Il s’avère toutefois, à l’usage, que ce n’est pas toujours le cas.

Dans le droit fil du centenaire du premier tournoi olympique de hockey sur glace à Anvers, je me suis ainsi penché sur la formation de l’équipe américaine. C’était l’occasion de croiser la route de Gerry Geran, tout premier joueur américain de NHL, mais aussi tout premier joueur de NHL à avoir débarqué en Europe… et qui avait pourtant totalement disparu de la mémoire collective française, malgré ses deux passages marquants à Paris dans deux décennies différentes, jusqu’à ce que je le « redécouvre » en écrivant Histoire du hockey sur glace en France il y a une douzaine d’années.

1921 GerrygeranUn Geran – ci-contre – dont on pouvait encore lire il y a peu dans des articles nord-américains qu’il avait perdu le hockey de haut niveau après son passage à Paris. Pur préjugé démenti par les faits… La saison après son retour en Amérique, il fut au contraire champion des États-Unis et joueur dominant des play-offs (cf la preuve). Champion des États-Unis ? Oui, champion amateur. Et c’est bien là ce qui explique la relative indifférence dont fait l’objet le championnat dont il est question ici.

Le sport nord-américain s’est en effet aussi structuré entre « amateurs » et « professionnels » que l’on s’est peu à peu mis à y considérer – hormis le cas à part du sport universitaire – le sport professionnel comme le seul qui mérite considération et attention, le sport amateur étant réduit au rang de loisir, pas une vraie compétition. L’amateurisme était dès lors supposé être un étendard dévoyé brandi/inventé par le comité olympique sur une impulsion d’Européens snobinards puis des pays communistes d’Europe de l’Est. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Je vous parle d’un temps où l’amateurisme était un statut suivi avec rigidité et suscitant des controverses en Amérique du nord, avant même que le sujet affleure en Europe (où l’on était plus occupé à se tirer dessus dans les tranchées). À cette époque, il n’y avait aucune équipe professionnelle de hockey sur glace aux États-Unis, hormis sur la côte Pacifique à Seattle et alentours. La NHL était ainsi 100% canadienne jusqu’à l’introduction des Bruins de Boston en 1924/25. Mais les Bruins n’auraient jamais obtenu cette franchise si le hockey n’avait pas déjà été un grand succès populaire grâce au Boston A.A. et… à son meilleur joueur Gerry Geran.

L’expansion américaine de la NHL a signé la mort de l’USAHA, ce championnat amateur qui résistait mal aux tentations professionnelles. La réalité de son amateurisme peut être contesté, car il n’y a guère qu’à Boston qu’on le respectait. Mais il s’agissait d’un niveau de jeu très élevé, où se sont épanouies de futures superstars de NHL comme Lionel Conacher (reconnu comme le meilleur sportif du Canada de la première moitié du XXe siècle) ou Nels Stewart, rien moins que le meilleur buteur de tous les temps de NHL avant que son record ne soit battu par un certain Maurice Richard !

Et pourtant, ce championnat est bien moins documenté – notamment dans les bases statistiques – que les saisons suivantes, lorsque les équipes restantes se sont transformées en ligue mineure professionnelle… mais à un niveau de jeu bien moindre puisque la meilleure équipe et les meilleurs joueurs avaient intégré la NHL. Le prisme amateur/professionnel a donc déformé la vision historique et il doit absolument être enlevé pour appréhender l’USAHA. Elle a joué un rôle-clé et a familiarisé le public avec le hockey sur glace dans les villes de Boston, Pittsburgh, New York.

Aujourd’hui, nous ouvrons donc un nouveau pan d’archives permettant de se plonger dans la génèse du hockey américain : le championnat des États-Unis. La période antérieure mérite aussi une attention, mais les archives ne sont pas achevées, et ce dans toutes les époques et tous les continents.

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