Bilan KHL (fin) : les grosses équipes

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Cette dernière partie du bilan de KHL s’intéresse aux équipes classées entre la première et la sixième place. On ne trouve donc ici que les cadors de la ligue – dont Ak Bars Kazan qui sera la future équipe de Stéphane Da Costa. Il faut préciser que la KHL a officiellement attribué une place dite « 1er à 8e » aux équipes encore en lice lorsque la pandémie de coronavirus a arrêté la saison. Mais la fédération de Russie, elle, a reconnu le CSKA comme champion de Russie. C’est donc la seconde fois qu’il obtient ce titre grâce à la saison régulière sans avoir soulevé la Coupe Gagarine.

 

CSKA Moscou (1er) : titre (dé)programmé

Le CSKA Moscou a été formé depuis deux ans pour être le club dominant de la KHL. Il l’a réussi clairement en 2019 en remportant le titre. Il était tout aussi fort cette année, sur le papier, et apparemment aussi sur la glace. Il disposait nettement de la meilleure attaque et meilleure défense… mais a peut-être bénéficié d’une division assez faible. S’il a remporté la saison régulière avec un seul point d’avance sur SKA et sur Kazan, rien ne dit finalement que le champion aurait gagné en play-offs. Mais c’était quand même le plan.

L’arrêt prématuré de la saison a donc été un rude coup pour le CSKA en le privant d’un des deux trophées qu’il avait tout fait pour soulever. Cela sera bien plus dur la saison prochaine avec une masse salariale plafonnée et le départ annoncé de toutes les stars. Mikhaïl Grigorenko a signé à Columbus et le meilleur buteur de KHL Kirill Kaprizov doit normalement le faire avec Minnesota même si la NHL a interdit qu’il vienne se greffer dès la reprise tardive de la saison interrompue 2019/20. Le gardien Ilya Sorokin doit a priori les suivre, même si le CSKA n’a pas totalement abandonné l’idée de le garder.

Le CSKA aura donc besoin que d’autres joueurs prennent le relais. Le bon patineur Konstantin Okulov est le joueur qui a le plus et le mieux contrôlé le palet, notamment dans les entrées de zone, et il s’est amélioré sans palet. Même s’il a été approché par la NHL, il a resigné. Anton Slepyshev a connu pour sa part une bonne seconde moitié de saison et devra essayer de prouver qu’il peut être aussi performant sans Kaprizov à ses côtés.

 

Ak Bars Kazan (2e) : suivre la tendance du moment

Club considéré comme assez conservateur tant dans sa tactique que dans ses relations publiques, Ak Bars Kazan a opéré une certaine révolution. Il est devenu très communicant en utilisant tous les outils possibles, des produits dérivés aux vidéos en passant par les réseaux sociaux. Le nouvel entraîneur Dmitri Kvartalnov a amené son jeu dit moderne, très direct et agressif avec des présences courtes et beaucoup de tempo, un style qui devient de plus en plus la norme dans une KHL où les dimensions de patinoire se sont réduites. Les amateurs de surprises sont un peu frustrés par ce style intensif mais réputé peu créatif, à l’exception de Justin Azevedo qui apporte toujours la petite touche offensive. Stanislav Galiev a toutefois trouvé bien plus de liberté en attaque dans ce système de jeu qu’avec le rigoureux Bilyaletdinov.

Peu à peu, l’équipe s’est adaptée à la fois aux exigences de son entraîneur et au prochain plafond salarial en se défaisant de ses vedettes. Le gardien héros du dernier titre Emil Garipov, qui avait refusé de baisser son salaire, a été laissé en réserve et poussé à se trouver un nouveau club. Le défenseur Igor Ozhiganov et le centre Vladimir Tkachyov (l’autre, pas celui du SKA) ont chacun été cédés dans des échanges similaires, à 1 joueur contre 2, où Kazan semble perdant mais reconfigure en fait une équipe plus homogène tant dans le travail que dans la répartition salariale.

Mais Kazan ne perd pas pour autant son identité tatare. Les joueurs formés au club y occupent toujours une place importante, grandissante même pour certains. Même si Bilyaletdinov semblait faire plus confiance à Adam Reiderborn en début de saison, le gardien formé au club mais révélé pendant son année à Riga Timur Bilyalov a supplanté le Suédois et est devenu le titulaire incontestable avec des performances bien plus stables. Le défenseur Albert Yarullin, que la presse russe considère avec une certaine curiosité parce qu’il est musulman pratiquant (depuis cinq ans puisqu’auparavant il buvait de l’alcool), devient un cadre de plus en plus essentiel dans des lignes arrières qui ne comptent aucun vétéran.

 

SKA Saint-Pétersbourg (3e) : le futur style russe ?

Après avoir longtemps été le principal moteur de l’escalade salariale dans le hockey russe, le SKA Saint-Pétersbourg s’est adapté à la nouvelle donne politico-financière en s’appuyant de moins en moins sur des vedettes. La saison écoulée a fait briller des joueurs de devoir comme Artyom Zub, qui est passé de septième à premier arrière en trois ans même si c’est un défenseur défensif peu intéressant en avantage numérique (Zub a signé en NHL à Ottawa). La créativité offensive s’est essentiellement résumée à Vladimir Tkachyov. Les autres profils talentueux ont souffert : l’énigme Nail Yakupov a connu une nouvelle régression, et Dmitri Kagarlitsky a été privée de temps de jeu au point d’avoir été mis en réserve comme 13e attaquant pendant 19 matches de suite.

Le SKA a surtout fait sensation en incorporant jusqu’à quatre juniors et même en les alignant ensemble sur la glace, une pratique osée qui n’avait jamais été tentée dans un hockey russe traditionnellement conservateur. Le défenseur Danila Galenyuk a pris une place fixe en défense à 19 ans et le trio offensif Kirill Marchenko – Ivan Morozov – Vassili Podkolzin a été très efficace et tranchant sur son temps de jeu.

Puisque les moins de 20 ans avaient été mis en avant, il était presque naturel que le sélectionneur de l’équipe nationale junior les rejoigne : Valeri Bragin a été nommé entraîneur-adjoint le 28 janvier. Dès son arrivée, il a eu une influence tactique. Le SKA a pratiqué un jeu sans palet plus agressif dans sa zone, s’est emparé des rebonds et cherchait des joueurs prêts à se projeter en contre, tel le vétéran toujours en parfaite condition physique Evgeni Ketov, qui reste redoutable en infériorité même à 36 ans). Un nouveau style… qui pourrait préfigurer celui de la Sbornaïa ! Cela devenait une évidence avant même que la nouvelle ne devienne officielle : Bragin n’était pas là pour assister Aleksei Kudashov, mais bien pour lui succéder, aussi bien en club qu’avec l’équipe nationale. Kudashov a pris la porte sans même avoir de bilan définitif (les play-offs ont été arrêtés et le Mondial n’a pas eu lieu). Très longtemps actif avec les juniors russes, Bragin pourrait-il incarner une nouvelle stabilité dont la Russie aurait besoin sur son banc ?

 

Barys Nur-Sultan (4e) : conflit d’intérêts jusqu’à l’absurde

Le paradoxe est de plus en plus frappant. Quel que soit le nom de la ville qu’il représente (la capitale Astana est devenue Nur-Sultan), le Barys est resté deuxième de la Conférence Est. Et pourtant, avec un effectif presque similaire, le Kazakhstan a échoué dans le tournoi de pré-qualification olympique contre des Polonais présumés éloignés du niveau KHL.

Comment expliquer une telle disparité ? Peut-être dans le « sang frais » qui a fait beaucoup de bien à l’équipe KHL. Le Barys a su profiter des bonnes affaires cette saison. Fin octobre, il a signé Linus Videll, qui était alors toujours sans club parce ques ses prétentions salariales étaient surévaluées par rapport au marché de la KHL. Début novembre, il a réussi à se faire prêter le champion du monde Atte Ohtamaa par les Kärpät (après un passage peu convaincant à Lugano). Videll est alors devenu le meilleur attaquant de l’équipe, et Ohtamaa son défenseur le plus solide.

Mais la confusion des genres entre les intérêts du club et ceux de la sélection nationale amène à des absurdités. L’entraîneur Andrei Skabelka a choisi de s’en aller parce qu’il ne veut pas combiner le travail en club et en équipe nationale, condition sine qua non pour travailler au Barys. Inversement, le gardien originellement suédois Henrik Karlsson a conditionné le fait de continuer à jouer pour le Kazakhstan avec un nouveau contrat en club… qu’il a fini par obtenir après ce chantage ! Le problème est que, si le Barys ne raisonnait que pour lui-même, Karlsson n’aurait pas été conservé : il a logiquement perdu sa place de titulaire pendant la saison au profit de son collègue canadien Eddie Pasquale (qui partira pour sa part à Yaroslavl). À trop mélanger les genres, le Kazakhstan semble perdre sur les deux tableaux. Karlsson a 36 ans, il en aura 37 aux prochains Mondiaux décalés d’un an, et la relève n’a pas été préparée : le numéro 2 national Sergei Kudryatsev est troisième gardien du Barys depuis deux ans et n’a presque pas joué…

 

Jokerit Helsinki (5e) : qui c’est les plus beaux ?

On peut se demander si le plafond salarial qui va être instauré en KHL à partir de la saison prochaine n’aura pas pour principaux bénéficiaires les Jokerit. Le club finlandais ne peut en effet pas suivre financièrement les gros clubs russes – et perd des fortunes chaque année – en revanche il sait constituer un effectif homogène. Et si l’ex-sélectionneur Lauri Marjamäki avait été critiqué l’an passé pour son hockey primitif, il a cette fois trouvé des recettes simples pour passer le premier tour (face au Lokomotiv). Quand il s’est agi de travailler dans les bandes et de mettre la pression sur la cage, la quatrième ligne Ahti Oksanen – Antti Pihlström – Marko Anttila a été redoutable dans les moments-clés.

Il aurait déjà été intéressant d’observer cette année le groupe finlandais face aux armadas russes, mais le manager Jari Kurri a été le premier à annoncer son retrait du championnat, après consultation des joueurs et des médecins de l’équipe, parce que « des époques exceptionnelles requièrent des solutions exceptionnelles ». La décision a fait des vagues parce que quelques heures plus tôt la KHL et le club démentaient formellement ledit retrait, mais a posteriori tout le monde comprend qu’il n’y avait pas d’autre solution.

Faute de conclusion, les Jokerit n’ont gagné qu’un prix : le trophée du plus beau maillot de la ligue après un sondage anonyme auprès des hockeyeurs de KHL (avec 12,6% des voix). On s’occupait comme on peut en mai dans une période en sevrage sportif total ! Passés par toutes les couleurs au cours de leur histoire, les jokers se sont habillés de cinq maillots différents pendant la saison. Pour savoir s’ils teinteront leurs tenues au champagne, il faudra attendre 2021… mais ce ne sera pas facile après le départ en NHL du meilleur défenseur de KHL Mikko Lehtonen, qui a été le meilleur marqueur du club.

 

Dynamo Moscou (6e) : le duo qui a dominé la KHL

Le Dynamo a pu compter tout simplement sur le meilleur duo de toute la KHL. Après avoir fait briller Kagarlitsky (transparent au SKA) la saison passée, Vadim Shipachyov a encore signé 48 assistances mais il a cette fois carrément été le meilleur marqueur de la compétition juste devant son coéquipier Dmitrij Jaškin. Les deux hommes avaient aussi le meilleur +/- des attaquants (+34). C’est la preuve que Jaškin était mal utilisé en NHL : ses performances en équipe nationale le suggéraient déjà, et ce n’est donc pas uniquement le maillot tchèque qui le transcendait. Outre-Atlantique, il était destiné à faire carrière en troisième ou quatrième ligne à utiliser son gabarit. Jaškin a continué à donner beaucoup de mises en échec en Russie (166, deuxième total de la KHL), mais en pouvant démontrer également ses qualités offensives mésestimées. Il a donc refusé plusieurs propositions de contrat en NHL pour rester à Moscou où son jeu est mis en valeur.

Le Dynamo était donc bardé de talent offensif avec ce premier trio ; André Pettersson y a tenu le rôle du troisième homme et fait taire ceux qui prétendaient qu’il n’était pas un homme de play-offs. Cette ligne était bien au-dessus du Spartak et a donc remporté haut la main le derby moscovite. De quoi renforcer les soupçons que le Dynamo s’était « laissé glisser » en quatrième place de sa conférence en fin de saison régulière – en perdant le dernier match chez la lanterne rouge – pour provoquer ce derby.

Ce derby qui se termina à huis clos pour raisons sanitaires marqua cependant la fin de saison de KHL. Si 60% des joueurs se prononçaient pour l’arrêt de la saison, 78% d’entre eux trouvaient que ça n’avait pas de sens de jouer sans spectateurs. Un homme n’était pas de cet avis, Vladimir Krikunov. Avec sa faconde habituelle, lorsque deux clubs (Jokerit et Barys) annoncèrent avant la ligue qu’ils stoppaient leur saison, l’entraîneur dynamiste proposa de les exclure de la KHL, dénonça les étrangers « toujours nerveux » et expliqua qu’il était la seule personne à risque de toute la ligue puisqu’il est le plus vieux de tous (il allait fêter ses 70 ans). Tout ça pour une maladie qui causait moins de malades que la grippe. La suite, évidemment, allait lui donner tort…

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