Robin Colomban, un Français au pays des Lapons finlandais

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Le jeune Robin Colomban a saisi une belle opportunité pour renforcer sa progression en tant que joueur de hockey. En quittant les Boxers de Bordeaux, il a accepté la proposition du club Roki situé à Rovaniemi, en Laponie finlandaise.

C’est en fin de journée que le téléphone décroche depuis le nord de la Finlande.

H.A : Robin, avant tout, es-tu bien installé dans ton nouvel environnement ?

R.C : Oui et je suis content d’être là. J’ai conclu les deux semaines de quarantaine et on vient de commencer la saison. On a déjà joué deux matchs de championnat.

H.A : Tu vis maintenant dans un endroit un peu « perdu » à Rovaniemi. Peux-tu nous décrire ton cadre de vie ?

R.C : C’est petit et ça ne me change pas trop de mes montagnes dans les Hautes Alpes. Hormis que c’est une grande plaine avec beaucoup de lacs. Rovaniemi, n’est pas une grande ville, il doit y avoir environ 50 000 habitants. Mais c’est la ville du Père Noël, donc l’hiver doit être bien animé avec beaucoup d’activités touristiques.

H.A : Est-ce que vous avez été perturbés par le COVID pour ce démarrage de saison ?

R.C : La Finlande n’a pas été trop touchée par le COVID, du coup on n’a pas vraiment eu de problèmes. Moi, par contre, étant arrivé de France, j’ai dû passer quinze jours en quarantaine avant le début du camp d’entraînement. Ensuite j’ai été testé pour pouvoir être validé dans l’équipe. Au bout de trois ou quatre jours j’ai eu les résultats et j’ai pu rejoindre le groupe. Gabin Ville et le joueur canadien (Aidan Pelino) ont vécu le même processus.

H.A : Comment se passe l’organisation au sein de ton nouveau club ?

R.C : On commence assez tôt le matin car on a rendez-vous à huit heures à la patinoire et je quitte la maison vers 7h30. On a un premier contact avec le coach puis on entame par trente minutes d’échauffement et une montée en puissance assez rapide. Car ce qui change avec la France, c’est l’intensité et la rapidité du jeu, donc il faut vraiment être prêt dès le début. On patine pendant une heure trente avec une heure en collectif et à la fin on nous propose des exercices personnels très spécifiques. Ensuite on enchaîne avec une heure de hors glace, toujours très variée. Le staff propose des entraînements optionnels les après-midis deux fois dans la semaine et l’entraîneur peut aussi appuyer sur des thèmes bien précis (power-play, infériorités…).

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H.A : À quoi ressemble l’équipe dans laquelle tu évolues ? Et comment se passe ton adaptation dans un effectif quasi intégralement finlandais ?

R.C : Beaucoup de joueurs sont issus du club et la moyenne d’âge est assez jeune entre 23 et 24 ans. Seul Henri Joki Erkillä est plus ancien, à 33 ans, il est notre capitaine (passé par Reims en 2015). On est déjà 26 ou 27 dans l’effectif et à chaque match il y a une ligne qui reste en tribune. Mais au début, ce qui a été un peu compliqué, c’était la communication. Tout est exprimé en finnois. L’entraîneur communique, tout de même, vers moi en anglais, mais j’ai beaucoup de chances car les gars sont sympas et m’accompagnent dans la compréhension des indications et sont très attentifs envers moi. On a un groupe vraiment jeune et on s’entend très bien.

H.A : Roki semble être un club formateur. Qu’en est-il vraiment ?

R.C : Oui c’est un club de formation, d’ailleurs il y a beaucoup de joueurs qui viennent du mineur local et qui ont choisi de jouer en Mestis. Et puis c’est un club familial, un peu comme chez nous dans nos montagnes. Ils ont des jeunes qui intègrent le groupe avec certaines valeurs qui leur sont transmises. Le club est très important pour la ville et tout est fait pour s’y sentir bien. J’appréhendais un peu avec la barrière de la langue mais, au final, je m’y sens bien et j’ai même déjà appris quelques mots en finnois. C’est vraiment une belle expérience.

H.A : Donc vous avez déjà commencé le championnat ?

R.C : On a déjà joué deux matchs, malheureusement on a perdu les deux. Mais le match sur la route, on l’a perdu d’un but alors qu’on aurait pu le remporter. Dans notre championnat, pour éviter tous les problèmes du coronavirus, des divisions ont été créées. On s’est retrouvés dans la division nord. Du coup jusqu’à Noël on va jouer trente matchs mais contre trois équipes seulement et on joue les vendredi et samedi en fin de journée.

H.A : Tu es le quatrième joueur français à évoluer dans ce club. Comment s’est organisé le transfert vers la Finlande ? S’agit-il de lien personnel ou bien une filière est-elle organisée ?

R.C : Pour moi, ça faisait deux ans que je cherchais à trouver une opportunité à l’étranger pour continuer à me développer. Du coup, la saison passée, j’ai eu cette chance qu’un agent prenne contact avec moi et me propose de finir la saison en Finlande. Mais j’étais à Bordeaux et je ne voulais pas quitter le club avant la fin des play-offs. L’agent a totalement compris cette idée et m’a redonné rendez-vous, pendant l’été, pour me laisser finir la saison correctement. Par la suite j’ai eu la chance qu’il me trouve cette équipe avant le confinement, et tout est allé très vite.

Le coach, c’est Santeri Immonen qui a beaucoup joué en France (joueur à Morzine/Avoriaz de 2004 à 2008 puis de 2009 à 2011, à Neuilly-sur-Marne de 2008 à 2009, coach à Morzine/Avoriaz de 2009 à 2012 et entraîneur adjoint à Amiens de 2012 à 2014) et on s’est lié très vite. J’ai saisi ma chance en étant rassuré par l’environnement, plutôt sain, dans le club. D’ailleurs, plusieurs joueurs français y ont joué et m’en ont dit du bien (Gabin et Malo Ville, Fabien Bourgeois).

H.A : Donc il s’agit plus d’un appel de la Finlande plutôt qu’une filière française organisée, depuis la France, pour placer des joueurs ?

R.C : Je n’avais aucun rapport avec un agent français. Mais en revanche j’ai bien discuté avec Bastien Maïa et Hugo Gallet qui ont déjà joué en Mestis. Ils m’ont confirmé que jouer là-bas m’apporterait beaucoup et c’est cet agent finlandais qui est venu vers moi.

H.A : Quand tu es arrivé sur place, quelles étaient les attentes du club envers toi ?

R.C : Il n’y a pas eu de précision de leur part sur le rôle que je devais jouer dans le groupe. C’était plutôt : « tu viens, tu nous montres ce que tu sais faire et en fonction on choisira l’alignement dans lequel tu évolueras ». Du coup ça m’a enlevé de la pression quand le coach a déclaré vouloir m’utiliser à ma juste valeur. Ça n’a pas été facile au début, mais maintenant je commence à prendre mes marques et chaque jour je me sens de mieux en mieux. Je suis vraiment content de ce que je fais et je prends beaucoup plus de plaisir sur la glace. Ça se ressent aussi, au niveau de l’entraîneur, avec le temps de jeu qu’il me donne.

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H.A : Les exigences du club sont donc plus orientées sur la patience envers ton développement ?

R.C : Je trouve que c’est différent par rapport à chez nous parce qu’en France quand tu fais venir un étranger, c’est pour qu’il soit le top joueur. Alors qu’ici, ils font venir des étrangers mais ce sont des jeunes qui veulent se développer et s’intégrer au système finlandais. Et puis il n’y a pas beaucoup d’argent dans cette ligue, du coup ils investissent pour deux ou trois années sur ce joueur pour le faire progresser et enfin le voir évoluer dans de meilleures ligues.

Les dirigeants veulent que la Mestis soit un point de passage, une école pour tout joueur finlandais qui veut faire carrière dans le hockey.

H.A : Quel est ton ressenti par rapport à tes premiers matchs de championnat de Mestis ?

R.C : Déjà, la première chose, c’est la vitesse de jeu qui est plus importante. Ça va vraiment très vite et tu es tout le temps sous pression. Tous les joueurs sont jeunes, ils patinent fort et tu es obligé de réagir rapidement si tu veux pouvoir jouer. Ensuite, comme tous les joueurs finlandais, ils sont très techniques et je pense qu’ils ont travaillé cela dès leur plus jeune âge, ça se voit. En France, les systèmes de jeu sont plus appliqués, plus développés, alors qu’ici, tu peux faire la différence avec ta technique et ta vitesse individuelle. Mais c’est vrai que l’intensité et la vitesse de jeu sont vraiment élevées !

H.A : Et le secteur défensif doit être aussi mis en avant, connaissant les qualités dans ce secteur en Finlande ?

R.C : Je pense qu’il y a encore une différence entre la Liiga et la Mestis. La Liiga a un jeu un peu plus posé et structuré. Alors qu’en Mestis c’est vraiment orienté vers l’offensive, genre, tu récupères le palet et tu fonces à l’attaque.

H.A : Comment peux-tu résumer ton parcours en France ? Quel est ton analyse dans ta progression ?

R.C : Mes années professionnelles à Briançon ont vraiment été un apprentissage car je suis arrivé assez jeune dans cette équipe. Je n’étais pas encore assez mature pour jouer en ligue Magnus, que ce soit physiquement ou mentalement, et j’ai beaucoup appris durant ces années. Ensuite, le passage à Gap s’est fait naturellement. Luciano [Basile] et Éric [Blais] m’ont vraiment donné des bases pour devenir un véritable joueur pro en étant travailleur et respectueux des règles. Après, j’ai ressenti l’envie de changer d’environnement et de voir autre chose. C’est vrai que, depuis tout petit, j’ai connu les Hautes-Alpes et j’ai donc eu cette chance d’aller jouer à Bordeaux. Olivier Dimet m’a transmis sa confiance. J’ai pu jouer mon style de jeu et continuer à progresser.

H.A : Donc, tu prouves qu’il y a tout de même de la place pour un bon joueur français afin d’évoluer en Ligue Magnus ?

R.C : Je pense que, si tu veux avoir un rôle offensif important en France, c’est un peu compliqué, surtout dans les grandes écuries. C’est un peu plus ouvert si tu es international et que tu as joué quelques championnats du monde. En revanche, des clubs comme Gap, Bordeaux, Amiens, par exemple, peuvent permettre à des joueurs français de jouer leur style de jeu, et de se développer à l’avant.

Colombanrobin2H.A : Est-ce que tu as un regard vers les bleus de l’équipe de France pour ton futur ?

R.C : Oui et c’est vrai que c’est un de mes objectifs. J’ai eu la chance de participer aux stages de fin d’année avec l’équipe de France. Ça s’est plutôt bien passé pour moi et j’espère qu’ils ont pu voir mes qualités, quel joueur j’étais. C’est vrai que j’espère pouvoir être de nouveau appelé et porter le maillot de l’équipe de France. Pour tout joueur, surtout quand tu essaies de faire une carrière, l’équipe nationale est très importante. Donc je continue de travailler dur et je ferai tout pour saisir ma chance.

H.A : Un dernier mot sur ton aventure finlandaise, Qu’en est -il de la vie du grand nord ?

R.C : Le centre-ville de Rovaniemi est à 5 kilomètres du cercle polaire. Quand je suis arrivé cet été, on n’avait pas de nuit. Au coucher à 23h on avait plein soleil et au lever à 6h on avait de nouveau plein soleil. C’est très déstabilisant. Mais maintenant c’est en train de changer, car vers 19h on a déjà la nuit noire. Mais d’après les témoignages de mes coéquipiers, dans deux mois, on aura du soleil uniquement de 11h à 15h. Ça va être compliqué, mais c’est une expérience incroyable à vivre. On a déjà des aurores boréales, c’est magnifique !

Au nom de Hockey Archives, nous sommes ravis du plaisir que tu prends à cette superbe expérience et à ta progression dans ton développement personnel. Nous te souhaitons une très bonne saison. Nous sommes impatients de pouvoir de nouveau échanger sur ton parcours en Laponie.

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