La NHL toujours dans l’attente

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Alors que la NBA a annoncé que sa saison débuterait le 22 décembre, la NHL maintient une position attentiste.

Gary Bettman et Bill Daly poursuivent leur longue pratique de la langue de bois. Les deux patrons de la NHL ne révèlent toujours pas le calendrier de la saison 2020-2021, alors même que la deuxième vague de la pandémie de Covid-19 gagne les États-Unis et le Canada. Et pour cause : l’explosion du nombre de cas n’arrange pas leurs affaires, car la plupart des franchises connaîtraient de lourdes pertes financières en cas de matchs sans spectateurs – même si la ligue est évidemment moins fragile que ses homologues européennes sur ce plan.

La NBA en éclaireur

La NBA reprendrait le 22 décembre avec un calendrier de 72 matchs. Les équipes de basket partagent les mêmes arènes et parfois les mêmes propriétaires, autant dire que le hockey suit d’un œil aiguisé ce qui se passe chez son voisin : des protocoles de tests pour les fans sont même envisagés. Le propriétaire des Warriors souhaite par exemple investir 30 millions de dollars pour tester 10 000 fans par match avant de les autoriser à entrer dans la salle…

Malgré tout, le contrat télévisé de la NBA est d’une autre envergure que celui de la NHL, rendant l’absence de public moins critique.

Quelle date de début ?

La date du 1er janvier 2021 pour la NHL reste l’objectif répété à l’envi depuis plusieurs semaines, mais semble désormais moins définitive. La réunion en visioconférence du « Board of Governors » cette semaine, regroupant les propriétaires des franchises, a maintenu ce choix, tout en ouvrant la porte à un report. L’idée d’un calendrier de 82 matchs parait en revanche fantaisiste au vu des conditions sanitaires, mais est longtemps resté la priorité. Il semble que cela ne soit plus le cas.

La complexité vient bien sûr des législations variables d’un état américain à l’autre – d’un comté à l’autre même -, sans parler d’une frontière canadienne toujours fermée aux travailleurs « non essentiels » avec quinze jours de quarantaine…

Théoriquement, les camps d’entrainement devraient débuter un mois avant le début de saison. Or, la date du 1er décembre approche à grands pas. La ligue souhaitait également que les sept clubs privés de matchs cet été puissent débuter plus tôt.

Pour reprendre, la ligue a de toute façon besoin du feu vert du syndicat des joueurs qui s’est lui aussi retrouvé cette semaine. Le comité de retour au jeu (Return to play Committee) risque de se montrer bien plus exigeant que pour les playoffs estivaux. La notion de « bulle » passera bien moins facilement. Parmi les joueurs impliqués dans ce processus, citons Claude Giroux, Ron Hainsey, Ian Cole et Zach Hyman. Seize joueurs au total travaillent sur le dossier.

Tous s’accordent sur la volonté que chaque franchise puisse débuter dans sa propre arène.

La piste hybride

Parmi les pistes explorées, celles d’une reprise « hybride », avec quelques matchs au format « bulle » dans des patinoires choisies, puis une période de retour à la maison et de tests. Une solution que Gary Bettman a exposé plus longuement sur TSN en début de semaine.

« Nous envisageons la piste de jouer dans chaque arène avec ou sans fans selon les régions. Nous explorons aussi la possibilité de bulles. Vous y entrez, pour 10-12 jours, vous jouez quelques matchs sans voyager, vous rentrez chez vous en famille pour une semaine avec le protocole de tests. »

Le coût exorbitant des deux bulles de Toronto et Edmonton cet été (75 à 90 millions de dollars) élimine d’office la solution de bulles pour l’intégralité de la saison.

Mais la piste qui semble gagner du terrain, c’est celle d’un réalignement des divisions. L’objectif serait d’obtenir une proximité géographique et de maximiser les matchs entre équipes, quitte à réduire le calendrier, comme l’ont choisi la NFL et la MLB.

« Les voyages sont évidemment la grande inconnue. Nous allons peut-être devoir temporairement réaligner les divisions de manière géographique, puisque voyager de Floride en Californie par exemple ne fera peut-être pas sens. Nous aurons sans doute intérêt, dans le cas d’un calendrier réduit, à optimiser les matchs intra-divisions, avec de la proximité géographique », a ainsi expliqué Gary Bettman mardi dernier.

Une solution qui excite les fans canadiens, qui se prennent à rêver d’une division locale : Vancouver, Edmonton, Calgary, Winnipeg, Toronto, Ottawa, Montréal. Bien malin celui qui prédira le classement !

Ce retour dans des zones géographiques plus modestes s’accompagnerait d’une autorisation d’accueillir du public dans une proportion à déterminer, sans doute variable selon les autorités sanitaires locales. Avec l’espoir de pouvoir rééavaluer cette capacité en cours de saison.

Chaque équipe se déplacerait donc pour jouer deux ou trois matchs de suite contre le même adversaire avant de rentrer à la maison, ce qui réduirait les voyages, et augmenterait le temps en famille. La diminution du budget transports serait loin d’être négligeable.

Cette piste élimine d’office toute idée d’un calendrier de 82 matchs. Plusieurs schémas sont envisagés en coulisses, de 48 à 62 rencontres. On rappelle que, lors du dernier lockout, la saison avait été jouée en 48 matchs, mais une partie des propriétaires souhaiterait plus de rencontres afin de pouvoir répondre aux contrats TV et sponsors.

Et les salaires ?

L’inquiétude des joueurs reste la question des salaires. Les salaires ne seront déjà que de 72%, puisque 20% sont reversés aux propriétaires par le mécanisme « d’escrow » – compensation des pertes – et 10% d’autres retenues prévues sur ce reliquat. Il est probable que les mécaniques de « remboursement » aux propriétaires soient tout aussi violentes la saison prochaine…

L’idée d’un salaire versé au pro-rata du nombre de matchs disputés a été évoquée, ce qui soulagerait les propriétaires à court terme. Mais les joueurs, qui ont déjà donné des concessions cet été pour la reprise en « bulle », sont-ils prêts à encore lâcher du lest ?

Le virus, ce chamboule-tout

Malgré tout ces espoirs, la situation sanitaire risque encore une fois de bouleverser tous les plans. Et c’est évidemment la principale raison de l’attentisme de la ligue. Le reconfinement est déjà envisagé dans de nombreuses régions : le Manitoba (Winnipeg) l’a mis en place jeudi dernier, et New York devrait fermer ses écoles et les services non-essentiels dans les jours qui viennent. La plupart des infrastructures sportives ferment les unes après les autres.

Ce confinement dans le Manitoba – qui en annonce peut-être d’autres – priverait les Jets de camp d’entraînement début décembre, sauf dérogation. De plus, les remous actuels de la politique américaine pourraient voir évoluer les choix sanitaires au niveau national lorsque Joe Biden s’installera à la Maison Blanche en janvier.

Le 1er janvier semble intenable et plusieurs propriétaires visent plutôt le 1er février – au mieux. Ce qui va compliquer la tâche, la ligue se montrant réticente à décerner la coupe Stanley après mi-juillet, d’autant que les Jeux olympiques de Tokyo occuperont la scène médiatique en août, et donc les créneaux sur les chaînes américaines. Tout décalage compliquerait aussi la saison 2021-2022, qui doit déjà s’interrompre quinze jours en février pour les Jeux de Beijing. D’autant que le Kraken de Seattle s’ajoutera à la danse, avec une draft d’expansion à mettre en place.

Et les jeunes, dans tout cela ?

Pendant ce temps, les équipes NHL ont prêté bon nombre de leurs espoirs dans les ligues européennes. Plus de 150 joueurs draftés, principalement européens – mais pas uniquement – jouent en ce moment en élite suédoise ou en deuxième division, ainsi qu’en Finlande, en République Tchèque, en Allemagne, en KHL ou d’autres ligues.

Un processus qui risque de poser problème bientôt : la Suède a annoncé cette semaine l’interruption de ses championnats U18 et U20. Comme quoi, le « modèle suédois » ne semble pas mieux fonctionner qu’ailleurs.

Pendant ce temps, en Amérique, l’impression chaotique continue.

Les ligues juniors canadiennes dans l’attente

La LHJMQ a débuté le 2 octobre, mais le calendrier est mité par de multiples annulations pour cause de cas positifs. La plupart des matchs s’y sont disputés à huis clos, ou avec des jauges réduites entre 1000 et 2200 spectateurs. La ligue avait même dû interrompre sa saison partiellement dès le premier week-end d’octobre, notamment pour les équipes des environs de Québec. Seules les équipes des provinces maritimes jouent encore… avant que la ligue ne mette en place une « bulle » à Québec.

La WHL n’envisage pas de débuter avant le 8 janvier. L’OHL espère pour sa part reprendre début décembre, mais les autorités locales émettent le souhait que les matchs soient disputés… sans mises en échec. Un choix basé sur pas grand chose finalement, puisque les joueurs se côtoient dans les vestiaires et sur le banc ! Rien n’est officialisé pour l’heure.

La NCAA en ordre dispersé

Aux États-Unis, la NCAA est dans une situation encore plus critique. En effet, chaque université, chaque conférence a choisi des directions différentes.

Certaines équipes ont interrompu purement et simplement leur programme de hockey, comme l’université Alaska-Fairbanks. Il n’y aura pas de saison pour eux. Plusieurs joueurs se sont placés sur la liste des « transferts », dont la NCAA a assoupli le fonctionnement.

D’autres formations de la conférence ECAC, comme Harvard, ont tout d’abord choisi de ne rien envisager avant le 1er janvier. Conséquence, plusieurs joueurs qui devaient rejoindre le programme ont finalement annulé leur venue et rejoint d’autres équipes. Matthew Beniers, envisagé dans le top-10 de la draft 2021, a par exemple abandonné Harvard et rejoint l’université du Michigan, laquelle a repris par petits groupe à l’automne et débutera sa saison fin novembre. La conférence Hockey East et la conférence Big Ten reprennent ce week-end : après huit mois sans jouer, Wisconsin a battu Notre-Dame 2-0 ce vendredi 13 novembre.

Ces équipes de « Ivy league » (les universités prestigieuses de la côte Est), qui font partie de la conférence ECAC, ont finalement choisi de complètement annuler la saison, chez les hommes comme chez les femmes. Brown, Cornell, Darmouth, Harvard, Princeton et Yale ne joueront pas de l’année, sauf à l’entraînement… Un coup dur pour les jeunes espoirs de ces équipes. Jack Drury, grand espoir de Carolina, a ainsi quitté Harvard pour la Suède, pendant que d’autres joueurs ont choisi de revenir au circuit junior USHL.

L’USHL a en effet repris le 6 novembre, mais 4 des 12 premiers matchs ont déjà été reportés…

Long Island Hockey

La NCAA en arrive donc à des incongruités. Arizona State jouera bien mais, ne faisant pas partie officiellement d’une conférence, les « Sun Devils » joueront leurs 28 matchs uniquement à l’extérieur. La nouvelle équipe de Long Island, créée cette année, sera bien de la partie, et l’on se demande bien comment le staff a réussi la prouesse de monter une équipe de toute pièce en pleine pandémie. Les « Sharks » devaient jouer leur premier match ce week-end… mais des cas de Covid-19 chez leur adversaire, Army, ont reporté le match.

Pas mieux chez les professionnels

Les ligues professionnelles américaines, AHL, ECHL et SPHL, sont dans l’attente. L’ECHL devrait débuter en décembre et reste en liaison avec la NHL, qui transmet toutes les informations dont elle dispose. Elle tourne à environ 4000 spectateurs de moyenne, mais il n’est pas certain que chaque équipe puisse accueillir des supporters. Mais sera déjà privée de deux équipes : les Atlanta Gladiators et Norfolk Admirals ne joueront pas cette année, bloqués par les recommandations sanitaires réduisant l’affluence. Autant de joueurs agents libres…

L’AHL a fixé son début de saison au 4 décembre et toutes les équipes devraient pouvoir jouer. Mais ce plan est loin d’être assuré compte tenu des pics épidémiques en pleine poussée cette semaine : la ligue, elle aussi, joue sur deux pays, ce qui n’arrange rien. Bref, la date du 4 décembre tout proche est loin d’être gagnée.

La ligue semble même envisager de temporairement relocaliser au Canada les équipes de Stockton (filiale de Calgary), Bakersfield (Edmonton) et Utica (Vancouver) afin de faciliter la transition si la NHL met en place sa conférence canadienne. On rappelle que la fréquentation en AHL varie de 2800 à 9000 en moyenne, une affluence essentielle aux finances des clubs.

Pour plus de renseignements sur l’AHL et l’ECHL, la chaine ESPN propose un long format.

Pour chaque ligue, il faut, avant de reprendre, déterminer la présence de public ou non, quelles mesures préventives prendre, que faire en cas de test positif… Et bien sûr, la question financière – perte de billetterie, de sponsoring – préoccupe tout le monde.

Les scouts à l’arrêt

Le travail des scouts s’en trouve donc terriblement secoué. Finies les longues heures de voiture d’une ville à l’autre : trop de matchs annulés, reportés, d’équipes disparues et de matchs à huis clos. L’essentiel du scouting se fera en vidéo, ce qui n’est pas pareil – le scouting, c’est aussi beaucoup d’informel, de discussions avec les staffs par exemple. Beaucoup trop de jeunes joueurs ne bénéficient pas de conditions d’entraînement favorables, ou d’environnement compétitif, depuis de longs mois.

Le Mondial U20 se jouera dans une « bulle » à Edmonton, et les scouts n’y seront sans doute pas invités. Les joueurs des dix pays participants arriveront pour quinze jours de quarantaine avant de disputer un tournoi à huis clos du 25 décembre au 5 janvier, à la Rogers Place d’Edmonton. L’IIHF a sacrifié la plupart de ses tournois pour financer celui-ci, à l’impact médiatique – et sponsoring – important au Canada. Il n’y aura pas de promotion/relégation. Pour limiter les coûts, le tournoi 2022 se déroulera également à Edmonton et Red Deer. La Suède, qui devait organiser cette édition à Götebörg, a accepté de décaler cette organisation à 2024.

Comme en Europe, le hockey nord-américain a déjà payé un lourd tribut, notamment au niveau universitaire. Les incertitudes pèsent sur les clubs, et tout autant sur des milliers de joueurs : espoirs privés de glace et donc de progression ou de conditions d’entrainement décentes, joueurs de ligue mineure aux revenus amputés. Tous vivent une certaine perte de sens : lorsque l’on a patiné et joué toute sa vie, être privé de compétition depuis huit, dix mois ou plus, ne restera pas sans séquelle psychologique.

Dans tous les cas, la deuxième quinzaine de novembre sera critique et déterminera la réalité de cette hypothétique saison 2020-2021.

 

Photo d’en-tête : « NHL at Jobing.com Arena » by 5of7 is licensed under CC BY-SA 2.0

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