Le hockey suisse face à sa plus grande crise

564

Novembre est le mois où nous publions traditionnellement notre panorama du championnat suisse, et c’est un mois particulier cette année. Le hockey sur glace se poursuit à huis clos à cause de la seconde vague de Covid-19, le taux de contamination étant actuellement le plus fort d’Europe dans le canton de Genève selon l’OMS. Le 26 octobre, les clubs suisses ont envoyé une lettre ouverte pour demander à continuer leur activité en expliquant que les règles sanitaires mises en place dans le public fonctionnent. Deux jours plus tard, la Suisse a limité la fréquentation des lieux clos à 50 personnes, dont 15 spectateurs maximum dans les patinoires. Bienne, Lausanne et Zoug se sont prononcés pour l’arrêt du championnat, mais la majorité a décidé de continuer jusqu’au 1er décembre, en espérant négocier des aides non remboursables d’ici là. Sachant qu’un tiers des rencontres avaient déjà été reportées depuis le début de saison, le calendrier pourrait ne pas être tenu et le classement pourrait être adapté à la moyenne de points en jouant au moins 75% des rencontres. Les clubs ont demandé la suppression des matches de l’équipe nationale (entraînant le forfait de la Suisse à la Deutschland Cup).

La Confédération a mis en place des financements spéciaux pour les clubs sportifs en difficulté, tant pour 2020 que pour 2021. Pour le sport amateur, il s’agit de 100 millions de francs suisses par an de contribution « à fonds perdus », comme les Suisses allemands le disent en français dans le texte, c’est-à-dire de subventions. Pour le sport professionnel, principalement le football et le hockey qui ont fait un lobbying commun, il s’agit de 175 millions de francs suisses par an, mais ce sont des prêts sujets à remboursement sous une durée maximale de 10 ans. L’objectif est d’assurer que tous les clubs puissent finir la saison. Si ces prêts – à hauteur d’un quart de la masse salariale 2018/19 des clubs – ne sont pas remboursés sous 3 ans, les clubs devront diminuer le volume des gros salaires (au-dessus de 148 000 francs, soit 137 000 euros annuels) de 20% par rapport à la situation pré-Covid. En clair, l’argent public ne devra pas servir à s’acheter des vedettes. Et le marché s’est déjà adapté en corrigeant nettement à la baisse.

Les clubs suisses vivent sur un gros contrat télé général qui rapporte 35 millions par an et court jusqu’en 2022. C’est plus de la moitié du budget de la fédération suisse, qui redistribue ensuite l’argent aux clubs. Mais cette union sacrée va voler en éclats. Le système qui a porté le hockey suisse depuis des années (une Ligue A et une Ligue B sous un même toit puis le hockey amateur) touche à sa fin. Ligue et fédération formaient une entité juridique commune depuis 2009. La National League, la plus attractive pour les télévisions, veut redevenir autonome.

La Swiss League se fait la même réflexion, pour ne plus être dépendante des décisions des clubs d’élite (Zurich et Zoug avaient deux voix au lieu d’une grâce à leurs équipes-fermes !). Elle veut confier son destin à Jean Brogle, un consultant en droits sportifs qui conseillait la télévision publique sur le plan juridique. Si quelqu’un a les réseaux et compétences pour négocier un contrat, c’est lui. Mais une deuxième division est-elle assez attractive pour conserver les 4 millions d’euros qui étaient sa part du gâteau ? Peut-être en se vendant comme « authentiquement suisse » parce que la National League envisagerait… de passer de 4 à 10 étrangers (mais en incluant les étrangers à licence suisse qui ne comptent pas aujourd’hui et qui sont en moyenne 4 par club).

L’autre perdant devrait être la fédération. Les droits télévisés de l’équipe nationale ne pèsent pas lourd car ils n’incluent que les matches amicaux et pas les championnats du monde (dont les recettes de télévision appartiennent à l’IIHF). En plus, la fédération vient de perdre son partenaire majeur, les assurances Zurich, qui sponsorisaient la sélection, les arbitres et la Coupe de Suisse pour 1 million de francs par an. C’est pourquoi la coupe a été supprimée pour la prochaine saison 2021/22, dont le calendrier s’annonce compliquée en une année olympique.

Le hockey suisse semble donc se préparer à se déchirer et voir chacun tirer dans son sens pour avoir sa part du gâteau… alors même que le gâteau risque de se rétrécir. L’exemplarité structurelle qui a permis à la Suisse de s’approcher du groupe très fermé des meilleures nations mondiales pourrait donc bientôt être de l’histoire ancienne.

Bien d’autres questions se posent pour cette saison cruciale :

  • Comment les clubs romands ont-ils rebondi après les échanges « forcés » de l’été (Vermin/Bozon…) ?
  • Pourquoi un octogénaire qui rabaisse les femmes comme des esclaves fait-il trembler le club le plus traditionnel de Suisse ?
  • L’architecte de la cathédrale d’Évry préservera-t-il l’âme et la foi du club de village le plus « culte » d’Europe ?

Vous en apprendrez plus sur tous ces sujets dans notre panorama du championnat suisse, club par club.

Les commentaires sont fermés.

dapibus facilisis tristique mi, libero neque.