Grégory Tarlé : « On l’attendait depuis longtemps »

Victoire française contre la Slovaquie - photo Nicolas Leborgne
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À un mois du Championnat du monde de D1 à Angers, l’entraineur de l’équipe de France féminine de hockey, Grégory Tarlé, a accordé à Hockey Archives quelques moments dans une préparation chamboulée.

 

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Estelle Duvin et Emilia Leskovjanka – photo Nicolas Leborgne

Hockey Archives : Vous connaissez enfin la composition de cette poule de division 1. La situation a dû être étrange à gérer, avec cette promotion de la Suède pour remplacer en élite la Russie, exclue ?
Grégory Tarlé : On s’en doutait. Maintenant, il va falloir prendre le temps de parler avec le staff et les joueuses. Cela change la donne : avoir deux tickets sur six, ce n’est pas pareil qu’un seul pour cinq ! Le changement est plus d’un point de vue mental. Sur la stratégie et la manière dont nous devons jouer, cela ne change pas grand chose.

HA : Il y avait un esprit de revanche contre la Suède j’imagine…
GT : On attendait la Suède, oui, avec l’envie de s’étalonner. Mais ça sera un Mondial difficile tout de même. Les équipes sont très proches en terme de niveau. Nos ambitions sportives sont toujours là.

HA : Cela change quelque chose au niveau du rythme, avec un match de moins ?
GT : Oui, cela change la donne, nous allons prendre le temps d’y réfléchir. Nous attendons le calendrier de l’IIHF, car il y a deux solutions : soit on conserve le planning avec une Suède « forfait », soit non. L’IIHF a conservé la possibilité de Mondiaux à cinq dans son règlement avec un autre calendrier. Nous attendons leur décision.

HA : Quand saurez-vous ?
GT : Eh bien, le Mondial U18 a été décalé à début avril et la Slovaquie a été aspirée vers l’élite… mais le planning n’est toujours pas validé ! C’est un peu fou, ce qui se passe, mais nous le prenons avec philosophie. Il se passe des choses bien plus graves dans le monde en ce moment.

HA : On a vu un effectif un peu différent lors des amicaux de février par rapport au TQO…
GT : Oui, en février nous avons testé des jeunes, car nos Nord-Américaines ne pouvaient pas faire le déplacement. Nous avons pu faire tourner les gardiennes. Je ne dévoilerai pas la sélection pour Angers ! Mais nos joueuses d’expérience seront là.

HA : Quelques joueuses, comme Lucie Quarto ou Emma Morel, ont assez peu joué cette saison ?
GT : Elles ont pu jouer. Emma Morel était en prep school dans le Vermont avec Julia Mesplèdes avec une saison entre fin octobre/début mars. Un schéma plutôt classique, et elle a rejoint le Pôle France une semaine. C’est l’organisation que nous avions mis en place. Pour Lucie, cela a été un peu plus difficile d’accéder à la glace. Elle a tout de même pu jouer les playoffs de son université canadienne et a pu avoir un temps de jeu correct cette saison compte tenu des circonstances. Le contexte universitaire canadien a été le plus touché par les réglementations liées au Covid-19.

HA : Et maintenant, il faudra remettre tout le monde au même niveau, entre celles qui ont déjà fini leur saison et celles encore en course !
GT : Exactement ! Nous entrons dans la période critique où nous craignons les blessures exigeant deux à trois semaines de repos. Les championnats s’arrêtent au compte-goutte. Nous sommes en route vers les finales en Suisse et Finlande, décalées là-bas à cause des Jeux olympiques. Cela concerne nos joueuses d’Helsinki. Les joueuses du Pôle France joueront encore jusqu’à début avril dans le championnat U15. Lara Escudero est encore en compétition en Hongrie jusqu’à début avril également. Les autres ont une période de coupure.

HA : Avoir des internationales dispersées, c’est la rançon du succès en somme ?
GT : Oui tout à fait. C’est le fruit du travail mené depuis quatre-cinq ans en vue du tournoi de qualification olympique. C’est notre force d’avoir des internationales dans de grands championnats, et à des postes importants dans leurs équipes respectives. Le suivi est plus difficile, mais c’est aussi ce qui nous a permis d’être si proches de la Suède lors du TQO.

HA : Justement, en l’absence de la Suède, que penser de cette poule ?
GT : Elle est à notre portée, on en connaît les adversaires. Peut-être un peu moins les Pays-Bas, mais nous allons les affronter en préparation, c’était l’objectif. Je m’attends à des scores serrés. La Slovaquie, la Norvège, l’Autriche – qui a fait un bon TQO – et donc les Pays-Bas, peut-être un cran en dessous même si elles sont quelques joueuses en Suède. Leur alignement est sans doute moins dense. Je me méfie de tout le monde.

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Caroline Baldin et la défense française contre la Slovaquie au TQO 2021 – photo Nicolas Leborgne

 

HA : Et c’est aussi le dernier tournoi de certaines joueuses…
GT : Bien sûr, c’est motivant. On ne se cache pas derrière cela, c’est comme au TQO. Des joueuses d’expérience ont disputé leur dernier TQO et là, ce sera leur dernier tournoi. Nous avions mené tout un travail psychologique là-dessus. Là, cette dernière sera en France, devant la famille et les amis. Il y aura beaucoup d’émotions, à transformer en sensations positives. Cela nous donne une force supplémentaire, et d’être en France nous permettra de valoriser la carrière exceptionnelle de ces joueuses.

HA : Et c’est enfin ce mondial à Angers, tant reporté !
GT : On ressent un engouement autour de cette équipe depuis deux ans, via les réseaux sociaux, et via les sorties médiatiques du club d’Angers et de ses supporters. On va enfin pouvoir se concentrer et voir la patinoire vibrer aux couleurs françaises. Ce sera une grande fête du hockey. Nous avons des ambitions, et nous espérons le soutien et le suivi des spectateurs. Nous attendons ce tournoi depuis longtemps.

HA : Avant cela, il y aura le mondial U18, avec certaines joueuses présentes dans les regroupements seniors précédents, dont Jade Barbirati qui était au TQO…
GT : Il y aura le Mondial U18 début avril en effet. Il n’y a pas de surprise, Jade était au TQO et sera de la liste senior, mais il y aura peut-être d’autres jeunes. Tout cela fait partie du travail du Pôle France : préparer le renouvellement des générations. Nous avons mené un travail de quatre ans vers le TQO, mais il ne s’arrête pas là. Nous préparons la suite, l’intégration de nouvelles joueuses via la formation du Pôle. Malgré tout, l’objectif reste la performance au Championnat du monde. Si les joueuses sont convoquées, c’est uniquement parce qu’elles apportent un plus.

HA : Si l’on détaille les adversaires de ce Mondial, quelles sont leurs forces et faiblesses ?
GT : La Slovaquie a mis en place un pôle d’entraînement national depuis quelques années, similaire au nôtre. Elles ont connu l’élite par le passé. Leurs jeunes poussent fort. C’est un pays qui a joué les Jeux olympiques il n’y a pas si longtemps. Leurs U18 ont été aspirées en élite. La Slovaquie a une culture du jeu et du hockey féminin. Ces dernières années, on a trouvé une façon de gagner contre ce pays, mais chaque match a été difficile. Elles sont bien coachées, leur profondeur de banc est similaire à la nôtre. Il faudra se servir des confrontations précédentes, mais ils le feront aussi, c’est donnant donnant ! Les Slovaques comptent quelques joueuses dans des championnats majeurs, mais je pense que nous avons plus d’expérience. Nous avons un mélange jeunesse-expérience, avec des joueuses de talent à des postes clés dans leurs équipes respectives. Caroline Baldin a fait une saison exceptionnelle en Suisse, Estelle Duvin est deuxième meilleure pointeuse en Finlande alors qu’elle joue dans une équipe de milieu de tableau. Chloé Aurard a disputé le Frozen Four en universitaire, Marion Allemoz réalise l’une de ses meilleures saisons en Suède. On connait nos forces et nos adversaires les connaissent bien.

HA : Les autres pays ?
GT : La Norvège est un peu comme nous, leurs joueuses majeures sont plutôt proches de la fin de carrière. Elles ont du talent mais peut-être moins de profondeur. Elles disposent d’une très bonne gardienne [Linnea Holterud Olsson], un peu plus jeune que Caroline Baldin. C’est une équipe accrocheuse, qui peut faire des résultats.
L’Autriche, nous ne l’avons pas jouée depuis longtemps, mais c’est une équipe que je suis. Elles ont une attaquante en NCAA, à l’université du Vermont [Theresa Schafzahl] qui joue dans la même division que Chloé Aurard. Elle était déjà en D1 contre nous. Une ailière rapide joue à Brynäs [Anna Meixner]. Elles ont de grosses individualités mais, passé la première ligne, cela chute pas mal. Leur coach est l’ancien entraîneur de la Finlande, passé par la Hongrie. C’est un jeu fermé, qui cherche les espaces en contre. Il y aura un Autriche-Norvège à Paris en préparation, nous l’observerons.
Enfin, les Pays-Bas, qui se font fait voler leur place au TQO par la Pologne. C’est une équipe que nous avons analysée. Elle compte deux joueuses en Suède qui ont fait de bonnes saisons [Julie Zwarthoed et Kayleigh Hamers]. A priori cela reste l’équipe la moins forte…

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Betty Jouanny – photo Nicolas Leborgne

HA : Mais l’on sait ce que vaut le papier, n’est-ce pas ?
GT : Oui ! Le sport, c’est dense, serré, il peut se passer beaucoup de choses. Je connais le caractère de nos joueuses, leur état d’esprit et leurs forces. Elles ont à cœur de faire un bon Mondial pour finir leur carrière en beauté, comme pour la suite du projet de l’équipe de France féminine. Et ce, même sans la Suède pour la revanche. Le Mondial est le deuxième objectif de la saison et il va enfin arriver. Nous avons huit-neuf jours de préparation pour peaufiner les détails. On va se remettre dans un Mondial, cela faisait longtemps !

HA : Quelle sera la préparation ?
GT : Deux matchs étaient prévus, contre la Suède et les Pays-Bas. Nous cherchons un remplaçant pour le match contre la Suède du coup, mais si nous ne trouvons pas, nous ferons une organisation différente. L’idéal serait de jouer deux matchs avant ce tournoi à cinq, il faudra trouver une solution. C’est la force du staff, de mettre en commun nos idées et de trouver des solutions. Nous sommes en adaptation permanente et le travail a déjà beaucoup avancé. Nous travaillons déjà sur le suivi cardio des joueuses afin de déterminer les pics de force, et changer l’entraînement pour être dans une intensité proche d’un match. C’est notre culture, les joueuses y adhèrent. C’est le même fonctionnement que le rugby, c’était sorti dans les médias – même si les moyens ne sont pas les mêmes. Nous les mettons en situation à l’entraînement comme si c’était un match. L’approche est similaire. Cela ne remplace pas un vrai match, mais nous serons présents.

HA : Et cela permettra une remise à niveau générale ?
GT : La préparation sert à cela. Il faut remettre celles qui n’ont pas joué depuis longtemps dans le rythme, et se servir de cette période de reprise pour les joueuses qui ont vécu des playoffs denses. Le staff et les préparateurs physiques sont prêts. Tout est en place pour ces données, les joueuses le savent et nous avons sans doute les plus expérimentées du tournoi. Elles connaissent la récupération et la préparation. Nous sommes confiants, nous savons faire. Oui, il reste des choses que nous ne maîtrisons pas, et il faudra faire avec. Le but, c’est de prendre du plaisir, c’est ce que veulent les filles à domicile !

HA : Un Mondial de D1 homogène… un petit mot sur l’état du hockey féminin mondial ?
GT : Les moyens font la différence. Regardez les Tchèques, qui sont passées devant depuis dix ans. Leur programme est en développement, un pays avec une culture du hockey, un petit pays mais qui s’occupe d’elles comme les hommes. Le Canada, les États-Unis, la Finlande… ensuite un groupe de quatre ou cinq pays, puis la même chose. Je dirai que c’est homogène jusqu’à la treizième place. Mais tant qu’il y a des gens qui rêvent, des bénévoles, des vacataires… Nous avons une approche professionnelle, pas en terme d’argent, mais nous sommes professionnels dans nos actions, dans nos domaines de compétences et notre engagement. Beaucoup de pays ont la même dynamique que nous.

HA : Pour finir, nous serons ravis de vous rencontrer à Angers… en espérant vous voir sans le mode bulle !
GT : Nous ne savons pas encore la position de l’IIHF là-dessus. Je pense que ce sera possible sans bulle, nous verrons déjà comment cela se passe aux U18, si ce sera strict ou non. Nous espérons vraiment pouvoir valoriser les joueuses. Elles ont de l’expérience, elles sont accessibles médiatiquement. Cette image à véhiculer, c’est bien plus difficile en mode bulle. Dans tous les cas, merci à vous de nous avoir suivi en Suède. De savoir qu’il y avait trois médias dans cette tribune de presse [Hockey Archives, Plan de Match, Hockey Franco], à faire vivre l’événement, cela nous a fait chaud au cœur.

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Victoire française contre la Slovaquie – photo Nicolas Leborgne

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