La Suisse est première de la phase de poules, mais cela ne rapporte aucune médaille. Le Suède-Canada de l’après-midi a rappelé que la seule vérité qui compte est celle de la phase éliminatoire. Même dans leur configuration osée à cinq défenseurs, les Américains se sont parfaitement préparés à ce quart de finale. Ils connaissaient leur adversaire avant même le dernier match et ont « reposé » Seth Jones et Nate Schmidt contre la Norvège (respectivement 12 et 13 minutes de temps de jeu) pour qu’ils soient prêts à jouer 30 et 25 minutes aujourd’hui face aux rapides patineurs helvètes.
Pas si à l’aise en position de favorite, la Suisse semble un peu nerveuse et n’arrive en tout cas pas à imposer son jeu. Timo Meier fait trébucher Bellows pour la première pénalité. Matthew Boldy gâche une excellente position de tir en choisissant la passe de trop (pour Tynan que Siegenthal revient bousculer). Mais les États-Unis convertissent quand même la supériorité numérique, avec une dose de chance. Un centre de Meyers reste bloqué sous la jambe de Kukan en opposition. L’attaquant américain vient reprendre cette rondelle qu’il remet en retrait… Elle ricoche sur le patin du malheureux Calvin Thürkauf qui la talonne dans ses propres filets (0-1, image ci-dessous).
Andrew Peeke charge à l’épaule Enzo Corvi qui chute et heurte violemment la bande. Le jeu est interrompu pour nettoyer le sang sur la glace alors que Corvi rentre définitivement aux vestiaires, sonné. Les arbitres n’ont pas appelé de pénalité sur l’action, et maintiennent cette décision après avoir discuté entre eux. La Suisse semble quand même réagir en se montrant enfin plus active. Mais c’est dans un temps fort qu’elle concède un but-gag. Dominik Egli revient chercher un palet mais est en difficulté, pressé par Adam Gaudette qui patine plus fort mais qu’il semble repousser d’un coup d’épaule. L’attaquant américain, ventre à terre sur la glace, persévère et parvient à devancer la sortie du gardien Leonardo Genoni en contrant le palet (image ci-dessous) puis à se relever pour le pousser au fond (0-2).
La Suisse est passée complètement à côté de son premier tiers-temps. Parti en 2 contre 1 pour une trop rare occasion, Timo Meier choisit le tir, détourné hors cadre par la crosse de Luke Hughes. La Nati a déjà été menée 0-2 après vingt minutes dans ce Mondial, c’était contre la France et elle avait retourné la situation.
On attend une forte réaction de la Nati au retour des vestiaires. Elle arrive en seulement 23 secondes : lancer sur le poteau de Timo Meier ! Après deux minutes et demie, Boldy fait trébucher Siegenthaler sur une mise au jeu dans la zone suisse, mais c’est lui récoltera la meilleure occasion : il reçoit le palet à sa sortie de prison et part seul au but, mais Genoni réussit une parade décisive du bras gauche. Il en réussira une autre juste avant la mi-match face à Bellows sur un 3 contre 1.
Si Suisse concède quelques revirements, c’est qu’elle prend des risques avec un forechecking très haut et déterminé. Le danger se fait plus pressant. Servi seul dos au but par un centre de Kukan, Fabrice Herzog perd le contrôle du palet en essayant de se mettre sur son coup droit pour tirer. Trente secondes plus tard, Nate Schmidt bloque bien la crosse de Riat au rebond d’un tir de Hischier. Après la mi-match, un slap de Dean Kukan frappe le masque du gardien Jeremey Swayman. Deux minutes plus tard, le meilleur marqueur du tournoi Denis Malgin perce seul dans l’axe, mais il manque son dernier geste, un revers faiblard dans les bottes du gardien.
Plus le temps passe et plus les États-Unis se plient, mais leur défense ne rompt pas. Pendant une de leurs très rares incursions dans le camp adverse, Hartman lève sa crosse au visage de Suter dans un duel. La Suisse finit la deuxième période à 5 contre 4, en vain.
Après avoir beaucoup reculé, les Américains ont dû recevoir des consignes de David Quinn aux vestiaires. En tout cas, ils patinent beaucoup plus fort à la reprise. C’est utile car Matthew Boldy se crée deux énormes occasions. D’abord, il dribble Tobias Geisser en un contre un, mais Leonardo Genoni ferme bien l’angle. Ensuite, il hérite d’un mauvaise passe en retrait de Meier et se présente seul devant Genoni, qui gagne de nouveau son face-à-face, côté bouclier.
Malgré ses fautes et erreurs épisodiques (dont la pénalité fatale ce soir), Timo Meier montre toujours l’exemple offensivement, en attaquant la cage ou en faisant des écrans. mais le temps passe et aucune opportunité ne s’ouvre pour la Suisse. Même une crosse haute de Luke Hughes au visage de Malgin échappe aux arbitres. À six minutes de la fin, les Américains relancent très vite après une mise au jeu en zone offensive, Sean Farrell fixe Janis Moser et lance un 2 contre 1. Karson Kuhlman est patient pour contourner Fora couché et servir au second poteau Meyers, celui qui avait gagné l’engagement au départ (0-3).
Pour envoyer un message de persévérance, Patrick Fischer sort très vite son gardien, alors qu’il reste 5’41 au chronomètre. Kuhlman manque la cage vide à deux minutes de la fin, puis deux longs dégagements de Magna et Kuhlman touchent les deux poteaux. Le suspense est (un peu) préservé. Mais cela ne change plus rien pour la Suisse. Le gardien Jeremy Swayman reste imperturbable quelle que soit l’activité autour de sa cage. Il n’a plus encaissé de but depuis 130 minutes.
Certes, les États-Unis ont eu de la réussite pour prendre l’avantage. Mais ils ont provoqué cette chance. La Suisse a attendu la deuxième période pour entrer son quart de finale et son retard à l’allumage a été irrémédiable.
Les deux équipes nord-américaines ont donc renversé la hiérarchie en changeant de patinoire dans ces quarts de finale. Après avoir battu le vainqueur du groupe de Helsinki, les États-Unis auront une tâche encore plus difficile en rentrant à Tampere. Ils devront rencontrer le premier de leur propre groupe, la si solide Finlande.
Désignés joueurs du match : Denis Malgin pour la Suisse et Jeremy Swayman pour les États-Unis.
Trois meilleurs Suisses du tournoi selon leur entraîneur : Nico Hischier, Denis Malgin et Dean Kukan.
Commentaires d’après-match :
Nico Hischier (attaquant de la Suisse, ci-contre) : « Nous étions ici pour gagner ce tournoi. Nous avons pris un but tôt mais on fait un match correct. Leur gardien a bien joué. Je suis vraiment déçu maintenant. Ce n’est pas la première fois que nous sommes dans cette position. Il faut nous assurer d’être prêts au départ. La première période n’était pas notre meilleure, dans ce tournoi nous avons eu quelques premiers tiers qui n’étaient pas très bons. Si nous jouions mieux en première période, nous nous donnerions plus de chances de gagner. Nous savons que cela n’a pas d’importance d’être bons en phase de poules, à la fin c’est un match qui compte. »
Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « En tant que joueur j’ai vécu beaucoup de parties de ce genre, la meilleure équipe ne gagne pas toujours. Les Américains ont marqué deux buts bizarres, personnellement je suis fier de mon équipe. Le départ n’était sûrement pas optimal, nous n’étions pas assez concrets. Après la sortie de Corvi nous avons dû changer les lignes, cela a désordonné notre powerplay. Certes, nous n’avons pas atteint notre objectif de demi-finale, ni à Pékin ni ici, mais cela ne correspond pas à ma mentalité de me contenter d’une qualification en quart de finale, comme par le passé. Aujourd’hui tout s’est accumulé, Corvi s’est blessé, Suter a eu un problème au coude, mais je ne peux faire de reproche à personne, tout le monde s’est battu comme un lion. C’est le sport, mais je quitte Helsinki la tête haute. »
Seth Jones (défenseur des États-Unis) : « Tout le monde a bien joué. C’était un grand effort d’équipe. C’est une défense d’équipe, les attaquants font un gros boulot pour revenir et nous rendre la vie facile. Et notre gardien, je veux dire… On ne peut pas en dire assez about Swayze (Jeremy Swayman). Il fait de grands arrêts quand on a besoin. »
Suisse – États-Unis 0-3 (0-2, 0-0, 0-1)
Jeudi 26 mai 2022 à 20h20 à la Helsingin jäähälli. 3727 spectateurs.
Arbitres : Andris Ansons (LET) et Linus Öhlund (SUE) assistés d’Andreas Krøyer Weise (DAN) et Nathan Van Oosten (CAN).
Pénalités : Suisse 2′ (2′, 0′, 0′) ; États-Unis 4′ (0′, 4′, 0′).
Tirs : Suisse 33 (4, 17, 12) ; États-Unis 22 (12, 6, 4).
Évolution du score :
0-1 à 11’59” : Meyers assisté de Bellows et L. Hughes (sup. num.)
0-2 à 16’42” : Gaudette assisté de Peeke
0-3 à 54’06” : Meyers assisté de Kuhlman et Farrell
Suisse
Attaquants
Timo Meier (2′) – Nico Hischier (C) – Damien Riat
Denis Malgin (-1) – Pius Suter (-2) – Dario Simion (-2)
Andres Ambühl (A) – Enzo Corvi [blessé à 14′] – Fabrice Herzog (2′, +1)
Christoph Bertschy – Philipp Kurashev (-1) – Calvin Thürkauf
Marco Miranda
Défenseurs :
Jonas Siegenthaler – Dean Kukan
Janis Moser (-2) – Michael Fora (A, -1)
Tobias Geisser – Andrea Glauser
Dominik Egli (-1)
Gardien :
Leonardo Genoni [sorti de 54’19” à 56’25” et de 56’31” à 60’00”]
Remplaçant : Reto Berra (G). En réserve : Sandro Aeschlimann (G), Christian Marti (D). Blessé : Tristan Scherwey (A, fracture de la cheville droite)
États-Unis
Attaquants :
Alex Galchenyuk – Ryan Hartman (2′) – Matthew Boldy (2′)
Kieffer Bellows (+1) – T.J. Tynan – Adam Gaudette (+1)
Sean Farrell (+1) – Ben Meyers (+2) – Karson Kuhlman (+1)
John Hayden – Sam Lafferty – Austin Watson (A)
Vinni Lettieri
Défenseurs :
Jaycob Megna (+1) – Seth Jones (C, +2)
Nate Schmidt (A, +1) – Andrew Peeke (+1)
Luke Hughes
+ des présences à l’arrière du centre Lafferty
Gardien :
Jeremy Swayman
Remplaçants : Strauss Mann (G), Thomas Bordeleau (A), Riley Barber (A). En réserve : Jon Gillies (G). Blessés et repartis : Nick Blankenburg (D), Jon Merrill (D).