C’est la première fois dans l’histoire des championnats du monde que la même finale se répète trois fois de suite. La Finlande, de surcroît champion olympique, est d’une exceptionnelle régularité depuis que Jukka Jalonen est aux commandes. Le Canada a connu des hauts et des bas… mais ses « hauts » coïncident toujours avec les rencontres à élimination directe. Si l’on a loué à juste titre l’exceptionnelle résilience des Canadiens, il faut souligner que les Leijonat se sont eux aussi qualifiés en remontant au score lors des deux tours précédents.
Pas de surprise dans les options tactiques. Dès le coup d’envoi, le Canada tire dans toutes les positions et met une forte pression physique dans les bandes. Dubois, Lowry et Comtois finissent leurs mises en échec et emplafonnent les défenseurs finlandais aux gabarits plus modestes. Mais c’est le pressing de Matthew Barzal qui a le plus d’effet, quand il fait perdre le palet à Saku Mäenälänen dans son enclave. Cela donne une bonne position de lancer à Josh Anderson, mais Jussi Olkinuora repousse de la botte droite.
La Finlande défend comme toujours très bien, en étant très active avec les crosses pour ne pas laisser de lignes de passe dans leur enclave. Mais le Canada n’est pas moins bien placé. La principale occasion finlandaise du premier tiers vient d’ailleurs de l’implication offensive conjointe des deux défenseurs : Miro Heiskanen entre en zone à gauche et décale sur la droite Ville Pokka, dont le tir finit dans la mitaine de Chris Driedger.
Le match est intense, mais sans action saillante. Cette première période très disciplinée s’est déroulée sans but, mais aussi sans pénalité. Au retour sur la glace, en revanche, une relance ratée de Sami Vatanen crée la panique dans le slot et Niklas Friman doit accrocher Anderson pour l’empêcher d’aller au rebond. Pour la première fois dans ce tournoi, la Finlande encaisse alors un but en infériorité numérique ! Après un échange rapide avec Travis Sanheim à la ligne bleue qui sert à éloigner Björninen, la passe transversale de Matt Barzal passe derrière lui et devant la longue crosse d’Anttila. Dylan Cozens la reprend parfaitement dans le haut du filet (0-1, photo ci-dessous).
Dans le camp finlandais, le troisième trio est le meilleur et commence à se créer des occasions, notamment grâce au bon forechecking de Harri Pesonen et Joel Armia. Parti à 2 contre 1 pendant que le Canada change de lignes, Juho Lammikko ne parvient pas à reprendre la bonne passe levée de Harri Pesonen qui atterrit à son niveau. Après la mi-match, Armia entre en zone, donne à Lammikko sur l’aile gauche et devance Whitecloud dans le slot pour dévier sa passe, de peu à côté (photo ci-dessous). L’action se prolonge en zone offensive et finit par envoyer en prison Nick Holden, qui fait trébucher Lammikko. Le powerplay local produit 5 tirs cadrés pendant ces deux minutes de prison, mais Chris Driedger les arrête tous. Armia aurait pu mieux faire sur un rebond mais s’est contenté d’un modeste tir rasant dans les bottes du gardien.
L’efficacité en avantage numérique a donc fait la différence, et voilà que le capitaine finlandais Valtteri Filppula coince sa crosse entre les jambes d’Anderson et part à son tour en prison. Barzal offre encore une cage ouverte à Cozens, tout près du but, mais le défenseur Atte Ohtamaa vient contrer le palet avec sa jambe ! L’intensité monte encore d’un cran en cette fin de deuxième tiers-temps. Une fois revenue à cinq, la Finlande pousse avant la pause. Un revers en angle de Jere Sallinen ricoche même sur le poteau !
La troisième période s’ouvre sur trois pénalités canadiennes enchaînées sans interruption. Les deux premières – toutes deux en zone offensive – sont aussi évidentes qu’inutiles : la trajectoire de Nicolas Roy va interférer avec le gardien et Noah Gregor fait trébucher Vatanen. Mais la troisième est une erreur arbitrale : Sillinger n’a commis aucune crosse haute car Heiskanen a été atteint au visage par son propre bâton ! Claude Julien est furieux sur le banc canadien et demande un challenge mais il n’en a pas le droit sur une simple pénalité mineure. Cette décision a des conséquences immenses. À 5 contre 3, Miro Heiskanen lance dans le fond de la balustrade et Mikael Granlund a l’angle ouvert sur le rebond (1-1).
Plus dramatique encore pour le Canada : son gardien Driedger se blesse en se mettant en grand écart sur l’action ! Matt Tomkins, le gardien de Frölunda, doit entrer en jeu, totalement froid et sans compétition alors qu’il n’a pas joué du tournoi ! Or, la Finlande est encore à 5 contre 4. La mitaine de Tomkins capte le lancer de Pesonen, mais pas le tir en pleine lucarne de Granlund car Sallinen lui a masqué la vue (2-1).
Il est très dur pour le Canada de s’en remettre car la défense finlandaise est insurmontable. Au moment de la dernière pause commerciale à six minutes de la fin, Olkinuora n’a toujours reçu qu’un seul tir en troisième période. Le match est tué à cet instant. Juho Lammikko gagne une mise au jeu dans la zone canadienne face à Roy (qui prend les engagements sur le côté droit à la place de Lowry) et Joel Armia décoche un magnifique tir du poignet dans le haut du filet (3-1). Un but mérité pour cette ligne qui a réalisé tout un match.
Claude Julien sort son gardien à deux minutes et demie de la fin. Le moteur offensif Matt Barzal passe en retrait à Zach Whitecloud qui tire dans la lucarne opposée (3-2). L’arbitre se place au centre de la patinoire et annonce au micro que Jukka Jalonen a utilisé son challenge parce que la cage avait bougé de ses gonds. Ce serait un énorme risque car cela peut coûter une pénalité et le dernier but d’avance. De fait, Anderson a poussé Heiskanen sur la cage, qui s’est soulevée… avant de retomber sur ses gonds. Après visionnage de la vidéo, les arbitres refusent le but, mais sans donner de pénalité parce que ce n’est pas le coach qui a demandé la révision. Tout cela semble confus. Mais peu importe : le Canada joue toujours à 6 contre 5. Matt Barzal attire le regard de tous les joueurs finlandais en passant derrière la cage et sert en retrait au milieu du slot Maxime Comtois, qui bat lui aussi Olkinuora côté plaque (3-3, photo ci-dessous). Encore une incroyable « remontada » canadienne, une de plus !
Cette égalisation a le mérite d’éviter que l’on parle d’un match joué sur une erreur d’arbitrage. Tout se décidera à la régulière, en prolongation, dans une configuration si particulière à 3 contre 3. Matt Barzal place la première accélération qui déborde Pesonen mais tire hors cadre. Barzal perd aussi le premier palet face à Lundell, mais ses coéquipiers se replient bien pour couvrir la contre-attaque. Le patinage de Miro Heiskanen peut aussi faire la différence dans cette situation de jeu, il prend de la vitesse depuis la zone neutre et fait un tour de cage… mais Thomas Chabot le bloque in extremis de la crosse contre son poteau !
Héros sur cette action, Chabot devient coupable deux minutes plus tard : en pressant à la ligne bleue pour faire sortir les Finlandais installés dans sa zone, il accroche Björninen – qui ne demande pas son reste pour tomber – en lui mettant sa crosse entre les jambes. La Finlande obtient un avantage numérique à 4 contre 3. Sakari Manninen, dans le cercle droit, reprend la passe transversale de Mikael Granlund. Matt Tomkins parvient à toucher légèrement le palet du bout de la mitaine dans son déplacement, mais cela ne fera qu’ajouter à sa frustration car il s’en est fallu de quelques millimètres (4-3).
Au bout du suspense et d’un match au scénario hallucinant, la Finlande est donc devenue championne du monde sur une pénalité indiscutable, et non sur une décision erronée. C’est mieux ainsi. Cette finale restera dans les annales, d’abord par l’intensité de jeu très élevée, puis par les rebondissements qui se sont accumulés.
Le gardien Jussi Olkinuora est élu MVP de la compétition par le vote des journalistes, qui a eu lieu comme d’habitude avant la fin de match, donc avant la remontée canadienne. Mikko Lehtonen est logiquement élu meilleur défenseur du tournoi, même si cette finale n’a pas été son meilleur match. Valtteri Filppula ajoute la médaille d’or mondiale à la médaille d’or olympique et à la Coupe Stanley pour rejoindre le Triple Gold Club, dont il est le trentième membre et le premier Finlandais.
Accordons pour notre part la médaille de la classe au coach perdant Claude Julien pour son attitude pendant la cérémonie et ses félicitations sincères aux joueurs finlandais et particulièrement à son collègue Jukka Jalonen.
Désignés joueurs du match : Mikael Granlund pour la Finlande et Matthew Barzal pour le Canada.
Finlande – Canada 4-3 après prolongation (0-1, 0-0, 3-2, 1-0)
Dimanche 29 mai 2022 à 20h20 à la Nokia Arena de Tampere. 11 487 spectateurs.
Arbitres : Mikael Nord et Linus Öhlund (FIN) assistés de Nick Briganti (USA) et et Šimon Synek (SVK).
Pénalités : Finlande 4′ (0′, 4′, 0′, 0′) ; Canada 10′ (0′, 2′, 6′, 2′).
Tirs : Finlande 31 (7, 8, 11, 5) ; Canada 22 (9, 9, 4, 0).
Évolution du score :
0-1 à 24’00 : Cozens assisté de Barzal et Severson (sup. num.)
1-1 à 44’13 : Granlund assisté de Heiskanen et Lehtonen (double sup. num.)
2-1 à 45’57 : Granlund assisté de Lehtonen et Hartikainen (sup. num.)
3-1 à 54’04 : Armia assisté de Lammikko
3-2 à 57’48 : Whitecloud assisté de Barzal et Anderson
3-3 à 58’36 : Comtois assisté de Barzal et Batherson
4-3 à 66’42 : Manninen assisté de Granlund et Heiskanen (sup. num.)
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund (A, -1) – Sakari Manninen (-1) – Teemu Hartikainen
Toni Rajala – Valtteri Filppula (C, 2′) – Jere Sallinen (-2)
Harri Pesonen – Juho Lammikko – Joel Armia (+1)
Saku Mäenalanen – Hannes Björninen – Marko Anttila (A)
Défenseurs :
Mikko Lehtonen – Juuso Hietanen
Miro Heiskanen – Ville Pokka
Niklas Friman (2′) – Sami Vatanen
Esa Lindell (-1) – Atte Ohtamaa (-1)
Gardien :
Jussi Olkinuora
Remplaçant : Harri Säteri (G). En tribune : Frans Tuohimaa (G), Mikael Seppälä (D, légèrement blessé), Jere Innala (A).
Canada
Attaquants :
Dylan Cozens (+1) – Pierre-Luc Dubois (+1) – Drake Batherson (+1)
Cole Sillinger (2′) – Matthew Barzal (+2) – Josh Anderson (+1)
Maxime Comtois – Adam Lowry (A) – Nicolas Roy (2′)
Kent Johnson – Dawson Mercer – Noah Gregor (2′)
Défenseurs :
Thomas Chabot (C, 2′) – Ryan Graves (-1)
Travis Sanheim – Damon Severson (A, +1)
Nick Holden (2′) – Zach Whitecloud (+1)
Dysin Mayo
Gardien :
Chris Driedger puis à 44’13 Matt Tomkins
Remplaçant : Morgan Geekie (A). Réservistes : Logan Thompson (G, blessé), Eric O’Dell (A).














































