Le Canada est certainement galvanisé par son incroyable résurrection avant-hier, alors qu’il était mené de deux buts à deux minutes de la fin dans son quart de finale face à la Suède. Les Tchèques – en quête de leur première finale depuis douze ans – sont prévenus : ils ont eux-mêmes adopté un système de jeu plus « nordique » et défensif depuis l’arrivée de Kari Jalonen derrière le banc, mais ce n’est pas une garantie absolue face aux puissants gabarits canadiens tant que la sirène n’a pas retenti.
La pression initiale est canadienne mais les Tchèques la renversent rapidement. Matěj Blümel est le premier à s’infiltrer dans l’enclave, contrôlé à la limite de la faute par Thomas Chabot. Puis c’est David Pastrňák qui se positionne face à la cage ouverte : en essayant de soulever sa crosse, Zach Whitecloud lui envoie son bâton dans la mâchoire. Le meilleur jeu de puissance du tournoi entre donc en scène pour 2’+2′. Il n’arrive pourtant pas à s’installer pendant la première moitié de la pénalité. Tout est à recommencer après une mauvaise passe de Roman Červenka interceptée en zone neutre. Le capitaine tchèque est encore encore pressé haut… Trop haut ! Sa passe transversale trouve David Krejčí qui a du champ pour passer la ligne bleue et décocher un slap juste au-dessus de la jambière droite de Chris Driedger (0-1).
Le Canada, qui avait les moins bonnes statistiques en infériorité numérique des demi-finalistes (en dessous de 80%), savait que la discipline était une clé de la rencontre. Mais il n’arrive pas à éviter les coups de sifflet. Adam Lowry prend une pénalité sévère pour une charge contre la bande sur Jiří Černoch : pendant cet avantage numérique, Tomáš Hertl décale Filip Hronek sur un rebond mais le défenseur des Red Wings de Détroit n’arrive pas à lever le palet dans la cage ouverte et échoue dans la botte du gardien. Ressorti de prison depuis vingt secondes, Lowry persévère et redonne (une très bonne mise en échec) sur Černoch… qui retombe sur Damon Severson. Le défenseur canadien enlève alors le casque du Tchèque et concède une nouvelle pénalité, également tuée.
Comme les Tchèques sont en dessous de leur moyenne en powerplay (elle était de 38%), le Canada ne se sort pas si mal de ce premier quart d’heure où il a passé la moitié du temps à jouer à 4. Il aurait même pu encaisser le deuxième but à 5 contre 5. Tomáš Hertl prend le meilleur sur Nick Holden pour se présenter seul face à Driedger, mais son tir est repoussé de justesse par le haut de la plaque du gardien (photo ci-dessus). Mais juste avant la pause, Pierre-Luc Dubois charge Radim Šimek en fond de zone puis prend le palet à Hertl. Il passe ensuite en retrait à Dylan Cozens qui a le temps de s’y reprendre à deux fois pour battre Vejmelka car Jan Ščotka n’a fait que passer et regarder le palet filer entre ses jambes dans une apparition défensive fantomatique (1-1, photo ci-dessous). Le système du jeu ou le coach n’y feront rien si les Tchèques se font manger dans les duels comme sur cette action…
Cette égalisation avant la pause a fait pencher la balance psychologique en faveur du Canada. On est tout sauf surpris de le voir ressortir plus fort des vestiaires. David Pastrňák subit le forecheck de Pierre-Luc Dubois et prend la première pénalité tchèque pour un geste revanchard. 16 secondes plus tard, Adam Lowry, laissé seul devant le gardien par le duo Ščotka-Jordán, prend un rebond entre les jambières de Vejmelka (2-1).
Un peu plus d’une minute plus tard, une relance croisée de David Sklenička en zone neutre ne trouve personne, sinon les crosses canadiennes. Sur la transition, Dawson Mercer tire dans un angle fermé, Vejmelka laisse un mauvais rebond et le junior Kent Johnson l’envoie du revers dans la cage grande ouverte (3-1). Kari Jalonen utilise son temps mort pour que son équipe se ressaisisse alors qu’elle est visiblement en train de s’effondrer.
La seule conséquence visible est un excès de zèle. Krejčí en rajoute dans son forecheck sur Sanheim en continuant de le rudoyer au sol. La seconde prison tchèque dure un peu plus que la précédente : 20 secondes. Matthew Barzal ajuste la lucarne pendant que Dubois masque le gardien (4-1). Les Tchèques peuvent-ils renverser un retard de trois buts comme le Canada l’a fait ? Peu de gens parieraient là-dessus, mais il suffirait d’une action pour reprendre espoir. Par exemple cette longue passe de Matěj Blümel qui envoie Jakub Vrána en breakaway, mais le tir de l’attaquant de Détroit est repoussé par la palette de la crosse de Driedger, que celui-ci avait maintenue entre ses jambes !
Michal Kempný perd un palet sous la pression de Pierre-Luc Dubois, qui est tout proche de tuer le match : son lancer est repoussé du haut de la jambière par Vejmelka. Ce deuxième tiers-temps s’achève par une pénalité de ce même Kempný, qui a encore été dépassé par Dubois et l’a retenu, sans l’empêcher d’ailleurs de servir du revers Cozens face au but (arrêt la botte droite de Vejmelka).
La troisième période perd vite son intérêt après un lancer croisé de Cole Sillinger côté plaque (5-1). Jakub Vrána est le premier à foncer vers le but adverse à la poursuite d’un palet, mais Barzal lui inflige un cinglage pour l’empêcher de tirer (photo ci-dessus). Très agacé envers les arbitres depuis la pénalité qui a coûté le but décisif, David Pastrňák ne ravalera pas sa frustration en tentant ce pénalty : son tir touche le haut du gant de Driedger.
Les malheurs tchèques ne sont pas finis. Vejmelka est encore battu du côté du bouclier, par un revers à mi-distance de Dylan Cozens (6-1). Kari Jalonen utilise son challenge pour réclamer un hors-jeu préalable, mais le ralenti image par image ne permet pas de conclure. Au bout d’un temps infini, il faut se décider. Les arbitres maintiennent leur décision sur la glace, ce qui signifie que Jalonen prend deux minutes de banc mineur en malus. Cela ne change plus rien, aucun but tchèque ne sauvera l’honneur.
On pensait que ce match pourrait se jouer dans les unités spéciales, et ça a été le cas. Mais les Tchèques n’ont pas capitalisé sur leur point fort supposé, et c’est le powerplay du Canada qui est dorénavant devenu létal. Pierre-Luc Dubois a été dominant au forechecking et déterminant pour renverser ce match. Ce sera donc une finale Finlande-Canada, pour le troisième championnat du monde consécutif. Le succès appelle le succès et cela influe sur le mental.
Cet après-midi, quand la Finlande était menée ou s’est fait rejoindre par les Américains, on ne s’inquiétait pas pour elle. On se disait qu’elle finirait quand même par gagner, tant elle irradiait de la confiance et imposait la force de l’habitude. Ce soir, quand le Canada a égalisé après plusieurs occasions manquées des Tchèques, on sentait que ceux-ci étaient fichus alors même que le score était encore nul. Et on ne peut s’empêcher de penser que ce pressentiment de spectateur est ressenti aussi par les joueurs concernés. Alors que les cadres finlandais maintiennent leur jeu avec sang-froid en toute circonstance, les leaders tchèques (Pastrňák et Krejčí) ont pris des pénalités qui ont coûté cher pour des gestes qui traduisent sans doute une certaine nervosité, que cette nouvelle désillusion ne dissipera pas.
Désignés joueurs du match : Chris Driedger pour le Canada et Jiří Černoch pour la Tchéquie.
Trois meilleurs Canadiens du tournoi selon leur entraîneur : Pierre-Luc Dubois, Dylan Cozens et Ryan Graves.
Trois meilleurs Tchèques du tournoi selon leur entraîneur : David Krejčí, Roman Červenka et Karel Vejmelka (ci-dessous).
Commentaires d’après-match :
Maxime Comtois (attaquant du Canada) : « C’est bon signe pour la finale. On a démarré un peu lentement mais on a retrouvé notre jeu et on n’a pas laissé grand chose après ça. Notre première ligne est incroyable en ce moment, notre powerplay fonctionne, on a aussi obtenu des buts énormes de la quatrième ligne. C’est un effort d’équipe total, c’est ce dont on aura besoin pour la médaille d’or. La Finlande joue extrêmement bien défensivement. Ce sera une partie d’échecs, il faudra être patient et ne rien précipiter. Nous sommes une équipe lourde, nous savons patiner, ce sera bien au forecheck. Nous devrons mettre nos occasions au fond. Je crois que nous avons tous joué pour une médaille d’or dans notre vie, nous sommes venus pour ça et il nous reste une victoire pour réussir. On a eu des hauts et des bas dans ce tournoi, maintenant notre jeu est à notre meilleur. »
Kari Jalonen (entraîneur de la Tchéquie) : « Bien sûr je suis déçu. Nous avons eu une chance, mais c’est trop tard maintenant. Nous devons respecter le résultat. Si on avait joué tout le match comme la première période, il n’y aurait pas eu de problème. Le Canada a vraiment bien joué, ils ont dominé à partir de la deuxième période. Avant tout, ils ne se sont pas autorisés des pénalités stupides. Ces deux fautes en deuxième période ont affecté tout le match. Nous devons comprendre que ça ne peut pas se produire à ce niveau. On ne peut gagner en s’asseyant sur le banc de la prison. On en a parlé tout le tournoi, maintenant cela se produit encore. Nous n’avons qu’un but ici, gagner une médaille. Il faut se regrouper, vraiment vite. Nous n’avons pas le temps de creuser nos erreurs. C’est la vie du hockey, je suis sûr que le vestiaire ressent la même chose. Pas de spéculation, nous regarderons devant. Demain nous jouons pour le bronze, nous devons être prêts. »
David Pastrňák (attaquant de la Tchéquie, en photo ci-dessous face à Dubois) : « [Dubois] m’a mis le coude dans la tête. Je suis juste allé prendre ma crosse, je l’ai poussé du coude et même si le gars fait deux mètres, il est tombé sur ses fesses. Je pense qu’il a simulé. C’était stupide de ma part. Mea culpa. Même si l’arbitrage dans cette deuxième période… Bien sûr, prendre un but avant d’aller aux vestiaire n’est jamais agréable, alors que ça les a contraire excités. C’est dommage, nous avions eu des occasions et nous aurions pu mener 2-0. Ensuite, je ne sais pas ce qui s’est passé en deuxième période. Le Canada n’a rien fait, nous leur avons donné. Nous avons arrêter de jouer notre jeu et nous ne l’avons pas retrouvé. Je suis déçu de ma performance, mais c’est le hockey. Parfois il y a un jour où ça arrive. C’est important de trouver la motivation juste après le match pour que ça n’arrive plus. »
Canada – Tchéquie 6-1 (1-1, 3-0, 2-0)
Samedi 28 mai 2022 à 18h20 à la Nokia Arena de Tampere. 9047 spectateurs.
Arbitres : Lassi Heikkinen (FIN) et Jake Rekucki (USA) assistés de Nick Briganti (USA) et Hannu Sormunen (FIN).
Pénalités : Canada 8′ (8′, 0′, 0′) ; Tchéquie 8′ (0′, 6′, 2′).
Tirs : Canada 35 (11, 13, 6) ; Tchéquie 26 (10, 8, 8).
Évolution du score :
0-1 à 07’07 : Krejčí assisté de Červenka et Hronek (sup. num.)
1-1 à 19’27 : Cozens assisté de Dubois
2-1 à 27’33 : Lowry assisté de Johnson et Chabot (sup. num.)
3-1 à 28’54 : Johnson assisté de Mercer
4-1 à 30’52 : Barzal assisté de Cozens et Batherson (sup. num.)
5-1 à 43’56 : Sillinger assisté d’Anderson
6-1 à 52’50 : Cozens assisté de Batherson et Whitecloud
Canada
Attaquants :
Dylan Cozens (+2) – Pierre-Luc Dubois (A, +2) – Drake Batherson (+2)
Cole Sillinger (+1) – Matthew Barzal (+1) – Josh Anderson (A, +1)
Maxime Comtois – Adam Lowry (2′) – Nicolas Roy
Kent Johnson (+1) – Dawson Mercer (+1) – Noah Gregor (+1)
puis à 40’00 Morgan Geekie
Défenseurs :
Thomas Chabot (C, +1) – Ryan Graves (+1)
Travis Sanheim (+1) – Damon Severson (+2, 2′)
Nick Holden (+1) – Zach Whitecloud (+2, 4′)
Dysin Mayo
Gardien :
Chris Driedger
Remplaçant : Matt Tomkins (G). En réserve : Logan Thompson (G), Eric O’Dell (A).
République Tchèque (2′ pour retard de jeu)
Attaquants :
Roman Červenka (C) – David Krejčí (A, -1, 2′) – David Pastrňák (-1, 2′)
Hynek Zohorna (-1) – Tomáš Hertl (-1) – Matěj Blümel (-2)
Jiří Smejkal (-2) – David Kämpf (-2) – Jakub Vrána (-1)
Jakub Flek – Jiří Černoch – Matěj Stránský (-1)
Défenseurs :
Michal Kempný (-1, 2′) – Filip Hronek (-2)
Jan Ščotka (A, -2) – Tomáš Kundrátek
Radim Šimek (-1) – David Sklenička (-1)
Michal Jordán (-1)
Gardien :
Karel Vejmelka
Remplaçants : Marek Langhamer (G), Michael Špaček (A). En réserve : Lukáš Dostál (G, blessé), David Jiříček (D), Dominik Simon (A, départ).