Ce seul fait aurait été impensable il y a peu : pour la seconde année consécutive, la Suisse aborde une demi-finale mondiale en position d’ultra-favorite. Devenue une habituée de ce stade de la compétition, l’équipe à croix blanche rencontre de nouveau une équipe qui n’est jamais parvenue à un tel niveau, la Norvège (qui imite le Danemark l’an passé). La différence cette année est que c’est la Nati qui est devant son public. Avantage ou pression supplémentaire sur les épaules ?
La commission de discipline a suspendu pour un match Timo Meier pour avoir laissé traîné sa jambe dans la trajectoire de Sundqvist. Elle a donc de ce fait déjugé les officiels finlandais du quart de finale – accusés d’arbitrage « maison » ce soir-là – qui avaient ignoré ce geste dangereux du genou en se concentrant sur la charge concomitante avec la crosse qui se passait un mètre plus haut mais ne présentait pas le même danger. Sans toucher aux lignes qui fonctionnent bien, Meier est remplacé poste pour poste par un autre joueur de NHL, Pius Suter, déjà déclaré apte à rejouer avant le match précédent.
Les arbitres envoient Jäger et Koblar en prison après 14 secondes parce que les équipes se chicanent un petit peu après le premier coup de sifflet. Ce n’est pas plus mal de sévir tout de suite pour éviter les arrêts de jeu parfois trop longs dans ce Mondial à cause de querelles inutiles. Mais sur l’action qui suit, Roman Josi fait trébucher Patrick Elvsveen, et prend la première pénalité qui compte. En supériorité numérique, le défenseur Stian Solberg tente plusieurs lancers au but avec du trafic, sans réussite.
De retour sur la glace, le capitaine Josi obtient la première occasion à la cinquième minute. Il reprend dans le cercle droit la passe transversale de Malgin mais Henrik Haukeland pare avec le bouclier ce tir à contresens de son déplacement.
Andreas Martinsen donne une bonne mise en échec à Moser mais l’empêche ensuite de se relever et prend deux minutes pour retenir (photo ci-dessus). Encore une faute en zone offensive du vétéran norvégien après celles du quart de finale ! C’est bien plus dangereux face au jeu de puissance suisse, mais Johannes Johannesen excelle pendant cette infériorité pour intercepter les passes dans l’enclave. Un tir en pivot de Nino Niederreiter frappe quand même le poteau ! Menée 7 tirs cadrés à 1 après huit minutes, la Norvège a déjà très chaud.
Le jeu est bien plus équilibré par la suite. Après quatorze minutes, les blancs obtiennent même une énorme occasion Dominik Egli va intercepter un palet envoyé dans la bande et, sous pression de Rønnild, effectue une passe aveugle vers l’axe. La fusée Patrick Elvsveen s’en saisit, lancée à toute vitesse vers le but, mais Genoni remporte de justesse ce face-à-face. Cette action se termine par… une faute stupide d’Eirik Salsten qui bouscule violemment Egli dans le but. Ce second powerplay helvétique n’est pas exploité non plus, malgré une bonne position de tir de Thürkauf au poteau droit.
Le match n’a rien de facile pour la Nati. Plus le 0-0 dure et plus la nervosité peut la rattraper. La libération ne vient pas d’une star, mais d’un pur col bleu, Christoph Bertschy, dans un grand effort personnel. Il gagne le duel pour la rondelle face à Christian Kåsastul derrière la cage, la ramène dans le cercle gauche et prend un tir en pivot qui entre dans le haut du filet grâce à un très bon écran posé par Nicolas Baechler (1-0, photo ci-dessous). L’ambiance festive revient dans les tribunes qui commençaient à être fébriles.
Le deuxième tiers-temps débute par une tirade de l’arbitre allemand Andre Schrader au point d’engagement central envers le jeune Tinus Luc Koblar, tête basse. L’autorité est encore une fois rappelée avant que les débats ne soient lancés. Le jeu n’en est que plus pur et rythmé par la suite. Il peut reprendre avec un numéro technique de Nico Hischier, dont le tir après tour de cage est capté d’une mitaine sûre par Haukeland.
La Norvège reste animé d’un esprit offensif et s’installe dans la zone locale. Mais, soudain, Calvin Thürkauf surgir pour contrer un palet devant Vesterheim. L’attaquant de Lugano part à 2 contre 1 et sert une parfaite passe levée pour Denis Malgin, dont le tir croisé bat Haukeland côté plaque à la hauteur idéale (2-0, photo ci-dessous).
Juste avant la mi-match, Damien Riat fait tomber la crosse de Martinsen et est sanctionné pour cinglage. À 5 contre 4, Eskild Bakke Olsen est négligent dans sa montée de palet en zone neutre. Il se fait contrer par Thürkauf qui part seul au but, amorce une feinte… mais précipite son tir du revers qui passe largement à côté. La seconde occasion de ces deux minutes est encore pour l’équipe en infériorité, en l’occurrence pour Malgin. Les deux avantages numériques gaspillés ce soir traduisent l’impuissance de la Norvège à installer le jeu.
La Suisse, elle, déroule. Ken Jäger dévie subtilement le tir à ras glace de Sven Jung, exactement entre les jambes de Haukeland (3-0).
Sur l’action suivante, Pius Suter fait trébucher Bakke Olsen en zone offensive. Mais les blancs n’arrivent toujours pas à passer la ligne bleue adverse. Michael Brandsegg-Nygård perd lui aussi le palet en zone neutre et cette erreur aboutir à une crosse haute de Koblar de Malgin. Puis c’est Krogdahl qui se fait contrer et casse alors la crosse de ce même Malgin. Au lieu d’être à 5 contre 4, la Norvège est maintenant à 3 contre 5 pour près d’une minute. Elle survit… mais cède au moment de revenir à quatre. Le repli de Martinsen est défaillant et Damien Riat est tout seul entre les cercles pour recevoir le centre de Roman Josi qui a tout vu (4-0).
On souhaite à la Norvège de passer dignement la troisième période, mais elle s’enfonce par l’indiscipline. Stian Solberg commet un geste revanchard inutile après une charge de Suter. En avantage numérique, Nico Hischier reçoit le palet entre les cercles, efface Krogdahl d’un mouvement latéral et bat Haukeland côté mitaine (5-0).
La démonstration de la Nati a été totale, aves des buts répartis entre toutes les lignes. Une autre pénalité de Biasca n’aura plus de conséquence. Personne ne force dans ce match déjà fini. D’autres enjeux plus importants se profilent demain. Et pourtant, sur un palet qui échappe à Krogdahl derrière sa cage, la passe en retrait de Suter offre aussi un but au treizième attaquant Théo Rochette, qui lève le palet dans la lucarne gauche (6-0). Presque aussi net que la demi-finale 2025 face au Danemark (7-0). Et Genoni d’accroître encore son record de blanchissages en championnat du monde, qui est maintenant à 15…
Scène navrante : les deux entraîneurs Jan Cadieux et Petter Thoresen s’invectivent d’un banc à l’autre une fois que la sirène a retenu. Le Norvégien fait signe à son collègue de la fermer avec la main tandis que le Canadien pointe le panneau du résultat…
La Suisse aura cette fois plus de temps de récupération, un facteur défavorable lors des précédentes finales. Elle peut attendre dans de bonnes conditions son adversaire en finale, qui sera l’un des deux autres favoris. Le Canada serait peut-être le plus prestigieux, mais la Finlande apparaît tout aussi solide et pas moins expérimentée. Pour avoir une chance de médaille demain après-midi, la Norvège, qui accuse l’accumulation des efforts physiques, devra espérer que le perdant soit abattu moralement.
Désignés joueurs du match : Damien Riat pour la Suisse et Eirik Salsten pour la Norvège.
Trois meilleurs Norvégiens du tournoi selon leur coach : Henrik Haukeland, Tinus Luc Koblar et Christian Kåsastul pour la Norvège.
Trois meilleurs Suisses du tournoi selon leur coach : Nico Hischier, Timo Meier (qui descend sur la glace en costume !) et Roman Josi.

Suisse – Norvège 6-0 (1-0, 3-0, 2-0)
Samedi 30 mai 2026 à 15h20 à la Swiss Life Arena de Zurich. 10 000 spectateurs.
Arbitres : Tobias Björk (SUE) et Andre Schrader (ALL) assistés de Shane Gustafson (USA) et Onni Hautamäki (FIN).
Pénalités : Suisse 4’ (4’, 4’, 0’) ; Norvège 12’ (6’, 4’, 2’).
Tirs : Suisse 48 (12, 13, ) ; Norvège 10 (6, 7, ).
Évolution du score :
1-0 à 17’36” : Bertschy assisté de Baechler et Egli
2-0 à 24’23” : Malgin assisté de Thürkauf
3-0 à 32’51” : Jäger assisté de Jung et Knak
4-0 à 36’24” : Riat assisté de Josi et Andrighetto (sup. num.)
5-0 à 44’27” : Hischier assisté de Riat et Andrighetto (sup. num.)
6-0 à 57’34” : Rochette assisté de Suter
Suisse
Attaquants :
Attilio Biasca (2’) – Nico Hischier (A) – Pius Suter (4’)
Nino Niederreiter (+1) – Nicolas Baechler (+1) – Christoph Bertschy (+1)
Sven Andrighetto (A, +1) – Denis Malgin (+1) – Calvin Thürkauf (+1)
Simon Knak (+1) – Ken Jäger (+1) – Damien Riat (+1, 2’)
Théo Rochette
Défenseurs :
Roman Josi (C, 2’) – Dominik Egli
Christian Marti (+2) – Dean Kukan (+2)
Tim Berni – Janis Moser (+1)
Sven Jung (+1)
Gardien :
Leonardo Genoni
Remplaçant : Reto Berra (G). Non équipés : Sandro Aeschlimann (G), Lukas Frick (D). Suspendu : Timo Meier.
Norvège
Attaquants :
Andreas Martinsen (C, -1, 2’) – Tinus Luc Koblar (-1, 4’) – Michael Brandsegg-Nygård (-1, 2’)
Patrick Elvsveen – Eirik Østrem Salsten (2’) – Martin Rønnild
Petter Vesterheim (-1) – Eskild Bakke Olsen (-1) – Emilio Pettersen (-1)
Noah Steen (-1) – Håvard Østrem Salsten (-1) – Jacob Berglund (-1)
Mikkel Øby Olsen
Défenseurs :
Christian Kåsastul (A, -1) – Max Krogdahl (A, 2’)
Stian Solberg (-2, 2’) – Johannes Johannesen (-1)
Kristian Østby (-1) – Sander Hurrød (-1)
Gardien :
Henrik Haukeland
Remplaçants : Tobias Normann (G), Adrian Saxrud Danielsen (D). Non équipés : Mathias Arnkværn (G), Thomas Olsen, Mikkel Eriksen (A). Blessé : Markus Vikingstad (A).









































