Éliminée par la Tre Kronor en quarts de finale des JO de 2006, en quarts du Mondial 2017, ainsi que lors des douloureuses finales de 2013 et 2018, la Nati a cette fois dicté sa loi. L’histoire retiendra l’ironie du sort : la Suède avait volontairement perdu son dernier match de poule contre la Slovaquie en 2006 pour s’offrir la Suisse en quarts (victoire 6-2 et l’or au bout). Vingt ans plus tard, le calcul n’est plus possible. Face à une Suède privée de ses meilleures stars de NHL, et dirigée par un Sam Hallam qui s’assiéra sur le banc de Genève-Servette à la rentrée, la Suisse a prouvé qu’elle avait l’étoffe d’un prétendant à l’or.
Jan Cadieux a reconduit le groupe vainqueur de la Finlande, maintenant sa confiance aux mêmes trios malgré le feu vert médical accordé à Pius Suter. Sans surprise, Leonardo Genoni reprenait sa place devant le filet. Et pour lancer les hostilités, après Marco Odermatt mardi, c’est la légende absolue du tennis, Roger Federer, qui a procédé au coup d’envoi fictif sous les clameurs de la Swiss Life Arena.
De l’enfer de la vidéo à la libération de Josi
La Suisse entame la rencontre pied au plancher. Les Helvètes confisquent le palet, acculent les Suédois et Sven Andrighetto allume la première mèche dès la 6e minute. Pourtant, contre le cours du jeu, la Suède frappe en premier. Emil Heineman temporise et repère Linus Karlsson, esseulé au second poteau ; l’attaquant des Canucks de Vancouver glisse subtilement la rondelle sous la botte de Genoni, coupable d’avoir laissé un léger espace (0-1, 06’21’’, illustration ci-dessous).
La Nati accuse le coup et manque de sombrer dans la foulée. Frustré, Dean Kukan assène un violent cross-check au visage du jeune Ivar Stenberg. Après révision vidéo, les arbitres renvoient logiquement le défenseur zurichois aux vestiaires. Durant ce long désavantage numérique de cinq minutes, la Suisse plie mais ne rompt pas pendant les 280 premières secondes.
C’est alors que le match bascule : sur un lancer lointain repoussé par la plaque de Genoni, le palet rebondit sur le plastron de Karlsson et part dans les airs (illustration ci-dessous). Dans la confusion générale, la rondelle touche la lame du patin de Tim Berni, puis Oskar Sundqvist la pousse au fond du filet en tombant (12e). Les Suédois exultent, mais le corps arbitral demande à revoir l’action à la vidéo. De longues minutes d’angoisse s’écoulent dans les tribunes. Bien que le mouvement de « kick » (geste de coup de pied) ne soit pas flagrant, le but est annulé.
Ce sursis miraculeux agit comme un coup de fouet pour la Suisse. Métamorphosés, les Helvètes repartent à l’abordage. Nico Hischier puis Janis Moser testent Magnus Hellberg, tandis que la tension monte d’un cran entre Nino Niederreiter et Christian Berglund.
À force de pilonner la zone offensive, la décision tombe : profitant d’un écran parfait de Calvin Thürkauf, le capitaine Roman Josi décoche un missile lointain qui transperce Hellberg (1-1, 13’23”, illustration ci-dessous). La fin du tiers est à sens unique (13 tirs à 7 pour la Suisse), et il s’en faut de quelques centimètres pour qu’Attilio Biasca ne reprenne un rebond accordé sur un déboulé de Timo Meier.
L’impact physique et le chef-d’œuvre de Hischier
Dès le retour de la pause, la Suisse confirme qu’elle ne reculera pas d’un pouce dans l’impact physique. Meier donne le ton en envoyant Heineman par-dessus le banc suédois. Malgré une pénalité concédée par Thürkauf qui a fait trébucher Holmström, Genoni se montre impérial pour repousser les contres de la Tre Kronor. À la demi-heure de jeu, Thürkauf, encore lui, sert Niederreiter dont la reprise instantanée force Hellberg à un arrêt réflexe désespéré.
Le match se durcit. Dans l’arrondi, Niederreiter distribue une charge monumentale, style NHL, à Oliver Ekman-Larsson. Malgré les protestations véhémentes du banc suédois, aucune pénalité n’est appelée, mais le vétéran scandinave, sonné, doit quitter définitivement la glace. La Suède recule, perd ses nerfs, et Denis Malgin en profite. L’attaquant des ZSC Lions prend de vitesse une défense terriblement passive et crucifie Hellberg d’un tir chirurgical au-dessus du gant (2-1, 32’58”).
La tension est à son comble lorsque Timo Meier assène un cross-check appuyé en zone neutre à Sundqvist, qui reste au sol à cause du contact genou contre genou. Le corps arbitral, étonnamment clément, s’en tient à deux minutes (alors qu’une pénalité de match aurait pu se justifier) grâce à une réplique vengeresse d’Albert Johansson qui équilibre les fautes. Quelques minutes plus tard, sur une nouvelle supériorité numérique, le capitaine Nico Hischier prend alors les clés du camion : il s’infiltre avec superbe dans la défense adverse avant d’offrir un caviar du revers à Calvin Thürkauf, qui creuse l’écart à bout portant (3-1, 36’31”, illustration ci-dessous). La domination suisse sur ce tiers est sans appel : 13 tirs à 3, malgré une dernière pénalité d’Egli qui fait trébucher Berglund.
Une gestion de patrons avant la Norvège en demi-finale
Dans le dernier engagement, la Suède tente bien de jeter ses dernières forces dans la bataille. Leonardo Genoni doit s’interposer à bout portant devant Grundström après un relais derrière la cage (43e), puis se montre impeccable face à Lucas Raymond suite à une mauvaise relance de Janis Moser. Même en supériorité numérique, sous l’impulsion de Raymond et d’un tir dangereux d’Erik Brännström, les Suédois se cassent les dents sur le bloc défensif helvétique.
Mieux encore, la Suisse passe proche du KO à la 49e minute lorsque Meier gratte un palet à la ligne rouge pour lancer un contre ; le tir d’Andrighetto est repoussé du bras par Hellberg et Meier manque de peu le rebond. Les minutes défilent au tableau d’affichage. Malgré une domination stérile de la Suède aux tirs dans le dernier tiers (12 contre 6) et de nombreux accrochages en fin de match, la messe est dite. Hellberg a beau quitter sa cage pour un sixième attaquant, la défense suisse reste de marbre. La Nati valide son billet pour le prestigieux carré d’as.
Du côté de la Suède, l’amertume est immense. Entre la charge non pénalisée de Meier, la blessure d’Ekman-Larsson et le but refusé à Sundqvist, la presse suédoise ne manque pas de tirer à boulets rouges sur le duo d’arbitres centraux finlandais. Pour Sam Hallam, l’aventure internationale s’achève sur un bilan mitigé de deux médailles de bronze en quatre ans, bien loin des standards de la grande Tre Kronor et de nombreuses polémiques quant à sa gestion des joueurs et au système de jeu.
Pour la Suisse, en revanche, le tableau est idyllique : elle retrouvera la Norvège – l’invitée surprise – en demi-finale. Une occasion en or de se qualifier pour une troisième finale consécutive et d’aller, enfin, décrocher le plus précieux des métaux.
Désignés joueurs du match : Denis Malgin pour la Suisse et Lucas Raymond pour la Suède.

Commentaires d’après-match (RTS et IIHF) :
Denis Malgin (attaquant de la Suisse): « Un succès historique ? Cela fait toujours plaisir de gagner, peu importe contre quelle formation. Toute l’équipe a livré une copie parfaite. Nous avons bloqué de nombreux tirs, on ne leur a pas laissé beaucoup d’espace. À titre personnel, c’était bien sûr super de marquer en quarts contre la Suède. On a bien entamé la rencontre, puis le but suédois nous a mis un petit coup. Je ne sais pas ce qui se serait passé si la deuxième réussite adverse n’avait pas été annulée, mais nous avons bien réagi. La Norvège ? Ils jouent bien dans ce tournoi, c’est une jeune équipe. Ils ont mérité leur place dans le dernier carré ».
Calvin Thürkauf (attaquant de la Suisse) : « C’est magnifique, c’est une victoire méritée. On a lutté durant 60 minutes, aussi dans les moments plus difficiles. Et nous avons fait un travail énorme dans les situations spéciales. Je suis content qu’on puisse avancer en demi-finales. C’était un match un peu plus physique. Mais nous n’avons pas été en reste. Notre équipe sait accepter les batailles quand il le faut, personne n’en a peur. Mon but du 3-1 ? Nico Hischier m’a fait une belle passe. Mais pour nous, peu importe qui marque. L’essentiel est que la Suisse gagne. Chacun se bat pour ses coéquipiers. Les Norvégiens ne sont pas en demi-finales par hasard, ils font du bon boulot jusqu’ici. Mais nous serons prêts ».
Jacob de la Rose (attaquant de la Suède) : « Bien sûr, nous avions autre chose en tête en venant ici. Nous en voulions plus. »
Suisse – Suède 3-1 (1-1, 2-0, 0-0)
Jeudi 28 mai 2026 à 20h20 à la Swiss Life Arena de Zurich. 10 000 spectateurs.
Arbitres : Riku Brander et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Brian Birkhoff et Mitchell Gibbs (CAN).
Pénalités : Suisse 35’ (5’+20’, 6’, 4’) ; Suède 6’ (0’, 4’, 2’).
Tirs : Suisse 32 (13, 13, 6) ; Suède 22 (7, 3, 12).
Évolution du score
0-1 à 06’21” : Karlsson assisté de Heineman
1-1 à 13’23” : Josi assisté de Malgin et Moser
2-1 à 32’58” : Malgin assisté de Josi et Moser
3-1 à 36’31” : Thürkauf assisté de Hischier et Josi (sup. num.)
Suisse
Attaquants :
Attilio Biasca – Nico Hischier (A) – Timo Meier (2’)
Nino Niederreiter (-1) – Nicolas Baechler – Christoph Bertschy
Sven Andrighetto (A, +2, 2’) – Denis Malgin (+2) – Calvin Thürkauf (+2, 4’)
Simon Knak – Ken Jäger – Damien Riat
Théo Rochette (-1) [4 présences]
Défenseurs :
Roman Josi (C, +2) – Dominik Egli (+1, 2’)
Christian Marti (-1) – Dean Kukan (5’+20′) puis à 06’46” Sven Jung
Tim Berni – Janis Moser (+2)
Gardien :
Leonardo Genoni (21/22, 95,5%)
Remplaçant : Reto Berra. Non équipé : Sandro Aeschlimann (G), Lukas Frick (D), Pius Suter (A).
Suède
Attaquants :
Ivar Stenberg (-1) – Viggo Björck – Lucas Raymond (A)
Emil Heineman – Jacob de la Rose – Linus Karlsson (-1)
Anton Frondell – Oskar Sundqvist – Simon Holmström
Jakob Silfverberg – Rasmus Asplund – Carl Grundström
Jack Berglund (2’)
Défenseurs :
Erik Brännström (-1) – Mattias Ekholm (A, -1)
Oliver Ekman-Larsson (C, +1) – Albert Johansson (+1, 2’)
Jacob Larsson (-1) – Joel Persson (-1, 2’)
Robert Hägg [4 présences]
Gardien :
Magnus Hellberg (27/32, 90,6%)
Remplaçant : Arvid Söderblom (G). Non équipés : Love Härenstam (G), Tim Heed (D), André Petersson (A).









































