Bordeaux, 5h00 du matin, le réveil sonne et pour un non-matinal comme moi, je vous l’avoue, ça pique un peu.
Mais tout est organisé, planifié de longue date, aujourd’hui c’est départ pour Jaca, pour assister aux championnats du monde de division 2A. Aussi curieux que cela puisse paraître, ce voyage a un petit goût d’exotisme. Pas par rapport à la destination elle-même, car Jaca n’est après tout qu’à un peu plus de 300 bornes de la capitale girondine, non. C’est juste que quand on a au programme des rencontres des nations comme la Chine, l’Islande ou la Serbie, on peut parler d’un dépaysement total par rapport à ce que l’on voit d’ordinaire ici, en Magnus comme en division 1.
Le temps de ranger les affaires dans la voiture, de ne surtout pas oublier mon éternel sac et son bloc-notes, de ne surtout pas oublier ni ma photographe, ni son matériel et nous voilà parti en direction de l’Espagne ! La route, longue, est monotone, tout juste aura-t-on le plaisir de se perdre dans Oloron-Sainte-Marie afin « d’égayer » un peu l’ambiance. À partir du moment où les panneaux indiquant des villes espagnoles font leur apparition, on reprend un peu vie et devenons attentif aux détails. Ce qui fut jadis un morceau de bravoure, l’ascension du Somport pour y emprunter le tunnel du même nom, semble vouloir en redevenir un, juste pour nous faire oublier les heures d’autoroutes et de nationales. La route s’apparente à une petite route de montagne, parfois sur une seule voie, et le temps est de la partie : brouillard à couper au couteau, voire au sabre, pluie qui fait tomber les blocs de neige encore accrochés aux arbres en cette saison, bref une vraie partie de plaisir. Finalement, l’entrée dans le fameux tunnel du Somport offre un répit apprécié. Mais du long de ses 8602 mètres, il permet surtout de commencer à s’inquiéter sur l’état de la route une fois que l’on sera du côté espagnol. Et là, miracle de l’Espagne, il fait un brillant soleil et l’on roule désormais sur une route impeccable. Les trente derniers kilomètres sont avalés sans coup férir et la patinoire est trouvée sans trop de difficultés.

Passées ces péripéties anecdotiques, nos accréditations nous sont remises par Belén Lucha Vivo, directrice du tournoi, qui nous fait alors visiter les installations et surtout toutes les dispositions prises pour les médias : salle de presse, zone spéciale pour les interviews, tout le dispositif est très bien organisé. Pour les photographes ? Bougez pas, c’est encore mieux ! Pourtour de la glace, classique, mais aussi des endroits spécifiques et réservés en hauteur, et cerise sur le gâteau : la possibilité de s’installer entre les deux bancs des joueurs, ce qui offre un point de vue unique. Autant vous le dire, c’est la D2 mondiale, mais c’est autrement mieux organisé que la plupart des clubs « professionnels ou en-passe-de-le-devenir » que l’on côtoie dans l’hexagone.

L’entame de match ne se joue pas sur un rythme endiablé, et ce, malgré la présence des Diables Rouges (oui, je sais, elle était facile). Les deux premiers shifts ressemblent à des rounds d’observation, et si les Islandais semblent les plus prompts à s’installer en zone offensive, ce sont les Belges qui proposent les sorties de zone les plus propres. Et pourtant c’est sur cette situation que le troisième bloc belge se fait piéger. Ayant peine à sortir le palet, celui-ci est gratté contre la bande par Alengård et Pålsson qui remettent à la bleue à Robin Hedström qui décale le palet pour un Andri Helgasson arrivé lancé et qui propulse le palet à ras du poteau du portier Mike Jansen (0-1, 02’02’’).
Ce premier but semble tétaniser les Belges, vite sanctionnés par l’arbitre. Sur la première supériorité numérique, les Islandais ne parviennent pas à trouver le fond du filet malgré les tentatives des deux artificiers en chef de la ligne bleue, Andri Helgason (à droite, le premier buteur de la compétition) et Robin Hedström (à gauche). C’est finalement à égalité numérique que les « Faucons » islandais doublent la mise : les Diables Rouges peinent une nouvelle fois à sortir de leur zone, le palet est récupéré à la bleue par le jeune Hafthor Sigrunarson qui lance Rob Sigurdsson, parti dans le dos de la défense. Il fait se coucher le portier belge mais son revers est repoussé du bout de la jambière. Sur le rebond, Emiel Goris manque son dégagement et Sigurdsson a ce coup-ci un angle bien ouvert pour envoyer le palet dans la cage (0-2, 05’39’’).

Tirant de l’arrière de deux buts, les représentants du plat pays sont finalement et brusquement réveillés. Ils parviennent à inverser le momentum de la rencontre, et s’ils ne marquent pas non plus sur leur premier avantage numérique, ils vont finir par trouver la faille sur une action limpide : le centre Ben van den Bogaert déborde sur la droite et centre au second poteau pour son ailier, Yoren de Smet qui loge le palet entre la mitaine et la botte de Snorri Sigurbergsson, le portier viking. La pression belge ne retombe pas et le pauvre Robert Pålsson va continuer son entame de championnat délicate. Tout d’abord, il effectue une relance directement sur Maxime Pellegrims, seul à deux mètres de la cage, mais Pålsson se récupère de son erreur en contrant la velléité du « fils-de-son-père », non sans finir bien sûr sur le postérieur. Une minute plus tard, Pålsson, toujours lui, derrière son but, tente un grand-pont sur Alexandre Bremer (lui aussi, un autre « fils-de » mais on y reviendra ultérieurement) mais oublie la rondelle que les Belges récupèrent sans parvenir à mettre le portier islandais en danger. Le danger, fatal ce coup-ci, interviendra lors de la seconde supériorité numérique des Diables Rouges : si Ben Vercammen manque une cage déserte du revers, quelques secondes plus tard, Vadim Gyesbreghs lance un missile que Sigurbergsson bloque mais laisse retomber juste devant lui, zone où traînait Maxime Pellegrims qui égalise en glissant le puck entre les jambes du gardien (2-2, 18’34’’).

Alors qu’ils semblaient prendre l’ascendant sur leurs adversaires du jour, voilà les Belges de nouveau menés au score. Qu’à cela ne tienne, il ne leur faudra qu’à peine plus de deux minutes pour renverser la tendance. C’est tout d’abord Jordan Paulus qui se fait justice lui-même : son tir de la bleue est détourné par l’Islandais Blondal qui trompe son gardien (3-3, 30’43’’). Puis sur le coup d’envoi, Pellegrims déborde sur la droite, remet derrière lui à Bryan Kolodziejczyk qui décale pour Ben Vercammen qui trompe le gardien côté mitaine (3-4, 31’32’’). Voilà les Belges devant pour la première fois, et ils ne seront remis en danger dans cette période qu’à cause de leur indiscipline, et ce, à deux reprises. Sur leur premier power-play, un une-deux Helgason-Sigurdarson-Helgason finit sur le poteau et les Belges conservent leur avantage jusqu’à la seconde sirène.
La troisième période sera celle du réveil islandais. Les Faucons se ruent à l’attaque, parfois de manière organisée, mais le plus souvent en contre et de manière individuelle. Néanmoins, cela perturbe le schéma belge et les Diables Rouges se mettent de plus en plus à reculer. Le premier à se mettre en évidence est Emil Alengård qui réalise toute une action : récupération du palet, passe à l’arrière du but, il est présent à la remise du palet de son coéquipier Jonsson mais échoue à deux reprises contre la jambière d’un Jansen tout heureux de s’en sortir. Plus tard, ce même Jansen sauvera les siens de l’égalisation en ne réalisant rien de moins qu’un quintuple arrêt : au lancer initial d’Eliasson, s’en suivront pas moins de quatre rebonds que ni Sigurdsson, ni ses coéquipiers ne convertiront en but.

Passées les plus grosses frayeurs, les Belges tentent de reprendre pied et profitent en cela de quelques erreurs islandaises. La première est l’œuvre de l’inévitable Pålsson, toujours empêtré dans son mauvais match, dont la relance plein axe fini encore dans une palette belge, mais toujours sans conséquences. La seconde est consécutive à une erreur du capitaine Jonsson qui offre une occasion en or à van den Bogaert mais le portier islandais repousse la double tentative. Sigurbergsson, justement, vit ses derniers instants sur la glace : le banc islandais tente le tout pour le tout en le sortant à 55’’ de la fin. Le résultat ne se fait pas attendre : Robin Hedström, dans le slot, échoue une première fois sur le gardien, puis une seconde fois quelques secondes plus tard sur une déviation. Mais la libération interviendra finalement à vingt-trois secondes de la fin lorsque Bjorn Sigurdarson récupère son propre rebond et qu’il glisse la rondelle au-dessus du gardien belge (4-4, 59’37’’). Les Islandais ont obtenu le droit de disputer une prolongation.
Mais celle-ci devra débuter par 1’50’’ d’infériorité pour les Vikings, situation dont les Belges ne profiteront pas. Durant la prolongation, les Belges aussi seront sanctionnés, mais là aussi, le score n’évoluera pas malgré un beau mouvement initié par Emil Alengård qui se jouera de deux défenseurs tout en attirant à lui le portier Jansen, avant de transmettre au second poteau à Andri Helgason dont le mouvement, trop peu rapide, ne surprendra pas Jansen bien replacé. Sans but, la prolongation conduit logiquement à la séance de tirs de barrage.

À l’issue d’un match où ils paraissaient supérieurs dans le jeu, les Belges ont dû attendre donc la séance finale pour se débarrasser d’Islandais on ne peut plus vaillant et luttant sur chaque palet. Le partage des points semblent donc un bon compromis et laisse les deux équipes en position d’attente pour le reste de la compétition. On eût aimé que Pålsson se présente victorieusement durant ces tirs de barrage, histoire que la malédiction prenne fin de la plus belle des manières, mais ce n’était pas le bon jour pour écrire une légende magique islandaise.
Désignés joueurs du match : Vadim Gyesbreghs pour la Belgique et Rob Sigurdsson pour l’Islande.
Belgique – Islande 5-4 t.a.b. (2-2, 2-1, 0-1, 0-0, 1-0)
Samedi 9 avril 2016 à 13h00 au Pabellón de Hielo de Jaca. 120 spectateurs.
Arbitrage de Rasmus Toppel (DAN) assisté de Daniel Hynek (TCH) et Rudy Meyer (ESP).
Pénalités : Belgique 12’ (2’, 6’, 2’, 2’), Islande 10’ (4’, 2’, 4’, 0’).
Tirs : Belgique 36 (12, 10, 11, 3), Islande 37 (10, 10, 13, 4).
Évolution du score :
0-1 à 02’02’’ : Helgasson assisté de Pålsson et R.Hedström
0-2 à 05’39’’ : Sigurdsson
1-2 à 11’06’’ : de Smet assisté de van den Bogaert et Distate
2-2 à 18’34’’ : Pellegrims assisté de Gyesbreghs et B.Kolodziejczyk (sup. num.)
2-3 à 29’22’’ : Sigurdsson
3-3 à 30’43’’ : Paulus assisté de Vercammen
4-3 à 31’32’’ : Vercammen assisté de B.Kolodziejczyk et Pellegrims
4-4 à 59’37’’ : Sigurdarson assisté de Helgason
Tirs au but :
Belgique : de Smet (réussi), van den Bogaert (arrêté), Distate (manqué).
Islande : Sigurdsson (arrêté), Alengård (manqué), Sigurdarson (arrêté).
Belgique
Attaquants :
Ben Vercammen – Bryan Kolodziejczyk (A) – Maxime Pellegrims
Yoren de Smet – Ben van den Bogaert – Alexandre Bremer
Timo Dewin – Yente Franssen – Boris Kolyasnikov
Andy Kolodziejczyk – Brent van Rooy ou Patrick van Noten – Bryan Henry
Défenseurs :
Vadim Gyesbreghs (A) – Dean Thurura
Jordan Paulus (C) – Michael Distate
Emiel Goris
Gardien :
Mike Jansen
Remplaçant : Tom Prodi (G).
Islande
Attaquants :
Andri Mikaelsson – Ulfar Andresson – Falur Gudnason
Hafthor Sigrunarson – Björn Sigurdarson – Rob Sigurdsson (A)
Robin Hedström – Emil Alengård (A) – Johann Leifsson
Jonas Breki Magnusson – Bjarki Johannesson – Hjalti Johannsson
Défenseurs :
Orri Blondal – Ingolfur Eliasson
Ingvar Jonsson (C) – Ingthor Arnason
Robert Pålsson – Andri Helgason
Bergur Einarsson
Gardien :
Snorri Sigurbergsson (sorti de 59’05’’ à 59’37’’)
Remplaçant : Dennis Hedström (G).






































