La course au trophée Hart, le plus prestigieux de tous, n’a peut-être jamais été aussi serrée ces dernières années. Aucun joueur ne se détache vraiment aux points marqués et l’appellation « joueur le plus utile à son équipe » prend tout son sens alors que nombre des candidats appartiennent à des équipes à la limite des playoffs. Essayons d’y voir plus clair à l’aide des statistiques.
Précisons tout de suite que nous prenons donc ici la définition stricte du trophée : celui qui récompense le joueur le plus utile à son équipe. Pas le meilleur joueur de la ligue, il s’agit soit de Connor McDavid ou de Sidney Crosby. Non, le Hart doit être attribué à celui sans qui son équipe aurait connu une saison bien différente.
Mettons tout de suite de côté les gardiens. L’an passé, Sergei Bobrovsky avait connu une année au niveau des meilleurs standards contemporains, proches de ceux ayant offert le Hart à Carey Price en 2015. Il avait sauvé 38 buts de plus que prévu à 5 contre 5, avec un taux d’arrêts de 93,5% toutes situations confondues. Cette année, il domine encore sa catégorie avec 33 buts sauvés, mais un taux d’arrêts de seulement 92,3%. Les autres grands noms de la saison ? Pekka Rinne est à 92,7% et 13 buts sauvés. Connor Hellebuyck est 92,2% et 1 petit but sauvé… Jonathan Quick ? 92,4% et 13 buts sauvés. Bref, il n’existe pas dans la cuvée 2017-18 de cerbère candidat au Hart.
Même cas pour les défenseurs. Sans rentrer dans les détails, aucun arrière ne s’est suffisamment distingué cette saison au point de pouvoir être considéré.
Dix candidats
À des fins de lecture, nous avons décidé de nous limiter à dix candidats, en utilisant de façon réaliste le classement des meilleurs marqueurs de la ligue. Nous avons choisi d’ignorer le pauvre Phil Kessel, Brad Marchand et Steven Stamkos afin d’inclure Sidney Crosby et Alex Ovechkin.
Restent donc, par ordre alphabétique : Sidney Crosby, Claude Giroux, Taylor Hall, Anze Kopitar, Nikita Kucherov, Nathan MacKinnon, Evgeni Malkin, Connor McDavid, Alex Ovechkin et Blake Wheeler.
Première étape, regardons la production personnelle des candidats.
Connor McDavid et Nathan MacKinnon sortent ici avec une longueur d’avance. Crosby et Wheeler sont plus en retrait, dû au grand nombre de minutes jouées par le capitaine des Penguins et à un affreux PDO de 96,5 cette saison, sachant qu’à part Malkin à 99, tous les autres candidats sont au-delà de 101.3. À noter que Giroux se place 4e aux points/60mn mais tombe au 7e pour les points primaires, ayant donc accumulé beaucoup de deuxième assist.
L’image devient moins floue lorsque l’on rentre dans l’impact sur le jeu, à savoir la différence entre lorsque le joueur est sur la glace et lorsqu’il est sur le banc.
Nous pouvons éliminer Blake Wheeler, Evgeni Malkin et même Nikita Kucherov de l’équation. Tous trois affichent des rendements ambivalents ou négatifs en termes de Corsi (tirs tentés) et de buts anticipés. Comprenez que leurs équipes obtient une plus grande part des tirs ou des buts anticipés lorsqu’ils ne sont PAS sur la glace. Mais surtout, Claude Giroux sort ici clairement du lot. Seul Crosby peut suivre à distance raisonnable, et McDavid en 3e, mais le capitaine des Flyers illustre parfaitement comment il a pu tirer à bout de bras une équipe de Philadelphie fantomatique sans son trio. Souvent mis dans le même panier, Hall est certes positif, mais dans une bien moindre mesure que Giroux, et MacKinnon encore moins.
Dernière étape, éliminer les joueurs trop unidimensionnels, en jetant un œil sur l’impact relatif sur les tirs en attaque et en défense. Notez que pour la défense, les données ont été inversées pour faciliter la compréhension. Si c’est vers le haut, c’est tout bon.
Évidemment, nous ne sommes pas en présence de spécialistes de la défensive, et seul Anze Kopitar a un plus grand impact en défense qu’en attaque. Crosby, McDavid et Ovechkin ont le plus fort impact en attaque, alors que leurs équipes obtiennent au moins 8 tirs de plus par 60 minutes de jeu avec eux sur la glace. McKinnon, Kucherov, Hall, et Giroux un peu derrière, forment un deuxième groupe solide.
C’est défensivement que notre enquête prend fin. Claude Giroux est le plus efficace du lot, alors que les Flyers accordent 4 tentatives de tirs de moins par 60mn lorsqu’il est sur la glace. Les talents défensifs de Kopitar ressortent également mais le reste de la bande se perd assez largement alors que Crosby et Hall sont les deux seuls autres joueurs positifs.
Claude Giroux MVP, Hall en embuscade
Il est clair qu’un nom ressort plus que les autres. Claude Giroux semble bien placé ou domine dans toutes les catégories observées. Oui, il a connu son lot de chance avec un PDO de 103 cette saison mais son travail dans les deux sens de la patinoire, la présence des Flyers en playoffs, ce qui ne sera pas le cas des Oilers, et sûrement pas de Colorado, penche aussi en sa faveur.
Ajoutons enfin au dossier Giroux qu’il doit composer avec des coéquipiers bien mal embouchés. Ses compagnons de trios affichent en moyenne un Corsi de 46,6%, comme ceux de MacKinnon. Dans le club des seuls au monde, ceux de Taylor Hall sont à 47,1%, ceux d’Ovechkin 47,7%, McDavid 48,5%, Kopitar 49,8% alors que Crosby, Malkin, Kucherov et Wheeler ont tous des coéquipiers au-delà des 50%.
Taylor Hall pourrait-il venir chiper le trophée ? Possible. Le joueur des Devils est également bien présent dans toutes les catégories et bénéficie de l’impression d’être réellement seul à tirer le bateau au New Jersey. Là où Giroux avait Voracek et Couturier, où MacKinnon avait Rantanen, Hall émerge de la tête, des épaules et au moins du torse au sein de son équipe. Il avait ce matin 93 points, soit 42 de plus que le joueur suivant, Nico Hischier ! Il finit également la saison en trombe, ce qui pourrait faire pencher des votes en sa faveur.











































