Le bilan du début de saison en Magnus via les stats. Partie 1

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Par Mathieu Brosseau et Thibaud Chatel

Le projet Magnus Corsi propose depuis l’an dernier toute une gamme de statistiques « avancées » visant à mieux comprendre notre championnat national. Petit bilan équipe par équipe avant la reprise. Partie 1 avec les clubs classés de la 12e à la 7e place.

 

Strasbourg

Si l’Étoile Noire n’est pas si détachée au classement, Strasbourg est sans équivoque la lanterne rouge de la ligue en termes statistiques. Le club alsacien est dernier pour le pourcentage de tirs tentés, dernier pour les buts anticipés obtenus et accordés, sans oublier le 10e PDO (shoot%+save%) et c’est à peine mieux pour les unités spéciales.

À 35% de buts anticipés et 38% des tirs tentés, l’équation est simple. Pour chaque occasion obtenue par Strasbourg, l’adversaire en a deux… considérez aussi que la 11e équipe de la ligue, Anglet, a, elle, 47% des buts anticipés… Une mesure déjà considérée comme faible…

Strasbourg navigue loin sous la barre des 50% depuis le début de la saison. Les derniers matchs ont vu une légère amélioration mais l’équipe subit tout de même et doit compter sur un gardien dans un grand jour pour glaner des points.

Nulle volonté d’en rajouter mais la heatmap des Alsaciens est frappante. Offensivement c’est une mer de bleu, signifiant qu’on décoche moins de tirs que la moyenne de la ligue. Et défensivement c’est rouge, donc on accorde plus que la moyenne.

On ne va pas se le cacher, sur cette base-là, la vraie saison de Strasbourg commencera en playdown.

Côté joueurs, si le collectif subit sans exception, Loic Chabert est le seul au-dessus des 50% de tirs tentés à 5 contre 5. C’est aussi le seul joueur avec Zion à présenter un différentiel de buts non-négatif (0 et +1 pour Zion). Meilleur compteur de l’équipe, Michal Duras est de loin le plus actif en zone offensive en termes de tirs et passes décisives. Autre satisfaction, le jeune Samuel Rousseau, seul joueur au-dessus des 50% de buts anticipés et surtout leader de l’équipe pour les sorties ET les entrées de zone en contrôle du palet. La production ne suit pas encore mais c’est une affaire compliquée quand on évolue sur les 3-4e ligne de la lanterne rouge de la ligue.

 

Mulhouse

Mulhouse c’est l’histoire triste du début de saison, celle de l’injustice cruelle du sport. On exagère mais Mulhouse n’est peut-être pas à sa place au fond du classement. Avec le 5e pourcentage de tirs tentés et de buts anticipés, Mulhouse vient juste derrière Grenoble, Gap, Rouen et Bordeaux à ce chapitre dans la ligue.

Mais ce constat cache une équipe déséquilibrée entre attaque et défense comme nous le verrons.

C’est dommage car les indicateurs de jeu ne sont en effet pas mauvais. Après un bon début de calendrier, Mulhouse alterne maintenant au-dessus et en dessous de la ligne des 50%. Sans parler d’un futur champion, il n’existe donc pas de problème majeur dans la façon de jouer des Scorpions.

Nous parlions d’une équipe déséquilibrée : l’attaque ne vient qu’au 9e rang pour les tirs et les buts anticipés obtenus et la heatmap montre bien la difficulté à s’approcher du centre de la glace. Par contre, la défense se classe 3e pour les tirs accordés et 2e pour les buts anticipés ! C’est solide derrière mis à part un peu de mal à dégager le devant de la cage.

Où est donc le problème? La réponse est simple : gardiens et tireurs ne suivent pas. À 5 contre 5, Mulhouse a obtenu 28 buts anticipés mais n’en a marqué que 22. Et a concédé 26 buts anticipés mais en a encaissé 38 ! Cela fait 6+12=18 buts en moins pour l’équipe par rapport à ce qui était attendu ! En 16 matchs… Largement de quoi susciter des questions et mettre à mal un entraîneur… Les gardiens des Scorpions ont de loin le pire taux d’arrêts de la ligue. On peut parler de la blessure de Martin Surek, mais même lui n’atteint pas les 90% d’arrêts (stat de la ligue).

Mulhouse a donc évidemment le pire PDO (pourcentage de tirs + pourcentage d’arrêts) de Magnus à 96,1. Cela est bien en deçà des normales et tireurs comme gardiens devraient retrouver naturellement un peu d’aplomb. Assez pour remonter au classement ?

Côté joueurs, Yorick Treille menait l’équipe aux points par match avant son départ derrière le banc mais les locomotives de l’équipe se nomment aussi Roland Vigners, Arturs Sevcenko ou Lou Bogdanoff. Les trois se classent dans le top5 de l’équipe pour la contribution offensive et les entrées de zone en contrôle. Seda et Hecquefeuille sont bien présents pour sortir de la zone et signalons également au niveau de la transition Trudeau, seul joueur à entrer dans le top5 pour les entrées et le sorties en contrôle.

 

Nice

10e au classement, Nice pourrait pourtant mériter mieux sur ce début de saison. À 5 contre 5, l’équipe est légèrement dominante : elle contrôle 50,4% des tirs tentés et 51,1% des buts anticipés (6e de la ligue dans les deux cas). Mais, la réussite fuit les Aigles puisqu’ils possèdent un PDO de 99,5 soit le 9e de la ligue. Les gardiens ont le 10e taux d’arrêt de la ligue et les attaquants le 9e taux de conversion de tirs de la ligue.

C’est réellement ce manque de réussite qui manque aux Aigles, car les unités spéciales sont aussi dans la moyenne de la ligue.

Après un très bon départ, les Aigles ont connu un passage très compliqué qui s’explique en partie par le calendrier (Amiens, Rouen et Grenoble en 4 matchs). Les Aigles se sont ensuite bien repris et ont montré qu’ils pouvaient être dominants face à de nombreuses équipes de cette Ligue Magnus.

En attaque, c’est rouge (pâle) de partout. Nice fait partie des équipes qui tirent beaucoup (6e de la ligue) et ils parviennent à se procurer des chances de marquer à hauteur de ce nombre de tirs (7e de la ligue en chances de marquer à 5 contre 5 par 60).

En défense, l’équipe concède pratiquement autant de tirs (7e équipe qui concède le moins de tirs) et la couverture de l’enclave est aussi dans la moyenne de la ligue (24,4% des tirs concédés sont des chances de marquer). On note tout de même que les Niçois couvrent bien le devant du but.

Si la réussite venait à revenir, les Aigles pourraient être une équipe moyenne mais légèrement dominante de cette Magnus. Suffisant pour atteindre les playoffs ?

L’attaque de Nice ne repose que sur 9 joueurs : Hrehorcak, Sabatier, Palocko, Bergeron, Rajamäki, Perttilä, Matis et les défenseurs Dorey et Tarkkanen. Ce sont les seuls joueurs à avoir plus de 2 points à 5 contre 5. À titre de comparaison, à Chamonix, dernière équipe qualifiée pour les playoffs, il y a 14 joueurs dans ce cas-là, dont 5 défenseurs. À Nice, les défenseurs contribuent très peu au jeu offensif. Seuls 4 défenseurs sont au-dessus du 50e percentile pour le nombre d’entrées en contrôle tentées par 60 minutes et aucun ne dépasse le 70e percentile. Pour la contribution en attaque (tirs + passes), seuls 3 sont au-dessus du 50e percentile et, encore une fois, il n’y en a aucun au-delà du 70e percentile.


En attaque, la paire Rajamäki-Perttilä impressionne. Avec les deux Finlandais sur la glace, les Aigles sont bien plus dominants, notamment en buts anticipés, car les deux joueurs parviennent à rapprocher l’attaque du but adverse. Rajamäki est d’ailleurs dans le top 10 de la ligue en terme de contribution offensive (tirs et passes). Enfin, du côté de la production, Hrehorcak présente des chiffres impressionnants. Il est 6e de la ligue en terme de points par match et 5e en terme de points par match à 5 contre 5. Il est impliqué dans 43,9% des buts de son équipe (41,4% à 5v5) ce qui fait de lui le joueur le plus impliqué de la ligue dans les buts de son équipe.

 

Anglet

Le début de saison d’Anglet est bon d’un point de vue comptable. En effet, les Basques sont actuellement neuvièmes du championnat mais avec deux matchs de retard sur beaucoup d’équipes, notamment Chamonix et Amiens qui sont respectivement 1 et 2 points devant l’Hormadi. Un bon début de saison qui pousse le système de pronostics Camembert à les placer 6e en fin de saison. Pourtant, tout n’est pas si rose. Tout d’abord, Anglet possède le 11e pourcentage de tirs tentés (42,4%, loin du 10e) et de buts anticipés (46,9%, plus proche du peloton) signe que l’équipe est globalement dominée. Ensuite, la réussite ne compense pas beaucoup puisque gardiens et buteurs sont tous deux légèrement en dessous de la moyenne pour un PDO global de 99,8. Ce n’est pas catastrophique puisqu’il s’agit du 7e taux de réussite de la ligue. Enfin, Anglet possède le moins bon powerplay de la ligue avec 4,8 buts marqués en moyenne par 60 minutes d’avantage numérique.

Néanmoins, un bon point positif est à noter du côté de l’Hormadi : la défense. Si Anglet parvient à avoir un bien meilleur pourcentage de buts anticipés que de tirs tentés, c’est parce que l’équipe est solide défensivement. En effet, l’Hormadi n’encaisse que 14 chances de marquer par 60 minutes à 5 contre 5 (4e meilleure défense de la ligue à ce chapitre), ce qui signifie que seuls 20,8% des tirs concédés sont des chances de marquer (2e meilleure défense à ce chapitre, loin devant la 3e). Autre indice de solidité défensive, Anglet n’encaisse que 4,8 buts en moyenne par 60 minutes d’infériorité, soit le 4e meilleur taux de la ligue.


Anglet a connu une bonne période entre le 7e et le 10e match qui lui a permis de s’approcher de la barre des 50% des tirs tentés, mais qui a surtout vu l’équipe être dominante en terme de buts anticipés. Si les chiffres ont chuté de nouveau sur la fin de cette première partie de championnat, il sera intéressant de voir si Anglet est capable de répéter ce genre de temps fort au cours de la saison.

Si la heatmap correspond bel et bien à celle d’une équipe dominée (tout bleu en attaque et rouge en défense), on note aisément la qualité défensive vantée auparavant. Accéder à l’enclave d’Anglet n’est pas une mission facile pour les adversaires de l’Hormadi et décocher une « High-Danger Chance » est pratiquement impossible. Si l’équipe parvient à devenir plus dangereuse offensivement, Anglet pourrait faire de belles choses ; mais, pour l’instant, l’attaque peine à se montrer dangereuse.

L’équipe paraît plutôt homogène, néanmoins, la première paire défensive Kuunas-Jalbert semble sortir du lot. Tout d’abord, elle est parmi les plus dominatrices de la ligue relativement au reste de son équipe. Ensuite, dans le jeu de transition, les deux hommes sont excellents. Kuunas est le 9e défenseur de la ligue et Jalbert le 10e au chapitre des sorties de zone en contrôle par 60 minutes. Aussi, Jalbert est le 4e défenseur qui réussit le plus d’entrées en zone en contrôle par 60 minutes. Les deux joueurs amènent également beaucoup à l’attaque même si cela n’est pour l’instant pas suffisamment payé puisque Jalbert a inscrit 4 points à 5 contre 5 et Kuunas aucun.

En attaque, le centre Sébastien Gauthier, bien aidé par son compagnon de trio Arrossamena, semble être la valeur sûre de cette équipe. Gauthier est un joueur plutôt complet et l’équipe est dominatrice en terme de buts anticipés lorsqu’il est sur la glace. De plus, il est le meilleur pointeur de l’équipe à 5 contre 5 avec 8 points inscrits.

 

Chamonix

Les Pionniers constituent une des curiosités de ce début de saison. Accrochés à la 8e place du classement, Chamonix a su profiter d’un calendrier plutôt adéquat pour monter en puissance lors des dix premiers matchs comme le montre leur courbe des buts anticipés.

Au bout de ce démarrage diesel, une série de victoires méritées contre des adversaires directs (Anglet, Strasbourg) qui les ont menés aux portes du podium.

La suite devait constituer un vrai test face à des concurrents de plus haut calibre: Amiens, Bordeaux, Gap, et la réalité a quelque peu rattrapé Chamonix. Il faut dire que l’équipe vivait un peu sur la grosse réussite de ses tireurs (2e pourcentage d’efficacité de la ligue) qui devait finir par s’estomper.

Mais quoi qu’il en soit, les Pionniers sont surtout fun à regarder jouer !

Défensivement, Chamonix se situe dans le peloton de queue de la ligue. Les Savoyards accordent beaucoup de tirs et de chances de qualité à leurs adversaires. Par contre, ils se projettent efficacement en contres et obtiennent ainsi des chances high-danger à la pelle, se classant 4e attaque de la ligue pour les buts anticipés obtenus.

La recette invite donc à la fête mais demeure fragile, surtout que les unités spéciales ne sont pas vraiment efficaces.

Côté joueurs, derrière Erik Higby (9e compteur de la ligue aux points par match), la vraie satisfaction concerne Mathieu Briand, seul joueur avec Perry Darrisso (son ailier) à poster des pourcentages de tirs et de buts anticipés positifs dans l’équipe. Les deux sont aussi dans le top3 de l’équipe pour la contribution offensive avec Cody Freeman. Darrisso mène également sur les entrées de zone en contrôle. À noter que la brigade défensive compte nombre d’éléments prompts à dynamiser le jeu avec Kloz, Klimicek ou Besson.

 

Bordeaux

Si certains ont pu voir un handicap insurmontable dans les 9 points de pénalité infligés par la ligue, les Boxers ont vite démontré qu’ils avaient largement le niveau pour flirter avec les sommets. Sans ces fameux 9 points ils trôneraient confortablement à la 3e place du classement et leurs stats vont dans ce sens.

Depuis le début de l’année, Bordeaux affiche des pourcentages de tirs et de buts anticipés positifs. Le départ a été un peu mou mais l’équipe rebondit toujours après chaque séquence de matchs plus compliqués. Au total, Bordeaux affiche le 4e taux de tirs tentés et de buts anticipés de la ligue à plus de 53,5% dans les deux cas. Juste derrière Grenoble, Rouen et Gap.

La solidité défensive qui faisait l’identité du club l’an passé est toujours présente: Bordeaux est l’équipe qui concède le moins de tirs à 5 contre 5. Notons également que les Boxers sont l’équipe avec qui il se passe le moins de tirs par match (pour et contre)…

Seul bémol, un peu trop de chances de marquer sont accordées au centre de la glace, souvent comme un retour de bâton dès que le jeu s’accélère trop. C’est pourtant ce que tente Bordeaux offensivement, se projetant rapidement dès que le palet est récupéré. La heatmap offensive montre ainsi moins de tirs tentés que la moyenne en périphérie mais davantage de chances high-danger devant le but. Le portrait d’un jeu de contres. Si l’on ajoute un Clément Fouquerel très en jambes, le résultat est solide. Rouen a failli y passer et Grenoble a mordu la poussière. Bordeaux est réellement la troisième force de la Magnus.

Côté joueurs, la grosse satisfaction concerne le rendement du trio d’Andrew Johnston, le plus dominant de l’équipe pour les tirs et les buts anticipés. Les autres recrues Victor Barbero et Alexandre Mulle sont également au rendez-vous. Ils mènent l’équipe pour l’animation offensive (tirs + passes) et sont parmi les meilleurs pour les entrées de zone. Un bon complément à Adam Hughesman. En défense, Aziz Baazi et Hugo Gallet apportent comme espéré beaucoup au jeu de transition.

 

La suite par ici.

 

 

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