Chronique des Habs : Montréal apprend la sérénité

Source: NHL.com
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Ces jours-ci c’est toute la grande ville qui a des allures de cours de Yoga. Des millions de partisans semblent en pleine séance de méditation. Encens, bougies et tout le tatouin. Plus incroyable encore, les médias locaux sont en tailleur et vocalisent à l’unisson : « hmmmmmmmmmmmmmm »…

 

De quoi n’y rien comprendre. Pourquoi est-ce si étonnant ? Parce que Montréal a encaissé mardi soir sa cinquième défaite consécutive, ne prenant que deux points en deux semaines. Et que les Habs se réveillent mercredi matin hors des playoffs pour la première fois de la saison. Voilà huit ans que je suis au cœur de la fournaise montréalaise et d’habitude trois défaites de rang constitue le maximum acceptable. Et les dernières années ont connu leur lot de scandales et de catastrophes. Et pas qu’un peu.

 

Là? Rien.

 

En fait, la journée de mardi a plutôt été marquée par des bonnes nouvelles. Karl Alzner a été renvoyé en ligue Américaine, à Laval, à vingt minutes de métro du Centre Bell. Celui que Marc Bergevin qualifiait le 2 juillet 2017 « d’un des meilleurs défenseurs défensifs de la ligue » n’a plus sa place dans une défense qui comprend pourtant deux jeunes de 20 et 21 ans, deux vétérans plus vraiment à l’apogée de leur carrière et trois gars à la croisée des chemins…

Signe des temps, les fans ont applaudi la décision de Bergevin d’un air un peu cuistre. Ils ont vaguement fait une moue entendue genre « ben oui, logique ». Pas d’entrain exubérant, pas de « WTF !!! ». Pourquoi ? Car c’est maintenant entendu que le management a compris. Que Bergevin a admis ses erreurs. Qu’il a saisi à quoi ressemble la ligue nationale aujourd’hui. Qu’il est prêt à défaire ses actions antérieures au profit du futur. Alzner sera certainement racheté cet été, alors que la pénalité financière pour le faire aura chuté d’un cran. Tomas Plekanec a déjà fait ses valises pour aller s’amuser avec son pote Jaromir. Bref, l’ancien régime a des airs de révolutionnaires. Pas un mot sur le fait que, logiquement, il ne fallait pas signer Alzner tout court, mais bon. Tout est pardonné ou presque.

 

Cinq défaites donc et pas d’alarmisme. Non car la saison n’était aucunement porteuse d’attente. Donc, en soi, les défaites n’ont pas de conséquence alors que les victoires ne sont que du bénéfice. La défense est toujours un trou en termes de talent ? Pas grave. Shea Weber n’a toujours pas de partenaire à sa gauche ? Pas grave. L’avantage numérique est famélique ? Bof. Carey Price connaît des hauts et des bas ? Pas grave. Ou, à la limite, c’est lui qui recueille le plus un début de semblant de grogne, faute de mieux.

On préfère voir le positif. Claude Julien s’est transformé. Ses nouveaux adjoints apportent beaucoup et le public a retrouvé confiance dans l’encadrement. Il y a quelques jours encore, Montréal était l’équipe avec le plus de buts marqués dans la ligue à 5 contre 5 ! Oui oui. Et Max Domi a plus de points que Taylor Hall ou Artemi Panarin. Mais même là personne ne saute au plafond, conscient de l’impermanence des choses. Tyler Dellow le soulignait dans The Athletic, avec Max Domi sur la glace, le pourcentage de réussite aux tirs de Montréal atteint 14,5%. Et il a regardé sur les dix dernières saisons combien de joueurs avaient réalisé une telle performance sur une saison entière. À votre avis ? Deux. Sur 3 446 joueurs au total. Daniel Sedin en 2010 et Nazem Kadri en 2013. Domi navigue en sur-régime et, nous le soulignions déjà la dernière fois, lui et Drouin se font largement dominer dans le jeu à 5 contre 5.

 

Il faut donc prévoir un retour de bâton pour ce trio. De la même manière que toute l’équipe a tiré la langue ces trois dernières semaines après un début prometteur. La saison connaîtra des hauts et des bas. Mardi soir, Montréal a piétiné la meilleure équipe de la ligue en termes de possession du palet, Carolina, et s’est fait voler le match. Alors même si les Habs glissent au classement au fil de la saison, les nouvelles bases sont solides en attendant le talent supplémentaire des nombreux espoirs de l’organisation. D’ici là, les Montréalais ont appris la patience, ce n’est pas une mince affaire.

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