Chronique des Habs: Un début de saison mérité

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La Chronique des Habs se penche aujourd’hui sur le début de saison du Canadien, qui occupe contre toute attente une place en séries à l’heure d’écrire cet article.

 

Ça, on ne l’avait pas vu venir. Nous avions même ri jaune lorsque Marc Bergevin parlait cet été de retool on the fly, réarmer en vol. Surtout pas reconstruire. Ben voyons ! Avec cet effectif ? Sans absoudre le Directeur Général de tous les péchés commis depuis son arrivée en poste, force est d’admettre que la réflexion qui a fait chauffer les cerveaux cet été dans les bureaux du Centre Bell a vu juste. On pourrait bien sûr râler qu’elle n’arrive qu’après 6 saisons mais mieux vaut tard que jamais. Cette idée nouvelle, c’est de jouer du hockey de 2018, basé sur la vitesse et l’offensive. Montréal a déjà louangé le refrain de la vitesse sous Michel Therrien, mais c’était de la vitesse pour aller dumper la puck au fond de la zone adverse… Rien à voir. Non, Montréal utilise désormais ses jambes pour harceler le but adverse, et permet également, énorme nouveauté, aux mêmes jambes de prendre des risques sur la patinoire. Oui aux remontées de palet aventureuses, oui à la créativité et tant pis si cela provoque un beau revirement une fois sur dix. Les neuf autres fois ça marche. PK Subban et Nathan Beaulieu doivent se pincer pour croire que Mike Reilly peut faire des 360° en zone offensive sans se faire taper sur les doigts…

 

Un coaching retrouvé

Le grand changement est donc venu du banc, accompagné d’un recrutement au service de la stratégie. Claude Julien s’entêtait encore l’an passé dans ses schémas un peu passifs qui marchaient en 2012 mais il a changé cet été son fusil d’épaule. Quel impact ont eu les nouveaux venus derrière le banc Dominique Ducharme et Luke Richardson ? Eux seuls le savent, mais sortir le personnel adjoint en place depuis 2012, et pointé du doigt depuis 2012, a certainement fait beaucoup de bien. Le palet sort vite et proprement de la zone, et pénètre vite en zone offensive, où l’on tire sans plus de formalité. Une bonne chose quand on sait que 70% des buts en NHL sont marqués dans les 5 secondes qui suivent une entrée en zone.

Et sans dire que la défensive est parfaite, à emprisonner l’adversaire dans sa propre zone, on évite de jouer dans la sienne… Montréal présente pour le moment le 4e Corsi de la ligue (pourcentage des tirs tentés). Offensivement, les Habs pointent au 5e rang pour les tirs obtenus par 60 minutes, et défensivement, au 4e pour les tirs accordés ! Une recette très complète donc.

Oui mais la qualité, me direz-vous ? Le triste spectacle de ces Habs qui mitraillaient de loin l’an passé a pris beaucoup de mieux. Montréal se classe 12e pour les buts anticipés obtenus en attaque, mais surtout au 5e rang pour les buts anticipés concédés en défense. Pas de débalancement entre quantité et qualité donc, une preuve que Montréal maîtrise pour l’instant son sujet. Les résultats du début de saison ne sont pas le fruit du hasard, ou d’une attitude retrouvée (j’avais promis de pas en parler), mais bien la conséquence d’un renouveau tactique.

Casey Cizikas des Islanders en faisait le constat après la victoire de Montréal à New York lundi soir, match qui a fini en fusillade mais où Montréal avait obtenu 61% des tirs et 58% des buts anticipés à 5 contre 5.

Un peu à l’image de Vegas l’an passé, Montréal prend son monde de surprise. La deuxième équipe la plus jeune de la ligue, la plus petite et la plus légère, pratique un hockey enthousiasmant, porté sur l’offensive tout en étant très responsable derrière. Que demande le peuple ? Et ajoutons que le classement n’est pas non plus influencé par la réussite. Le PDO de l’équipe est pile à 100,2. Carey Price a retrouvé un niveau correct sans avoir besoin de voler des matchs. Ça aussi c’est nouveau en passant. Price n’est qu’un atout dans le jeu des Habs, plus sa carte maîtresse. Enfin.

 

Des individualités bien placées

Si la stratégie est aussi efficace, c’est que l’effectif est construit sur mesure. Le renouveau du management des Habs c’est aussi la fin des passe-droits. Karl Alzner n’est ni suffisamment rapide ou habile pour appliquer le plan de match ? Il devient 7e défenseur. Les jeunes Victor Mete, Noah Juulsen et Mike Reilly sont bien installés devant lui dans l’organigramme, Les fans n’osaient pas y rêver il y a un mois. Tomas Plekanec a dû prouver qu’il avait retrouvé un peu de jambes pour mériter de jouer. Andrew Shaw entre et sort au gré des blessures, et le temps de Nicolas Deslauriers semble compté, lui qui ne peut plus compter sur sa bonne étoile de la saison dernière (en l’occurrence un pourcentage de tirs de 13%, lui tire en carrière à 7%).

La ligne Tomas Tatar, Philip Danault et Brandan Gallagher (les trois petits logos sur le graphique sous Tatar sont Danault, Gallagher et Benn) forme la figure de proue de ce début de saison. Jouant un vrai rôle de premier trio, ils affrontent les meilleurs éléments adverses et en sortent très souvent vainqueurs. Avec eux sur la glace, Montréal contrôle à 5 contre 5 environ 60% des tirs et des buts anticipés et… 66% des buts marqués. Logique. Surtout qu’avec des PDO de 97-98, ces trois-là ont de la réussite en réserve. La paire Jeff Petry et Jordie Benn (qui a retrouvé ses jambes) fonctionne très bien, tout comme Xavier Ouellet et Victor Mete en 3e duo. Citons aussi le jeune Jesperi Kotkaniemi, bien à son aise à 18 ans au centre du 3e trio. Sa ligne avec Joel Armia est la plus efficace offensivement et défensivement derrière Tatar-Danault-Gallagher. Et les palets commencent à rentrer avec l’arrivée d’un tireur, Artturi Lehkonen, sur leur ligne.

Ceux pour qui c’est plus difficile, au final, ce sont les deux larrons Jonathan Drouin et Max Domi. Ils sont les seuls avants avec Matthew Peca sous la barre des 50% de Corsi. Avec Drouin sur la glace, Montréal ne contrôle que 46% des tirs et 43% des buts anticipés… Le seul Habs dans le cadran en bas à gauche, c’est lui. Dans la refonte philosophique de cette été, le Québécois est en fait le seul élément qui semble jouer à contre-nature. Il faut dire que l’ex du Lightning n’a jamais été un joueur de 5 contre 5, et son style préférant poser le jeu ne sied guère à la ligne directrice des Habs. Des 10 points récoltés par Drouin cette saison, 6 l’ont été en powerplay, une proportion habituelle chez lui. Pour l’instant, les défauts à 5 contre 5 n’ont pas paru sur le tableau d’affichage en raison d’un PDO de 103,7 avec lui sur la glace, et 106 pour Domi ! Mais ces deux-là vont au-devant de certains problèmes.

Même chose pour la paire Mike Reilly – Noah Juulsen. Ils sont les seuls défenseurs en bas de 50% de Corsi et accordent près de 53 tirs par heure à l’adversaire, quand les autres duos les limitent entre 40 et 44. Eux aussi surfent sur un PDO de 105-106 mais les palets vont finir par rentrer contre eux. Si Reilly s’est retrouvé cet été et que Juulsen est plein de promesses, cela va encore un peu vite parfois, à l’image du dernier but de Tampa samedi dernier.

Tiens, le temps d’écrire cet article, Montréal perdait chez les Rangers mardi soir et Drouin a fini la soirée à -2 à 5 contre 5 (-3 avec le 4 contre 4), Domi -1 (-2 avec le 4 contre 4), et le petit groupe plus Reilly-Juulsen se sont fait passer comme des plots par Pionk.

Mais ne faisons pas la fine bouche. Dans une saison sans attente, où les points positifs surclassent largement le négatif, où le spectacle est au rendez-vous, le plus important est que Montréal a retrouvé le sourire. Cela tout en gardant en tête les espoirs qui s’ajouteront dès l’an prochain, et que Shea Weber doit encore revenir au jeu. Alors ça ne sent pas encore la coupe et Jack Hugues s’éloigne, mais le meilleur est à venir.

 

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