Histoires de Nordiques (suite et fin)

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Après avoir évoqué la dernière saison des Nordiques de Québec, du rêve au cauchemar, à l’occasion du 25e anniversaire de leur déménagement à Denver, revenons sur les dates marquantes, grands moments, connus ou méconnus, de l’équipe « fleurdelisée ». Après une première partie consacrée aux origines de l’équipe québécoise et la naissance de la grande rivalité dans la Belle Province, voici la deuxième partie.

1982 Nous sommes à un tournant de la rivalité Montréal – Québec. Jusque-là perçus comme l’équipe d’expansion qui ne peut pas aller bien loin en playoffs, les Fleurdelisés vont déjouer les pronostics. Les 27 points d’écart en saison régulière et l’absence de Peter Štastný, durement touché dès le premier match et absent pour toute la série, ne refroidissent pas les Nordiques qui évincent Montréal. Le but vainqueur, en prolongation, lors du dernier match décisif par Dale Hunter, servi par Réal Cloutier, restera comme l’un des événements majeurs de l’histoire des Nordiques. Ceux-ci élimineront par la suite Boston avant de déposer les armes face aux New York Islanders en finale de conférence, futurs vainqueurs de la Coupe Stanley 1982.

 

Vendredi Saint1984 Deux ans plus tard, Montréal et Québec se retrouvent en playoffs. Au premier tour, le Canadien et les Nordiques n’ont pas fait de détails, vainqueurs en trois manches sèches respectivement des Bruins de Boston et des Sabres de Buffalo. Les deux rivaux québécois se retrouvent alors pour la finale de la Division. Le CH parvient à faire la différence en menant la série 3-2 avec la possibilité de finir le travail au Forum. Ce sixième match de la série se déroule le 20 avril 1984, un Vendredi Saint qui restera tristement dans les mémoires. Une tension continue, de nombreuses empoignades, bagarres générales, 252 minutes de pénalités distribuées, dix expulsions, le match vire au grand n’importe quoi. Conséquences de deux équipes saluées précédemment pour leur potentiel offensif mais qui n’ont pu s’empêcher par la suite de s’attacher les services de « goons ». Si, d’un point de vue strictement sportif, Québec a offert une franche résistance durant la série, les cinq buts consécutifs de Montréal en l’espace de huit minutes en troisième période seront décisifs et mettront fin à un dernier acte sordide, surnommé la Bataille du Vendredi Saint.

Anton Et Peter Stastny
Anton et Peter Stastny

1985 La rivalité Montréal – Québec est désormais à son apogée. Le Canadien a terminé en tête de sa division avec seulement trois points d’avance sur les Nordiques. Les deux formations se retrouvent alors au deuxième tour. Montréal a deux avantages, celui de la glace et un ascendant psychologique qui lui a permis de remporter sept des huit confrontations en saison régulière face aux Fleurdelisés. Mais ces derniers comptent bien prendre leur revanche un an après la Bataille du Vendredi Saint. Québec ne remporte qu’un seul match dans son Colisée, mais trois au Forum de Montréal. Trois succès obtenus en prolongation grâce à Mark Kumpel, Dale Hunter, puis grâce au grand Peter Štastný lors du septième match de la série vont enterrer les Montréalais. Comme en 1982, l’aventure se terminera en finale de conférence, cette fois-ci contre les Flyers d’un Pelle Lindbergh alors au sommet de son art.

1987 Éliminé dès le premier tour par Hartford en 1986, Québec prend sa revanche, le salut lors de la dernière manche venant de nouveau de Peter Štastný en prolongation. Les Fleurdelisés retrouvent alors, une fois de plus, Montréal au deuxième tour. Mais le 28 avril 1987, tout bascule. La série est à 2-2, le score à 2-2 durant le match 5, mais à trois minutes de la fin, Alain Côté semble libérer les Nordiques. L’arbitre Kerry Fraser ne va pas valider le but pour siffler une pénalité contre son coéquipier Paul Gillis. Un tournant dans la série, que remportera finalement Montréal. La décision controversée de Fraser, qui avait déjà refusé un but à Michel Goulet en playoffs deux ans plus tôt, sera en revanche au centre des discussions pendant des années. Cela explique pourquoi Fraser sera mal accueilli par la suite sur la glace du Colisée.

Joe Sakic Carte1987 Le 13 juin 1987, les Nordiques de Québec choisissent au repêchage NHL un jeune garçon natif de Burnaby, banlieue est de Vancouver, un attaquant prometteur qui deviendra une véritable icône. C’est évidemment Joe Sakic, symbole d’une nouvelle génération, future capitaine exemplaire, qui prêtera allégeance pendant 20 ans à une seule et même organisation NHL en dépit de son déménagement de Québec à Denver. La légende Peter Štastný l’épaulera à ses débuts jusqu’au transfert de ce dernier aux New Jersey Devils en 1990, permettant à « Super Joe » de devenir, avec 102 points, le meilleur marqueur de son équipe dès sa deuxième saison avec Québec. Cette barre des 100 points, Sakic la franchira à trois reprises sous l’uniforme à la fleur de lys. Son talent, sa simplicité et son respect envers la population québécoise en feront un joueur favori pour bon nombre d’habitués du Colisée. Ce gentleman de la glace déclarait dans Le Soleil : « Vous savez, je n’ai jamais entendu un membre de notre équipe se plaindre. Il y a eu des grognements pendant nos années difficiles, mais quand nous avons commencé à remonter la pente, Québec était le plus bel endroit pour pratiquer notre sport. C’est juste dommage que nous n’ayons pu aller jusqu’au bout, pour les gens de Québec. »

Le saviez-vous ? Les Nordiques de Québec avaient deux choix de premier tour à la draft 1987. Mais Sakic n’était que le deuxième, l’organisation québécoise jetant d’abord son dévolu sur Bryan Fogarty, que certains comparaient déjà au légendaire Bobby Orr. Il est vrai que les 155 points en 60 matchs en Ligue d’Ontario (!), un record pour un défenseur en junior canadien, pouvaient leur donner raison. Mais les énormes attentes autour de lui, son addiction à l’alcool, la consommation de certaines substances illicites et ses diverses frasques ruineront sa carrière. Les Nordiques s’en sépareront rapidement et l’aventure NHL se révélera brève en dépit de son immense potentiel. Fogarty vagabondera entre l’Europe et les États-Unis, bien loin des projecteurs de la NHL. Il sera retrouvé mort d’un arrêt cardiaque en 2002, à seulement 32 ans, sans doute en raison de ses excès à répétition.

1989 Le parcours de 1987 marque la fin de l’âge d’or des années 80 de l’uniforme bleu poudré. Les Nordiques vont ensuite connaître une série noire en se classant pendant quatre années consécutives derniers de la NHL. Cette sombre période permet toutefois à Québec de renflouer sa banque d’espoirs, avec notamment trois fois le premier choix de draft, en 1989, 1990 et 1991. Le Suédois Mats Sundin et le Canado-irlandais Owen Nolan feront d’ailleurs rapidement très bonne impression. Mais le premier choix de 1991 va prendre une tournure totalement rocambolesque.

Une Lindros1991 Pour la troisième année de suite, les Nordiques obtiennent donc le premier choix de la draft. Le 22 juin 1991, les Québécois appellent Eric Lindros. Le jeune homme se présente avec un sourire forcé et prend le maillot des Nordiques sans le vêtir. Malaise. Lindros est une star en devenir, il a impressionné en OHL et, à même pas 20 ans, il est déjà double champion du monde junior, vice-champion olympique et vainqueur de la Canada Cup, en plus d’être élu joueur de l’année en junior. Certains le surnomment « The Next One », un talent rare alliant force et explosivité, et marchant dans les traces de Wayne Gretzky et Mario Lemieux. Mais Québec, son exception francophone, son président haut en couleur Marcel Aubut et son petit marché ne l’intéressent pas. Ni lui, ni son clan composé de ses parents Carl et Bonnie, ainsi que son agent Rick Curran. Et l’affrontement tourne à une affaire d’État. Lindros ne cédera pas et les Nordiques se résoudront à transiger lors du repêchage en 1992. Un temps dans la course, les New York Rangers laisseront finalement la place à Philadelphie. Les Flyers recevront Lindros avec en échange Ron Hextall, Steve Duchesne, Chris Simon, Mike Ricci, Kerry Huffman, le surdoué Peter Forsberg, deux choix de premier tour à la draft, ainsi que la somme de 15 millions de dollars pour Québec. La saga Lindros demeure un événement dans l’histoire des transferts du sport professionnel nord-américain. Il ne fait aucun doute que la bonne affaire était du côté des Nordiques, future Avalanche du Colorado qui deviendra une puissance de la NHL.

La saviez-vous ? Ce n’est pas la première fois que le clan Lindros boudait une équipe. En 1989, Lindros a refusé de porter les couleurs de Sault-Sainte-Marie en Ontario Hockey League, préférant Oshawa plus proche de la résidence familiale de Toronto. Son père Carl est comptable mais il est très investi dans la carrière de son fils et n’a pas hésité à faire de nombreuses recherches pour orienter les choix d’Eric.

Le saviez-vous ? Eric Lindros a bel et bien enfilé le maillot des Nordiques… lors d’une émission télé. En février 2017, vingt-six ans après avoir été repêché par Québec sans pour autant jouer un seul match pour les Fleurdelisés, l’ancien numéro 88 était venu promouvoir un documentaire dans la version québécoise de Tout le monde en parle. C’est dans une optique d’apaisement et de réconciliation que Lindros a mis le maillot des Nordiques. Il a cependant rappelé que le vrai problème de l’époque, qui ne lui donnait pas envie d’accepter le choix de Québec, n’avait rien à voir avec la ville et ses résidents, mais venait du président Marcel Aubut : « Ce n’était pas une histoire d’anglais, ni de français non plus. D’ailleurs, mon épouse est de Montréal et parle français, et je possède des propriétés au Québec. Je n’ai jamais eu de problème avec Québec, j’ai eu un problème avec un propriétaire. Notre bilan sur cette personne n’était pas reluisant et, pour cette raison, nous avons choisi une autre voie. » Une version écourtée, pour plaire à tout le monde, qui omet la volonté du clan Lindros, clairement affichée à l’époque, d’éviter une petite équipe excentrée géographiquement et peu propice aux juteux contrats publicitaires. Pour autant, le président des Nordiques Marcel Aubut ne faisait pas l’unanimité, par ses phrases choc, ses prises de position. Il connaîtra une sombre fin de carrière de dirigeant, acculé par de nombreuses accusations de harcèlement sexuel, notamment lorsqu’il était président du Comité Olympique Canadien.

1993 Après des années noires, Québec revient sur le devant de la scène, comptant le double de points lors de la saison 1992-1993 par rapport à la précédente. Les Sakic, Sundin, Duchesne, Nolan, Ricci épatent la galerie et il ne fait aucun doute, pour les inconditionnels de l’équipe à la fleur de lys, que les Nordiques ne feront qu’une bouchée des Montréalais au premier tour. Cela commence d’ailleurs parfaitement pour Québec qui remporte les deux premières manches. Mais un Patrick Roy au sommet va permettre au CH de renverser la série et de s’acheminer vers leur 24e (et dernière en date) Coupe Stanley. La série québécoise de 1993 demeurera dans les mémoires, d’autant plus qu’il s’agira de la dernière.

Le saviez-vous ? Montréal et Québec n’ont jamais réalisé de transactions mutuelles. Et pourtant, Montréal lorgnait également sur Lindros. L’ancien directeur général et entraîneur des Nordiques Pierre Pagé a confié sur la chaîne TVA Sports que le CH envisageait de s’attacher les services de la future star en échangeant un certain Patrick Roy. Ce dernier quittera bien Montréal mais en 1995, lorsque les Nordiques étaient devenus l’Avalanche du Colorado. Ce n’était donc qu’une question de temps.

1995 Comme nous le précisions dans l’article précédent consacré à la dernière saison des Nordiques, l’exercice 1994-1995, écourté à 48 matchs en raison du lock-out, sourit à la formation de Québec, qui se classe au sommet de la conférence est. Mais les expérimentés Rangers, champions en titre, éliminent les Fleurdelisés. Pour beaucoup, le tournant de la série a eu lieu le 12 mai 1995 lors du match 4. Alors que les Rangers sont installés en zone offensive, Alex Kovalev a le puck mais il s’écroule après avoir été touché par la crosse de Wolanin, Joe Sakic s’en empare et s’en va inscrire le troisième but d’une probable victoire des Nordiques. Mais l’arbitre Andy Van Hellemond indique refuser le but. Plusieurs éléments remettent néanmoins en cause la décision. Il est évident que Kovalev a surjoué pour bénéficier d’une pénalité, il est resté de longues minutes au sol à cause d’une crosse qui a surtout touché son maillot dans son dos. Autre point litigieux, Van Hellemond certifie avoir sifflé bien avant l’échappée de Sakic, mais on entend distinctement le coup de sifflet après le franchissement du palet dans les filets new-yorkais. Ce troisième but, il sera finalement pour les Rangers qui s’imposeront 3-2 avant de remporter la série. Quant à Andy Van Hellemond, il n’officiera plus en NHL, la ligue estimant qu’il y avait bien une erreur de jugement.

 

Husky QuébecLe saviez-vous ? Si tout le monde a en mémoire le logo igloo des Nordiques, l’organisation planchait sur un nouveau maillot, avec pour symbole un husky montrant les dents. En mars 1995, le Journal de Québec avait l’exclusivité du nouveau concept. Ce changement d’image était une nécessité selon l’organisation des Nordiques, étant donné que le merchandising ne faisait plus recette. Joe Sakic l’avait même testé sur la glace afin d’analyser le rendu à la télévision. Le bleu poudré devait faire place à un bleu plus foncé, symbole d’une nouvelle génération… qui aura du succès au Colorado.

Le 25 mai 1995, à l’occasion d’une conférence de presse, Marcel Aubut annonce officiellement le déménagement des Nordiques de Québec vers Denver, qui deviendront l’Avalanche et remporteront la Coupe Stanley dès leur première année dans le Colorado.

2010 Le 2 octobre 2010, une vague bleue déferle sur Québec. 75 000 personnes (contre 50 000 prévues), dont de nombreux anciens Nordiques comme les trois frères Stastny, se réunissent aux plaines d’Abraham, dans le grand parc de la Vieille Capitale. Tous militaient pour un retour des Nordiques en NHL et réclamaient une nouvelle patinoire. Si le moderne Centre Vidéotron a fait son apparition depuis, tous sont toujours en attente d’un retour des Fleurdelisés…

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