Après avoir évoqué la dernière saison des Nordiques de Québec, du rêve au cauchemar, à l’occasion du 25e anniversaire de leur déménagement à Denver, revenons sur les dates marquantes, grands moments, connus ou méconnus, de l’équipe « fleurdelisée ». Après une première partie consacrée aux origines de l’équipe québécoise et la naissance de la grande rivalité dans la Belle Province, voici la deuxième partie.
1982 Nous sommes à un tournant de la rivalité Montréal – Québec. Jusque-là perçus comme l’équipe d’expansion qui ne peut pas aller bien loin en playoffs, les Fleurdelisés vont déjouer les pronostics. Les 27 points d’écart en saison régulière et l’absence de Peter Štastný, durement touché dès le premier match et absent pour toute la série, ne refroidissent pas les Nordiques qui évincent Montréal. Le but vainqueur, en prolongation, lors du dernier match décisif par Dale Hunter, servi par Réal Cloutier, restera comme l’un des événements majeurs de l’histoire des Nordiques. Ceux-ci élimineront par la suite Boston avant de déposer les armes face aux New York Islanders en finale de conférence, futurs vainqueurs de la Coupe Stanley 1982.


1985 La rivalité Montréal – Québec est désormais à son apogée. Le Canadien a terminé en tête de sa division avec seulement trois points d’avance sur les Nordiques. Les deux formations se retrouvent alors au deuxième tour. Montréal a deux avantages, celui de la glace et un ascendant psychologique qui lui a permis de remporter sept des huit confrontations en saison régulière face aux Fleurdelisés. Mais ces derniers comptent bien prendre leur revanche un an après la Bataille du Vendredi Saint. Québec ne remporte qu’un seul match dans son Colisée, mais trois au Forum de Montréal. Trois succès obtenus en prolongation grâce à Mark Kumpel, Dale Hunter, puis grâce au grand Peter Štastný lors du septième match de la série vont enterrer les Montréalais. Comme en 1982, l’aventure se terminera en finale de conférence, cette fois-ci contre les Flyers d’un Pelle Lindbergh alors au sommet de son art.
1987 Éliminé dès le premier tour par Hartford en 1986, Québec prend sa revanche, le salut lors de la dernière manche venant de nouveau de Peter Štastný en prolongation. Les Fleurdelisés retrouvent alors, une fois de plus, Montréal au deuxième tour. Mais le 28 avril 1987, tout bascule. La série est à 2-2, le score à 2-2 durant le match 5, mais à trois minutes de la fin, Alain Côté semble libérer les Nordiques. L’arbitre Kerry Fraser ne va pas valider le but pour siffler une pénalité contre son coéquipier Paul Gillis. Un tournant dans la série, que remportera finalement Montréal. La décision controversée de Fraser, qui avait déjà refusé un but à Michel Goulet en playoffs deux ans plus tôt, sera en revanche au centre des discussions pendant des années. Cela explique pourquoi Fraser sera mal accueilli par la suite sur la glace du Colisée.

Le saviez-vous ? Les Nordiques de Québec avaient deux choix de premier tour à la draft 1987. Mais Sakic n’était que le deuxième, l’organisation québécoise jetant d’abord son dévolu sur Bryan Fogarty, que certains comparaient déjà au légendaire Bobby Orr. Il est vrai que les 155 points en 60 matchs en Ligue d’Ontario (!), un record pour un défenseur en junior canadien, pouvaient leur donner raison. Mais les énormes attentes autour de lui, son addiction à l’alcool, la consommation de certaines substances illicites et ses diverses frasques ruineront sa carrière. Les Nordiques s’en sépareront rapidement et l’aventure NHL se révélera brève en dépit de son immense potentiel. Fogarty vagabondera entre l’Europe et les États-Unis, bien loin des projecteurs de la NHL. Il sera retrouvé mort d’un arrêt cardiaque en 2002, à seulement 32 ans, sans doute en raison de ses excès à répétition.
1989 Le parcours de 1987 marque la fin de l’âge d’or des années 80 de l’uniforme bleu poudré. Les Nordiques vont ensuite connaître une série noire en se classant pendant quatre années consécutives derniers de la NHL. Cette sombre période permet toutefois à Québec de renflouer sa banque d’espoirs, avec notamment trois fois le premier choix de draft, en 1989, 1990 et 1991. Le Suédois Mats Sundin et le Canado-irlandais Owen Nolan feront d’ailleurs rapidement très bonne impression. Mais le premier choix de 1991 va prendre une tournure totalement rocambolesque.

La saviez-vous ? Ce n’est pas la première fois que le clan Lindros boudait une équipe. En 1989, Lindros a refusé de porter les couleurs de Sault-Sainte-Marie en Ontario Hockey League, préférant Oshawa plus proche de la résidence familiale de Toronto. Son père Carl est comptable mais il est très investi dans la carrière de son fils et n’a pas hésité à faire de nombreuses recherches pour orienter les choix d’Eric.
Le saviez-vous ? Eric Lindros a bel et bien enfilé le maillot des Nordiques… lors d’une émission télé. En février 2017, vingt-six ans après avoir été repêché par Québec sans pour autant jouer un seul match pour les Fleurdelisés, l’ancien numéro 88 était venu promouvoir un documentaire dans la version québécoise de Tout le monde en parle. C’est dans une optique d’apaisement et de réconciliation que Lindros a mis le maillot des Nordiques. Il a cependant rappelé que le vrai problème de l’époque, qui ne lui donnait pas envie d’accepter le choix de Québec, n’avait rien à voir avec la ville et ses résidents, mais venait du président Marcel Aubut : « Ce n’était pas une histoire d’anglais, ni de français non plus. D’ailleurs, mon épouse est de Montréal et parle français, et je possède des propriétés au Québec. Je n’ai jamais eu de problème avec Québec, j’ai eu un problème avec un propriétaire. Notre bilan sur cette personne n’était pas reluisant et, pour cette raison, nous avons choisi une autre voie. » Une version écourtée, pour plaire à tout le monde, qui omet la volonté du clan Lindros, clairement affichée à l’époque, d’éviter une petite équipe excentrée géographiquement et peu propice aux juteux contrats publicitaires. Pour autant, le président des Nordiques Marcel Aubut ne faisait pas l’unanimité, par ses phrases choc, ses prises de position. Il connaîtra une sombre fin de carrière de dirigeant, acculé par de nombreuses accusations de harcèlement sexuel, notamment lorsqu’il était président du Comité Olympique Canadien.
Eric Lindros dons a Nordiques jersey on Sunday's TLMEP. Right. pic.twitter.com/HKTM6wmYix
— Domenic Fazioli (@DomenicFazioli) February 11, 2017
1993 Après des années noires, Québec revient sur le devant de la scène, comptant le double de points lors de la saison 1992-1993 par rapport à la précédente. Les Sakic, Sundin, Duchesne, Nolan, Ricci épatent la galerie et il ne fait aucun doute, pour les inconditionnels de l’équipe à la fleur de lys, que les Nordiques ne feront qu’une bouchée des Montréalais au premier tour. Cela commence d’ailleurs parfaitement pour Québec qui remporte les deux premières manches. Mais un Patrick Roy au sommet va permettre au CH de renverser la série et de s’acheminer vers leur 24e (et dernière en date) Coupe Stanley. La série québécoise de 1993 demeurera dans les mémoires, d’autant plus qu’il s’agira de la dernière.
Le saviez-vous ? Montréal et Québec n’ont jamais réalisé de transactions mutuelles. Et pourtant, Montréal lorgnait également sur Lindros. L’ancien directeur général et entraîneur des Nordiques Pierre Pagé a confié sur la chaîne TVA Sports que le CH envisageait de s’attacher les services de la future star en échangeant un certain Patrick Roy. Ce dernier quittera bien Montréal mais en 1995, lorsque les Nordiques étaient devenus l’Avalanche du Colorado. Ce n’était donc qu’une question de temps.
1995 Comme nous le précisions dans l’article précédent consacré à la dernière saison des Nordiques, l’exercice 1994-1995, écourté à 48 matchs en raison du lock-out, sourit à la formation de Québec, qui se classe au sommet de la conférence est. Mais les expérimentés Rangers, champions en titre, éliminent les Fleurdelisés. Pour beaucoup, le tournant de la série a eu lieu le 12 mai 1995 lors du match 4. Alors que les Rangers sont installés en zone offensive, Alex Kovalev a le puck mais il s’écroule après avoir été touché par la crosse de Wolanin, Joe Sakic s’en empare et s’en va inscrire le troisième but d’une probable victoire des Nordiques. Mais l’arbitre Andy Van Hellemond indique refuser le but. Plusieurs éléments remettent néanmoins en cause la décision. Il est évident que Kovalev a surjoué pour bénéficier d’une pénalité, il est resté de longues minutes au sol à cause d’une crosse qui a surtout touché son maillot dans son dos. Autre point litigieux, Van Hellemond certifie avoir sifflé bien avant l’échappée de Sakic, mais on entend distinctement le coup de sifflet après le franchissement du palet dans les filets new-yorkais. Ce troisième but, il sera finalement pour les Rangers qui s’imposeront 3-2 avant de remporter la série. Quant à Andy Van Hellemond, il n’officiera plus en NHL, la ligue estimant qu’il y avait bien une erreur de jugement.

Le 25 mai 1995, à l’occasion d’une conférence de presse, Marcel Aubut annonce officiellement le déménagement des Nordiques de Québec vers Denver, qui deviendront l’Avalanche et remporteront la Coupe Stanley dès leur première année dans le Colorado.
2010 Le 2 octobre 2010, une vague bleue déferle sur Québec. 75 000 personnes (contre 50 000 prévues), dont de nombreux anciens Nordiques comme les trois frères Stastny, se réunissent aux plaines d’Abraham, dans le grand parc de la Vieille Capitale. Tous militaient pour un retour des Nordiques en NHL et réclamaient une nouvelle patinoire. Si le moderne Centre Vidéotron a fait son apparition depuis, tous sont toujours en attente d’un retour des Fleurdelisés…







































