Bilan KHL (II) : la fin des gros salaires

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La deuxième partie du bilan de KHL fourmille d’histoires étonnantes, entre une équipe qui a perdu son meilleur marqueur pour appendicite et une autre qui s’est séparée de son capitaine qui a fui les lieux d’un accident de la route (et sera futur coéquipier de Valentin Claireaux à Pardubice).

La chute du géant Magnitogorsk est la grande affaire de cette partie « moyenne basse » du tableau, mais le cas du Red Star Kunlun interpelle le plus vis-à-vis du projet de la Chine pour les Jeux olympiques 2022…

 

Metallurg Magnitogorsk (13e) : les gros salaires taillés à la serpe

Depuis que Magnitka a remporté son cinquième et dernier titre en 2016, l’équipe a vieilli et décliné. Ce club de référence du hockey russe depuis un quart de siècle s’est même retrouvé dernier de la KHL fin septembre ! La pré-saison a été un tel gâchis que les joueurs paraissaient en piètre condition physique, avec de fréquents problèmes musculaires. L’ex-sélectionneur tchèque Josef Jandač a été viré après seulement trois matches de saison régulière pour réinstaller à son poste l’entraîneur du titre, Ilya Vorobyov. Celui-ci a alors un peu redressé l’équipe en mettant en place une tactique défensive qui était chère à son père Pyotr. Une rupture avec la tradition de l’Oural, mais aussi la preuve que le Metallurg n’avait plus la puissance offensive d’antan.

Le désaveu a été fort pour le manager Gennadi Velichkin, viré à son tour début octobre. Il a totalement échoué à préparer la prochaine instauration du plafond salarial en KHL. Dans la conférence de presse à l’issue de la saison, le nouveau directeur Sergei Laskov a dressé un tableau dramatique : Magnitka serait dans l’impossibilité d’aligner une équipe l’an prochain car 7 contrats occupaient à eux seuls 80% de la masse salariale autorisée ! Une déclaration qui ouvrait la voie à une stratégie de renégociation des contrats, qui seraient rachetés (à un quart de leur valeur) ou revus à la baisse…

Le symbole malgré lui de la gestion à court terme de Velichkin est alors devenu Sergei Mozyakin, joueur le mieux payé de KHL à 39 ans à 180 millions de roubles annuels (2,3 millions d’euros). La proposition de division de son salaire par trois était jugée insultante… mais il a fini par signer. Les nouvelles réalités salariales de la KHL s’appliquent à tous. Il ne s’agit pas de crier haro sur Mozyakin, qui a encore été de loin le meilleur marqueur de Magnitogorsk tant en saison régulière qu’en play-offs ! D’autres joueurs moins vieux ont bien moins mérité leur salaire, comme les anciens attaquants de NHL Nikolaï Kulyomin ou Andrei Loktionov. Mais la plus grande déception fut le défenseur Viktor Antipin, quatrième plus gros salaire de KHL (125 millions de roubles) qui n’a jamais justifié cette rémunération ni retrouvé son niveau antérieur après son année nord-américaine à Buffalo. Antipin a refusé la baisse de salaire et quitté son club formateur, mais son cas reste minoritaire. Magnitka aura donc réussi sa grande renégociation, même s’il faudra du temps pour reconstruire une grande équipe.

 

Vityaz Podolsk (14e) : éliminé par son partenaire préféré

Le Vityaz a été la sensation du début de saison en prenant même un temps la tête de la KHL. Les regards se sont alors braqués vers cette équipe conduite par un entraîneur jusqu’ici presque inconnu, Mikhaïl Kravets. Originaire de Saint-Pétersbourg, il y a fait l’essentiel de sa carrière au sein du système du SKA, qui l’a parfois prêté ailleurs (dont une année en Chine).

Le Vityaz est en effet un partenaire privilégié pour le grand club au bout de la Baltique, mais le SKA peut aussi bien donner que reprendre. En octobre, il a récupéré le gardien Aleksandr Samonov, joueur-clé du fantastique début de saison à plus de 97% d’arrêts (!), ainsi que le jeune centre Artyom Shvets-Rogovoy (qui commençait à poindre et qui a un peu disparu dans l’effectif fourni de l’ancienne capitale des Tsars). Le SKA fournissait certes des compensations acceptables avec Pyotr Kochetkov, gardien international junior, et le centre Aleksei Byvaltsev, doté de bonnes capacités offensives.

Mais comme le SKA se trouvait toujours des problèmes au centre, il est allé en chercher un second au Vityaz, le Finlandais Miro Aaltonen, en décembre. La première ligne avait donc vu partir son centre, et elle a ensuite perdu le capitaine et meilleur marqueur Aleksandr Syomin, vétéran qui s’est blessé juste avant les play-offs. L’équipe de Podolsk y a donc forcément éliminée… par le SKA ! Elle a été logiquement balayée en quatre manches, non sans avoir lutté pendant trois prolongations au quatrième match : on ne se doutait pas encore que ce marathon signifiait la fin de saison en même temps pour les deux équipes !

 

Neftekhimik Nijnekamsk (15e) : qualifié malgré le délit de fuite du capitaine

Le second club tatar de KHL a la réputation de ne pas être si pauvre (grâce au soutien du groupe pétrochimique TAIF (qui se partage le marché local avec Tatneft, le sponsor d’Ak Bars Kazan) mais de dépenser parfois bêtement son argent. La signature de Kerby Rychel a été un bien mauvais exemple : cet ancien joueur de NHL/AHL n’avait pas été gardé à Örebro en pré-saison car il était arrivé avec dix kilos de trop, et pour l’avoir signé sans se renseigner, le club tatar a dû s’en séparer après 7 matches (0 point, -3).

Le 12 octobre, le Neftekhimik a fait venir deux étrangers bien meilleurs, Jacob Berglund (ex-joueur de Krefeld qui avait commencé la saison à Riga) et Jonas Enlund (bien connu en KHL). Dès leur arrivée, les Tatars se sont mis à enchaîner 10 victoires, mais cette série a été directement suivie d’une autre, de 6 défaites celles-là. L’équipe a ensuite été toujours sur le fil, à la lutte pour les play-offs. Le calendrier semblait contraire puisqu’il fallait finir par quatre matches à l’extérieur, dont les trois derniers en Extrême-Orient. Mais les « loups » ont gagné deux fois de suite à Khabarovsk chez leur concurrent direct pour la qualification (8-0 et 3-2 après prolongation) pour accéder aux séries, où ils ont été éliminés en quatre manches par le « grand frère tatar » Kazan.

Les dirigeants du club expliquent cette relative irrégularité par la jeunesse de leur équipe, où grandissent des joueurs formés au club qui doivent atteindre leur meilleur niveau dans quelques années (le meilleur d’entre eux, le défenseur Damir Sharipzyanov, le fera ailleurs puisqu’il a signé à l’Avangard). Mais il n’y a pas besoin d’être jeune pour se comporter de manière immature… Lorsque Stepan Zakharchuk a commis un délit de fuite après avoir provoqué un accident de la route, le club s’est séparé de lui parce que « ses actions étaient incompatibles avec les principes moraux du club ». Jusqu’ici, Zakharchuk n’était controversé « que » pour avoir blessé des collègues hockeyeurs dans le cours du jeu. Le Neftekhimik l’avait quand même recruté et en avait fait son capitaine. Il semblait d’ailleurs s’être assagi sur la glace. Mais après cet incident filmé par des caméras – beaucoup d’automobilistes en ont une en Russie pour se couvrir en cas d’accident – sa carrière en KHL a pris fin et il s’est exilé à Pardubice depuis fin janvier.

 

Torpedo Nijni Novgorod (16e) : sept ans de bonheur

Avec une septième année consécutive de présence en play-offs, le Torpedo Nijni Novgorod a réussi une performance honorable. Il s’est logiquement incliné au premier tour face au CSKA, mais à domicile, il a vendu chèrement sa peau en poussant deux fois les Moscovites en prolongation. L’ennui, c’est que les trois joueurs majeurs qui ont mis plus d’un tiers des buts cette saison sont tous sur le départ : le centre américain Jordan Schroeder a signé avec les Jokerit, l’agent de Damir Zhafyarov veut le placer sur le marché nord-américain, et Stanislav Bocharov – utile dans toutes les situations de jeu – va changer de club pour le troisième été consécutif en allant à Ekaterinbourg.

L’après-saison a donc été plus houleuse. Dans une visio-conférence avec les supporters inquiets, le directeur général du club Aleksandr Kharlamov (fils du légendaire Valeri Kharlamov) a peiné à lever les doutes face aux rumeurs qui fusaient de toutes parts, y compris sur l’avenir du club en KHL. L’entraîneur David Nemirovsky n’était toujours pas confirmé en poste, alors qu’il était apprécié du public en ayant mis en place un hockey offensif. Il ne s’agissait finalement que d’une méthode de négociation : Nemirovsky fera une troisième saison comme coach, mais avec un salaire réduit. Le club devra toutefois enrayer un certain déclin pour revoir une huitième fois les play-offs…

 

Amur Khabarovsk (17e) : l’appendicite qui a coûté la qualification ?

Deux petits points. C’est ce qui a séparé l’Amur Khabarovsk des play-offs, et c’est déjà pas mal pour une équipe qui a perdu son meilleur joueur Tomas Zohorna en décembre. L’international tchèque a rejoint la sélection nationale pendant la trêve… et a alors fait une crise d’appendicite. Il est revenu au jeu fin janvier, mais ne semblait plus vraiment au meilleur de sa forme. L’équipe s’est pourtant battue jusqu’à la fin avant d’échouer dans la dernière ligne droite.

Les joueurs ont eu du mérite car ils ont fait face à des arriérés de paiement toute la saison. Certains auraient même emprunté des équipements de base, comme des crosses, à des collègues d’autres clubs. L’Amur a en effet perdu son sponsor principal. Pourtant, tous les salaires en retard ont fini par être versés. L’entraîneur Aleksandr Gulyavtsev a prolongé son contrat pour la suite, tout comme la majorité des joueurs. Même les plus improbables. L’attaquant Igor Velichkin a ainsi resigné pour une quatrième saison pour le club, quand bien même il reste peu utilisé et n’a encore inscrit aucun but. Certains voient en lui un exemple-type des « influences » à l’oeuvre dans le hockey russe car il s’agit du fils de Gennadi Velichkin, l’ex-manager de Metallurg Magnitogorsk. Un club avec lequel Khabarovsk fait toujours la majorité de ses transactions.

 

Red Star Kunlun (18e) : affecté le premier… et pour longtemps ?

C’est par l’équipe chinoise de KHL que le monde du hockey professionnel a été confronté pour la première fois au problème du coronavirus, qui paraissait encore quelque chose de lointain et d’exotique. Fin janvier, au moment où l’épidémie commençait à prendre de l’ampleur à Wuhan, au centre de la Chine, les joueurs du Red Star Kunlun commençait un bref déplacement de dix jours en Finlande et en Russie. Ils se sont vite trouvés à court de vêtements car le voyage a duré 35 jours ! La Chine a en effet fermé ses frontières et il était interdit de rentrer. Au jouer leur dernier match à Pékin, ils ont fini la saison sur le sol neutre de Novosibirsk. Impossible de revenir dans leur appartement chinois. Un membre habilité du club est allé chercher 36 valises en négociant avec la compagnie aérienne, et est revenu avec les familles des joueurs à Novosibirsk, d’où ils se sont envolés vers l’Amérique du Nord.

Très internationale à l’origine, la formation chinoise de KHL est en effet devenue très nord-américaine. Des noms connus comme Devante Smith-Pelly (vainqueur de la Coupe Stanley 2018 avec Washington Capitals) ou Griffin Reinhart (numéro 4 de la draft NHL en 2012) l’ont encore renforcée fin octobre. Le style de jeu est devenu plus physique sous la direction de l’entraîneur Curt Fraser (1504 minutes de prison en NHL play-offs inclus pendant sa carrière de joueur). L’ailier Garet Hunt, qui se targue d’avoir gagné par « son travail honnête, sa sueur et son sang » le « titre » de joueur le plus pénalisé de l’histoire de l’ECHL, a ainsi choqué la presse russe dès la pré-saison avant de se frotter au géant de la ligue Semenov dès son premier match officiel. Même s’il a été recruté pour le projet olympique puisqu’il a des grands-parents chinois, on peine toutefois à voir ce qu’un tel joueur amènerait aux JO… Si c’est pour ses mises en échec, l’autre double national Victor Bartley sait en donner de sa position de défenseur avec un jeu bien plus solide et utile.

Co-meilleurs marqueurs de l’équipe, le capitaine Brandon Yip et le nouveau venu Tyler Wong se positionnent en probables leaders du futur effectif olympique de la Chine, mais on se demande ce qu’il y aura derrière ces quelques joueurs compétitifs. Faire croître la popularité du hockey sur glace en Chine n’est plus d’actualité dans un pays traumatisé par le coronavirus. Le Red Star Kunlun s’attend à ne pas pouvoir rejouer chez lui avant 2021, faute d’autorisation d’entrée des hockeyeurs étrangers, et s’apprête à passer la prochaine saison en exil, probablement à Moscou. Les différentes autres équipes formées pour aguerrir les hockeyeurs chinois à l’étranger vont également pâtir des restrictions. C’est un peu tout le projet olympique du dragon qui bat de l’aile…

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