Histoires de Nordiques (1re partie)

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Après avoir évoqué la dernière saison des Nordiques de Québec, du rêve au cauchemar, à l’occasion du 25e anniversaire de leur déménagement à Denver, revenons sur les dates marquantes, les grands moments, connus ou méconnus, de l’équipe « fleurdelisée ». En voici la première partie.

Couverture ExtŽrieureLe saviez vous ? Une équipe de Québec ancestrale, vainqueur de la Coupe Stanley ? Bien avant les Nordiques qui ont émergé dans les années 70, Québec a eu son équipe phare à la fin du XIXe siècle. Le Club Hockey de Québec, qui deviendra par la suite le Club Athlétique de Québec, a été créé en 1880. L’équipe remportera à deux reprises la Coupe Stanley, à l’époque décernée par la National Hockey Association, l’ancêtre de la NHL. Les « Bulldogs » de Québec évoluent ensuite dans cette nouvelle ligue née de la dissolution de la NHA, la NHL, en 1919… pour leur seule et unique saison, puisque l’équipe déménagera ensuite à Hamilton.

1972 L’aventure de ceux qui allaient devenir les Nordiques aurait dû commencer… à San Francisco. Les investisseurs n’étaient plus à même de financer l’équipe sur la côte ouest pour concourir dans la World Hockey Association. La place était donc vacante et les droits de la franchise ont été transférés à six Québécois : Marius Fortier, Jean-Marc Bruneau, John Dacres, Marcel Bédard, Jean-Claude Mathieu et Léo-Paul Beausoleil, qui ont mis la main au porte-monnaie pour installer l’équipe dans la « Belle Province ». L’équipe va alors arborer un logo à l’identité québécoise très forte : le bleu-blanc-rouge pour l’héritage français, l’igloo en référence au nord canadien et la fleur de lys, symbole de la province du Québec. L’Amérique française avait donc une alternative au Canadien de Montréal au plus haut niveau, dans une ligue concurrente à la NHL qui possédait sur son circuit des vedettes comme Gordie Howe ou Wayne Gretzky.

Le saviez-vous ? Le premier entraîneur de l’histoire des Nordiques de Québec est une légende, un ex-joueur vedette à la carrière de coach toutefois éphémère. Tout le monde croit à une blague lorsque les Nordiques nomment Maurice Richard, l’icône montréalaise, pour diriger la nouvelle équipe de la « Vieille Capitale ». Mais le « Rocket », qui a mis fin à sa carrière de joueur douze ans auparavant, restera à ce poste durant… deux matchs, peinant à appréhender ces nouvelles fonctions et l’immense pression québécoise. Ce sera la seule et unique expérience de coaching pour Richard. Maurice Filion lui succédera au poste d’entraîneur pour la saison 1972-1973, avant de devenir un Directeur général marquant dans l’histoire des Nordiques.

1972 Le 11 octobre 1972, les Nordiques de Québec jouent le premier match de leur histoire, perdu contre Cleveland 2-0.

Québec Urss1977 Le 8 janvier 1977, la meilleure équipe du monde passe par Québec. La formation de l’URSS de Boris Mikhailov et Valeri Kharlamov est en effet en tournée en Amérique du Nord et s’arrête dans la cité québécoise pour y affronter les Fleurdelisés. Et surprise, les Nordiques infligent une véritable leçon aux Soviétiques : 6-1 ! Vladislav Tretiak sera même chassé du match durant la troisième période dans un Colisée en ébullition. Curt Brackenbury, auteur d’un doublé, sera l’homme du match.

1977 Cette année-là, rien n’arrête les Nordiques. Ni les Soviétiques, ni les autres équipes du championnat. Québec remporte en effet la Coupe Avco, remise à la meilleure équipe de la WHA. La finale face aux Jets de Winnipeg est serrée puisque sept manches sont nécessaires. Québec parviendra à se relever d’une déroute 3-12 (!) pour remporter le dernier match décisif… 8-2, grâce à un excellent Richard Brodeur devant les buts. 65 ans après la Coupe Stanley de 1912, Québec remporte un nouveau trophée. 11 461 spectateurs (pour une capacité de 10 000 dans le Colisée), des dizaines de milliers de personnes présentes durant la parade des joueurs avec la coupe, dont les écoliers en congé, c’est une ville passionnée qui abrite et qui a adopté définitivement les Nordiques.

BordeleaupaulinLe saviez-vous ? Parmi les grands artisans du sacre de 1977, nous avons évoqué Richard Brodeur mais citons aussi Réal Cloutier, Marc Tardif, Jean-Claude Tremblay, Serge Bernier. Ainsi que les frères Bordeleau, dont un certain Paulin. Après un passage en NHL à Vancouver, Paulin Bordeleau rallie la WHA et Québec en 1976, inscrivant 83 points en 80 matchs de saison régulière, puis 21 points dont 12 buts en 16 rencontres de playoffs. Il restera trois saisons à Québec avant de traverser l’Atlantique pour Tours, et une nouvelle histoire d’amour avec la France. Après avoir acquis la double nationalité franco-canadienne, Paulin Bordeleau portera l’uniforme de l’équipe de France lors des Mondiaux 1986 et 1987, ainsi que les Jeux olympiques de Calgary en 1988. Son fils Sébastien évoluera également en NHL et portera également les couleurs françaises durant sa carrière. Quant au petit-fils Thomas Bordeleau, à 18 ans, il est un top prospect de la prochaine draft NHL et il a fait le choix de porter les couleurs américaines en U17, natif de Houston.

1979 La WHA était à bout de souffle, et sa disparition est une aubaine pour la NHL, qui a alors la possibilité de récupérer certains marchés : Edmonton, Winnipeg, Hartford et Québec font partie du plan d’expansion de 1979. Les dirigeants des Nordiques exultent car ils cherchaient depuis quelques années à intégrer la NHL, avec le rêve d’instaurer une profonde rivalité avec le Canadien de Montréal.

Calendrier7677 NordiquesLe saviez-vous ? L’intégration de Québec en NHL devenait synonyme de rivalité… des brasseurs. La brasserie Molson achetait un an plus tôt le Canadien de Montréal tandis que les Nordiques étaient la propriété d’O’Keefe. Une profonde opposition débute… jusque dans les verres ! Mais celle-ci prendra du plomb dans l’aile… quand Molson et O’Keefe fusionneront dix ans plus tard.

1979 Le 10 octobre 1979, les Nordiques de Québec jouent le premier match de leur histoire en NHL, qu’ils perdront 5-3 face aux Flames d’Atlanta, dans un Colisée bondé avec 12 000 personnes. Le spectacle était tout de même au rendez-vous puisque, après avoir été menés 4-0 après deux périodes, les Nordiques réagiront dans le troisième tiers-temps avec un triplé de Réal Cloutier. Une bonne impression au parfum de victoire constatée dans les journaux.

1979 Trois jours plus tard, l’équipe fleurdelisée dispute sa deuxième rencontre… au Forum de Montréal. Le Canadien est quadruple champion en titre et certains de ses joueurs prédisent même une raclée. Il n’en sera rien. Montréal s’imposera dans la douleur 3-1, et les Nordiques auront leur revanche deux semaines plus tard par un score de 5-4 sur la glace du Colisée. Le début d’une profonde rivalité que résumait ainsi la star des Nordiques Alain Côté à Radio Canada : « Nous avions beaucoup de francophones, Montréal en avait beaucoup aussi. Deux compagnies de bières comme propriétaires, ainsi que d’autres paramètres. Mais cela a été une belle expérience. Surtout jouer au Forum, j’adorais ça. »

Livre Stastny1980 C’est une histoire digne des plus grands films d’espionnage. Deux jeunes Tchécoslovaques, issus d’un pays muselé par le communisme, profitent d’un tournoi en Autriche pour fuir vers l’Amérique du Nord et jouer dans la grande NHL. Le Slovan Bratislava dispute en août 1980 à Innsbruck la phase finale de la Coupe d’Europe. Le propriétaire Marcel Aubut et le directeur du développement Gilles Léger avaient planifié l’affaire, se rendant en Autriche pour récupérer les deux garçons. Les contrats sont signés en catimini, les joueurs fuient alors leur hôtel surveillé par des agents du KGB pour filer vers Vienne afin de se réfugier dans l’ambassade canadienne, aidés par la police locale. Quatre jours seront nécessaires à Aubut et Léger pour faire le voyage et ramener les deux jeunes talents dans un climat sous haute tension propre aux pires heures de la Guerre froide.

Ces deux garçons, ce sont les frères Anton et Peter Štastný, futures stars à Québec. L’aîné Marian les rejoindra un an plus tard. Peter Štastný, le plus doué des trois, sera capitaine des Nordiques pendant cinq saisons, et certains n’hésitent pas à la désigner comme le plus grand joueur de l’histoire de la formation à la fleur de lys.

Le saviez-vous ? Gilles Léger était déjà à l’origine d’une exfiltration, celle de Václav Nedomanský, lui aussi tchécoslovaque, vice-champion olympique aux JO de Grenoble en 1968, champion du monde en 1972 et… idole des frères Štastný. Léger officiait pour les Toronto Toros en WHA en 1974 quand il est parvenu à ses fins en faisant venir Nedomanský. Ce dernier avait demandé la permission aux autorités tchécoslovaques pour prendre quelques vacances en Suisse, un prétexte pour fuir en lieu sûr à Zurich avant de rallier le Canada.

À suivre…

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