Jonathan Paredes (entraîneur de Cergy-Pontoise) – « Jouer avec le palet »

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Après le match face à Briançon, le coach des Jokers est notamment revenu sur les débuts du promu en Ligue Magnus, la période actuelle compliquée et sa philosophie de jeu.

 

Même s’il est difficile d’établir un bilan en l’état, quelles sont vos impressions sur cette première saison en Ligue Magnus de Cergy ?

Jonathan Paredes – Effectivement c’est compliqué de tirer des enseignements parce que l’on a joué deux fois Grenoble, qui reste une grosse équipe, et une fois Rouen, sur les six matches disputés. On avait commencé à faire un bon début de saison malgré  le fait qu’on ait été isolé pendant dix jours avant le premier match de championnat. On a un bon groupe avec un très bel état d’esprit, ça travaille fort et bien. J’ai vraiment des bons gars et c’est vraiment top car vu la période actuelle, à juste faire des entraînements pendant sept-huit semaines, ça aurait pu craquer bien avant. Les gars ont bien bossé pendant ces temps, ont compris ce que l’on voulait mettre en place.

On a souhaité mettre à profit cette période spéciale. Le groupe est jeune mais on va avancer et apprendre. On garde forcément à l’esprit les résultats comptables car mentalement ça fait du bien de gagner : pour faire vivre un groupe, c’est important d’avoir des victoires. Je ne sais pas si on peut aujourd’hui tirer des enseignements positifs ou négatifs. C’est encore un petit peu tôt même si nous n’aurons peut-être que cette période pour le faire !

Les joueurs vont devenir de plus en plus autonomes et responsables, et cela va jouer sur le facteur performance.

Comment garder son groupe motivé et sous pression dans cette période compliquée ? Avec plus de temps pour travailler ?

On a eu une première période de latence où le championnat était gelé de semaine en semaine, week-end par week-end, où l’on essayait de garder un rythme physique pour pouvoir justement jouer ces matches là. Très vite, quand il y a eu ce deuxième confinement et que le championnat fut gelé un peu plus longtemps, nous nous sommes recentrés sur les objectifs individuels des joueurs afin de les maintenir focalisés car c’est compliqué quand c’est ainsi de se projeter de manière collective. Et en même temps, on l’a inclus dans notre système de jeu, notre philosophie et la manière dont on veut que l’équipe joue.

On a mis en place des séances d’entraînement bien particulières où l’on a maintenu du challenge, de la compétition sur des petits jeux à thème. On a eu beaucoup de thématiques sur l’offensive. Le but était de réaliser un travail qualitatif sur la préparation physique. On a aussi beaucoup travaillé avec la vidéo ou longuement sur les techniques individuelles afin de garder tout le monde concentré et concerné. Nous avons essayé de mettre en place des choses en dehors de l’aspect glace et sportif pour créer une émulation d’équipe. Car ça manque aussi énormément, on a un groupe qui a été largement remanié et on n’a pas eu le camp d’entraînement qu’on espérait avec des stages de cohésion… Hélas actuellement, on ne peut pas faire grand-chose.

La deuxième chose, c’est le travail sur l’autonomisation des joueurs, la prise de responsabilité, ce qui me tient à cœur. Je crois vraiment que les joueurs vont devenir de plus en plus autonomes et responsables, et cela va vraiment jouer sur le facteur performance.

Voilà comment on a essayé de maintenir les gars concernés, concentrés et motivés. J’ai un bon groupe et je n’ai rien à reprocher à personne car nous avons fait à peu près soixante séances d’entraînement sans match. Ce fut le mois d’août le plus long du hockey sur glace ! Les gars sont restés sérieux et je suis sûr que cette expérience leur servira pour plus tard. 

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Quelle est votre philosophie de jeu, quel style souhaitez-vous donner à votre équipe ?

Très simplement et la première chose, je veux qu’on joue avec le palet. On ne parle même pas d’ouvrir ou fermer le jeu, mais je veux simplement qu’on joue pleinement notre chance avec le palet. C’est ce qui m’a vraiment plu contre Grenoble, je nous ai trouvé très bon sur nos transitions vers l’offensive et notre conservation de palet. Parfois on a manqué de réussite et d’efficacité dans le dernier geste. Que l’on essaye de conserver, que l’on se projette très vite en ayant cette qualité de vitesse ; et jouer à quatre lignes complètes.

On veut également mettre en place un fore-check très agressif et c’est un système qui demande beaucoup d’énergie. C’est très difficile à mettre à place quand on a ce type de match (NDLR : face à Briançon) avec vingt pénalités de chaque côté car c’est compliqué de trouver ses repères et son rythme. Mais en même temps, c’est un système que les joueurs adoptent très facilement et qu’ils sont contents de jouer. J’en parle régulièrement avec eux et ils ont pleinement pris possession de ce schéma. On essaye de garder notre identité, notre philosophie. On veut jouer et si on fait des erreurs avec le palet, car on en fait, ce qui m’intéresse c’est l’attitude qu’on va avoir derrière, et comment on va réagir. Plus généralement, nous avons beaucoup d’efforts à faire sur notre jeu défensif, nos transitions vers l’arrière.

On veut se développer sur le long terme, nous avons une équipe jeune. Nous n’avons malheureusement pas assez de matchs actuellement pour nous jauger. Derrière, s’il y a un rythme de match plus élevé, nous avons à l’esprit un deuxième système car on a aussi un groupe restreint et on sait que l’actuel est assez énergivore. Nous avons de fait commencé à mettre en place une deuxième stratégie pour justement amener davantage d’efficacité dans les rencontres. Nous allons voir comment on peut améliorer tout ça, mais malheureusement on manque encore de repères.

Nous gagnerions parfois à être un peu plus direct à la cage, cela se ressent notamment en power-play. Mais l’idée reste d’être fort dans les batailles et sur notre jeu, conserver le palet. C’est notre philosophie et notre identité.

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