Présentation de la NHL 2021 – la division Est (2/4)

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Après de longs mois d’incertitude, la NHL reprend ses droits avec un calendrier resserré. Les spectateurs vont assister à 116 jours consécutifs avec un match, l’ambition étant de présenter la coupe Stanley courant juillet, avant le début des Jeux olympiques de Tokyo qui mobiliseront les télévisions.

Pour rappel : Présentation de la NHL 2021 – la division Ouest (1/4)

La division Est se compose de l’essentiel de la division Métropolitaine, qui avait envoyé sept équipes sur huit dans la « bulle » estivale des playoffs. Carolina et Columbus ont été remplacés par Boston et Buffalo, ce qui finalement ne change pas grand chose sur le niveau de la poule.

On y trouve en effet trois équipes qui ont remporté la coupe Stanley dans les années 2010, avec Boston, Pittsburgh et Washington. Et trois équipes disposant de n°1 de draft récents : Buffalo, New Jersey (x2) et les Rangers de New York.

Ce mélange entre « anciennes gloires » et « gros potentiels » sera le leitmotiv de la saison. On sent en effet que les fenêtres d’opportunité des équipes dominantes arrivent à leur terme, mais elles semblent avoir encore de la ressource. Au contraire, les équipes de jeunes loups progressent, mais restent peut-être encore un peu tendres pour viser mieux. Il faudra voir si la bascule s’effectue en 2021, ou s’il faudra attendre l’an prochain, avec l’effet de la draft d’expansion de Seattle.

Le meilleur symbole de cette situation, c’est le renouvellement majeur dans les cages.  New Jersey, Philadelphie, les Rangers, les Islanders, Washington vont miser cette saison sur des portiers de 25 ans ou moins, qui vont être réellement titulaires pour la première fois. On a rarement vu un tel bouleversement à un poste traditionnellement assez stable.

Les gardiens de la division Est 2021
Les gardiens de la division Est 2021

Au final, bien malin celui qui donnera dans l’ordre le quatuor de qualifiés en playoffs. Toutes les équipes ont à peu près leur chance, si les conditions sont parfaitement réunies. La division s’annonce une véritable boucherie où chaque match s’annonce très disputé. On a presque l’impression d’attendre une saison de 56 matchs de playoffs…

 

Division Est « MassMutual »

Bruins BostonBoston Bruins
Départs : D Zdeno Chara, D Torey Krug, A Joakim Nordström
Arrivées : C Craig Smith

Puissance traditionnelle de la ligue, les Bruins de Boston étaient en tête du championnat l’an dernier, au moment de l’interruption de la saison – ce qui leur vaut un trophée du Président « partiel », avec 100 pts tout rond, six de plus que le deuxième. L’équipe portée par sa première ligne David Pastrnak-Patrice Bergeron-Brad Marchand s’est cependant crashée lors des playoffs estivaux. Privés de leur gardien Tuukka Rask, qui a renoncé à rester dans la bulle pour raisons familiales, les Bruins ont passé le premier tour, mais pas le deuxième. Jaroslav Halak était bien juste face à Tampa Bay, qui a exposé le problème récurrent de l’équipe : la profondeur de banc.

L’édition 2021 de la NHL risque de peser encore plus dans la balance, avec le départ de deux défenseurs majeurs : Zdeno Chara et Torey Krug, tous les deux en fin de contrat. Le staff a choisi de tourner la page Chara – et de confier le capitanat à Bergeron – et ne pouvait pas vraiment se permettre financièrement de garder Krug. La défense est donc rajeunie. Charlie McAvoy en devient le fer de lance, et devra jouer le rôle de leader qui lui est promis. Autour de lui, les bons joueurs de soutien Brandon Carlo et Matt Grzelcyk dominent leur sujet. Kevan Miller, de retour après un an sans jouer à cause d’une blessure, apporte la rudesse traditionnelle des Bruins. Enfin, deux jeunes joueurs percent l’alignement : Jérémy Lauzon et Jakub Zboril.

L’attaque débutera sans Pastrnak, convalescent. Le duo Marchand-Bergeron domine ses rivaux depuis des années, mais qui pour jouer avec eux en attendant le retour du Tchèque ? Jake DeBrusk ou Jack Studnicka, un rookie, alterneront sans doute. Le banc est correct en deuxième ligne, avec Nick Ritchie, Ondřej Kaše et David Krejčí, voire en troisième où l’arrivée de Craig Smith renforce le duo Anders Björk – Charlie Coyle. Il y a de quoi marquer. On a plus de doutes sur la quatrième ligne (Trent Frederic, Sean Kuraly, Chris Wagner) qui risque de peu jouer, ou alors dans un rôle purement défensif.

On le voit, Boston est armé pour tenir, aussi longtemps que Tuukka Rask pourra les porter. Toujours vilipendé par les fans, le Finlandais n’en a cure, et son remplaçant Halak offre de bonnes garanties.

Tout cela serait bel et bon si les Bruins n’avaient pas changé de division… La pandémie de Covid-19 les place avec les équipes de l’ancienne Métropolitaine, et la division s’annonce une boucherie entre vieilles gloires encore compétitives et jeunes loups aux dents longues. Boston a les armes pour un top-4, mais il ne faudra pas lambiner en route. Si les lignes secondaires calent, les Bruins pourraient être en difficulté… La fenêtre de Coupe Stanley va peu à peu se fermer. Sera-ce cette année ?

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Logo Buffalo2 petitBuffalo Sabres
Départs : A Dominik Kahun, C Johan Larsson, A Marcus Johansson, A Michael Frolik, A Wayne Simmonds
Arrivées : A Taylor Hall, C Eric Staal, A Cody Eakin

Autre équipe reversée dans l’enfer de la Métropolitaine, les Sabres de Buffalo. L’équipe est en « reconstruction » depuis si longtemps que l’on ne sait plus combien de fois elle a été reconstruite… L’an dernier, le scénario a été similaire à l’année précédente, avec un départ canon (8-1-1) puis un écroulement spectaculaire. Le manager général Jason Botterill n’y a pas résisté et il a perdu son poste, remplacé par l’ancien joueur de Carolina Kevyn Adams. Celui-ci a rebâti un staff et s’est montré très actif sur le marché des transactions. Les ambitions sont là, mais se sortir de la division s’annonce tout de même compliqué.

La clé de l’équipe viendra du poste de gardien. La confiance envers Carter Hutton et Linus Ullmark reste cependant discutable : les deux portiers ont montré leurs limites et leur inconstance…

Pire, la défense devant eux s’annonce particulièrement moyenne, voire médiocre. Rasmus Ristolainen s’est vu confier des responsabilités trop importantes pour son réel niveau. Rasmus Dahlin a souffert pour sa deuxième saison. Brandon Montour, Henri Jokiharju, Jake McCabe, Colin Miller : aucun de ces quatre-là n’a de potentiel offensif majeur, et leur positionnement défensif ne figure pas parmi l’élite non plus.

L’attaque dispose de meilleures armes. Jack Eichel est l’un des meilleurs centres de la ligue, et l’arrivée de Taylor Hall lui offre un profil explosif sur son aile gauche. Voir Hall débarquer dans cette équipe est inattendu, mais il s’agit d’un contrat court et peu d’équipes pouvaient s’offrir ses services. Sam Reinhart constitue un ailier droit tout à fait valable.

En deuxième ligne, le vétéran Eric Staal débarque du Minnesota et on se demande combien de carburant il lui reste, même s’il a bien rebondi au Wild. On s’attend à voir débuter Dylan Cozens, frais émoulu d’un brillant Mondial junior (médaille d’argent). Normalement, Jeff Skinner devrait jouer sur cette aile, mais il semble que l’entraîneur Ralph Krueger ne lui fasse guère confiance. Victor Olofsson, pur buteur révélé l’an dernier, devrait donc l’y remplacer. Le recrutement de Cody Eakin renforce la troisième ligne… mais cela s’arrête là. Le reste du bottom-6 est très ordinaire (Tobias Rieder, Tage Thompson, Curtis Lazar, Riley Sheahan) et spécialisé dans les longues périodes sans marquer…

On le voit, les chances des Sabres de s’extraire de cette division infernale sont plus que réduites. Mais attention : Hall a été le MVP de la ligue en 2018, Eichel se montre de plus en plus dominant. On a vu bien des équipes avoir du succès grâce à une poignée de joueurs d’élite.

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New Jersey Devils
Départs : G Corey Schneider, D Mirco Mueller, A John Hayden
Arrivées : G Aaron Dell, G Eric Comrie, D Sami Vatanen, A Andreas Johnsson, D Ryan Murray, D Dmitry Kulikov

Le petit poucet de la division, ce sont les Devils du New Jersey. De l’avis unanime, l’équipe a de bonnes chances de finir dernière… sauf que. Tom Fitzgerald est désormais manager général – plus d’intérim pour lui – et il a procédé à de nombreuses améliorations. L’arrivée de Ryan Murray en défense s’accompagne du retour de Sami Vatanen. Deux profils mobiles, solides, qui renforcent le gros point faible de l’équipe. Ils rejoignent un PK Subban en souffrance pour sa première saison, qui cherchera à rebondir et Damon Severson, arrière offensif très sous-estimé. Ce top-4 a déjà meilleure allure… On y ajoute Will Butcher et le premier tour de draft 2018 Ty Smith, double vainqueur du trophée de défenseur de l’année dans les ligues juniors, et le potentiel devient soudain plus intéressant. Dmitry Kulikov débarque également pour jouer le rôle du n°7 physique, plutôt cantonné à des tâches limitées.

La défense renforcée, restait à s’occuper de l’attaque. Le manager a pioché à Toronto, empêtré dans son plafond salarial, le Suédois Andreas Johnsson, en espérant avoir le même succès que le recrutement de Palmieri quelques années en arrière : un ailier de top-6 barré dans une équipe dense, qui profite d’un temps de jeu accru pour produire. À voir si le pari est payant. Quoi qu’il en soit, il rejoint un groupe en pleine progression. Nico Hischier évolue comme l’un des meilleurs centres « 2-way » de la ligue, mais manquera le début de saison sur blessure. Jack Hughes, n°1 de la draft 2019, a eu du mal pour sa première saison. Mais le jeune Américain, 19 ans à peine, est un bosseur et il a eu 9 mois pour travailler ses points faibles : musculation (7 kg de plus), vitesse, et tir avec le nouvel assistant Mark Recchi. Il serait étonnant qu’un joueur qui a autant dominé en junior ne franchisse pas vite un cap.

À leurs côtés, des ailiers comme Kyle Palmieri, capable de frôler les 30 buts, ou Nikita Gusev. Le Russe a commencé mollement sa première saison nord-américaine avant de finir en feu : son adaptation terminée, il peut surprendre son monde. Jesper Bratt, l’ailier le plus technique du groupe, a fini la saison sur les chapeaux de roues et n’a même pas 22 ans. Il manquera lui aussi le début de saison, son contrat ayant pris du temps à se finaliser. On suit avec un banc composé de Travis Zajac, un spécialiste défensif de haut vol, et le rapide et physique Miles Wood. L’ex-premier choix Pavel Zacha s’installe également au centre, avec des qualités défensives en progression, mais toujours son inconstance.

Le problème des Devils vient du reste du banc. La reconstruction produit ses fruits avec une pléthore de jeunes joueurs qui se battent pour des places. L’ex-premier choix Michael McLeod, l’ailier fort Nathan Bastian, le Finlandais Janne Kuokkanen et le sniper suédois Jesper Boqvist ont peu ou pas d’expérience NHL. La révélation du camp reste cependant le Biélorusse Yegor Sharangovich : joueur mineur de l’AHL, il a profité de la reprise de la KHL pour exploser au Dynamo Minsk avec 17 buts depuis septembre et a séduit le nouvel entraîneur Lindy Ruff pour son engagement défensif. Ruff l’a carrément installé en première ligne aux côtés de Hughes et Palmieri !

Bref, le banc comporte son lot d’interrogations. Tout reposera donc sur la prestation des gardiens. Corey Crawford avait signé, mais a finalement jeté l’éponge à une semaine du début de saison, laissant Mackenzie Blackwood seul à bord. Par chance, le jeune gardien a explosé l’an dernier, avec une deuxième moitié de saison stratosphérique qui pourrait l’installer parmi les meilleurs de la ligue à son poste. L’an dernier, les Devils ont été plombés par ses remplaçants. Schneider parti (rachat de contrat), le staff devra faire avec Scott Wedgewood, et s’est emparé au ballotage d’Eric Comrie et Aaron Dell. Il faudra que l’un des trois ne plombe pas le travail de Blackwood. Car s’il performe à son niveau, si les jeunes franchissent un cap… Les Devils pourraient être le poil à gratter de la division. Une qualification relèvera cependant de l’exploit.

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NY IslandersNew York Islanders
Départs : D Devon Toews, G Thomas Greiss, D Johnny Boychuk, A Derick Brassard, A Tom Kuhnhackl
Arrivées : G Cory Schneider

Les playoffs 2020 auront confirmé l’inattendu : les Islanders déjouent les statistiques. Les hommes de Barry Trotz ont capitalisé sur leur esprit de groupe, leur rigueur défensive, et ont tout simplement poussé Tampa Bay à six manches en finale de conférence Est. Peu de monde aurait parié sur cette équipe dans le carré final, mais ils n’y ont pas volé leur place, en dominant nettement leurs séries avant de pousser le Lightning dans ses retranchements.

Sous-estimer la franchise gérée par le vieux renard Lou Lamoriello est une erreur que trop d’équipes ont commise l’an dernier. Et cette fois encore, l’équipe a tout d’un outsider… mais dispose bel et bien d’armes qui devraient la laisser en course pour le top-4.

Le système peu spectaculaire – les Islanders ont même encaissé plus de buts (193) qu’ils n’en ont marqué (192) l’an dernier ! – est bâti pour protéger les gardiens. Avec le départ de Thomas Greiss, le staff mise sur le jeune Russe Ilya Sorokin. Brillant en KHL, il a participé à la « bulle » estivale pour s’acclimater, et secondera Semyon Varlamov, avant sans doute de le dépasser.

Devant, la défense est orpheline du retraité Johnny Boychuk, blessé à l’œil, et de Devon Toews, qui a rejoint Colorado. Le groupe d’arrières reste de qualité. Adam Pelech, l’excellent Ryan Pulock, l’expérience de Nick Leddy et d’Andy Greene, la solidité de Scott Mayfield. Tous sont méconnus, mais diablement efficaces. L’ex-premier choix de draft Noah Dobson devrait s’installer durablement dans la rotation, lui qui a témoigné de qualités offensives certaines en junior.

En attaque, peu de têtes qui dépassent : c’est tout un groupe qui peut marquer, chacun son tour. Le magicien Matthew Barzal a prolongé tardivement, mais centrera bien la première ligne avec le capitaine Anders Lee, le poison des enclaves, et l’ailier Jordan Eberle. Derrière eux, le passeur Josh Bailey dispose de deux finisseurs, Anthony Beauvillier et Brock Nelson.

Jean-Gabriel Pageau est resté, avec ses qualités énormes en infériorité numérique. La quatrième ligne de gros bras (Matt Martin, Casey Cizikas, Cal Clutterbuck) reste une épine dans le flanc des équipes adverses. Enfin, le staff espère que Michael Dal Colle, Kieffer Bellows et Oliver Wahlstrom, ex-premiers tours de draft, produisent enfin au rythme attendu.

Au final, les Islanders ont peu changé. Leur performance dans la « bulle » estivale démontre que les qualités de ténacité et de collectif de la formation de Barry Trotz fonctionnent. La marge est étroite dans une division si relevée, mais jouer New York sera douloureux pour tout le monde.

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New York Rangers
Départs : G Henrik Lundqvist, C Lias Andersson, C Jesper Fast, A Vinni Lettieri, A Greg McKegg
Arrivées : D Anthony Bitetto, A Colin Blackwell, D Jack Johnson

Après une saison honorable – l’équipe restait à peu près en course pour les playoffs lors de l’arrêt de la saison (11 victoires en 15 matchs en février) – les Rangers de New York n’auront pas traîné dans la « bulle » estivale. Balayés en trois matchs, ils sont rentrés chez eux et ont eu la bonne surprise de remporter la loterie et donc, le trophée de n°1 de draft : Alexis Lafrénière. Le Québécois n’a pas été libéré pendant le Mondial junior, histoire de préparer ses débuts NHL au mieux.

La relève arrive donc à tous les postes. En attaque, Lafrénière rejoint une armada déjà bien garnie. Artemi Panarin figurait parmi les candidats au trophée de MVP de la saison, alors que Mika Zibanejad a marqué 41 buts. Les deux hommes sont rejoints dans le top-6 par Ryan Strome, Chris Kreider et Pavel Buchnevich, qui apportent soit de la vitesse, soit une excellente vision du jeu. Mais les atouts offensifs s’arrêtent à peu près là… sauf si les jeunes se développement enfin. Kaapo Kakko, n°2 de la draft 2020, a connu une première saison poussive, et l’ex-premier choix Filip Chytil n’offre pour l’heure qu’un profil de centre de soutien. Leurs performances devront absolument franchir un palier si les Rangers veulent conserver des ambitions dans une division si serrée. Le reste bouche les trous. Les recrutements de Colin Blackwell ou Julien Gauthier apportent un peu de profondeur, mais ni l’un, ni l’autre ne sont des valeurs sûres.

La défense comporte son lot de talents également, autour de Jacob Trouba. Adam Fox a signé une saison rookie magnifique et va devoir confirmer. Ryan Lindgren s’est installé également. Plus problématique, le « cas » Tony DeAngelo. Malgré ses 15 buts et des apports offensifs certains sur la glace, l’arrière a bien trop fait parler de lui sur les réseaux sociaux avec des prises de positions politiques qui ont suscité la polémique. Sa posture semi-complotiste et son soutien à certaines organisations discutables pourraient finir par ternir son image. Les Rangers ont déjà dû batailler contre le racisme, lorsque des individus ont saturé un tchat avec l’espoir K’André Miller d’insultes racistes. L’arrivée de ce dernier dans l’alignement aux côtés de DeAngelo pourrait faire des étincelles tant leurs profils divergent. Enfin, la défense compte toujours le très limité Brendan Smith. Et comme si traîner ce type de profil ne suffisait pas, New York est allé signer Jack Johnson, en perdition depuis plusieurs saisons aux Penguins… un choix discutable.

Dans les cages, l’ère Henrik Lundqvist s’est achevée en queue de poisson, avec un inévitable rachat de contrat. Il a ensuite signé à Washington… avant de découvrir un problème cardiaque qui a nécessité une opération. Les Rangers devront compter sur deux portiers assez jeunes : Alexander Georgiev, plutôt solide en remplaçant ces dernières saisons, et le prodige Yegor Shestyorkin, entrevu déjà l’an passé.

Les Rangers poursuivent donc leur reconstruction et disposent d’éléments très prometteurs. Mais encore faut-il qu’ils franchissent le cap vers le statut de joueur établi, puis de star de la ligue. Sans doute trop court pour cette saison : l’alignement est encore coupé en deux, entre joueurs à haute valeur et boulets statistiques. Reste à voir quel groupe dominera l’équipe…

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Logo_Philadelphia_petitPhiladelphia Flyers
Départs : D Matt Niskanen (retraite), A Chris Stewart (retraite), A Tyler Pitlick, C Nate Thompson, C Derek Grant
Arrivées : D Erik Gustafsson, D Derrick Pouliot

Sous la direction d’Alain Vigneault, les Flyers de Philadelphie ont franchi un cap et fortement progressé l’an dernier. Sans la coupure, ils auraient même pu prétendre à remporter la division Métropolitaine, échouant à un point des Capitals. Ils restaient alors sur neuf victoires en dix matchs. Dispensés du tour préliminaire dans la « bulle » estivale, les Flyers ont remporté leurs trois matchs de tête de série et obtenu le droit de jouer le plus mal classé, Montréal, battu en six manches. Malheureusement pour eux, ils se sont cassés les dents sur les Islanders. Menés 3 à 1, les joueurs de Vigneault ont remporté les matchs 5 et 6 en prolongations, mais perdu le 7e.

Autant dire que l’équipe fait figure de favorite pour atteindre le top-4, à la faveur d’un effectif particulièrement équilibré. La vraie révolution, c’est que les Flyers disposent enfin d’un gardien d’impact : le jeune Carter Hart, 22 ans, a remporté 24 de ses 40 matchs l’an dernier, avec 92% d’arrêts. De quoi souffler un bon coup : la franchise n’avait pas connu une telle assurance depuis au moins vingt ans…

Mieux, le groupe de défenseurs reste très intéressant, avec des profils mobiles comme Ivan Provorov, Shayne Gostisbehere – un peu en souffrance depuis deux ans, ceci dit -, le grand Philippe Myers, et la révélation Travis Sanheim. Le plus défensif Justin Braun vient soutenir l’ensemble, et l’arrivée d’Erik Gustafsson offre un profil offensif au tir dangereux pour le jeu de puissance. Le reste du banc est plus limité, notamment Robert Hägg. La retraite de Matt Niskanen prive cependant ce groupe de beaucoup d’expérience.

Malgré tout, ces arrières mobiles et plutôt bons relanceurs devraient pouvoir alimenter une attaque explosive sur quatre lignes. Si les vétérans Claude Giroux et Jakub Voráček ne connaissent plus leur impact des temps jadis, les relais ont été trouvés. Sean Couturier, l’un des meilleurs attaquants défensifs de la ligue (trophée Selke 2020), produit offensivement comme un centre de première ligne. Travis Konecny n’est pas en reste. Kevin Hayes a émergé comme un leader et ses blagues avec la mascotte Gritty en font un favori du public. James van Riemsdyk reste assez efficace en avantage numérique. Ajoutons la progression des jeunes – Scott Laughton, Joel Farabee, Nicolas Aubé-Kubel – et le retour du miraculé Oskar Lindblom, et voilà un alignement capable de perturber toutes les défenses. Le facteur X sera Nolan Patrick : le n°2 de la draft 2017 a connu deux saisons de 30 pts, puis une saison blanche l’an dernier, victime de migraines à répétition. Son retour au jeu est une bonne nouvelle, et il faudra voir s’il pourra enfin produire comme l’espéraient les recruteurs à l’époque.

Dans cette division compliquée, les Flyers sont ce qui ressemble le plus à une équipe de top-4 : tous les postes sont bien garnis, et pas sur le déclin. Aux joueurs de le prouver sur la glace.

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Pittsburgh Penguins
Départs : D Jack Johnson, G Matt Murray, C Patric Hornqvist, A Dominik Simon, D Justin Schultz
Arrivées : C Kasperi Kapanen, D Mike Matheson, A Colton Sceviour, C Mark Jankowski, D Cody Ceci

Triple champion sous l’ère Crosby-Malkin, Pittsburgh serait-il en déclin ? On peut légitimement se poser la question. La saison 2019-2020 aura été assez bonne jusqu’à une fin de saison poussive (3 victoires sur les 11 derniers matchs). La « bulle » estivale aura été une humiliation, avec une élimination dès le tour préliminaire des mains des Canadiens de Montréal, 24e et derniers qualifiés… Le bilan des Penguins depuis trois ans n’est donc guère reluisant, avec seulement trois matchs de playoffs gagnés sur les quatorze derniers.

Oui, la simple présence de Sidney Crosby rend cette équipe dangereuse, et candidate aux playoffs. Mais la star de l’équipe va sur ses 34 ans déjà, et il est de moins en moins entouré. Le top-6 s’amoindrit d’année en année. Certes, Evgeni Malkin peut se révéler une force exceptionnelle lui aussi, mais il fait preuve de plus d’inconstance et, malgré tout, lui aussi prend de l’âge : bientôt 35 ans. Le Russe reste sur sa meilleure saison en sept ans (74 pts en 55 matchs), donc l’optimisme demeure. Le duo domine encore son sujet, et cela peut suffire.

Le reste de l’alignement ? Sorti de Jake Guentzel, pur buteur qui a beaucoup manqué aux Penguins en fin de saison (blessé), il y a de quoi être peu emballé. Il est peu certain que Bryan Rust arrive à reproduire sa saison exceptionnelle. Le recrutement de Jason Zucker offre un bon ailier de soutien, certes. Le retour de Kasperi Kapanen aussi, et renforce le jeu en infériorité. Jim Rutherford a aussi signé Mark Jankowski, ex-premier choix des Flames, pour centrer la 4e ligne. Mais le reste ? Evan Rodrigues, qui n’a même pas réussi à s’installer à Buffalo, s’est retrouvé en première ligne au camp d’entrainement. Jared McCann, Teddy Blueger, le rugueux – et surpayé – Brandon Tanev, Colton Sceviour, Zach Aston-Reeves ? Maigre. Mais on sait à quel point Crosby et Malkin peuvent transformer des joueurs moyens en machines à marquer, donc tout est possible.

La défense soulève un peu moins de questions, du moins son top-4. Kris Letang, lui aussi largement trentenaire, reste un des meilleurs défenseurs de la ligue. Brian Dumoulin est un soutien efficace. L’équipe a pu souffler un bon coup en voyant éclore l’an dernier John Marino, l’un des meilleurs rookies de la saison, promptement resigné pour six ans. Marcus Pettersson a lui aussi convaincu. Mais tout le problème vient de la troisième paire. Jack Johnson et Justin Schultz partis, Rutherford a jeté son dévolu sur Mike Matheson et Cody Ceci, deux arrières extrêmement limités et surpayés – mais fort heureusement une amélioration par rapport à Johnson.

Tout ce groupe sera chargé de défendre des gardiens novices. Matt Murray envoyé ailleurs – merci pour les deux coupes – les clés sont confiées à Tristan Jarry et Casey DeSmith, qui avaient de meilleures statistiques mais restent inexpérimentés.

Rutherford n’est pas avare de transferts : le manager général passe son temps à échanger depuis plusieurs saisons, multipliant les arrivées et les départs, échangeant parfois un joueur qui vient à peine d’arriver. La recherche de la bonne formule pour entourer son capitaine commence cependant à durer un peu trop. Pittsburgh reste favori pour une place de top-4, mais il s’agit peut-être de la saison de trop. Les fenêtres d’opportunité peuvent parfois se fermer très brutalement. Los Angeles, San José, Chicago en ont fait l’amère expérience.

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Logo Washington petitWashington Capitals
Départs : D Radko Gudas, A Ilya Kovalchuk, C Travis Boyd, G Braden Holtby
Arrivées : G Henrik Lundqvist, G Craig Anderson, D Zdeno Chara, D Justin Schultz, D Trevor van Riemsdyk, A Conor Sheary

On pourrait copier-coller le constat des Penguins sur celui de Washington : deux équipes dominantes depuis dix ans, mais qui arrivent sur la fin de leur fenêtre de victoire. Alexander Ovechkin a dépassé l’an dernier les 700 buts en carrière et porté les Caps au titre de la division Métropolitaine. Mais les playoffs estivaux ont mis en lumière les limites de l’effectif, sèchement sorti par les Islanders en cinq matchs dès le premier tour. Le coach Todd Reirden en a fait les frais, remplacé par Peter Laviolette. Il aura la lourde tâche de combler les lacunes : des statistiques de possession en chute libre au fil des ans, et bien moins d’occasions dangereuses.

L’intersaison aura donc servi à fortement remanier l’effectif. En fin de contrat, Braden Holtby a été laissé libre de partir à Vancouver : il aurait été difficile de le conserver avec la draft d’expansion de Seattle en vue, et pour des raisons salariales. Ilya Samsonov est donc le gardien n°1, fort de ses 16 victoires en 22 matchs (92,3% d’arrêts). Il devait disposer d’un mentor en la personne d’Henrik Lundqvist, mais les soucis cardiaques du vétéran suédois ont laissé Washington en délicatesse à ce poste. Vítek Vaněček se retrouve en remplaçant, quasiment sans aucune expérience NHL. L’invitation du quadragénaire Craig Anderson au camp vise à apporter un peu de sécurité, au cas où.

La défense est très expérimentée. John Carlson apporte une grosse contribution en attaque, et on compte encore d’autres armes comme Justin Schultz, signé cet été. Zdeno Chara, ex-capitaine de Boston de 43 ans, a rejoint l’alignement, mais il commençait à peiner aux Bruins. Brendan Dillon et Dmitri Orlov sont de très solides défenseurs de soutien. Et il reste du banc, avec le Suisse Jonas Siegenthaler et Trevor van Riemsdyk.

L’attaque mise encore sur le duo Nicklas Backström – Alexander Ovechkin, qui terrorise les défenses depuis quinze ans. Ovechkin n’est plus qu’à 188 buts du record de Wayne Gretzky mais, à 35 ans, il sera en fin de contrat l’été prochain. Que lui reste-t-il dans le réservoir ? On le voit déjà un peu moins dominant, notamment en supériorité numérique… mais tout est relatif, car il a encore remporté le titre de meilleur buteur l’an dernier.

Derrière lui, du lourd. TJ Oshie, Evgeni Kuznetsov sont des dangers permanents. Tom Wilson apporte le côté abrasif, parfois au delà de la limite, des power forwards. Jakub Vrána franchit des étapes et s’impose en première ligne. Lars Eller, Richard Panik, Carl Hagelin sont tous des attaquants établis, pouvant dépanner dans le top-6 si besoin, ou sinon proposer un jeu défensif de qualité. Enfin, des profils comme Garnet Hathaway, Nic Dowd, Conor Sheary, Daniel Sprong complètent l’alignement et ont produit plus qu’attendu l’an dernier.

Washington a toutes les armes pour viser le top-4, et cela ne devrait pas poser de problème. Sauf si, comme Pittsburgh, la fenêtre vient à se fermer brutalement : les Capitals alignent la moyenne d’âge la plus élevée de la ligue, au delà des 27 ans, avec une ossature majoritairement proche des 33 ans. Face aux jeunes jambes d’une bonne partie de leurs adversaires, il faudra suivre.

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