Elite Series 2021, ou l’addictive alternative

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La situation sanitaire a plongé la Grande Bretagne, particulièrement impactée par le virus de la Covid-19, dans une grande série de restrictions. Celles-ci ont concerné au premier chef les activités de salle, et le milieu sportif n’y a pas échappé. Un impact direct sur le hockey sur glace, en pause de très nombreux mois.

L’EIHL (pour Elite Ice Hockey League) est la ligue majeure au Royaume-Uni. Cette ligue fermée présente la particularité d’être une entité autonome de la fédération de hockey sur glace (Ice Hockey United Kingdom), ainsi que des ligues nationales (organisées par l’English Ice Hockey Association). Compte tenu du contexte, la gouvernance a décidé  de reporter le championnat, puis a entériné définitivement l’annulation de saison 2020-2021 le 2 février, ce qui n’était alors plus un secret pour personne. Outre le nombre de matchs importants que génère habituellement une saison d’EIHL (plus de 50 matchs de saison régulière par équipe, 60 en 2018-2019 soit la dernière saison complète), une autre difficulté concerne la représentativité nationale et les différences dans les règles en vigueur au sein de chaque pays.
Cette ligue est en effet composée de formations anglaises, mais également écossaises (Dundee, Fife, Glasgow), galloise (Cardiff) ou encore nord-irlandaise (Belfast). Autour des restrictions sanitaires qui contraignent entre autres aujourd’hui à un confinement strict dans le Royaume, les déplacements d’un pays à l’autre sont notamment extrêmement contraints. La ligue s’est vite retrouvée dans l’impossibilité de mettre en place une organisation viable.

La lumière du hockey outre-Manche est finalement venue des ligues nationales. S’appuyant sur une baisse constante du nombre de cas depuis le pic du 8 janvier (68 053 cas au Royaume-Uni), dans un territoire qui a fait le choix de la vaccination rapide, les autorités locales ont consenti à recevoir des propositions d’organisation pour la reprise de certaines activités. Pour ce qui est du hockey sur glace, un protocole strict a été établi et accepté, ce qui a permis un retour au jeu sous la forme de coupes, qui se jouent actuellement.
Les équipes non anglaises qui dépendent des ligues nationales sont très peu nombreuses. Dès lors, la « Spring Cup » a donné le coup d’envoi de la reprise du hockey en Grande Bretagne, le 13 février. Cette compétition à cinq équipes s’accompagnent désormais d’une coupe du Nord avec quatre formations, et une coupe du Sud qui en mobilise quatre autres.
Avec ce seul spot de hockey national au mois de février, cette mise en place s’est accompagnée d’étonnants mouvements de joueurs pour un championnat mineur. Ainsi, les Steeldogs de Sheffield dominent actuellement la Spring Cup avec une armada impressionnante (et démesurée). Entre autres joueurs habituels des Steelers de la même ville, pensionnaires d’EIHL (dont l’ancien joueur de Morzine-Avoriaz Ben O’Connor), les Steeldogs peuvent s’appuyer sur la présence du grand espoir du hockey britannique, drafté par les Coyotes de l’Arizona en 2018, Liam Kirk. Ce dernier a notamment inscrit un quadruplé plus une mention lors du dernier match face aux Bees de Bracknell, pour une large victoire 4-10.

peterborough(source : Peterborough Petes)

Ces éléments ont permis de nourrir une réflexion au sein de la gouvernance de l’EIHL, qui espérait à des fins économiques ne pas générer de saison blanche. La porte ouverte par le travail engagé en ligue nationale a permis l’instauration des Elite Series 2021.

La première étape a été de définir l’engagement des équipes. Considérant les mêmes difficultés de déplacements transfrontaliers, le choix s’est rapidement porté sur un alignement 100% anglais. Il faut préciser que le pays avait notamment mis en place un plan de reprise des activités qui concernait les sports de glace (Sport England’s ‘Winter Survival Package’), ce qui a permis aux formations locales volontaires de rester engagées dans une reprise sportive, si des compétitions devaient naître. La formation de Guildford, les Flames, décida très rapidement de ne pas souscrire à ce plan, afin de se concentrer sur les possibilités à l’horizon de la saison 2021-2022. Il restait alors quatre équipes disponibles : le Blaze de Coventry, le Storm de Manchester, les Panthers de Nottingham et les Steelers de Sheffield.

Les Elite Series prennent la forme d’une compétition resserrée dans le temps, soit trois semaines durant le mois d’avril. Cela va correspondre à 24 rencontres, puis de mini-play offs vont déterminer le vainqueur. L’arène nationale de Nottingham a été choisie pour accueillir les rencontres.


La particularité réside avant tout dans la constitution des équipes. La situation du hockey d’élite en Grande-Bretagne,  longtemps menacé d’une absence totale de compétition, a conduit de nombreux joueurs à trouver des alternatives là où ils le pouvaient, et surtout quand ils le pouvaient. Ce championnat étant constitué pour une part importante de joueurs nord-américains, ces derniers ont majoritairement franchi l’Atlantique pour retourner au pays, à l’instar des rares étrangers non américains qui évoluent normalement dans les championnats britanniques. D’autres joueurs ont essayé de rejoindre des championnats européens. Nous en avons vu quelques-uns de passage en France, du côté de Gap (Tim Crowder, Evan Mosey) ou de Bordeaux (Luke Ferrara).
Il demeurait un paradoxe : sans les renforts canadiens ou américains, le vivier que constituent les joueurs britanniques au sein de chaque formation prise individuellement, est bien trop faible. Or dans le même temps, les joueurs des autres équipes d’EIHL qui ne reprennent pas la compétition (et pas des moindres comme Cardiff, la formation qui domine le hockey britannique ces dernières saisons), pouvaient être disponibles. Il convenait donc de trouver une solution de ces deux états de fait, et les instances ont alors eu une idée originale.

Cela a d’abord pris la forme d’une grande consultation, auprès de tous les joueurs britanniques de naissance ou possédant un passeport britannique avec pour simple question de sonder leur disponibilité (certains décident de terminer leur saison sportive là où ils évoluent actuellement) et leur envie de participer à cette compétition durant le mois d’avril. Dont acte : plus de 80 joueurs ont postulé.
A partir de là, la proposition qui a été retenue a été celle d’organiser une draft ouverte.

La première étape fut celle du choix de joueurs protégés. Parmi tous les joueurs en question, les quatre formations ont eu la possibilité de verrouiller cinq joueurs, non soumis à la draft ouverte. Certaines conditions étaient requises, comme le fait que le joueur ait été sous contrat avec la formation en 2019-2020, ou l’était en pré-saison 2020-2021, ou encore possédait un contrat en cours pour la saison prochaine.
Cette phase des joueurs protégés a permis à Coventry de s’assurer la présence de Luke Ferrara dont nous parlions plus tôt. Pour Manchester, le défenseur passé par Dijon Dallas Ehrhardt a été sécurisé. Nottingham s’est positionné en faveur de ces internationaux Jackson Whistle (gardien de but), Ollie Betteridge, Robert Lachowitz et Brett Perlini, ainsi que du prometteur défenseur Josh Tetlow. Pas de surprise du côté de Sheffield, qui a bien évidemment sécurisé la présence de Liam Kirk et de quatre autres joueurs majeurs.

Mais sans la présence de Cardiff, Glasgow ou encore Belfast, la draft permettait encore d’accéder à du TRÈS beau monde. Tout s’est donc joué hier, en temps réel, à 20 heures (heure française).
Les règles étaient celles d’une draft sans filet, ce qui a offert de passionnants moments du fait du temps réel. Les quatre représentants des formations présents à l’antenne devaient effectuer les choix en direct, en s’adaptant aux choix précédents, et ne disposaient que de trois minutes à chaque tour pour le faire, ce qui a rendu l’exercice terriblement accrocheur et dynamique.  On « suspecte » facilement à certaines réactions que le staff sportif de certaines équipes (dont Sheffield) n’était pas très loin dans la pièce pour aider aux décisions !

Le premier choix du premier tour était attribué à Manchester qui a choisi… de ne pas choisir ! Le Storm a préféré échanger ce choix contre de meilleurs places dans des tours suivants. C’est donc à Nottingham qu’est revenue l’ouverture du bal, et les Panthers ont choisi le gardien international de Cardiff, Ben Bowns.

pick1Bowns est le fer de lance du hockey britannique. Ce gardien issu de la formation de Sheffield n’aurait sans doute pas échappé aux Steelers s’ils avaient pu choisir avant. Il apparaissait de toute évidence comme le grand favori du premier choix, considérant qu’il ne faisait aucun doute sur le verrouillage de Kirk par Sheffield ou de Perlini par Nottingham.

La deuxième équipe à parler fut donc Manchester, qui a enrôlé Ben Lake.

pick2Le solide gaucher passé par l’ECHL est considéré comme un atout prolifique outre Manche, même s’il demeurait sur une saison plus légère (34 points) avec Belfast.

Coventry est allé chercher du côté des anciens de Manchester justement en récupérant Mike Hammond, l’ancien meilleur marqueur d’EIHL.

pick3Hammond évolue actuellement au Danemark, où il tourne à une moyenne de plus d’un point par match.

Pour conclure le premier tour, Sheffield s’est attaché les services du gallois Matt Myers.

pick4L’expérimenté centre international a longtemps porté les couleurs du rival Nottingham, qui était très certainement sur les tablettes prévisionnelles à cet exercice des Panthers.

La draft s’est poursuivie pendant une heure, jusqu’au choix des « Taxi Squads », un choix de joueurs « en réserve » pour le cas où il y aurait des blessés, voire des joueurs touchés par le virus de la Covid 19.
Cette liste ouverte aux Britanniques a aussi permis à ces équipes d’effectuer des paris. Ainsi, des joueurs sous contrat ferme avec des formations de la ligue nationale ou en championnats juniors ont pu postuler et certains ont été choisis dès le tour principal.

Face à une situation très complexe, la gouvernance de la ligue Élite a su rapidement monter un projet original et attrayant au possible. On ne peut s’empêcher de se projeter et d’imaginer une situation similaire en France, avec ce format peu banal d’une constitution d’effectif en temps réel.

La vidéo intégrale de la draft d’hier soir :

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