La présentation la plus fouillée des championnats du monde – en quelque langue que ce soit (jusqu’à preuve du contraire) – sera publiée comme d’habitude sur Hockey Archives, avec l’intégralité des effectifs aux stats détaillées et des histoires aussi étonnantes qu’originales. La publication aura lieu en deux volets, mercredi matin pour les participants du groupe B, puis vendredi matin pour les équipes restantes.
En voici un petit avant-goût avec les vicissitudes de la politique de naturalisation du Kazakhstan, mais aussi un gardien qui embarrasse l’Allemagne…
Après trois années au purgatoire et un Mondial annulé, le Kazakhstan n’a plus joué à ce niveau depuis cinq ans. Le visage de l’équipe a bien changé dans ce long intervalle : il ne reste que 3 joueurs qui ont participé aux championnats du monde 2016, Evgeny Rymarev, Alexander Shin et le toujours indispensable Roman Starchenko. Ce renouvellement important indique-t-il l’avènement d’une génération montante ? Oui… mais il s’agit en bonne partie d’une nouvelle génération de naturalisés.
Rien ne liait les Karlsson, Dietz, Blacker, Maklyukov, Valk, Shevchenko ou Svedberg au Kazakhstan en 2016. Entre-temps, ces Suédois, Russes ou Canadiens ont été recrutés au Barys Nur-Sultan. Dans les discussions avec les joueurs et leurs agents (ou leur agent au singulier car il s’agit très souvent de Shumi Babaev), le club ne fait pas mystère que le bon salaire accordé implique de prendre un passeport local pour représenter aussi l’équipe nationale. Mais cet afflux de nouveaux étrangers a déjà échoué en préqualification olympique.
Le Kazakhstan n’a jamais remis les pieds aux JO depuis qu’il a lancé cette politique de naturalisation, pas plus qu’il ne s’est établi dans l’élite. Nigel Dawes, forfait officiellement pour raisons familiales, a été pris en photo en vacances avec des voyageurs du Kazakhstan à Dubaï. Son équipe nationale « d’adoption » est sans doute déjà du passé pour lui, mais son attitude est moins choquante que celle de Henrik Karlsson. Le gardien suédois, qui avait déjà fait du même genre un premier chantage l’été dernier, a quitté l’équipe nationale à dix jours du début des Mondiaux… parce qu’il n’est pas satisfait des conditions du nouveau contrat proposé par le Barys ! Et oui, le mélange des genres entre carrière en club et destin de la sélection, cela fonctionne dans les deux sens !
La plupart des supporters du Kazakhstan sont contents de cette défection, un coup de pied dans la fourmilière de la politique de naturalisation. Plutôt que de continuer à s’appuyer sur Henrik Karlsson (37 ans) alors qu’il n’y a même pas de relégation à craindre, ils préfèrent qu’on donne leur chance aux trois jeunes gardiens locaux, âgés entre 21 et 23 ans. Offensivement, l’équipe d’Asie centrale semble un peu dépendante du trio Mikhaïlis-Valk-Starchenko, qui n’est que la deuxième ligne du Barys. Son point fort devrait être sa défense bâtie autour de deux Canadiens aux spécialités opposées, le très offensif Darren Dietz et le très défensif Jesse Blacker, mais ce dernier, retardé par des blessures, n’a rejoint l’équipe qu’à Riga. Entre-temps, il s’est fait vacciner au Canada, précaution non négligeable…
La préparation antérieure au Kazakhstan a été très limitée à cause du coronavirus. Au douzième jour du camp d’entraînement, un match de sélection a eu lieu le 8 mai entre les « bleus » et les « blancs ». Les heureux élus se sont envolés pour Riga le surlendemain (avant que Karlsson ne prenne la poudre d’escampette et ne soit remplacé par Demid Eremeev). La fédération n’a pu organiser que deux matches amicaux, sur place, contre le Bélarus… mais seul le premier a pu avoir lieu. Le Kazakhstan l’a d’ailleurs gagné (2-0), avec un blanchissage pour le gardien titulaire improvisé Nikita Boyarkin ! Autant dire que l’équipe ne regrette pas Karlsson. Il y a un autre sujet d’inquiétude. Le lendemain, un membre de la délégation du Kazakhstan a été testé positif au Covid-19. Les autres joueurs, négatifs, se sont entraînés quand même avant l’isolement de 48 heures imposé à tous les participants. En espérant qu’on en reste là…
La Covid-19 n’a pas été la seule cause de problèmes pour l’Allemagne cette saison. Le directeur sportif de la fédération allemande de hockey sur glace (DEB) Stefan Schaidnagel a en effet été remercié en décembre. Son bilan paraissait pourtant positif dans un hockey allemand qui repartait de l’avant et on lui reconnaissait d’indéniables compétences d’organisation et de structuration. Certains voyaient même en lui un potentiel successeur du président Franz Reindl si celui-ci accédait aux commandes de la fédération internationale. Mais la gestion humaine de Schaidnagel était beaucoup plus contestée et jugée incorrecte en interne.
Christian Künast, ancien sélectionneur des juniors et des féminines, a alors été nommé à sa place pour intérim, avant d’être confirmé à ce poste en avril. Le directeur sportif a alors soldé un dossier qui embarrassait la DEB depuis des années : le cas Thomas Greiss. Une polémique médiatique avait éclaté autour du gardien de NHL lors du Mondial franco-allemand 2017 parce qu’il avait relayé des images de réseaux sociaux comparant Hillary Clinton à Adolf Hitler. Depuis lors, la DEB avait mis sur le sujet sous le tapis et son indisponibilité était un soulagement. Mais en début d’année, Greiss a publié un message de condoléances à l’animateur radio et polémiste ultra-conservateur Rush Limbaugh, et la DEB a de nouveau été interrogée. Sachant que le numéro 1 théorique Grubauer serait forcément indisponible cette année à cause des play-offs NHL, elle ne pouvait plus faire l’autruche. Elle a tenté de saisir le comité olympique allemand, mais celui-ci lui a renvoyé la balle en se déclarant incompétent pour les questions sans rapport avec l’éthique sportive.
C’est donc Künast qui a pris ses responsabilités en officialisant que, tant que la direction sportive actuelle serait en place, Thomas Greiss ne serait plus sélectionné. Autant dire qu’il ne le sera jamais, puisqu’il a 35 ans. Coïncidence, l’annonce est intervenue juste avant que Greiss ne soit élu joueur de la semaine en NHL après deux blanchissages de suite ! Une décision relativement incomprise en Amérique du nord, s’agissant de simples opinions politiques. Il y a pourtant bien plus grave que les publications des réseaux sociaux : lorsqu’il jouait à Phoenix en 2013/14, Greiss portait un masque (ci-contre) dans lequel les deux dernières lettres de son nom étaient stylisées de manière très différente, comme le sigle des SS ! Un symbole dont aucun Allemand ne peut ignorer le sens funeste. Bizarrement, personne n’y avait fait attention à l’époque, mais l’hypothèse d’une erreur innocente de l’artiste ayant réalisé ce masque tient beaucoup moins la route quand on cumule les signes…
L’Allemagne s’appuiera donc principalement dans les cages sur Mattias Niederberger, le gardien champion avec Berlin. Ce sont aussi les Eisbären qui ont fourni une ligne offensive « toute prête » : Marcel Noebels, élu pour la seconde fois consécutive joueur de l’année en DEL, est peu à peu devenu un passeur d’exception. Il a profité de jouer toute la saison sur le même trio pour connaître parfaitement le placement de ses deux coéquipiers, Leonhard Pföderl et le jeune centre Lukas Reichel. Celui-ci ne sera pas le seul junior puisque son collègue de 19 ans John Jason Peterka est déjà de la partie. Moritz Seider, qui avait renoncé au dernier Mondial junior pour ne pas couper la saison par une bulle (qui n’avait pas empêché l’équipe allemande d’être contaminée), arrive auréolé du titre de meilleur défenseur du championnat suédois et aura déjà un rôle majeur. Même sans Tim Stützle retenu par Ottawa, la prometteuse jeune génération allemande est déjà là.