La Russie déroule

source : IIHF
171

Les étoiles se sont littéralement alignées pour les lions britanniques : une promotion à la surprise générale en 2018, une mission dédiée au maintien qui s’est déroulée exactement comme prévu en 2019 (au détriment de l’équipe de France), et une crise sanitaire plus tard : on retrouve la sélection à l’entame de ces Mondiaux 2021 sans relégation.
Outre-Manche, l’objectivité prédomine très largement. De l’avis général, la place en Élite confine encore au miracle et ce tournoi délesté de risques ne présente que des avantages. C’est là l’occasion de travailler les bases du très haut niveau, et d’acquérir de l’expérience, car si certains se pincent encore pour y croire, il y a en revanche une réelle ambition de pérenniser la place pour les saisons futures.

Adam Keefe, le coach adjoint qui tiendra le banc avec Corey Neilson lors de cette compétition, en l’absence du sélectionneur Pete Russell comme évoqué dans la présentation des Mondiaux, se fixait pour objectif avant le tournoi de « prendre le plus de points possibles, mais avant tout de jouer les 60 minutes de chaque match à fond ». L’apprentissage passe donc par le contact avec les nations les plus fortes, et rien de tel que d’ouvrir le bal face à la Russie, tête de série de la poule avec son deuxième rang IIHF.

La sélection de Valeri Bragin, à son habitude, n’est plus à un paradoxe près. La saison internationale a commencé par un superbe dix sur dix en Euro Hockey Tour, avec un turnover toujours aussi vertigineux qui se sera beaucoup appuyé sur les juniors, décidément bien prometteurs. Mais le dernier tournoi de préparation en République Tchèque, dix jours avant les Mondiaux, laisse apparaitre des failles et un bilan plutôt morne (une victoire pour deux défaites dont un jeu blanc) alors que l’effectif était le plus approchant de celui prenant part à cette compétition. Compétition débutée hier, avec une victoire dans la dernière minute sur la République Tchèque (4-3).

Le premier lancer de la partie est au crédit du vétéran Ben O’Connor, bien capté par Bocharov. Les Britanniques sont bien en place dans les cinq premières minutes au prix d’un gros patinage, mais ils se voient sanctionner une première fois sur un holding de David Phillips. Après quelques tentatives avortées, un décalage sur Anton Burdasov permet au joueur du SKA Saint-Pétersbourg de fusiller la cage de Whistle à mi-distance (0-1, 5’53). À peine le temps de reprendre et Emil Galimov inaugure la prison rouge. Cela ne fait pas parcourir un frisson, d’autant que Brendan Connolly perd un palet en défense, récupéré par Voronkov qui transmet à Mikhail Grigorenko pour le deuxième but (0-2, 07’19).

anton burdasovLa Grande Bretagne ne parvient pas à s’installer, seul Liam Kirk trouve une possibilité qui n’inquiète pas la défense russe pour autant. À cinq contre cinq, les hommes de Valeri Bragin créent des décalages par la vitesse d’exécution à la passe : c’est ainsi que Kuzmenko capte l’attention de la défense avant une passe éclair vers Anton Burdasov – ci-contre – pour ce qui est déjà son doublé dans la partie. Pas encore dix minutes du jeu et les Soviétiques mènent de trois buts (0-3, 09’21).

Les choses ne s’arrangent guère côté britannique. Aleksandr Barabanov place sur orbite Sergei Tolchinski pour le un contre un : rapide et technique, Tolchinski joue de la feinte d’épaule pour tromper le pauvre Jackson Whistle, au début de rencontre douloureux (0-4, 10’51). La messe semble dite avant l’heure, mais les blancs n’abdiquent pas. Ils ne se facilitent pas la tâche en revanche, avec deux pénalités appelés contre Lewis Hook puis Liam Kirk. Bien que dominante, la Russie ne convertit pas ces supériorités successives, et c’est alors le défenseur Artyom Zub qui est fautif devant Robert Dowd. Après une tentative d’O’Connor, Karnaukhov s’essaye au contre mais bute sur Whistle. Alors que les rouges semblent en contrôle, le positionnement se désorganise sur un changement de ligne, et les Britanniques jouent la latéralité d’un palet naviguant de la droite vers le centre puis vers la gauche où déboule Liam Kirk. Le prodige anglais profite de son élan pour débloquer le compteur des siens (1-4, 18’46).

La période médiane ne dénature pas le scénario de la partie. Plus puissante et plus rapide, même sans dominer outrageusement les débats, la Russie à la bannière olympique domine le jeu et poussent les adversaires à la faute, à l’image de Lewis Hook pour la deuxième fois de la rencontre, cette fois-ci dans une invitation à la valse pour Zub, qui n’avait pas envie de danser. Bien servi, Tolchinski trompe Whistle mais la barre transversale renvoie le puck. La Grande Bretagne blanchit cette infériorité mais en concède une autre, avec Ben Davies qui sort le palet de la zone de jeu. La défense se montre alors courageuse et bien en place, et le portier désormais bien chaud, pour annihiler les velléités adverses. Si le gardien des Panthers de Nottingham réalise un très bon match en dépit du score, il ne peut en revanche rien faire quand Pavel Karnaukhov prend le meilleur sur l’ancien Dijonnais Dallas Ehrhardt, et vient glisser le palet sur l’extérieur de la botte (1-5, 30’08).

La fin de période permet à la Russie de dérouler quelques phases de jeu intéressantes, et au gardien britannique de réaliser quelques bons arrêts dont une parade sur un lancer plein axe d’Ozhiganov. Les blancs peinent quant à eux à se montrer dangereux à égalité numérique, et Ollie Betteridge aurait pu obtenir une supériorité sur une crosse au visage, non sanctionnée par les arbitres.

Pour le dernier acte, les hommes du duo Neilson – Keefe obtiennent pour le coup deux supériorités : une en tout début de période avec Voronkov qui se met au travers du chemin de Kirk, puis une autre plus tard sur un slashing de Tolchinski. Mais hormis un bel arrêt de la botte du gardien du Dynamo Moscou devant le prolifique Hammond sur le premier temps, le jeu de puissance britannique ne s’installe pas et laisse place à une situation de quatre contre quatre, Brett Perlini étant sanctionné. Si cette phase à espace ne donne rien, la Russie en récupérant son joueur fait une nouvelle différence par Kuzmenko, qui vient conclure dans la lucarne une superbe circulation du palet dans la zone offensive (1-6, 49’59).

Tandis que la Grande-Bretagne, loin d’être un sparring-partner amorphe, tente des incursions, l’expérience russe offre une efficacité chirurgicale : le travail est parachevé par le capitaine Anton Slepyshev, en « deux temps » si on compte la technique : le joueur du CSKA Moscou fait bien signe aux arbitres que le palet a touché le haut du filet intérieur, mais le jeu se poursuit comme si de rien. Il faut attendre l’arrêt de jeu suivant pour une vérification vidéo rapide, et la confirmation du fait que le palet ait franchi la ligne avant de ressortir (1-7, 53’05).

Les Russes ont eu l’occasion de monter en puissance face à un adversaire facile, tout en soignant l’offensive. Après une entrée en tournoi accrochée mais victorieuse, les choses se passent bien pour Valeri Bragin et son équipe. Quant à la Grande-Bretagne, le score reflète certes la partie, mais il serait faussé de ne retenir que cela. Les trois lions sont venus chercher ce type de match extrêmement formateur, et ils ont joué leur jeu, s’essayant à quelques percées intéressantes récompensées du but de Liam Kirk, le « Texier » local. La nuance est également à apporter dans la cage avec Jackson Whistle. La doublure de Ben Bowns a concédé sept buts mais a réalisé une partie plutôt convaincante, tant il est rare de voir un gardien encaisser autant mais être désigné homme du match !

Désignés hommes du match : Jackson Whistle pour la Grande Bretagne et Pavel Karnaukhov  pour la Russie

Grande Bretagne – Russie 1-7 (1-4, 0-1, 0-2)
Samedi 22 mai 2021 à 15h15 à l’Olimpiskais sporta centrs de Riga. Huis clos
Arbitres : Christoph Sternat (AUT) et Michael Tscherrig (SUI) assistés de Jonas Merten (ALL) et Elias Seewald (AUT).
Pénalités : Grande Bretagne 12′ (6′, 4′, 2′) ; Russie 8′ (4′, 0′, 4’).
Tirs : Grande Bretagne 11 (5, 3, 3) ; Russie 42 (15, 18, 9).

Évolution du score :
0-1 à 05’53 : Burdasov assisté de Grigorenko et Ozhiganov (sup. num.)
0-2 à 07’19 : Grigorenko assisté de Voronkov (inf. num.)
0-3 à 09’21 : Burdasov assisté de Kuzmenko et Gavrikov
0-4 à 10’51 : Tolchinski assisté de Barabanov
1-4 à 18’46 : Kirk assisté de Dowd et Connolly (sup. num.)
1-5 à 30’08 : Karnaukhov assisté de Zadorov et Zub
1-6 à 49’59 : Kuzmenko assisté de Burdasov et Ozhiganov (sup. num.)
1-7 à 53’05 : Slepyshev assisté de Karnaukhov

Grande Bretagne

Attaquants :
Liam Kirk (-1, 2’) – Brett Perlini (-3, 2’) – Brendan Connolly (-1)
Ben Lake (-2) – Mike Hammond (-2) – Robert Dowd (A,-2)
Lewis Hook (-1, 4’) – Rob Lachowicz – Oliver Betteridge (-1)
Luke Ferrara (-2) – Ben Davies (-1, 2’) – Matthew Myers
Jonathan Phillips (C)

Défenseurs :
David Phillips (-1,2’) – Ben O’Connor (-2)
Mark Richardson (A) – Joshua Tetlow
Dallas Ehrhardt (-1) – David Clements (-3)
Mark Garside (-2)

Gardien :
Jackson Whistle

Remplaçant : Ben Bowns (G). En réserve : Jordan Hedley (G), Paul Swindlehurst, Sam Jones (D), Sam Duggan (A), Ross Venus (A).


Russie

Attaquants :
Aleksandr Barabanov (+1) – Maksim Shalunov (+1) – Sergei Tolchinski (+1, 2’)
Anton Slepyshev (C,+2) – Mikhail Grigorenko (+2) – Pavel Karnaukhov (+2)
Andrei Kuzmenko (+1) – Ivan Morozov (+1) – Anton Burdasov (A,+1)
Dmitri Voronkov (+2, 2’) – Vladislav Kamenev – Artyom Shvets-Rogovoy
Emil Galimov (2’)

Défenseurs :
Nikita Zadorov (+4) – Artyom Zub (+3, 2’)
Vladislav Gavrikov (A) – Ivan Provorov
Rushan Rafikov (+2) – Igor Ozhiganov (+1)
Grigory Dronov

Gardien :
Ivan Bocharov

Remplaçant : Aleksandr Samonov (G). En réserve : Evgeny Timkin, Konstantin Okulov (A).

Les commentaires sont fermés.