Bilan de la saison NHL 2020/2021 – Deuxième partie

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La saison NHL 2020-2021 a éliminé 15 équipes avant même les playoffs.

Dans la première partie, nous vous avons présenté les équipes classées de 31e à 24e.

Dans cette seconde partie, les huit autres éliminés de la saison régulière, d’Ottawa à New York, auront tous connu leur lot de rebondissements sportifs comme extra sportifs…

ottawa senators23e – Ottawa Senators
51 pts. Fiche de 23-28-5. Bilan en fusillade 2-1
Buts pour : 155 (20e)
Buts contre : 189 (28e)
PP : 15,52 % (26e)
Pénalités : 509 min. (9e)
PK : 78,95% (20e)
Tirs/match : 29,7 (16e)
Possession : 48,6% (19e)

Alignés dans une division « Nord » 100% canadienne assez inhabituelle, les Senators d’Ottawa figuraient en septième et dernière place de tous les pronostics d’avant-saison. Le fait de terminer devant Vancouver au final est une réussite, avec l’intégration de quelques jeunes joueurs de grand talent.

Un bilan qui aurait sans doute pu être bien meilleur sans un démarrage catastrophique. Ottawa débutait en effet, après une victoire inaugurale contre Toronto, par neuf défaites consécutives, se tirant une balle dans le pied d’entrée à cause d’un jeu défensif approximatif, et surtout d’une prestation plus que médiocre de Matt Murray dans les cages – pas vraiment aidé par ses remplaçants. Le fait que les joueurs n’aient pas joué depuis plus de dix mois a-t-il eu un impact sur ces premières semaines ? Toujours est-il que la progression fut notable au fil des mois. Les Senators ont figuré parmi les meilleurs de la ligue dans la dernière ligne droite, terminant avec une fiche exceptionnelle de 10-3-1 en fin de saison, qui offre beaucoup de promesses d’avenir. Une bilan acquis avec un effectif rajeuni, les vétérans étant échangés à la date limite des transactions (Dzingel, Paquette, Galchenyuk, Gudbranson, Reilly). Parmi les grands moments de la saison, on citera ce légendaire match du 15 février où, menés 5-1 par les Maple Leafs, les jeunes Senators renversaient la partie et gagnaient d’un but en prolongations.

Les gardiens, donc, furent sans aucun doute le point faible. Matt Murray (89,3%) a certes mieux fini la saison, mais il reste de nombreux doutes sur sa capacité à mener l’équipe vers les sommets. Son remplaçant principal, Marcus Högberg (87,6%) n’a pas brillé en 14 matchs. Les blessures ont de toute façon perturbé les cages, tous les portiers connaissant un passage à l’infirmerie. On aura assisté aux débuts remarqués de Filip Gustavsson (93,3% d’arrêts en 9 matchs), qui sera à coup sûr le futur remplaçant de Murray. Anton Forsberg, pris au ballotage, et Joey Daccord (pioché par Seattle cet été) ont eux aussi joué 8 matchs.

Parmi les 37 joueurs de champ utilisés, Ottawa a surtout utilisé cinq défenseurs : Thomas Chabot (31 pts), Mike Reilly (19), Nikita Zaitsev (17) et Artyom Zub (14), plus 36 matchs d’Erik Gudbranson (3 pts). L’usage de ce vétéran aux prestations médiocres a fait fulminer les supporters, qui auraient bien aimé plus de responsabilités pour Erik Brännström (30 matchs, 13 pts). Gudbranson, comme Reilly, ont finalement quitté l’équipe à la deadline. D’autres profils expérimentés comme Christian Wolanin et Braydon Coburn (lui aussi échangé) ont privé d’autres jeunes de temps de jeu : les espoirs Filip Chlapik, Olle Alsing et Jacob Bernard-Docker n’ont qu’entrevu la NHL et savent désormais ce qu’il leur reste à travailler.

Le grand intérêt d’Ottawa est venu d’une attaque variée et prolifique, avec une grande homogénéité. Huit joueurs se tiennent en une poignée de points, de Brady Tkachuk (17 buts, 36 pts) et Connor Brown (21 buts, 35 pts), à Josh Noris (17 buts, 35 pts) et Drake Batherson (17 buts, 34 pts). Et, bien sûr, le talent du prometteur rookie allemand Tim Stützle, 19 ans, auteur de 12 buts et 29 pts, avec un potentiel considérable. Cette équilibre sur les trois premières lignes fut une grande force des Senators dans la dernière ligne droite de la saison, même avec cette formation rajeunie. Ottawa se classe avec Chicago en n°2 par les points par des rookies derrière les Devils. L’optimisme règne donc après cette saison 2021. Les prestations remarquées en deuxième partie de saison devront bien sûr être confirmées. Il faudra une meilleure constance dans les cages, et des prestations défensives moins relâchées. Ce qui permettra à coup sûr de lancer sur de bons rails les nombreuses possibilités en attaque.

 

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22e – Arizona Coyotes
54 pts. Fiche de 24-26-6. Bilan en fusillade 3-2
Buts pour : 150 (23e)
Buts contre : 174 (22e)
PP : 20,79 % (13e)
Pénalités : 446 min. (17e)
PK : 80,84% (11e)
Tirs/match : 27,5 (29e)
Possession : 48,7% (17e)

Les Coyotes de l’Arizona ont manqué les playoffs, un an après être sortis du tour préliminaire dans la « bulle » d’Edmonton. Une saison poussive dans le désert, qui avait pourtant débuté de manière respectable. Les Coyotes ont capitalisé sur les plus faibles (notamment Anaheim) et souvent piégé St. Louis. Le problème, c’est qu’il a ensuite fallu jouer des séries de matchs contre Minnesota et Colorado, qui ont régulièrement gagné et accentué l’écart.

Malgré tout, l’équipe est restée dans le coup jusqu’aux deux tiers de la saison, avant de s’écrouler dans la dernière ligne droite (6-11-1 sur les 18 derniers matchs). La bataille pour la 4e place de la division a donc tourné en faveur des Blues, ce qui a coûté sa place à l’entraineur Rick Tocchet, dont le contrat n’a pas été renouvelé par le nouveau manager général Bill Armstrong.

Sur le plan des joueurs, ce sont encore les gardiens qui ont fait parler d’eux. Antti Raanta a été limité à 12 matchs et Darcy Kuemper en a joué 27 (90,7% d’arrêts), avec 2,56 buts encaissés, avant l’or aux Championnats du monde. Le meilleur fut cependant Adin Hill, auteur de 91,3% d’arrêts, qui a profité des blessures de ses collègues. Faute de pouvoir protéger tout le monde de Seattle, le staff a pourtant fait le pari d’échanger Hill aux Sharks à l’intersaison. Kuemper, lui, était en fin de contrat et a signé dans le Colorado, laissant une situation incertaine dans le but.

Sur le plan défensif, l’attraction fut Jakob Chychrun. L’ancien premier choix a brillé avec 18 buts et 41 pts en 56 matchs, s’offrant même un triplé. Un bilan exceptionnel qui l’a vu dans la conversation du trophée Norris. Derrière lui, on retrouve le capitaine Oliver Ekman-Larsson (24 pts), Alex Goligoski (22) et Jordan Oesterle (11). La rudesse de Niklas Hjalmarsson et de Jason Demers, au profil purement défensif, complétait correctement le panel. Mais la défense n’aura strictement rien à voir en 2021-22 : Ekman-Larsson a été échangé aux Canucks, Hjalmarsson a pris sa retraite et tous les autres, sauf Chychrun, sont partis ! Bill Armstrong a clairement décidé de changer de direction.

Il en est de même offensivement. Phil Kessel, 20 buts et 43 pts, a mené l’équipe ; en conflit avec Tocchet, il pourrait bénéficier de ce bouleversement d’effectif, même s’il arrive à 34 ans. Sur la première ligne, on a retrouvé Conor Garland (39 pts), que le staff a décidé d’échanger cet été à Vancouver dans une politique d’économies. Il ne reste donc plus grand chose d’une attaque déjà médiocre : Clayton Keller (35 pts), Nick Schmaltz (32), Christian Dvorak (31). Derrière eux, le bilan est plus que léger, à l’image du vétéran Derick Brassard (8 buts, 20 pts). La seule bonne surprise est venue de Michael Bunting, révélation de l’année avec 10 buts et 3 passes en 21 matchs et un profil qui attaque la cage… sauf que, libre, il a signé à Toronto cet été.

Avec des propriétaires qui ne comptent pas dépenser à hauteur du plafond salarial, Arizona a surtout décidé de reconstruire en échangeant cette masse salariale contre des joueurs blessés, en retour de choix de draft ou de vétérans en bout de course, qui boucheront les trous en attendant mieux. Antoine Roussel cherchera à s’y relancer, tout comme l’ex-Flyer Shayne Gostisbehere. Cependant, en étant reversés dans la division Centrale face à leurs bêtes noires de Colorado et Minnesota, les Coyotes ont de bonnes chances de finir loin des playoffs.

 

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Logo_Chicago_petit21e – Chicago Blackhawks
55 pts. Fiche de 24-25-7. Bilan en fusillade 2-2.
Buts pour : 159 (16e)
Buts contre : 184 (25e)
PP : 21,71 % (11e)
Pénalités : 368 min. (30e)
PK : 76,82% (28e)
Tirs/match : 29,2 (19e)
Possession : 45,9% (30e)

On n’attendait pas grand chose des Blackhawks de Chicago cette saison. Le départ de Corey Crawford – qui a finalement pris sa retraite avant même de jouer pour New Jersey – laissait trois gardiens inexpérimentés devant le filet. Colin Dellia et Malcolm Subban débutaient, mais ils se sont fait voler la vedette par le troisième larron : Kevin Lankinen. Le champion du monde finlandais en 2019 a profité des contre-performances des premiers jours pour se faire un nom et il disputera finalement 37 matchs (3,01 buts encaissés, 90,9%). Une prestation convenable pour le booktubeur (Lankinen mène un club de lecture sur les réseaux sociaux), qui aura connu un coup de mou aux deux tiers de l’année. Ses deux compères l’ont un peu relayé, sans grand succès. Il n’est pas surprenant que les Hawks se soient orientés vers Marc-André Fleury cet été, une amélioration sensible du secteur.

Pour autant, réduire la non-qualification en playoffs au seul poste de gardien serait un peu rapide. Avec 33,7 tirs concédés par match, Chicago se classe 31e, ex-aequo avec Buffalo. Les portiers ont subi un bombardement en règle. Pire, le jeu en infériorité, indigent (76,8%) a coûté bien trop de buts pour le bien-être de l’équipe. Et encore, heureusement que les Hawks ont été parmi les moins pénalisés !

L’équipe de l’Illinois a pourtant été dans le coup presque jusqu’au bout, ce qui constitue une énorme surprise compte tenu des mauvaises nouvelles avant même le début de saison. Le capitaine Jonathan Toews n’a pas joué de l’année, pas plus qu’Alexander Nylander. Kirby Dach, blessé la veille du Mondial junior, est revenu pour sa part dans le dernier tiers de la saison avec 18 matchs joués (2 buts, 10 pts). Comment expliquer que l’équipe ait si bien tenu la route ? Un seul nom : Patrick Kane. Le magicien américain signe une saison exceptionnelle avec 15 buts et 66 pts en 56 matchs, dominant presque chaque rencontre avec une aisance confondante. Il a bénéficié d’une entente quasi instinctive avec Alex DeBrincat, auteur de sa meilleure saison (32 buts, 56 pts en 52 matchs). Derrière, on a fait confiance aux jeunes. Dominik Kubalik, pour sa deuxième saison, signe 17 buts et 38 pts. Les rookies ont brillé : les Hawks terminent 2e de ce classement ex-aequo avec Ottawa, derrière les Devils, lançant avec succès Pius Suter (27 pts), Brandon Hagel (24 pts), Philip Kurashev (16 pts). On attendait mieux cependant d’un joueur plus établi comme Dylan Strome (17 pts).

Mêmes expérimentations en défense. Adam Boqvist termine meilleur compteur (16 pts), devant l’inoxydable Duncan Keith (15) et le solide Connor Murphy (15 pts), sans doute le meilleur arrière de la saison. Mais on notera surtout les débuts de Wyatt Kalynuk (21 matchs), Ian Mitchell (39 matchs), Nicolas Beaudin (19) et Riley Stillman (13 matchs), qui formeront probablement la nouvelle vague.

Stan Bowman a maintenu sa confiance à Jeremy Colliton, dont le système a assuré un spectacle agréable toute la saison avec des matchs très disputés et un joli potentiel offensif. Mais Bowman s’est surtout montré hyperactif dès la saison terminée : en se séparant de l’historique Keith, mais aussi de Seabrook (officieusement retraité), il coupe avec la légende des trois titres en cinq ans. Le manager général a aussi échangé ou laissé partir Pius Suter, Vinnie Hinostroza, David Kämpf, Nikita Zadorov, Adam Boqvist. Et pioché en retour des vétérans de grande valeur comme Fleury donc, mais aussi le double champion du Lightning Tyler Johnson, le jeune défenseur Caleb Jones et surtout son frère Seth, défenseur vedette de Columbus. Chicago, après deux saisons de reconstruction aux résultats prometteurs, semble vouloir passer à la vitesse supérieure.

Toutefois, on n’oubliera pas non plus la légende noire. Tout d’abord, la grogne monte sur le logo de l’équipe, au moment où les luttes amérindiennes prennent de l’ampleur. Plusieurs équipes de sports US ont choisi de changer de nom ou de logo, pas les Blackhawks. Surtout, l’équipe a vu sa réputation sérieusement entachée par les accusations d’agression sexuelle à l’encontre d’un ancien membre du staff de l’équipe championne 2010, agressions sur plusieurs joueurs de l’équipe. Une procédure judiciaire est en cours, car il semble que tout le staff de l’époque savait, mais que personne n’a rien dit… et l’accusé aurait même profité d’une lettre de recommandation pour trouver un poste dans une équipe de jeunes.

 

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Logo Calgary petit20e – Calgary Flames
55 pts. Fiche de 26-27-4. Bilan en fusillade 1-1.
Buts pour : 155 (19e)
Buts contre : 160 (16e)
PP : 18,29 % (21e)
Pénalités : 449 min. (15e)
PK : 80,23% (15e)
Tirs/match : 30,2 (11e)
Possession : 53% (7e)

Une nouvelle saison hors des playoffs pour les Flames de Calgary, dont les attentes étaient importantes initialement. Le recrutement de Jakob Markström (pour sept ans) caractérisait les ambitions de l’équipe, et le Suédois a plutôt rempli sa mission. Il a maintenu son équipe dans la partie match après match, même si son pourcentage d’arrêts (90,4%) apparait assez modeste. Il est vrai que l’ex-Canucks a aussi connu son lot de pépins physiques en cours de saison. David Rittich a réalisé des prestations correctes en son absence, ce qui se traduit par une 16e place au classement des défenses.

La défense, justement, a sans doute évolué à son niveau : déclinant, à l’image du capitaine Mark Giordano (26 pts), ce qui explique qu’il n’a pas été retenu en cours d’été et rejoindra Seattle. Derrière lui, la reconstruction se fera autour de Rasmus Andersson (21 pts), Noah Hanifin (15), Chris Tanev (12) et Juuso Välimäki (11). Ces quatre-là ont performé correctement – avec des limites offensives -, mais le reste n’a pas vraiment suivi. On peut être certain que le départ de TJ Brodie l’été dernier a sérieusement amputé la prestation de la défense droite et n’a pas été compensé.

Offensivement, Johnny Gaudreau a mené l’équipe en points, tout en subissant une certaine grogne des supporters. Avec 19 buts et 49 pts, il a pourtant plutôt fait son travail. Les rumeurs de ses envies d’ailleurs agrémentent bon nombre d’articles de presse, sans qu’aucun élément tangible ne soit révélé. À ses côtés, Elias Lindholm (19 buts, 47 pts) et l’abrasif Matthew Tkachuk (16 buts, 43 pts) l’ont aidé à porter l’équipe. On notera aussi la très bonne saison d’Andrew Mangiapane (18 buts, 32 pts) qui a enchaîné avec une prestation décisive aux Championnats du monde. On attendait plus en revanche de Mickael Backlund (9 buts) et surtout de Sean Monahan (10 buts), défensivement friables et offensivement peu en réussite : Monahan a tenté autant de tirs que Gaudreau, sans réalisme. Calgary a dominé certains matchs mais a été plombé par un pourcentage au tir bien décevant. Le banc n’a pas vraiment eu de contributeur, Milan Lucic et Dillon Dubé étant les seuls autres à franchir les 10 buts.

La date limite des transactions a servi à se débarrasser de certains poids morts et il y a une certaine ironie à voir Sam Bennett s’éclater en Floride à peine parti de Calgary… La vraie question vient donc du coaching : est-ce le style Geoff Ward qui a posé problème ? Il a été limogé à mi-saison et remplacé par Darryl Sutter et, sous les ordres de l’ancien coach des Kings – qui fut déjà coach des Flames il y a dix ans -, on a senti un mieux global, avec de meilleures statistiques de possession et surtout une réduction sensible des chances de marquer adverses. En revanche, les équipes spéciales ont failli sous ses ordres, mais cela est sans aucun doute la conséquence d’un calendrier resserré qui a privé l’équipe de temps d’entrainement. Que dire de la prochaine saison ? Calgary semble disposer de nombreux éléments positifs, mais doit reconstruire sa défense et trouver le moyen d’obtenir une meilleure concrétisation de ses chances de marquer. La signature du double champion Blake Coleman pour un contrat longue durée répond au besoin d’améliorer la combativité de l’équipe et le jeu en infériorité numérique. Dans une division Pacifique assez faible, cela pourra peut être suffire à se qualifier… si la défense, chantier en cours, progresse.

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19e – Philadelphia Flyers
58 pts. Fiche de 25-23-8. Bilan en fusillade 3-4.
Buts pour : 160 (15e)
Buts contre : 197 (31e)
PP : 19,16 % (18e)
Pénalités : 447 min. (16e)
PK : 73,05% (30e)
Tirs/match : 30,2 (9e)
Possession : 52% (10e)

Philadelphie faisait partie des candidats crédibles à la quatrième place de cette nouvelle division Est. Les promesses entrevues la saison précédente, avec un deuxième tour de playoffs sous la direction du gardien rookie Carter Hart, paraissaient en effet aller dans le bon sens. Le départ, avec une fiche de 7-2-1, était plutôt bon, même si l’équipe était dominée nettement au chapitre des tirs.

Mais comme rien n’est jamais simple chez les Flyers, ils ont été plombés, comme toujours, par le poste de gardien. Les 197 buts encaissés se classent derniers de la NHL et il est évidemment impossible de se qualifier en playoffs avec une défense passoire. Cette prestation, couplée à l’avant-dernier jeu en infériorité, est le fruit d’une prestation collective médiocre : replacement approximatif des attaquants, erreurs de relance ou de placement défensif, et des gardiens qui accordent bien trop de tirs faciles. Carter Hart signe ainsi une saison misérable à 87,7% d’arrêts en 27 matchs, plaçant un drapeau rouge très inquiétant sur ce qui était un début de carrière fantastique. Il n’a cependant que 22 ans, et rien n’est joué. Son binôme Brian Elliott n’a pas fait mieux (88,9%). Au final, en comptant les neuf matchs d’Alex Lyons, le pourcentage d’arrêt global de 88% est le pire de la ligue depuis plus de 20 ans (Atlanta et Tampa en 2000).

Tout cela se couple donc avec une défense passoire, qui passe en un an de 2,77 buts encaissés par match (7e) à 3,52 (31e)… Un défenseur a surnagé : Ivan Provorov (26 pts), même s’il a aussi commis son lot d’erreurs. Derrière lui, ce fut un festival. Shayne Gostibehere, aspiré par le jeu offensif, a été pris en grippe par le staff et sous-utilisé, au point d’être littéralement donné (!) avec des choix de draft à Arizona, afin de libérer de l’espace salarial pour y accueillir… Rasmus Ristolainen de Buffalo, au jeu défensif encore plus catastrophique. Cette évaluation bornée de ce qui fait un bon défenseur explique sans doute la médiocrité ambiante. Travis Sanheim a fait ce qu’il a pu avec des partenaires affreux. Philippe Myers n’a pas enchaîné après les belles promesses, et a été expédié à Nashville cet été. Justin Braun, Robert Hägg, Samuel Morin (même aligné attaquant !) ou la recrue à prix d’or de l’été précédent, Erik Gustafsson (échangé en cours de saison à Montréal contre un 7e tour !)… La défense est atroce, et cela s’est vu lors du match en plein air contre Boston au Lake Tahoe, match qui s’est en plus disputé sans six titulaires, touchés par le protocole Covid.

L’attaque a pour sa part fini en milieu de tableau. Devant, le meilleur buteur fut Joel Farabee avec 20 buts. À seulement 21 ans, il est le plus jeune joueur à mener l’équipe à ce chapitre depuis Eric Lindros en 1994. Il termine 5e pointeur (38 pts) derrière James van Riemsdyk (17 buts, 43 pts), Claude Giroux (16 buts, 43 pts), Jakub Voracek (9 buts, 43 pts) et Sean Couturier (18 buts, 41 pts). Couturier est désigné MVP de la saison pour la troisième fois de suite : il fut le plus régulier de l’équipe, utilisé dans toutes les facettes du jeu. Le coach Alain Vigneault a en revanche sanctionné Travis Konecny en le plaçant un match en tribunes, cherchant à réveiller un joueur si décisif l’an dernier. Avec 11 pts et 34 pts, Konecny fut loin de son meilleur niveau. Derrière lui, Kevin Hayes fut globalement médiocre (12 buts, 31 pts), ce qui est ennuyeux pour l’un des plus gros salaires du club. Le souci de l’équipe fut la profondeur de banc, avec des troisième et quatrième lignes où seul Scott Laughton (20 pts), voire le dynamique rookie Wade Allison (7 pts en 14 matchs), ont surnagé. Ainsi le n°2 de draft 2017 Nolan Patrick, de retour après un an sans jouer, n’a marqué que 4 buts et 9 pts. Il a été expédié loin de Philly, à Vegas, cet été, dans une transaction qui amènera le défenseur Ryan Ellis.

L’été a donc été celui du changement : Ryan Ellis et l’énigme Rasmus Ristolainen arrivent dans l’objectif affiché de renforcer le secteur défensif – les puristes sont sceptiques sur le cas du deuxième cité… Jakub Voracek a lui été envoyé à Columbus contre le buteur Cam Atkinson. L’effectif a plutôt fière allure, si Carter Hart retrouve des couleurs. Mais la division Métropolitaine s’annonce extrêmement relevée.

 

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150px Logo Stars Dallas.svg18e – Dallas Stars
60 pts. Fiche de 23-19-14. Bilan en fusillade 2-6.
Buts pour : 156 (18e)
Buts contre : 148 (7e)
PP : 23,57 % (5e)
Pénalités : 410 min. (20e)
PK : 79,08% (19e)
Tirs/match : 30,3 (8e)
Possession : 52,9% (8e)

Le finaliste 2020 n’a donc pas atteint les playoffs dans cette division Centrale remaniée. Avec 60 pts, les Stars finissent pourtant devant Montréal, qui se qualifiera dans une division Nord plus modeste, et atteindra la finale. Une saison frustrante pour les Texans, dont les indicateurs sont pourtant plutôt positifs : 7e défense, 8e en tirs par match et possession, doté d’un jeu de puissance efficace (5e). Mais le hockey est un sport de détails. Dallas a perdu 14 matchs après le temps réglementaire, un sommet dans la ligue (Columbus, 2e, en a perdu 12). Parmi ces matchs, huit ont atteint la fusillade, avec six défaites au compteur. Il ne faut pas chercher plus loin des points échappés, qui ont permis à Nashville, fort de ses 31 victoires et 64 pts, d’arracher la 4e place de la poule.

L’autre point décisif fut bien sûr la pandémie de Covid. Toute l’équipe fut sur la touche dès le camp d’entrainement, au point que les quatre premiers matchs furent reportés. Le premier match, un 7-0 infligé à Nashville donnait pourtant de bons espoirs. Mais le calendrier devint rapidement infernal, car la tempête de neige qui frappait le Texas peu après reportait de nouvelles rencontres. Rick Bowness a ainsi dû compenser et n’a pu organiser un simple entraînement pendant onze semaines de suite… Des matchs trop rapprochés et en plus un excès de prolongations : les organismes ont sévèrement trinqué en fin de saison.

Dans les cages, avec un Ben Bishop blessé toute l’année, le duo Jake Oettinger (91,1%) et Anton Khudobin (90,5%) s’est partagé le temps de jeu de manière à peu près équitable. Une situation qui n’a pas eu l’air de satisfaire le staff, qui a décidé de recruter Braden Holtby cet été.

La défense fut portée par John Klingberg (36 pts), Miro Heiskanen (27 pts) et Esa Lindell (16 pts). Un trio solide, accompagné de Jamie Oleksiak (14 pts), qui fut le choix de Seattle lors de la draft d’expansion. Le vétéran Andrej Sekera a complété la troisième paire avec Joel Hanley, le staff acquérant aussi Sami Vatanen au ballotage pour neuf matchs décevants en fin d’année. Hormis un jeu en infériorité plus que moyen, il est difficile de critiquer la défense pour cette saison.

Côté offensif, les blessures auront perturbé fortement la prestation des Stars et expliquent sans doute cet échec à se qualifier. Ainsi, Alexander Radulov n’a joué que 11 matchs (12 pts) et Tyler Seguin n’a joué que les trois derniers de la saison (2 buts). Deux piliers de la première ligne absents, qui ont laissé orphelins le capitaine Jamie Benn, à la saison sans relief (11 buts, 35 pts). Le leader fut donc le vétéran de 36 ans Joe Pavelski, inoxydable avec 25 buts et 51 pts en 56 matchs. L’ex-Shark est un joueur extrêmement précieux, notamment en supériorité. À ses côtés, on trouve Jason Robertson (45 pts), auteur de 17 pts, qui a talonné au classement des rookies le sniper du Wild Kirill Kaprizov. Robertson, 22 ans, a terminé parmi les trois finalistes du trophée Calder. La révélation de la saison devance Roope Hintz (15 buts, 43 pts). Autre joueur marquant, Denis Guryanov, auteur de 12 buts et 30 pts. Mais le reste du banc n’a pas suivi du tout : aucun autre attaquant n’a dépassé les 7 buts, qu’il s’agisse de vétérans comme Andrew Cogliano ou Blake Comeau, ou de profils plus jeunes comme Jason Dickinson, Radek Faksa ou Joel Kiviranta. Le staff a donc décidé cet été de chambouler son bottom-6 avec les départs de Cogliano (San José) et Dickinson (Vancouver).

Dallas, l’une des équipes les plus âgées de la ligue, mise donc sur de nouveaux vétérans. Outre Holtby, les Stars accueillent Ryan Suter, Luke Glendening, Michael Raffl entre autres. Si les blessures ne viennent pas perturber l’équation, l’équipe devrait pouvoir viser les playoffs. Encore faut-il que ces plus que trentenaires ne déclinent pas plus vite qu’espéré.

 

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17e – New York Rangers
60 pts. Fiche de 27-23-6. Bilan en fusillade 1-2.
Buts pour : 176 (10e)
Buts contre : 155 (17e)
PP : 20,67 % (14e)
Pénalités : 565 min. (3e)
PK : 82,25% (10e)
Tirs/match : 28,7 (25e)
Possession : 47,3% (25e)

La saison des Rangers de New York peut être qualifiée de frustrante pour ses supporters. Avec l’une des plus jeunes moyennes d’âge de la ligue, les Blueshirts ont traîné juste à portée des playoffs une partie de la saison, mais juste trop loin pour y croire vraiment. Ils terminent cinquième de la division Est, sans jamais avoir réussi à toucher du doigt les playoffs. Ce qui a conduit le staff à une intersaison 2021 particulièrement agitée, comme nous le verrons en fin de cette analyse…

Sportivement, l’équipe a souffert d’un mauvais départ, qu’elle n’a jamais réussi à compenser. Avec seulement huit victoires sur les vingt premiers matchs, New York a regardé la bagarre de loin. En cause, un poste de gardien qui a mis du temps à trouver le bon rythme. Igor Shetyorkin finit avec 91,6% d’arrêts, et Alexander Georgiyev 90,5%, mais l’inconstance de ce dernier a forcé David Quinn à aligner Keith Kinkaid (sans grande réussite) pour relayer le premier. La fin de saison fut meilleure pour Shestyorkin, mais c’était un peu tard.

Défensivement, Adam Fox a soulevé le trophée Norris de défenseur de l’année en NHL, avec une combinaison spectaculaire de gestes défensifs remarquables, de relance de qualité, et de production défensive effrénée (47 pts en 55 matchs). Une deuxième saison magnifique, bien aidée par le sous-estimé Ryan Lindgren (16 pts), parfait soutien. Le rookie K’Andre Miller (12 pts) a montré de belles promesses. On attendait bien mieux du coûteux Jacob Trouba en revanche (12 pts en 38 matchs), même si sa saison fut arrêtée brusquement sur blessure. Son rôle d’encadrant fut toutefois utile, ainsi que celui de Brendan Smith – les limites sur la glace de ce dernier sont en revanche apparues criantes.

L’attaque a mis du temps à trouver le bon rythme. Handicapé par sa convalescence du Covid, Mika Zibanejad n’aura inscrit que deux buts et cinq points sur les vingt premiers matchs avant de finir l’année en feu (24 buts, 50 pts). Cette saison en deux temps a coûté des points précieux les premières semaines. Le moteur exceptionnel de l’équipe fut Artemi Panarin, auteur de 17 buts, 41 passes (58 pts) en seulement 42 matchs. Victime d’une campagne médiatique négative en Russie, il a néanmoins dû prendre deux semaines de recul (9 matchs) afin de régler ses soucis personnels, avant d’être victime de l’agression de Tom Wilson le 3 mai. Un match traumatique sur lequel nous reviendrons… En son absence, les Rangers ont bien peiné.

Derrière l’excellent Panarin, on trouve Ryan Strome (49 pts), le chouchou du public Pavel Buchnevich (20 buts, 48 pts) et Chris Kreider, qui a suivi la trajectoire inverse de Zibanejad en commençant fort avant d’être invisible en fin de saison (20 buts, 30 pts). Les deux jeunes hauts choix de draft ont progressé : Kaapo Kakko termine avec 17 pts et Alexis Lafrénière, transparent les premières semaines, aura connu une bien meilleure fin de saison (12 buts, 21 pts). À 18 et 19 ans, ils ont l’avenir devant eux. Une équipe jeune donc, un poste de gardien prometteur, un défenseur avec le trophée Norris et quantité d’armes offensives en devenir. Tout semble aller dans le bon sens dans la reconstruction des Rangers. Sauf que…

Dans un mouvement inattendu, le CEO Jim Dolan licencie sans ménagement le manager général Jeff Gorton et le président John Davidson le 5 mai, avant même la fin de saison. Une recherche de « changement de leadership », qui semble consécutive à des divergences d’opinion entre le duo et le directeur exécutif, sans doute sur la vitesse de la reconstruction. Le timing, toutefois, a posé question, car cette éviction intervient quelques jours après un communiqué cinglant émis par le duo Gorton-Davidson au sujet de l’affaire Wilson évoquée un peu plus haut. Les deux hommes s’en prenaient à George Parros, directeur du comité de discipline de la NHL, le disant « inadapté à son poste » – Wilson se sortait en effet de son coup de poing à Buchnevich et des coups à la tête de Panarin avec seulement 5000 dollars d’amende et aucune suspension.

Ce mouvement propulse Chris Drury avec la double casquette de manager général et de président, et l’ancien joueur va, en quelques semaines, abasourdir les supporters des Rangers. Tout d’abord, David Quinn est laissé libre et remplacé par Gerard Gallant. Puis, Drury va multiplier les mouvements visant à rendre l’équipe « plus rude », dans une optique claire de « répondre » aux types d’incidents créés par Tom Wilson. On trouve donc : la signature du rugueux Ryan Reaves, dont l’utilité sportive échappe à de nombreux observateurs ; un contrat juteux pour le double champion NHL Barclay Goodrow, qui risque de peser lourd à long terme ; l’échange du favori du public, Pavel Buchnevich, contre Sammy Blais et un choix de deuxième tour en 2020. Drury argumentera en mentionnant que cela faisait trop de profils de top-6 et pas assez de joueurs de troisième ou quatrième ligne, mais cette vision « old school » passe mal auprès des amateurs. L’addition de cette rudesse va-t-elle permettre de mieux répartir les rôles en attaque ? Pour certains, la reconstruction entamée il y a trois ans vient simplement d’être jetée aux orties. Réponse à la rentrée…

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