Mondial élite féminin : présentation

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Le championnat du monde élite féminin débute vendredi. À cette occasion, retrouvez la présentation complète de la compétition et des dix équipes en lice.

Introduction

Que de péripéties pour le Mondial élite féminin 2021, longtemps incertain, décalé d’avril à mai puis annulé alors que la majorité des équipes s’apprêtait à prendre le chemin d’Halifax. Une annulation brutale, la reprise de l’épidémie de covid avait forcé les autorités de Nouvelle-Écosse à mettre au placard la compétition, mettant l’IIHF dans un total embarras, sans solution de repli. Un choc émotionnel énorme pour les hockeyeuses. Les larmes dans les vestiaires avaient ensuite fait place à la colère et l’indignation, le président de l’IIHF René Fasel tentant d’y répondre tant bien que mal par une lettre partagée sur les réseaux sociaux. Un report en août était finalement confirmé, un créneau qui s’incruste toutefois en pleine préparation olympique : plusieurs nations devront jouer le Tournoi de qualification olympique en novembre tandis que les États-Unis et le Canada ont déjà communiqué leur liste préolympique en vue de leur camp de centralisation qui se déroulera sur plusieurs mois.

En tout cas, un Mondial féminin estival, c’est une première… et sans doute pas une dernière. À la rentrée, l’IIHF soumettra aux votes la possibilité d’organiser un championnat du monde féminin les années olympiques, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Étant donné que la messe des Jeux olympiques d’hiver se déroule en février, on peut imaginer que le créneau estival pourrait être une option si ce championnat du monde de Calgary donne satisfaction.

bandicam 2021 08 16 17 55 03 936La dernière fête internationale entre les meilleures du monde date de 2019, avant que la pandémie ne mette cette « vie d’avant » en stand-by. À l’époque, le hockey féminin avait de profondes blessures. Et deux ans après, elles sont toujours vives. La NWHL demeure la seule ligue nord-américaine active, hors circuit universitaire NCAA, mais avec une faible marge de manœuvre restreignant ses ambitions. La première ligue féminine de hockey rémunératrice a d’ailleurs assuré avec de grandes difficultés ce statut. Sa fondatrice Dani Rylan a laissé la main à une nouvelle équipe dirigeante à l’automne dernier, Tyler Tumminia a pris l’intérim avant d’être nommée officiellement seconde commissionner de cette ligue qui a six ans d’existence. Du sang neuf censé donner un second souffle à la NWHL dans un contexte covid délicat, tout en conservant de hautes ambitions. Le plafond salarial a d’ailleurs doublé pour atteindre 300 000 dollars, la volonté d’en faire une ligue plus professionnelle et rémunératrice est bien là.

La réconciliation avec les meilleures joueuses du monde de la PWHPA, l’association créée justement dans le but de disposer d’une vraie ligue professionnelle structurée, semble jusqu’à maintenant dans l’impasse, considérant que la NWHL naviguait en eaux troubles. D’ailleurs, très peu de joueuses NWHL garnissent les rangs des dix meilleures sélections mondiales, encore moins celles des États-Unis et du Canada exclusivement composées de joueuses de la PWHPA, hormis quelques exceptions NCAA. Celles-ci poursuivent les initiatives en Amérique du Nord à travers divers évènements dont des matchs sur les glaces NHL (New York, Chicago, St. Louis). C’est justement ce rapprochement avec la NHL qui pourrait devenir le salut du hockey féminin, les joueuses de la PWHPA en sont convaincues : que la NHL leur tende la main, comme la NBA a pu le faire en créant la WNBA… il y a un quart de siècle. Assurément, l’année olympique sera décisive dans la concrétisation d’une ligue pro au féminin. Mais avec une NWHL plus ambitieuse, voilà probablement un triangle qui devra s’entendre.

Longtemps incertain, le Championnat du monde féminin 2021 a donc été maintenu – du moins l’élite mondiale, et non les divisions inférieures – déménagé de Halifax à Calgary. Tout ce petit monde se retrouve au Canada, prêtes à en découdre après avoir respecté le protocole sanitaire. Chaque équipe dispose de 25 joueuses, plus une réserve en cas de coup dur, la fameuse « taxi squad » appellation rendue familière par la NHL. Le contexte covid a d’ailleurs laissé bon nombre d’incertitudes, la grande majorité des rencontres internationales ayant été annulées cette saison. Les regroupements et camps préparatoires ont donc un poids considérable sur l’état de forme des joueuses et leurs futures performances.

Ce Mondial élite, deuxième édition à dix nations, conserve la même formule. Le groupe A regroupe les cinq meilleures nations, les cinq autres étant dans le groupe B. Le fait que les cinq équipes du groupe A soient assurées de jouer les quarts de finale – et exemptées de relégation – demeurait un point litigieux. L’IIHF a souhaité étouffer les critiques en proposant cette fois-ci, en fin de tournoi, un match pour la cinquième place, chaque perdant des quarts de finale aura donc sa chance d’intégrer le groupe A et d’acquérir ce statut de protégé.

Étant donné que les Mondiaux des divisions inférieures ont été annulés, il n’y aura aucune relégation. C’est donc « tout bénef » pour les promus, le Danemark et la Hongrie, respectivement 11e et 12 nation mondiale au classement IIHF. La France est 10e nation mondiale, mais vu l’écart minime, cela signifie que les Bleues, sans même avoir leur mot à dire et se battre sur la glace, verront les Danoises et les Hongroises leur passer sous les nez, quel que soit le résultat de ces dernières, assurées de jouer deux Mondiaux élite consécutifs. Un système douteux en temps de pandémie qui ne pénalise donc pas seulement l’équipe de France masculine, les Bleues sont logées à la même enseigne.

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Alex Cavallini (Photo IIHF)

États-Unis

En cette deuxième année à côtoyer le covid, la pandémie a toujours, malgré ses victimes et une résurgence tenace à travers le monde, ses sceptiques. Il s’avère que le sélectionneur Bob Corkum, qui était censé officier jusqu’aux Jeux olympiques, en faisait partie. À trois semaines du Mondial d’Halifax (annulé), Corkum avait démissionné en justifiant « un inconfort » vis-à-vis du masque et de l’ensemble du protocole sanitaire en vigueur au Canada. Mais ce sont probablement ses propos dérangeants à partir de son compte LinkedIn qui ont dû faire bondir USA Hockey, Corkum allant jusqu’à qualifier de propagande un programme économique de Justin Trudeau chargé de faciliter l’accès de la population au vaccin et aux soins de santé. C’est finalement son adjoint Joel Johnson qui occupe désormais le poste par intérim.

Quand bien même la pandémie a brouillé les pistes, une certitude demeure : les États-Unis restent – sur le papier – la meilleure nation de hockey féminin. Quintuples championnes du monde en titre et championnes olympiques en titre, les Américaines remettent leur titre en jeu. Il semble bien que le « residency program » fonctionne à merveille, un programme instauré en 2010 qui voit 27 joueuses s’entraîner et jouer pendant des mois. Un programme qui doit aussi permettre de faciliter le renouvellement de l’effectif. Car, mine de rien, l’ère de Meghan Duggan et des sœurs Lamoureux, désormais jeunes retraitées, s’était achevée après les JO de PyeongChang. Mais aussi celle de Kacey Bellamy, l’une des joueuses les plus titrées du hockey américain, contre toute attente puisque la défenseure a annoncé sa retraite de joueuse de manière inattendue, moins d’un mois après l’annulation puis le report du Championnat du monde, alors qu’elle semblait prête à jouer les Jeux olympiques de Pékin.

Quinze joueuses championnes du monde 2019 garnissent tout de même les rangs américains, dont évidemment les stars Hilary Knight, Amanda Kessel, Kendall Coyne Schoffield, Brianna Decker, Megan Keller, Lee Stecklein, etc. Mais aussi Alex Rigsby Cavallini, remarquable devant les filets américains à Espoo (95,3%). La gardienne de 29 ans originaire du Wisconsin est d’ailleurs une option gagnante aux Championnats du monde avec un bilan de 11 victoires… pour aucune défaite. Sa place de titulaire ne devrait pas être remise en cause, à moins que le sélectionneur Joel Johnson ne redonne une chance à Nicole Hensley, rempart du titre mondial 2017 et rarement sollicitée depuis. Hensley est d’ailleurs en grande forme depuis plusieurs mois, notamment lors des évènements PWHPA, faisant de l’ombre à Maddie Rooney, héroïne des JO 2018 qui était également retenue. Rooney était absente de la liste du Mondial prévu à Halifax, au contraire d’Aerin Frankel, coéquipière de la Française Chloé Aurard à la Northeastern University et élue meilleure joueuse NCAA avec le trophée Patty Kazmaier, qui a été évincée de la liste de Calgary, comme de celle du regroupement olympique. Mais un forfait de Rooney en raison d’une blessure « bas du corps » a finalement offert le ticket à Frankel.

En revanche, l’arrière Megan Bozek et la centre Alex Carpenter, qui jouent en ensemble dans le club chinois du Kunlun Red Star engagé dans le championnat russe ZhHL, font un retour remarqué en sélection, elles qui avaient joué les JO 2014 de Sotchi avant d’être écartées. Bozek et Carpenter sont finalement assurées de jouer le Mondial de Calgary et les JO de Pékin, une chance quand on sait la concurrence au sein d’un groupe avec des joueuses, comme Cayla Barnes ou Abby Roque, amenées à devenir à court terme leaders. Les Américaines seront donc évidemment redoutables mais elles devront faire preuve d’humilité. Et elles savent depuis le Mondial 2019 d’Espoo, remporté à l’issue d’une finale confuse, que le titre ne se résume plus à un affrontement face au Canada.

meeri räisänen (timo savela)
Meeri Räisänen (Photo Timo Savela)

Finlande

Les États-Unis, l’équipe à battre, cela n’a pas changé depuis le covid. En 2019 chez elles, les Finlandaises étaient à un souffle de les battre en finale du Mondial, elles avaient même un temps célébré le premier titre mondial de leur histoire – pendant quelques minutes – après le but en prolongation de Petra Nieminen… finalement refusé pour une interférence de sa coéquipière Hiirikoski, percutant la gardienne Rigsby qui était pourtant en dehors de sa zone. La suite, on la connaît, les Américaines, tellement proches de perdre une finale pour la première fois depuis 2014, l’ont finalement remporté en fusillade. Ce but refusé – à tort – avait forcé des excuses de la fédération internationale… et recodifié les situations d’obstruction de gardien lors d’un but dans le règlement IIHF, afin de simplifier la prise de décision. Un aveu de faiblesse qui ne rendra pas l’or aux Lionnes finlandaises, flouées par cette issue controversée qui a profondément marqué les joueuses.

Il est évident que les « Naisleijonat » seront motivées pour obtenir justice, mais cette fois-ci loin de leurs contrées, et dans un contexte plus délicat. Ce sera toutefois sans l’argument numéro 1 d’Espoo 2019 : Noora Räty, héroïque durant le tournoi et dont le nom est souvent avancé pour nommer la meilleure gardienne au monde. Räty a connu une saison perturbante puisqu’une commotion cérébrale et une blessure au genou l’ont longtemps écartée des glaces. Rempart du club chinois de Shenzhen en ZhHL russe – et donc coéquipière de Carpenter et Bozek – la joueuse de 31 ans a également vu son visa expirer alors que la finale du championnat russe a été annulée puis décalée à septembre, après ce Mondial. Noora Räty a indiqué en début d’année qu’elle ne se sentait pas prête, ni mentalement ni physiquement, pour ce Mondial 2021. Elle avait décliné la sélection lorsque celui-ci était prévu en mai à Halifax. Le sélectionneur Pasi Mustonen a de nouveau tenté de la convaincre de rejoindre le groupe pour Calgary, mais elle a refusé. Interviewée par Ilta-Sanomat, elle justifiait son absence en déclarant être incapable de lâcher l’école de gardiens qu’elle gère dans le Minnesota, où elle est également membre du conseil d’administration de la PWHPA. La gardienne de 32 ans a néanmoins laissé la porte ouverte aux JO 2022.

Ce forfait constitue la dernière chance pour Meeri Räisänen, éternelle doublure de Räty, de disputer une grande compétition internationale, à 31 ans. Räisänen était titulaire aux Mondiaux 2016, où elle avait terminée dans l’équipe All Star de la compétition. Revenue cette saison en Finlande avec des prestations solides qui lui ont permise d’être élue meilleure gardienne de Naisten Liiga, Räisänen a le champ libre, Anni Keisala et Jenna Silvonen ne disposant pas d’une grande expérience internationale, et Eveliina Suonpää, malgré de bonnes prestations en SDHL suédoise, n’ayant pas été retenue.

Privé de Räty et de plusieurs cadres d’Espoo qui ont mis fin à leur carrière internationale (Annina Rajahuhta, Venla Hovi, Riikka Sallinen), Pasi Mustonen a dû piocher dans le réservoir. Huit joueuses feront leurs débuts en équipe nationale. Parmi elles, l’attaquante Sanni Vanhanen est passée en quelques mois du camp préparatoire au Mondial… à 15 ans. La problématique sera de savoir si la Finlande saura rééditer les performances d’il y a deux ans. De jeunes talents ont émergé, à l’image d’Elisa Holopainen qui a survolé les compteurs de Naisten Liiga pour la deuxième année de suite à seulement 19 ans. Mais cette équipe, rajeunie, aura-t-elle le cran pour perturber les Américaines et les Canadiennes ? Mustonen, en poste depuis 2014 et qui laissera la main après les Jeux olympiques de Pékin, a mis cinq ans pour faire d’une sélection habituée à la médaille de bronze une équipe capable de s’approprier le titre. Reproduire le jeu énergique et afficher la même solidarité qu’en 2019 à Espoo dépendront de l’adaptation de ces jeunes talents, que Mustonen espère plus rapide. Un sacré pari pour cette équipe, portée par Ronja Savolainen, Susanna Tapani – qui manque toutefois de compétition – et la capitaine toujours exemplaire Jenni Hiirikoski. Une équipe certes moins expérimentée qu’à Espoo mais tout aussi mobile et résistante selon Mustonen, et évidemment affamée.

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Marie-Philip Poulin (Photo Hockey Canada)

Canada

2014 à Sotchi. Cette médaille d’or olympique constitue le dernier sacre de l’équipe féminine du Canada qui a fini quatre fois en argent aux Mondiaux entre 2013 et 2017. Pire, battues par la Finlande chez elle à Espoo en 2019, les Canadiennes ont été écartées pour la première fois de leur histoire de la finale d’une compétition internationale. Face à l’hégémonie américaine sur la scène internationale, le Canada se doit donc de rectifier le tir, et ce Mondial de Calgary ne constitue qu’une première étape. Championne olympique à Turin et Vancouver, la directrice générale de la sélection Gina Kingsbury – qui a également occupé le poste de mentor pour l’équipe de France avec France St-Louis et Danielle Sauvageau il y a huit ans – et son staff ont désormais établi un plan à long terme, avec notamment des camps de détection en vue des Jeux olympiques… 2026. Comprenez donc que le Canada entend bien redevenir cette nation numéro 1 du hockey féminin, qui avait remporté les huit premiers championnats du monde de l’histoire et quatre médailles d’or olympiques consécutives entre 2002 et 2014.

Pour ce nouveau cycle, la sélection, qui a eu neuf entraîneurs différents depuis 2010 (!), a été confiée à Troy Ryan, présent dans le staff canadien depuis 2016. Ryan est d’ailleurs assisté par deux anciennes joueuses, Vicky Sunohara et Kori Cheverie. Étant donné le contexte sanitaire, la saison écoulée ne s’est évidemment pas déroulée comme prévue, et les Canadiennes ont dû faire face à des restrictions encore plus importantes qu’aux États-Unis. Comme l’équipe américaine, la majorité de la sélection canadienne est composée de joueuses de la PWHPA. Mais à la mi-mai, les trois équipes canadiennes de la PWHPA n’avaient pas encore disputé un seul match, aucun sur leur territoire depuis janvier 2020, alors que les deux équipes américaines, du Minnesota et du New Hampshire, s’étaient affrontées depuis le début de l’année à plusieurs reprises, notamment au Madison Square Garden de New York, à l’United Center de Chicago et à l’Enterprise Center de Saint-Louis. C’est finalement l’annulation du Mondial d’Halifax – avant son report fin août à Calgary – qui a motivé l’organisation d’un tournoi d’une semaine regroupant les équipes canadiennes, fin mai, justement à Calgary.

Et dans la plus grande ville de l’Alberta, une joueuse s’est particulièrement illustrée en démontrant qu’elle était toujours, à 30 ans, la patronne de l’équipe du Canada. Marie-Philip Poulin était rentrée dans la légende olympique en inscrivant le doublé gagnant en finale des JO de Vancouver en 2010, avant de marquer le « golden goal » en prolongation quatre ans plus tard à Sotchi. Mais en 2019 au Mondial d’Espoo, la Québécoise n’avait fait qu’une brève apparition en raison d’une blessure. Galvanisée par l’opportunité de jouer un nouveau championnat du monde à domicile, Poulin a fait un retour brillant au plus haut niveau, meilleure marqueuse (11 points) et meilleure buteuse (5 buts) du tournoi PWHPA de Calgary qu’elle a remporté avec l’équipe de Montréal. Très impliquée dans les unités spéciales, totalement affûtée, le retour en forme de celle qui est potentiellement la meilleure du monde est un motif de satisfaction pour l’équipe du Canada. En plus de Poulin, le Canada a évidemment bon nombre d’arguments en attaque, en particulier Mélodie Daoust et Sarah Nurse qui ont respectivement explosé aux JO 2018 et au Mondial 2019. Quant aux Rebecca Johnston, Blayre Turnbull, Natalie Spooner, Jocelyne Larocque, Erin Ambrose, Renata Fast, Jill Saulnier, elles forment toujours la solide colonne vertébrale de l’équipe.

Un an sans activité a vu toutefois l’émergence de nouveaux talents qui se sont illustrés lors de l’évènement PWHPA, la gardienne Kristen Campbell en tête, de quoi remettre en cause les certitudes du passé. Campbell, absolument remarquable avec son équipe de Calgary et qui demeure la seule gardienne de l’histoire NCAA à n’avoir alloué aucun but en phase finale du championnat des États-Unis, représente l’avenir devant la cage du Canada. Contrairement à Shannon Szabados, 34 ans, qui a disputé six Mondiaux et quatre jeux olympiques, et souvent désignée rempart numéro 1. Après avoir accouché d’une petite Shaylyn l’année dernière, Szabados se tenait prête à endosser de nouveau l’uniforme mais elle a été évincée de la liste, tout comme Laura Fortino, qui a disputé toutes les compétitions internationales depuis 2012. Ann-Renée Desbiens (titrée avec Poulin et Montréal) et Emerance Maschmeyer, justement souvent dans l’ombre de Szabados, se disputeront le poste de titulaire. Si des joueuses ont été écartées comme Brigette Lacquette ou Loren Gabel, certaines sont clairement prêtes à devenir de puissantes joueuses à l’échelle internationale, tel Jaime Bourbonnais, Ella Shelton ou Sarah Fillier. Avec huit joueuses qui feront leurs débuts internationaux, le Canada affiche un renouvellement nécessaire pour entreprendre ce nouveau cycle qui doit le mener vers l’or.

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Olga Sosina (Photo Timo Savela)

Russie

L’équipe féminine de Russie est enlisée dans un entre-deux : habituelle participante des demi-finales avec cinq présences dans le carré final lors des six dernières compétitions internationales, mais incapable de bousculer les puissances nord-américaines, contrairement à l’autre habituée des demies, la Finlande, qui y était parvenue à Espoo en 2019. Battues 8-0 en demi-finale par les Américaines puis 7-0 pour la médaille de bronze par les Canadiennes, les Russes ont encore conscience du long chemin qui sépare les deux continents. Pour autant, le hockey russe féminin est reparti sur de bonnes bases avec la création, en 2015, d’une ligue plus ambitieuse que le championnat historique : la ZhHL, enfantée par la KHL et la fédération russe. De l’aveu de la star de la sélection Anna Shokhina, avec cette ZhHL qui se veut plus professionnelle, la ligue russe a gagné en intérêt et en médiatisation avec un niveau qui a augmenté. La présence du club chinois du Kunlun Red Star, rescapé de la défunte ligue canadienne CWHL, a probablement participé à un nivellement vers le haut puisque l’équipe de Shenzhen avait conservé dans ses rangs des joueuses majeures de la discipline comme Megan Bozek, Alex Carpenter ou Noora Räty. Signalons d’ailleurs que deux nouvelles équipes, à Tchelyabinsk et Yaroslavl, participeront à la saison à venir de cette ZhHL qui a véritablement le vent en poupe.

Sur les 34 joueuses convoquées à l’occasion du camp de Novogorsk fin juillet, toutes évoluaient en ZhHL, et bon nombre d’entre elles jouent les premiers rôles dans leur équipe. Après deux ans sans compétition internationale, il sera intéressant de voir l’état de forme de ces joueuses cantonnées à leur nouveau championnat. Un championnat 2020-2021 qui n’a d’ailleurs pas rendu son verdict puisque la finale, devant opposer l’Agidel d’Oufa au Kunlun Red Star, a été reporté en septembre, en raison d’une part de cas de contamination parmi l’équipe d’Oufa, et d’autre part pour préserver la phase de préparation de l’équipe nationale. De quoi permettre au sélectionneur Evgeny Bobariko, en poste depuis l’été 2019, de préparer sereinement le Mondial de Calgary.

Mais la Russie devra faire avec une absence de taille : Anna Shokhina, meilleure marqueuse ZhHL cette saison et deuxième meilleure marqueuse de l’histoire du championnat russe. Une absence inattendue, qui n’a pas été justifiée par la fédération, et qui diminue véritablement le potentiel offensif de l’équipe. Orphelines de leur atout offensif numéro 1, les Russes devront imposer du répondant, par l’incontournable Olga Sosina qui jouera son neuvième championnat du monde, mais aussi Valeria Pavlova, Fanuza Kadirova, Yelizaveta Rodnova, ainsi que la meilleure paire défensive du championnat, Maria Balatova – Anna Shibanova. Devant les buts, Nadezhda Morozova et Anna Prugova, 24 et 27 ans, ne se sont jamais détachées comme numéro 1 de l’équipe. La troisième, Valeria Merkusheva, 21 ans, aura probablement son mot à dire, la gardienne de Nizhny Novgorod sortant d’une saison remarquable, elle a d’ailleurs devancé ses deux coéquipières sur le plan statistique. En tout cas, c’est évidemment l’aspect défensif, l’intensité et la faculté à enchaîner les exigeants matchs du groupe A qui permettront aux Russes de s’approcher – de près ou de loin – des deux superpuissances.

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De ce système bancal d’un groupe A protégé par un maintien automatique, la Suisse en a été la grande profiteuse lors du Mondial 2019. La « Frauen Nati » avait obtenu ce privilège grâce à une remarquable cinquième place obtenue aux Jeux olympiques 2018 de PyeongChang. Un an plus tard au Mondial d’Espoo, elle opérait toutefois un renouvellement sans précédent avec la retraite de plusieurs de ses cadres dont l’icône Florence Schelling… sans craindre toutefois de glisser du fauteuil du groupe A et donc de craindre la relégation, malgré les cinq défaites en cinq matchs et un score cumulé de 3-25, un bien triste bilan. C’est probablement cette situation qui a motivé l’IIHF à briser ce plafond de verre. Les jours de la Suisse dans le groupe A sont-ils comptés ?

Derrière, les équipes vont se bousculer au portillon pour tenter de déloger une équipe de Suisse bien difficile à évaluer, qui n’a disputé que trois rencontres en février face à l’Allemagne (une victoire pour deux courtes défaites). Si la perte de Schelling a été considérable, les clefs de la cage helvète devraient être confiées à Andrea Brändli, qui avait disputé ses trois premiers matchs aux championnats du monde en 2019, conclus par trois défaites. Elle tentera de faire mieux, forte de sa régularité à Ohio State University en NCAA avec 47 victoires (un record d’équipe) et 93% d’arrêts en trois saisons, en plus d’une participation au Frozen Four en 2021. Les performances devant le but dépendront aussi du jeu défensif, un point noir il y a deux et que l’entraîneur Colin Muller souhaite améliorer. L’absence pour raisons de santé de Nicole Bullo, cadre de la brigade défensive depuis une quinzaine d’années, tombe mal. La défense et l’acclimatation des nombreuses jeunes joueuses seront décisives lors du quart de finale, auquel la Nati féminine est automatiquement qualifiée. Ce match, afin de conserver sa place dans le top 5, est l’objectif numéro 1 de la Suisse, dixit Daniela Diaz qui occupe le poste de manager depuis qu’elle a laissé celui d’entraîneur en 2019 à Muller.

Si le jeu défensif constitue un chantier majeur de l’équipe, l’offensive, en revanche, demeure le point fort de la Suisse, avec pour atout encore et toujours Lara Stalder. L’attaquante de 27 ans a d’ailleurs établi un record de points en SDHL suédoise lors de la dernière saison avec 82 points. Et elle trépigne probablement d’impatience puisque, lors du Mondial 2019, Stalder n’avait disputé aucun match en raison d’une blessure tenace à l’épaule. La snipeuse de Bynäs n’a donc plus joué en compétition officielle sous le maillot à la croix blanche depuis les Jeux olympiques de PyeongChang, où sa complémentarité avec Alina Müller avait fait fureur. Müller n’est d’ailleurs plus une jeune première car à 23 ans, la coéquipière de la Française Chloé Aurard à Northeastern University est devenue une centre fiable, aussi bien distributrice de jeu qu’impliquée dans les phases défensives, avec de vraies qualités de leadership. Potentiellement, le duo Stalder – Müller est l’un des meilleurs au monde, et pourrait bien sortir les Helvètes de situations embarrassantes. Trois ans après les JO 2018, leur association risque bien de faire encore plus étincelles, alors que le danger pourra provenir également d’Evelina Raselli ou de Phoebe Stanz. Ces menaces offensives devront contribuer au rendement mais aussi à l’encadrement d’un groupe très jeune qui tentera d’éviter de glisser dans le groupe B.

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Kateřina Mrázová (Photo Timo Savela)

Tchéquie

Quatre championnats du monde élite consécutifs, la Tchéquie a acquis une certaine stabilité, par le passé menacée systématiquement par la relégation mais désormais renforcée par l’élargissement à dix nations. La première édition du Mondial à dix en 2019 a d’ailleurs souri aux Tchèques qui y avaient réalisé un excellent parcours avec 4 victoires en 4 matchs de tour préliminaire, résistant avec panache en quart de finale face aux futures finalistes finlandaises (1-3). La Tchéquie a terminé sixième, égalant la meilleure performance de son histoire. Une belle réussite pour le sélectionneur Petr Novák alors que l’équipe a toujours demeuré dans l’ombre de l’équipe masculine. L’équipe de Tchéquie féminine ne s’est par exemple jamais qualifiée pour les Jeux olympiques. Une ombre sur le tableau qu’Alena Mills et ses coéquipières entendent corriger en novembre prochain chez elles, à Chomutov. Le projet de Novák avait justement pour summum les qualifications olympiques. Il avait d’ailleurs obtenu un accord verbal de la part de la direction de la sélection féminine pour poursuivre l’aventure. Mais à l’été 2020, le manager Martin Loukota lui a signifié qu’il serait remplacé par un autre sélectionneur, Tomáš Pacina.

Pacina, 53 ans, a l’avantage d’avoir une longue expérience de technicien en Amérique du Nord derrière lui, « skills coach » aux New York Rangers, aux Florida Panthers, sur les circuits junior et féminin. C’est donc Pacina qui a hérité du projet olympique, poursuivant la tâche de Novák tout en souhaitant mettre à profit cette riche expérience de formateur. S’il a fallu trancher pour une dizaine de joueuses, Tomáš Pacina avouait qu’il disposait de quinze noms incontournables. On peut le comprendre, d’autant plus que beaucoup d’entre elles ressortent d’une saison aboutie… alors que d’autres n’ont pu entrevoir le dénouement. C’est le cas de la capitaine exemplaire Alena Mills qui s’est qualifiée pour la troisième fois de suite en finale du championnat russe, finale qu’elle jouera avec le Kunlun Red Star après ce Mondial car décalée à septembre.

Dans le sillage de l’exemplaire Mills, c’est toute une cohorte de joueuses tchèques qui ont brillé cette saison. En ZhHL russe, les défenseures Pavlína Horálková et Aneta Tejralová ont tenu un rôle prépondérant dans leur équipe. En Naisten Liiga finlandaise, Michaela Pejzlová, aux côtés des Françaises du HIFK Clara Rozier, Emmanuelle Passard et Athena Locatelli, a terminé cinquième meilleure marqueuse du championnat, pour sa première saison en Finlande. En SDHL suédoise, elles étaient dix tchèques à disputer le championnat, l’un des contingents les plus élevés. Kateřina Mrázová y a gagné le Gudlhjälmen, le casque d’or remis à la meilleure joueuse de la saison, en plus d’une médaille d’argent qu’elle a obtenue sous le maillot de Brynäs avec sa complice Denisa Křížová, et Sára Čajanová arrivée en cours de route. Čajanová est une défenseure de 18 ans qui n’a pas hésité à quitter en cours de saison Vsetín pour rejoindre Gävle et finir en argent. À MODO, Klára Peslarová, à son aise au Mondial 2019, a véritablement progressé en livrant une saison solide (92,9% en 27 matchs de saison régulière) aux côtés de Daniela Pejšová qui y est désormais une leader à la ligne bleue. Enfin, Tereza Vanišová, qui a décidé de rester aux États-Unis après son cursus universitaire, a remporté l’Isobel Cup avec son équipe NWHL du Boston Pride. En résumé, ces exilées tchèques sont en grande forme – les deux victoires 6-0 et 8-1 le mois dernier contre la Slovaquie l’attestent – elles sont prêtes à hisser les Tchèques un peu plus haut dans la hiérarchie mondiale, avant de qualifier enfin leur sélection aux Jeux olympiques.

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Marie Delarbre (Photo Timo Savela)

Allemagne

Comme la Tchéquie, l’Allemagne entend bien se servir de ce Mondial comme d’une rampe de lancement pour le Tournoi de qualification olympique prévu à Füssen, au siège fédéral. Un siège qui a connu beaucoup d’agitation ces derniers mois, jugez plutôt. À l’automne dernier, le directeur sportif Stefan Schaidnagel a été évincé, malgré les bons résultats de l’équipe masculine, en raison de points de vue divergents au sein de la fédération, en particulier avec son président Franz Reindl, d’ailleurs candidat à la présidence IIHF. Schaidnagel a alors été remplacé par Christian Künast, l’entraîneur de la sélection féminine. Il fallait donc un remplaçant à la tête de la DEB-Frauen, ou plutôt une remplaçante puisqu’il s’agissait de Franziska Busch, ancienne joueuse de 35 ans qui entraînait jusqu’à récemment les joueuses U18. Mais Busch aura finalement occupé ce poste lors d’une très courte parenthèse, quelques mois, puisque fin juin la sélection féminine a finalement été confiée à Thomas Schädler, 53 ans. Schädler, qui s’est précédemment occupé des U16, devra permettre à cette équipe souvent disciplinée de gagner en profondeur et en inspiration offensive, en tenant compte aussi d’un cycle qui prendra fin après les Jeux olympiques (si participation il y a).

Une fin de cycle incarnée notamment par Jennifer Harss, 33 ans et plus de 200 matchs avec l’Allemagne, qui semble toute désignée pour garder de nouveau les buts. Pour autant, le retrait de la doublure habituelle Ivonne Schröder a forcé l’intégration de deux gardiennes plus jeunes, Franziska Albl et Sandra Abstreiter. Abstreiter a réalisé deux dernières saisons très satisfaisantes avec Providence College en NCAA (un pourcentage d’arrêts identique sur les deux années de 92,9%), elle semble tenir la corde pour succéder à Harss et pourrait avoir plus d’une chance de faire ses preuves au Canada. Un autre talent a émergé sur le circuit universitaire américain : Nina Jobst-Smith, qui a assumé un rôle clef dans la défense de la brillante équipe de Minnesota-Duluth, demi-finaliste NCAA. Sa percée est bienvenue au sein d’une défense expérimentée qui a belle allure avec Tanja Eisenschmid, Rebecca Orendorz et Yvonne Rothemund. L’histoire de Nina Jobst-Smith est d’ailleurs intéressante : née en Grande-Bretagne d’un père britannique et d’une mère allemande, elle a déménagé à l’âge de 3 ans avec sa famille au Canada. Détentrice de trois nationalités, c’est l’Allemagne qu’elle a choisi de représenter.

Le cas de Jobst-Smith n’est pas sans rappeler celui de Marie Delarbre, née à Füssen d’un père français, Patrice, et d’une mère allemande. Et comme Jobst-Smith, Delarbre a également joué pour Minnesota-Duluth avant de devenir capitaine de Merrimack College. À 27 ans, elle est depuis l’une des figures incontournables de la Frauen Bundesliga, le championnat national, et l’une des cadres de la sélection. Longtemps incertaine car blessée en février, Delarbre, joueuse précieuse, physique et décisive, semble avoir récupéré à temps. Avec d’autres joueuses prolifiques du championnat allemand comme Nicola Eisenschmid et Kerstin Spielberger, et des cadres comme la capitaine Julia Zorn et Laura Kluge, les Allemandes batailleront pour une place en quart de finale, histoire de démarrer une bonne dynamique en vue du TQO.

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Nana Fujimoto (Photo JIHF)

Japon

Cela fait deux décennies que l’équipe masculine du Japon n’a pas joué en élite, désormais enlisée à la 24e place mondiale. C’est tout le contraire pour la sélection féminine, sixième mondiale, qui est parvenue à conserver une stabilité parmi les meilleures ces dernières années. Les Japonaises joueront d’ailleurs en 2022 leur troisième tournoi olympique consécutif, le premier sans passer par les qualifications, en dehors des Jeux olympiques 1998 de Nagano lors desquels le Japon était pays hôte et donc qualifié d’office sur les tableaux masculin et féminin. Les a priori, en l’occurrence le fait que le Japon ne soit pas considéré comme une nation majeure du hockey, « Smile Japan » – comme on surnomme l’équipe féminine – s’en amuse. Régularité tout en assurant le développement, c’est le credo de l’entraîneur Yuji Iizuka, qui n’est pas étranger à cette pérennité de l’équipe nippone. Iizuka est en poste depuis 2007 et conserve la main mise sur l’équipe U18, signe que la bonne continuité est son objectif premier.

Un évènement est passé inaperçu aux yeux de beaucoup, mais il en dit long sur les aspirations du programme féminin japonais : l’équipe du Japon U16 féminine a remporté en 2020 les Jeux olympiques de la Jeunesse à Lausanne, battant successivement la Tchéquie, la Suisse, la Slovaquie puis la Suède par un écart de trois buts ou plus. Les jeunes Japonaises ont brillé dans un tournoi comme jamais, et ce résultat est un bon indicateur pour une formation japonaise qui se perpétue dans la bonne direction. Yuji Iizuka et son staff ont d’ailleurs sélectionné l’une d’elles pour ce Mondial au Canada : Makoto Ito, née en 2004, évidemment la plus jeune joueuse de l’effectif.

La formation se porte donc bien tandis que les cadres sont toujours là. Parmi elles, on retrouve Hanae Kubo qui, à 38 ans, jouera son 14e championnat du monde, de loin la joueuse la plus prolifique de l’histoire de la sélection.  L’inusable Nana Fujimoto, 32 ans, demeure la titulaire indiscutable devant les poteaux du pays du Soleil Levant, elle qui ressort d’une première saison très satisfaisante en Suède avec Färjestad. Le talent de Fujimoto ne semble pas s’estomper, tout comme la solide garde défensive composée d’Akane Hosoyamada, Shiori Koike et Sena Suzuki, et les pointes offensives Chiho Osawa et Moeko Fujimoto. D’autant plus que de nombreuses joueuses arrivent à maturation, les sœurs Haruka et Ayaka Toko et Rui Ukita sont en passe de devenir de vraies leaders. L’équipe, au jeu vif et dynamique, est donc très équilibrée et tentera de faire mieux qu’en 2019 (huitième), tout dépendra de ce contingent de joueuses qui devra se responsabiliser. Pour Yuji Iizuka, ça ne fait aucun doute. Lors du regroupement pré-Mondial à Tomakomai sur l’île d’Hokkaido, il a affiché un objectif à la mesure du plan de développement dont il est à l’origine : gravir de deux rangs et atteindre la quatrième place mondiale. Réalisable ? En tout cas, les succès du hockey féminin japonais ne surprennent plus personne.

alexandra huszákHongrie

Le développement du hockey hongrois est impressionnant. C’est en 2009 que le programme féminin a véritablement pris son envol, ressuscité par Csaba Gömöri qui a mis l’accent sur la formation afin d’enclencher un projet à long terme. Et cela fonctionne puisque la sélection féminine, alors en Division 3, va gravir les échelons les uns après les autres. De bons résultats, un parrainage grandissant de la fédération, des jeunes filles qui se bousculent pour faire du hockey et des matchs retransmis à la télévision, le hockey féminin a changé de dimension en l’espace de dix ans en Hongrie. Après les promotions en 2013 puis 2016, le summum est arrivé en 2019. Chez elles à Budapest, les Hongroises sont restées invaincues dans les 60 minutes et elles ont remporté le Mondial D1A. Leur sélectionneur Pat Cortina avait alors réussi le tour de force de qualifier la sélection hongroise féminine en élite mondiale… dix ans après avoir réalisé la même performance derrière le banc de la sélection hongroise masculine ! Partie quasiment de zéro la décennie précédente, l’équipe de Hongrie féminine a rejoint pour la première fois de son histoire le Mondial élite, Cortina favorisant la cohésion de groupe, sacrifiant parfois des séances d’entraînement pour privilégier les discussions et les moments de convivialité.

Au vu du résultat et aux dires des joueuses, le sorcier québécois aura eu un impact énorme sur l’équipe. Cortina a quitté depuis le navire mais la Hongrie a bien l’intention de préserver cette bonne dynamique. Et pour cela, les dirigeants hongrois se sont tournés en 2020 vers Lisa Haley, qui a connu une longue carrière universitaire au Canada. Mais Haley faisait également partie du staff champion olympique en 2014 à Sotchi, le dernier titre en date des Canadiennes. Quand bien même le Mondial n’est plus prévu dans sa Nouvelle-Écosse natale, la coach de 47 ans, assistée par Mika Väärälä et András Kis, souhaite consolider le groupe pour permettre de pérenniser la place en élite. L’absence de relégation est évidemment une aubaine, permettant ainsi de construire sereinement sans s’exposer au danger de la descente.

Malgré tout, Haley admet avoir eu des difficultés à lister sa sélection. La structure de l’équipe est surtout composée de joueuses issues des grands clubs de Budapest, le KMH – qu’a rejoint la Française Lara Escudero en cours de saison – et le MAC. Les deux équipes évoluent en EWHL (European Women’s Hockey League), une ligue transfrontalière créée en 2004 qui a réuni cette saison des clubs de Hongrie mais aussi d’Autriche, de Slovaquie, de Pologne et du Kazakhstan. Ces dernières années, le KMH et le MAC Budapest ont joué les tout premiers rôles, le KMH de Lara Escudero a d’ailleurs été sacré pour la troisième année de suite. En plus d’être compétitifs, les deux clubs rivaux sont des pourvoyeurs de talents sur lesquels la sélection peut se baser. On peut alors comprendre les difficultés de Haley à choisir parmi un réservoir désormais important. Beaucoup de ces joueuses devront s’adapter au haut niveau international, mais la Hongrie dispose de quelques arguments qui montreront le chemin.

Les trois meilleures attaquantes de la sélection sont, de loin, Fanni Gasparics (meilleure marqueuse des deux derniers Mondiaux D1A), Alexandra Huszák (meilleure buteuse EWHL) et Réka Dabasi. Le problème est que Huszák a dû renoncer à participer à deux semaines à l’échéance en raison d’une blessure au genou. Un gros handicap pour les débuts du pays à ce niveau. Autre point noir : l’absence de la centre de Luleå Zsofia Jókai Szilágyi qui a récemment mis fin prématurément à sa carrière à 28 ans en raison d’une blessure au cou. Malgré tout, cette nation émergente a bon nombre de cartes en main pour poursuivre son étonnante progression.

josefine jakobsen
Josefine Jakobsen (Photo Djurgården)

Danemark

Contrairement à la Hongrie, la sélection féminine du Danemark a déjà joué un Mondial élite… en 1992, le deuxième de l’IIHF au cours duquel elle n’avait gagné aucun match. 29 ans plus tard, les Danoises reviennent donc parmi les meilleures après s’être qualifiées en 2019, d’un rien. Lors du Mondial D1A en Hongrie, la sélection entraînée par le Suédois Fredrik Glader avait obtenu trois victoires mais aussi deux lourdes défaites contre la Hongrie (2-6) et surtout l’Autriche (3-8). La qualification s’était jouée lors de la dernière journée, match remporté 4-0 contre les Norvégiennes, qui avaient fini avec le même nombre de points au classement (9), mais les vainqueurs danoises ont remporté la confrontation qu’il fallait.

Glader avait une double casquette, sélectionneur du Danemark et entraîneur de l’équipe suédoise multi-titrée de Luleå. Mais lorsqu’on lui a proposé le poste de directeur sportif au MODO, qu’il a accepté, Fredrik Glader était obligé de laisser la main. C’est un autre suédois qui a pris en charge la sélection danoise dès la rentrée 2019, et non des moindres : Peter Elander, qui avait entraîné la sélection féminine suédoise de 2001 à 2010, lorsque la Damkronorna jouait encore les tous premiers rôles à l’échelle mondiale. D’ailleurs, Elander était le coach de la Suède lors de sa performance historique aux Jeux olympiques de Turin en 2006 : la Damkronora a terminé avec la médaille d’argent autour du cou après avoir déjoué contre toute attente les Américaines en demi-finale. Après une longue carrière en NCAA, Elander a pour défi d’affuter cette équipe danoise pour l’élite mondiale.

Elander a quitté la NCAA et l’Université du Dakota du Nord mais il a retrouvé l’une de ses protégées, Josefine Jakobsen, la centre numéro 1 de l’équipe qui avait justement beaucoup appris aux États-Unis, notamment aux côtés des jumelles Lamoureux. Capitaine lors des deux précédents championnats du monde, Jakobsen, après quatre ans en NCAA, s’est taillée une solide réputation en SDHL suédoise avec Djurgården, désormais dixième meilleure marqueuse de l’histoire du championnat suédois. Ce sont justement sur ces leaders expatriées en Suède que reposent beaucoup les performances du Danemark, notamment les attaquantes Nicoline Söndergaard Jensen et Josefine Hoegh  Persson – championnes de Suède 2021 ensemble avec Luleå – ainsi que Josephine Asperup et la défenseure Malene Frandsen. Devant les buts, les performances en dents de scie de Lisa Jensen font place à l’incertitude et donneront peut-être leur chance aux plus jeunes, Cassandra Repstock-Romme, et Emma-Sofie Nordström qui a réalisé de bonnes prestations à Linköping en SDHL, respectivement 19 et 18 ans. Elles ont toutes deux blanchi la Norvège, Repstock-Pomme lors du match décisif au Mondial 2019 et Nordström lors du Tournoi des 3 nations en novembre dernier. Une seule joueuse de plus de 30 ans et une moyenne d’âge à 23 ans, les Danoises, tout comme les Hongroises assurées de ne pas être reléguées, tenteront surtout d’acquérir de l’expérience. Deux victoires contre la Hongrie et une défaite en prolongation contre la Suède en 2020, et une victoire contre la Tchéquie en avril laissent augurer de bonnes choses de la part des Danoises.

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