Bilan de la saison NHL 2020/2021 – Première partie

363

Cinquante-six matchs entre janvier et mai : la NHL a tenu la distance, et à enchaîner sur des playoffs terminés en juillet par la victoire du Lightning de Tampa Bay. Le tenant du titre a soulevé la coupe pour la deuxième fois, mais l’on s’étonne encore que la ligue ait réussi l’exploit d’aller jusqu’au bout.

Presque toutes les franchises ont été touchées par la pandémie de Covid-19, parfois sévèrement. Des équipes comme New Jersey, Buffalo ou Vancouver, par exemple, ont vu tous les joueurs et membres du staff malades, avec parfois des symptômes importants qui ont pesé sur leurs performances. Le calendrier a du être révisé presque quotidiennement, au point que Calgary et Vancouver ont terminé leur saison alors que les playoffs avaient déjà débuté… Un casse-tête, avec des divisions régionales dont une division 100% canadienne, mais aussi des réglementations locales parfois étouffantes. San Jose a mis des semaines avant de pouvoir tout simplement jouer à domicile, là où, dans d’autres arenas, le public a pu revenir assez rapidement, progressivement, jusqu’à jouer au complet en finale du côté de Tampa.

Sur le plan sportif, le spectacle et les émotions ont été au rendez-vous. L’exceptionnel succès de Connor McDavid, qui a franchi la barre des 100 pts, fut certes balayé en playoffs, mais la star d’Edmonton reste le joueur de l’année. On citera aussi le vétéran Patrick Marleau, désormais titulaire du record de nombre de matchs NHL, doublant le mythique Gordie Howe.

Ce bilan comptera 4 parties. Tout d’abord, les sept derniers, puis les huit autres équipes qui ont échoué à se qualifier. Le troisième volet traitera des équipes battues au premier tour des phases finales. Le dernier volet, les huit équipes restant en course à partir du deuxième tour.

Tous les bilans sont notés en Victoires, défaites, défaites après prolongations ou tirs au but. Les statistiques sont celles de NHL.com et de Hockey-Reference.

31e – Buffalo Sabres
37 pts. Fiche de 15-34-7. Bilan en fusillade 4-3.
Buts pour : 138 (28e)
Buts contre : 199 (30e)
PP : 21% (12e)
Pénalités : 342 min. (31e)
PK : 77,7% (26e)
Tirs/match : 28.4 (26e)
Possession : 46.6% (26e)

Les Sabres de Buffalo ont rejoint Edmonton et Florida parmi les équipes échouant à atteindre les playoffs dix saisons consécutives. Derniers de la ligue pour la quatrième fois sur les huit dernières années, ils ont ainsi égalé le record de médiocrité de la NHL… et on imagine mal qu’ils ne deviennent pas la première équipe à rater les phases finales onze ans de suite. Le fruit de dix ans sous l’ère Terry Pegula, où l’on mêlera des choix de draft hasardeux, des agents libres coûteux et ratés (Leino, Myers, Hodgson, Moulson, Opkoso, Moulson, Skinner…), un défilé de manager généraux et d’entraineurs, des blessures, etc.

Le bilan de cette saison 2021 est donc atroce, et sur de multiples plans. Sportivement, Buffalo a débuté lentement, ne gagnant qu’un seul des cinq premiers matchs, annonce d’une saison compliquée. Leur courte réaction ne durera guère : il leur faudra presque 30 matchs pour atteindre leur 7e victoire. Pendant ce temps, les rumeurs d’un désir de départ de Jack Eichel, l’attaquant vedette, se multipliaient. Et sa blessure mi-mars, qui mit un terme à sa saison, accentuait le problème. Victime de douleurs récurrentes à la nuque, le centre américain entrait alors en conflit avec son staff sur les modalités du traitement. Le joueur cherchait un avis médical extérieur favorable à une opération pour souder des disques, alors que le club refusait cette solution. L’intersaison n’a toujours pas tranché. Il semble peu probable de voir le joueur sur la glace de sitôt et, au vu des nombreuses équipes intéressées, il n’est pas sûr que ce soit sous l’uniforme des Sabres. Les exigences du club, démesurées pour un joueur à la santé en question, ralentissent la procédure, au point que l’agent du joueur a exprimé son ras-le-bol sur les réseauxsociaux. En 21 matchs, Eichel n’aura marqué que deux fois, pour 16 passes et un pourcentage au tir de 3,3% abyssal. Depuis son arrivée dans l’équipe après la draft 2015, Eichel a connu trois managers généraux et quatre entraîneurs…

Comme si cela ne suffisait pas, les Sabres connaissaient 15 jours d’arrêt à cause de la pandémie de Covid, qui toucha toute l’équipe et sévèrement l’entraîneur Ralph Krueger, suite à deux matchs contre New Jersey où des cas avaient déjà été repérés. Buffalo avait beau se plaindre par voie de presse, la ligue fit la sourde oreille – tout en modifiant discrètement son protocole pour éviter que le cas ne se reproduise. Krueger, de son côté, était limogé après moins de deux saisons, critiqué pour ses choix tactiques et ses alignements étranges. En dépit d’une certaine popularité auprès de la majeure partie de l’effectif, le Suisse était éliminé de l’équation après une série incroyable de douze défaites de rang, série qui monta même à 18 matchs, la plus longue série en NHL depuis que le salary cap est en vigueur.

Tony Granato passait donc d’entraîneur adjoint à entraineur par intérim, débutait mal, mais, même avec les défaites, l’équipe semblait plus compétitive. La dernière ligne droite de la saison offrit même un certain optimisme avec des résultats prometteurs de certains jeunes joueurs. Granato a donc récolté une titularisation et mènera l’équipe en 2021-22.

Côté choix de joueurs, Adams aura échoué dans son recrutement. Les vétérans Eric Staal et Taylor Hall ne donneront rien. Staal (3 buts, 10 pts en 32 matchs) et Hall (2 buts, 19 pts en 37 matchs) seront finalement échangés. Pour le reste, il ne faut pas non plus négliger l’impact des blessures – le troisième centre, Zemgus Girgensons, manquait ainsi toute la saison. Outre Eichel, les Sabres ont perdu leur gardien Linus Ullmark, limité à 20 matchs (9 victoires, plus de la moitié de l’équipe), forçant l’équipe à tester nombre d’autres gardiens qui n’auront combiné que pour 6 victoires. On y trouve le grand espoir Ukko-Pekka Luukkonen et Michael Houser, récompensé après une longue carrière en ligue mineure. Ullmark aura par ailleurs vécu le décès de son père ainsi que l’éloignement de sa famille à cause de la pandémie avec une difficulté compréhensible. Et Ullmark, agent libre sans restriction cet été, a décidé de filer à Boston… Parmi les autres blessés, le très bon défenseur Jake McCabe, out après dix matchs, mais aussi Will Borgen et Rasmus Ristolainen, particulièrement touché par le Covid-19 – ce dernier, vilipendé par les supporters et les analystes, sera expédié à Philadelphie la semaine de la draft.

La triste fin de saison poussa Adams à liquider une bonne partie de l’effectif. Staal, Hall, Lazar, le gardien Johansson et le défenseur Montour, ont récolté Anders Bjork et de nombreux choix de draft. Par chance, Buffalo remporta la loterie pour la draft et piochait en premier : le défenseur Owen Power parait correspondre aux besoins de l’équipe, même s’il a déjà annoncé qu’il préférait retourner à l’université du Michigan un an de plus.

Au rayon satisfactions, Sam Reinhart, sous-estimé, signe une belle performance (25 buts, 40 pts en 54 matchs) ce qui le classe dans les 15 meilleurs buteurs de la NHL. Mais lui aussi ne semblait pas très motivé à l’idée de rester et ses déclarations montrent des envies d’ailleurs… Buffalo l’a envoyé en Floride pour un retour lointain (1er choix 2022 et le jeune gardien Devon Levi).  La prestation de Victor Olofsson (13 buts, 32 pts) confirme sa bonne première saison. Casey Mittelstadt, ex-MVP du mondial junior, semble avoir franchi un cap : après la blessure de Eichel, il aura marqué 8 buts sur les 15 derniers matchs, terminant à 10 buts et 22 pts en 41 matchs. Offensivement, on s’arrêtera là… On oubliera ainsi la prestation fantomatique de Skinner (7 buts, 14 pts) et ses 9 millions de dollars, aligné en quatrième ligne ou carrément placardisé en tribunes. Tage Thompson et Rasmus Asplund, ce dernier excellent défensivement, ont connu quelques bons moments, mais cela reste limité. En défense, Rasmus Dahlin (23 pts) et Rasmus Ristolainen (18 pts) n’ont pas vraiment pesé dans les deux sens du jeu, multipliant les erreurs. Le départ de Montour et les blessures ont encore plus affaibli un secteur médiocre, dans lequel les jeunes Jacob Bryson, Mattias Samuelsson et Henri Jokiharju ont plus joué que prévu.

L’horizon 2022 ne compte donc guère d’optimisme. Seattle a choisi le défenseur Will Borgen, assez solide mais blessé une partie de l’année. Reinhart n’est plus là, Ristolainen non plus. Eichel ne sera peut-être plus là, et Granato devra travailler avec un réservoir de jeunes assez moyen. Retrouver la confiance et redonner une implication défensive à toute l’équipe, dénicher des buts sur toutes les lignes sont ses missions principales – le cas Eichel étant la priorité d’Adams. Dans une division Nord-Est retrouvée, il semble improbable d’aller perturber les gros poissons que sont Tampa Bay, Florida, Toronto, Boston ou encore le finaliste Montréal. Ottawa et Detroit, eux aussi en reconstruction, semblent déjà bien mieux partis dans cet exercice…

***

30e – Anaheim Ducks
43 pts. Fiche de 17-30-9. Bilan en fusillade 2-2
Buts pour : 124 (31e)
Buts contre : 177 (23e)
PP : 8,94% (31e)
Pénalités : 500 min. (10e)
PK : 79,88% (16e)
Tirs/match : 26.8 (31e)
Possession : 48.8% (16e)

Derniers de la conférence Ouest, les Ducks d’Anaheim n’ont jamais été dans le coup passé les dix premiers matchs. Pourtant, leur bilan statistique n’est pas si catastrophique. 16e de la ligue en possession à cinq contre cinq, la franchise californienne a surtout eu de gros problèmes à la finition, à l’image d’un jeu de puissance à moins de 9% d’efficacité : la pire marque de l’ère moderne en NHL, avec seulement 11 buts marqués (par comparaison, Leon Draisaitl en a mis 14 à lui tout seul).

Le bilan global est donc le plus mauvais de l’histoire de la franchise, mais le staff s’attendait à connaître des difficultés. Le manager général Bob Murray et l’entraîneur Dallas Eakins ne sont pas menacés. « Nous voulons tous revenir vite en playoffs, mais la réalité, c’est que cela prend du temps, de la patience. Je suis content que nous en ayons eu avec nos jeunes joueurs, car nous avons commencé à en récolter les fruits en fin de saison », explique Eakins.

Et effectivement, les satisfactions sont nombreuses. Le meilleur marqueur n’a que 22 ans. Maxime Comtois, 16 buts et 33 pts, a franchi un cap, et il n’est pas le seul. On a ainsi vu la progression de Troy Terry, 23 ans (7 buts, 20 pts en 48 matchs) et l’apparition du plus grand espoir offensif du club, Trevor Zegras, 20 ans. La star de l’équipe américaine U20 a ainsi connu ses premiers coups de patin en NHL et n’a pas du tout semblé hors de propos, avec 3 buts et 13 pts en 24 matchs.

Derrière ce satisfecit en attaque, on oubliera pas les difficultés. Ainsi, Sonny Milano a été victime d’une commotion, Jakob Silfverberg a du être opéré de la hanche après 47 matchs décevants (8 buts, 16 pts). Les vétérans ont sous-performé, à l’image de Ryan Getzlaf (5 buts, 17 pts en 48 matchs) et Rickard Rakell (9 buts, 28 pts en 52 matchs). Adam Henrique a même été placé au ballotage (12 buts, 21 pts) et ne semble plus figurer dans les plans des Ducks – sa prestation remarquée au Mondial pourrait intéresser une autre franchise. Parmi les autres jeunes lancés dans le grand bain, Sam Steel, Max Jones et Isac Lundeström n’ont en revanche guère produit.

La défense a tenu la route, avec le 23e bilan en dépit de la blessure de Hampus Lindholm, réduit à 18 matchs. Cam Fowler a encore mené le groupe (23 pts), avec le vétéran Kevin Shattenkirk (15 pts). Le reste a déçu, notamment Josh Manson et Jacob Larsson, peu productifs. Le staff a tout de même lancé le grand espoir Jamie Drysdale (8 pts en 24 matchs), séduisant offensivement mais qui a encore beaucoup de progrès à mener dans son jeu défensif. Il en est de même pour l’ex-Canes Haydn Fleury (12 matchs)… qui fut le choix du Kraken.

Dans les cages, John Gibson a joué l’essentiel de la saison (35 matchs) avec un niveau moindre que ses années de gloire (90,3% d’arrêt seulement). Ryan Miller a joué les utilités (16 matchs) et annoncé sa retraite en fin de saison, laissant la place à Anthony Stolarz, intéressant dans la dernière ligne droite : 8 matchs, 2.20 buts encaissés et 92,6% d’arrêts.

L’intersaison s’annonce très ouverte, avec la fin des huit ans de contrat de Getzlaf, qui resignait pour un salaire plus modeste. Les 8,25 millions de dollars libérés aideront le staff à boucher les trous, sachant qu’il reste encore sur le cap les rachats des contrats de Corey Perry et David Backes, dont le tarif baissera cet été.

***

29e – New Jersey Devils
45 pts. Fiche de 19-30-7. Bilan en fusillade 0-5
Buts pour : 145 (26e)
Buts contre : 189 (27e)
PP : 14,19 % (28e)
Pénalités : 376 min. (28e)
PK : 70,95% (31e)
Tirs/match : 26.8 (31e)
Possession : 50.5% (14e)

La reconstruction continue pour les Devils du New Jersey. Les playoffs se sont envolés pour la huitième fois en neuf saisons, par un savant mélange d’inexpérience, de blessures et… de Covid-19.

« Il y a beaucoup de questions, et nous n’avons pas toutes les réponses. Nous ne pouvons pas trouver des excuses ou une raison particulière à cet échec », lâche ainsi Lindy Ruff, l’entraîneur. Pourtant, des excuses, il pourrait y en avoir plusieurs… En premier lieu, le staff avait signé Corey Crawford pour servir de n°1 bis et de mentor au jeune talent Mackenzie Blackwood. Mais l’ancien gardien de Chicago a décidé de prendre sa retraite à une semaine seulement du camp d’entrainement, laissant le staff le bec dans l’eau. Blackwood a donc joué 35 matchs, avec des prestations alternant moments exceptionnels et d’autres plus compliquées, la faute à une absence d’un mois après une contamination au Covid. Le jeune gardien flamboyant du début de saison n’a retrouvé son niveau qu’en toute fin d’exercice. Pour le seconder, Scott Wedgewood fut sollicité, avec 16 matchs et des statistiques équivalentes au titulaire, et tout autant d’inconstance. Faisant flèche de tout bois, Tom Fitzgerald a cherché d’autres pistes au ballotage : ni Eric Comrie (qui n’aura joué qu’un match avant de repartir), ni Aaron Dell ne furent des solutions.

Cette prestation dans les buts a été fortement impactée par le pire jeu en infériorité de la ligue. Il a semblé par moments que chaque pénalité finissait par un but encaissé, et les Devils ont ainsi perdu bon nombre de matchs à cause d’un abyssal 70,9% dans ce secteur. 43 des 189 buts encaissés le sont en infériorité.

La défense, parlons-en. PK Subban fut plus efficace que sa première saison, mais reste loin de ses années de gloire avec 5 buts et 19 pts en 44 matchs. Il a ainsi été devancé par Damon Severson (3 buts, 21 pts) et surtout le rookie Ty Smith (23 pts), élu dans la all-rookie team. Ce dernier, mobile et à la relance de haut niveau, constitue le rayon de soleil d’un secteur qui a largement manqué de profondeur. La signature de Sami Vatanen a fait un flop, et le Finlandais a été versé au ballotage après 30 matchs, recruté par Dallas. Dmitri Kulikov, assez solide, a lui été échangé. Le vétéran Ryan Murray, 0 but et 14 passes en 48 matchs, a démontré de bonnes qualités défensives, alors que Will Butcher a pour sa part passé la moitié de l’année en tribunes, pris en grippe par Ruff, qui lui a préféré le très limité Matt Tennyson – Butcher a finalement été échangé aux Sabres cet été. Une défense médiocre au final, même si l’avenir semble prometteur avec l’apparition du géant Kevin Bahl pour sept matchs en fin de saison : il est l’un des quatre néo-pros qui a joué en défense en AHL toute l’année, avec des promesses certaines. Enfin, l’acquisition de Jonas Siegenthaler participe de cette envie d’amélioration – le Suisse n’a pu jouer que 8 matchs avant d’être à son tour sur la liste Covid. A l’affût, Fitzgerald a attrapé dans ses filets Adam Graves du Colorado, un choix solide dans cette intersaison.

L’attaque a trouvé un meilleur pointeur plus qu’inattendu : Pavel Zacha. Le premier choix 2015 s’est épanoui sous les conseils de Ruff, et signe 17 buts et 35 pts en 50 matchs. Repositionné à l’aile, il a montré de belles qualités techniques et une vision du jeu intéressante, et amélioré son tir. La plus forte progression reste celle de Jack Hughes : battu physiquement pour sa première saison, il a travaillé fort tout l’été. Ses 11 buts et 31 pts en 56 matchs et surtout sa domination énorme à cinq contre cinq annoncent de grandes choses pour le n°1 de la draft 2019. Si seulement ses équipiers pouvaient finir les chances en or qu’il a délivré toute l’année…

Au rayon bonnes surprises, citons le Biélorusse Yegor Sharangovich. Son explosion automnale en KHL lui a permis de décrocher un poste et de devenir rapidement un homme de confiance de Ruff dans tous les compartiments du jeu, avec un profil de sniper. 16 buts et 30 pts en 54 matchs pour le rookie. Idem pour Janne Kuokkanen, 25 pts, qui a trouvé une belle entente avec Sharangovich, d’abord centrés par Travis Zajac, puis par Hughes. Enfin, le bulldozer Miles Wood a atteint les 17 buts et sa vitesse fut un danger permanent. Ruff l’a souvent aligné avec le premier choix 2016 Michael McLeod et le costaud Nathan Bastian, une ligne qui a énormément pesé dans les bandes et porté le jeu vers l’avant – Bastian quitte cependant le club, pioché par Seattle. L’équipe termine ainsi 14e en possession – au même niveau que Washington et Pittsburgh – contre 30e l’an dernier. Le souci, c’est que New Jersey a du se passer de son néo-capitaine Nico Hischier. Blessé en Suisse en novembre, il a repris tardivement, avant de contracter le Covid. Il n’a joué que 21 matchs (11 pts). Quant à Jesper Bratt, il a manqué le début de saison le temps de signer son contrat et se respecter sa quarantaine. Le plus technique de l’équipe signe 30 pts en 46 matchs et fut peut-être le meilleur attaquant de l’équipe après Hughes.

Les Devils version 2021 ne peuvent mettre la pandémie de côté dans les motifs de leurs échecs. Toute l’équipe a été touchée en février, et les quinze jours d’arrêt ont laissé des traces. Perte de masse musculaire, problèmes pulmonaires… les joueurs ont tous avoué avoir eu du mal à revenir à leur meilleure forme, et il n’est pas étonnant que l’équipe ait subi une dizaine de défaites de suite à leur retour, quittant un top-4 acquis les premières semaines. De plus, cela a contraint les Devils à jouer un calendrier infernal et privé les jeunes de temps d’entrainement. Toutefois, l’avenir est rose. Ruff n’a jamais hésité à lancer les rookies dans des tâches difficiles : on l’a vu en fin de saison lancer les rookies Smith, Bahl, Kuokkannen et Sharangovich avec le deuxième année Hughes contre les meilleurs trios adverses. Un choix fort pour l’apprentissage. New Jersey alignait la plus jeune moyenne d’âge de la ligue à seulement 24 ans, et les départs en cours de saison de Kulikov, Vatanen, Zajac et Palmieri ont laissé Wood, 26 ans, en plus âgé de la ligne d’attaque, et Subban, 32 ans, en doyen… L’accumulation des choix de draft en 2020 comme en 2021 finira probablement par porter ses fruits.

***

28e – Columbus Blue Jackets
45 pts. Fiche de 18-26-12. Bilan en fusillade 3-3
Buts pour : 134 (28e)
Buts contre : 184 (24e)
PP : 15,38 % (27e)
Pénalités : 391 min. (26e)
PK : 78,95% (21e)
Tirs/match : 21 (29e)
Possession : 46.5% (27e)

Un an après avoir surpris tout le monde en se qualifiant en playoffs sans Sergei Bobrovsky et Artemi Panarin, les Blue Jackets de Columbus pouvaient difficilement connaître une pire saison que 2021. Et on se demande bien qui a envie de rester dans cette équipe…

Tout commença par le mécontentement du jeune Québécois Pierre-Luc Dubois, qui réclamait un échange avant même que la saison ne débute. Il ne jouera que cinq matchs, avant d’être envoyé à Winnipeg. En retour, le staff récoltait Patrik Laine, tout aussi mécontent aux Jets, et le natif de l’Ohio Jack Roslovic. L’entraîneur John Tortorella, pas vraiment officiellement mis en cause dans cette affaire, paraissait tout de même avoir perdu une partie de son vestiaire. Ainsi, Max Domi comme Patrik Laine entraient ouvertement en conflit avec lui, et passaient du temps cantonnés sur le banc, en quatrième ligne voire en tribunes.

Les Blue Jackets ne bénéficiaient pas de la même magie dans les buts qu’en 2020. Joonas Korpisalo (89,4%) et Elvis Merzlikins (91,6%) peinaient, à l’image de toute l’équipe et d’un secteur défensif fragilisé. Ni Seth Jones (28 pts) ni Zach Werenski (20 pts) n’avaient le rendement attendu… même s’il est vrai que la blessure de ce dernier, limité à 35 matchs, n’a rien arrangé. Derrière eux, le désert…

Tortorella a donc cherché la bonne formule toute l’année et a utilisé pas moins de 35 joueurs de champ, pour ne finir qu’avec 18 victoires, derrière… Detroit, officiellement en reconstruction. Ouch. Il n’était pas surprenant de voir le staff prendre une nouvelle direction à la date limite des échanges, expédiant le capitaine Nick Foligno à Toronto, et David Savard à Tampa Bay – où il soulèvera la coupe. La dynamique négative coûtait logiquement sa place à Tortorella : apprécié des uns, détesté des autres, sa méthode ne passait plus.

Mais tout cela est bien mineur en regard du drame qui s’est joué le 4 juillet, jour de fête nationale aux Etats-Unis. Le jeune gardien Matiss Kivlenieks perdait la vie lors d’un accident de feu d’artifice, en cherchant à protéger son coéquipier et ami Merzilkins et la compagne enceinte de ce dernier. Un ultime arrêt pour le jeune letton, qui laissera un grand vide dans le cœur de ceux qui l’ont côtoyé.

Après une telle tragédie, difficile d’aborder le champ bien secondaire du sportif. Et il n’y a pas grand chose à garder… Perdu dans cette saison catastrophique, un joueur est sorti du lot : le Danois Oliver Bjorkstrand, brillant avec 18 buts et 44 pts en 56 matchs. Il fut l’un des rares à évoluer à son niveau, avec Cam Atkinson (15 buts, 34 pts) et le nouvel arrivant Roslovic, dont les 12 buts et 34 pts en 48 matchs ont fait un bien fou. Ni Domi (24 pts) ni Laine (21 pts) n’ont eu un tel impact. L’absence de production des lignes secondaires explique en grande partie le fiasco de la saison, où tous les jeunes espoirs ont semblé stagner, à commencer par Alexandre Texier (4 buts et 15 pts en 49 matchs), visiblement orphelin de Dubois et gêné par des pépins physiques, ou encore Emil Bemström (5 pts en 20 matchs) et Liam Foudy (4 assists en 24 matchs seulement).

Avec les 5e, 25e et 32e choix de draft, Jarmo Kekalainen va devoir se montrer créatif au cours de l’été, alors qu’une nouvelle fois, un joueur a demandé à partir : Seth Jones. Expédié à Chicago, il a permis aux Jackets d’accumuler encore des prospects. Y aurait-il quelque chose de pourri dans la franchise de Columbus, au point que personne n’ait envie d’y rester ? Seul Werenski a prolongé à long terme cet été, mais tout le monde surveille les envies d’ailleurs du reste de l’effectif…

***

detroit27e – Detroit Red Wings
48 pts. Fiche de 19-27-10. Bilan en fusillade 2-3
Buts pour : 125 (30e)
Buts contre : 168 (20e)
PP : 11,41 % (30e)
Pénalités : 408 min. (21e)
PK : 78,71% (22e)
Tirs/match : 27,3 (30e)
Possession : 45.5% (31e)

Steve Yzerman le savait bien : les chances de voir Detroit rejoindre les playoffs étaient infimes dans une division aussi relevée. Pour autant, les Red Wings auront été plus compétitifs qu’attendu, eux qui étaient unanimement placés 31e et derniers de la ligue dans les pronostics de début de saison.

Un bilan à nuancer : historiquement médiocres en 2020, quasiment derniers de toutes les catégories statistiques, ils n’ont pas beaucoup fait mieux en 2021… Derniers en possession et avant-derniers en tirs par match, supériorité et buts, c’est une bien mauvaise combinaison. Le jeu de puissance a ainsi régressé de 14,8 à 11,4% en un an, ce qui paraissait impossible. Le duo d’entraineurs Jeff Blashill et Dan Bylsma en reçoit évidement pour son grade.

Cet aspect offensif – disons carrément inoffensif – se traduit au classement des pointeurs : le meneur est le jeune défenseur Filip Hronek avec une maigre récolte de 26 pts. Seuls trois joueurs ont passé la barre des 10 buts, Adam Erne, Anthony Mantha – échangé à Washington à la deadline – et Robby Fabbri, lequel n’a joué que 30 matchs.

Bref, il va falloir trouver des buts… même les vétérans, comme Sam Gagner, Vladimir Namestnikov, Valtteri Filppula et Bobby Ryan ont échoué à peser sur les gardiens adverses. Le travail d’Yzerman s’annonce immense pour redonner du lustre à cette franchise. Le développement de jeunes, comme Erne, Fabbri, Zadina (19 pts), l’acquisition remarquée de Jakub Vrana en retour de Mantha – le Tchèque signe 8 buts et 11 pts en 11 matchs – vont dans le bon sens. Il n’en reste pas moins que les Red Wings se préparent à des années de galère offensive.

La défense, elle, a finalement tenu son rang, surtout parce que Jonathan Bernier (91,4%) et Thomas Greiss (91,2%) ont fait le travail dans les cages. Mais Bernier, agent libre, a filé dans le New Jersey. C’est là qu’Yzerman a démontré son sens de l’opportunisme, en s’emparant d’Alex Nedeljkovic, le jeune gardien de Carolina, élu dans la All-Rookie Team. « Il faudra leur demander pourquoi ils ont été suffisamment à l’aise pour cela, je n’en ai aucune idée », lâche la légende des Wings après la transaction. Les Hurricanes n’ont pas vraiment voulu mettre la main à la poche pour ce qu’ils estiment un feu de paille. Yzerman, lui, est sûr d’avoir déniché son n°1 pour les dix ans à venir, pour le prix d’un simple troisième tour de draft…

Collectivement, l’équipe a choisi, contraint et forcé, une stratégie défensive, qui n’a pas si mal fonctionné certains soirs. Hormis Hronek, fer de lance de la nouvelle vague d’arrières des Wings, on peut toutefois être certain qu’aucun des autres défenseurs ne sera là longtemps.

Bref, le chantier de Detroit continue : liquider les contrats de vétérans, acquérir des choix de draft et mettre tous ses efforts dans le développement des jeunes. Yzerman a réussi à le faire à Tampa Bay : la mission continue dans le Michigan.

***

26e – San José Sharks
49 pts. Fiche de 21-28-7. Bilan en fusillade 5-3
Buts pour : 146 (25e)
Buts contre : 196 (30e)
PP : 14,10 % (29e)
Pénalités : 514 min. (7e)
PK : 80,43% (14e)
Tirs/match : 30 (13e)
Possession : 47.9% (22e)

Qu’il est déjà loin le temps des succès en playoffs et de la finale de la coupe Stanley… Depuis, le manager général Doug Wilson a beaucoup investi, en vain. La franchise semble en déclin évident, combinaison de la régression de joueurs d’expérience qui paraissent faire leur âge, et du manque de relève. Le seul événement notable de la saison fut le record remarquable de matchs de Patrick Marleau, qui éclipsait des tablettes, dans une vive émotion, le légendaire Gordie Howe.

Hormis cela ? Plutôt des problèmes. En premier lieu, celui d’Evander Kane. Meilleur buteur et pointeur de la saison (22 buts, 49 pts), désigné joueur de l’année pour son équipe, Kane a été pris dans la tourmente avant la saison pour des histoires de dettes de jeu, histoires qui l’ont rattrapé cette semaine avec un post incendiaire de son ex-épouse sur les réseaux sociaux. La justice et la ligue se chargeront d’enquêter sur d’éventuels paris sur ses propres matchs NHL dans cette histoire de famille qui tourne mal.

La clé du problème des Sharks fut assurément l’incapacité de l’équipe à tenir le palet en dehors de son but. Avant-dernière défense, pire équipe en buts encaissés à égalité numérique, les Sharks n’ont jamais bénéficié de gardiens rassurants. Martin Jones, 89,6% d’arrêt, a vu son contrat racheté cet été ; Devan Dubnyk (17 matchs, 89,8%) a lui été laissé libre. Le jeune Josef Korenar (10 matchs, 89,9%) a pour sa part été envoyé dans l’Arizona contre Adin Hill.
Ces prestations indignes dans les buts n’ont pas été compensées par le jeu défensif. Les trois vedettes des lignes arrières ont quasiment été les pires défenseurs de la saison : Erik Karlsson, Brent Burns et Marc-Edouard Vlasic ont multiplié les erreurs et les mauvais placements. Leur production offensive (respectivement 29, 22 et 6 pts) fut loin de leurs heures de gloire. Finalement, le jeune Mario Ferraro fut l’un des rares à tirer son épingle du jeu (17 pts), avec Radim Simek.

Offensivement, derrière Kane, on retrouve les habituels Tomas Hertl (43 pts), Logan Couture (31 pts) et Timo Meier (31 pts). Kevin Labanc (28 pts) suit et… c’est à peu près tout. Le bottom-6 fut globalement indigent, même si très inexpérimenté. Rudolf Balcers (17 pts), John Leonard (13 pts) ou Dylan Gambrell (12 pts) manquent encore de vécu. La bonne surprise est venue d’Alexander Barabanov, arrivé à la deadline de Toronto, et auteur de 7 pts en 9 matchs. Il sera à suivre l’an prochain.

Au final, les Sharks sont à la croisée des chemins, et auraient grand besoin d’une reconstruction. Le réservoir de jeunes est décevant, les vétérans chers payés et le staff mené par Bob Boughner peu convaincant. Il y a bel et bien un problème dans cette équipe, mais encore faut-il que Doug Wilson l’admette…

***

25e – Los Angeles Kings
49 pts. Fiche de 21-28-7. Bilan en fusillade 1-1
Buts pour : 142 (27e)
Buts contre : 169 (21e)
PP : 18,93 % (19e)
Pénalités : 395 min. (24e)
PK : 83,65% (7e)
Tirs/match : 28.3 (30e)
Possession : 47.8% (24e)

« Un optimisme prudent » : tel pourrait être le titre de ce bilan de saison des Kings de Los Angeles. « Je pense qu’en tant qu’équipe, nous avons fait un pas dans la bonne direction, même s’il reste évidemment beaucoup de travail », confirme ainsi Anze Kopitar au Los Angeles Daily News en mai dernier.

Oui, l’équipe n’a pas fait mieux que les deux saisons précédentes sur le plan comptable. Et encore cette saison a-t-il fallu pour faire aussi bien une série de six victoires consécutives en milieu de saison pour sauver les meubles, car le mois d’avril fut particulièrement décevant, et le final (5 défaites de suite) médiocre . Malgré tout, les signaux apparaissent positifs, qu’il s’agisse d’une masse salariale maîtrisée ou d’un réservoir de jeunes parmi les plus denses de la ligue.

Le problème, c’est que l’écart entre ces jeunes néo-professionnels et les stars de l’équipe, artisans des titres 2012 et 2014, est important. Anze Kopitar, à nouveau meilleur pointeur (50 pts en 56 matchs), le défenseur Drew Doughty (34 pts) et le capitaine Dustin Brown (17 buts, 31 pts) sont les trois premiers marqueurs mais affrontent désormais la dernière ligne droite de leur carrière. Le staff va sans aucun doute devoir recruter à l’intersaison, maintenant que la situation financière est assainie, afin de garder motivés les vétérans. Mission lancée avec la signature du centre de Montréal Philippe Danault dès l’ouverture du marché.

Sur la saison, l’équipe n’a pas si mal débuté, avant de régresser au fur et à mesure que les plus jeunes joueurs se heurtaient à un « mur », surtout après le départ de Jeff Carter à la deadline. Les satisfactions sont toutefois bien présentes. Cal Petersen s’est imposé comme numéro 1 devant Jonathan Quick (91,1% en 35 matchs contre 89,8% en 22). En défense, le rookie Mikey Anderson s’est installé aux côtés de Doughty et a plus joué que prévu. Tobias Bjornfot, grand espoir du club, a pour sa part joué 33 matchs. Les deux arrières ont encore du travail, mais leur première saison est encourageante. Le problème vient du reste du banc en défense, qui a accumulé les tests. Sean Walker s’est imposé (18 pts), mais le reste semble à oublier.

En attaque, Alex Iafallo (30 pts) et Adrian Kempe (29 pts) furent les plus en vue. Le staff a resigné cet été l’ex-Red Wing Andreas Athanasiou (23 pts), une solution intéressante en troisième ligne. Le rookie Gabriel Vilardi (23 pts) a connu une première saison prometteuse, tout comme Jaret Anderson-Dolan (11 pts), qui a enchaîné avec le titre mondial avec le Canada. Leur combativité a fait plaisir.

Malgré tout, l’équipe toute entière, de part sa jeunesse, a manqué de constance, et d’impact à cinq contre cinq, surtout en fin de saison – y compris les leader, soudain en panne sèche. L’infériorité, solide une bonne partie de l’année, a craqué sur la fin. La capacité à bien débuter reste un chantier : les Kings ont encaissé le premier but lors de 38 des 56 matchs et ont été incapables de renverser le score presque à chaque fois (7 victoires seulement). C’est aussi l’une des deux seules formations à ne pas avoir réussi à marquer en sortant son gardien en fin de match.

Los Angeles reste donc un chantier, mais l’espoir est là. Il porte les noms de Quinton Byfield, Alex Turcotte, Arthur Kaliyev, Samuel Fagemo, Rasmus Kupari. Les meilleurs espoirs du club, qui ont pour certains foulé la glace cette saison pour une première découverte, vont vite devoir s’imposer, avant que les vieilles gloires ne raccrochent.

Les commentaires sont fermés.