La France termine son tournoi par un match de gala, sans aucun enjeu pour les deux équipes. Le Canada est assuré de terminer troisième, et la France ne bougera pas de sa sixième place. Si le Canada veut travailler ses automatismes largement déficients lors de la défaite la veille contre le Danemark, les Bleus cherchent avant tout à finir en beauté un Mondial où leur performance défensive fut plutôt convaincante.
Mais la difficulté, c’est l’état physique des Tricolores. Déjà privés de leur capitaine Damien Fleury contre la Suisse, ils ont perdu leur centre Louis Boudon, visiblement touché à l’épaule dans un contact contre la Nati. Il ne reste plus que trois centres de métier : Valentin Claireaux, Nicolas Ritz et Fabien Colotti… C’est Charles Bertrand qui se sacrifie pour s’installer entre Anthony Rech et Sacha Treille. Philippe Bozon n’a plus que douze attaquants, et alignent ainsi huit défenseurs. Un seul bleu est en tribune : Henri-Corentin Buysse, puisque Sésbatian Ylönen démarre, avec Quentin Papillon en remplaçant. De plus, les Bleus ont visiblement manqué d’énergie sur la fin de match contre la Suisse, un bon tiers de l’effectif découvrant l’intensité d’un Championnat du monde élite.
Les Canadiens ont un peu chamboulé leurs paires défensives, avec la promotion du solide Ryan Graves aux côtés du capitaine Thomas Chabot. Plusieurs modifications des lignes d’attaque sont aussi visibles, le coach Claude Julien cherchant toujours l’alchimie entre ses joueurs de NHL bien trop individualistes contre la Suisse et le Danemark.
Le Canada se montre réaliste
Ylönen est rapidement sollicité par Adam Lowry pour son premier arrêt. Les Bleus se mettent eux aussi en action sur une mise au jeu gagnée, avec une action du duo Texier-Claireaux près du but de Driedger. Le Canada manque de peu l’ouverture du score lorsque Cozens se retrouve seul devant Ylönen… le gardien de Cergy se jette au sol. Et il récidive d’un arrêt spectaculaire, couché sur la glace, face à la quatrième ligne canadienne…
La France s’appuie sur sa vitesse dans la neutre. Fabre décolle et, du cercle gauche, sollicite Driedger d’un tir croisé. La France joue crânement chaque situation en attaque. Un bon travail de Colotti dans les bandes ouvre du champ pour Leclerc… qui ne cadre pas son tir plein axe. Les Canadiens répliquent en attaquant la cage par Johnson et Mercer : Ylönen couvre le disque.
Les jeunes Bleus prennent ce match par le bon bout, à l’image d’une présence remarquable de Fabre, qui résiste au duel, et récupère au fond à l’échec-avant pour servir Ritz près du but. Driedger s’impose. Les Bleus ne doutent pas et continuent. Rech tente en angle fermé, puis lance Bertrand dans la neutre pour un nouveau tir.
La France est bien dans le coup, mais se montre peut-être trop gourmande. Ylönen décide de relancer un palet au lieu de le geler, et place son défenseur en difficulté le long de la bande. Batherson récupère, trouve Sanheim à la bleue. Cozens, près de la cage, dévie (1-0).
Fourth goal of worlds for @Dylan_Cozens.#IIHFWorldspic.twitter.com/YiZvtevlqe
— Hockey Canada (@HockeyCanada) May 24, 2022
La partie se joue sur un faux rythme, avec quelques bonnes prestations de la défense, efficace dans son repli et jeu à la crosse, ainsi que dans les duels dans les bandes. Mais le Canada impose aussi son gabarit. Un centre fort de Sanheim venu de l’aile perturbe Ylönen, qui laisse un énorme rebond dans la zone bleue. Comtois n’a aucun mal à le pousser dans le but (2-0).
Right place, right time for @comtois20.#IIHFWorldspic.twitter.com/s0qMxrUCSt
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Le gardien tricolore se rattrape sur deux arrêts par la suite, dont un lancer de Cozens juste avant la sirène. Le Canada vire en tête 2-0, avec un avantage de 17 tirs à 7.
Les Bleus n’ont plus de jambes
Le compteur de tirs continue de grimper à la reprise. Ylönen reste vigilant, et sort la mitaine devant Severson après une présence difficile pour la quatrième ligne française. Le Canada impose sa taille, son poids. Sorti de la bande, le palet retombe sur Dubois, puissant, qui patiente en se décalant jusqu’à ouvrir la lucarne d’Ylönen (3-0).
Fancy footwork @18Dubois!#IIHFWorldspic.twitter.com/EYjVThMZUs
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Le score ne déstabilise décidément pas Dylan Fabre, toujours aussi actif, et qui tente sa chance sur Driedger en pivot. Leclerc enchaine en sortant du fond pour servir Perret, mais le gardien canadien ferme la porte.
Costauds, ces Canadiens… Ylönen s’en sort par miracle et avec l’aide d’un bloc de sa défense devant le but ouvert, devant Mercer puis Geekie. Dysin Mayo stoppe ce momentum avec un faire trébucher. Les Bleus s’installent grâce à Texier, mais une erreur de Chakiachvili à la bleue les sort de la zone. Ils ne parviendront plus à y revenir durablement et manquent même de concéder le quatrième but avec un 2-contre-1. Roy sert Severson et le portier tricolore se déplace vite… mais ce sont le poteau puis la barre qui le sauvent. Le palet file à l’opposée et c’est au tour de Leclerc de lancer un 2-contre-1. Son tir est repoussé par Driedger.
Le match tombe dans un faux rythme et, à ce petit jeu, les Canadiens sont efficaces. Une longue passe envoie tout d’abord Josh Anderson, qui efface Chakiachvili d’un pivot avant de voir son tir repoussé par Ylönen. Le gardien français ne peut en revanche rien sur une échappée d’Eric O’Dell, qui le fixe magistralement pour le prendre à contre-pied (4-0).
La fin de tiers est tout aussi difficile. Thomas Thiry est pris pour faire trébucher et le jeu de puissance canadien. Les joueurs à la feuille d’érable tournent bien et un jeu en triangle sert Batherson en retrait : Ylönen s’impose. La France tue la pénalité et se fait peur dans les dernières secondes avec une séquence brûlante dans l’enclave… Cela fait 4-0 à la pause, un score qui ne souffre d’aucune contestation avec 32 tirs à 13.
Rech sauve l’honneur
Les Bleus ne lâchent pas en début de troisième. Une longue passe envoie Dylan Fabre dans la neutre : il dévie mi-hauteur, contrôle dans la course et double son défenseur. Seul devant Driedger, il ne parvient pas à le déjouer à l’issue de cette action spectaculaire. Sur la présence suivante, Nick Holden concède deux minutes. Malheureusement, l’avantage numérique ne dure pas, avec une faute de Claireaux pour empêcher les Canadiens de prendre le palet dans une contre-attaque en infériorité.
À 4 contre 4, Texier perd le palet face à son coéquipier de Columbus Cole Sillinger. Ce dernier cherche Kent Johnson devant le but, et Ylönen bloque le tir. La France cède à 4 contre 4 sur un exploit individuel du défenseur Whitecloud, qui efface Auvitu d’une feinte avant de battre Ylönen d’un tir croisé (5-0).
La France est enfin récompensée de ses efforts. Anthony Rech récupère et file en 2-contre-1 avec Treille. Il choisit le tir en pleine lucarne, avec l’aide de la barre. Les officiels vérifient à la vidéo et valident le but (5-1).
Anthony Rech gets @hockey_fra on the board.🇫🇷#CANFRA #IIHFWorlds pic.twitter.com/feX7YEBRud
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Valeureux, les Bleus tentent encore par Texier, mais la marche est haute. Batherson, ligne de fond, trouve Dubois oublié au marquage. Le grand pivot de Winnipeg ne rate pas l’offrande (6-1). Le poteau sauve ensuite le gardien de Cergy sur un lancer de Chabot, et le rebond file juste à côté du montant opposé… Il ne peut en revanche rien faire sur un tir puissant de Severson en tête de cercle, direction la lucarne (7-1).
Kévin Bozon part en échappée peu après mais rate complètement son tir, hors cadre. Puis, dans le coin, Romain Bault est mis au sol de manière irrégulière. À 2’22 de la sirène, les Bleus obtiennent une supériorité numérique. Malgré les efforts de Texier, Auvitu ou Tim Bozon, Driedger n’a qu’un tir à repousser.
La France s’incline donc lourdement 7-1, en dépit d’une belle combativité. Les Bleus n’avaient pas les armes ce soir, face à une formation canadienne mieux structurée que la veille contre le Danemark. En jouant plus simplement et plus collectivement, ils se sont rendu le match facile, s’imposant dans les duels et plaçant leur taille dans le slot. Leur précision chirurgicale au tir a fait la différence.
Désignés joueurs du match : Drake Batherson (Canada) et Anthony Rech (France)
Désignés joueurs du tournoi pour la France : Alexandre Texier, Yohann Auvitu et Hugo Gallet.
Commentaires d’après-match :
Anthony Rech (attaquant de la France) : « Malgré la défaite, on est plus heureux qu’en 2019… C’était dur ce soir. On avait envie de bien faire et honnêtement, il ne faut pas en vouloir à l’équipe. Quand on atteint quelque chose, c’est humain, et ça arrivera à d’autres joueurs et d’autres équipes… Il y a un relâchement, et c’est dur de repartir, surtout que là, ce n’est pas une équipe de cinquième division en face ! On aurait aimé mieux faire, mais c’est une équipe jeune, on apprend et par chance ce soir, on peut se le permettre. Du coup, sur ce Mondial, j’hésite entre être content et frustré. Les premiers matchs et celui du Danemark sont frustrants. Mais en même temps, il faut se souvenir d’où on vient : en 2019, nous n’avions pas gagné un match ! Sur un plan personnel, je ne suis pas satisfait de moi. Très déçu des trois derniers matchs, où ma ligne, qui avait bien défendu jusque là, a pris trop de buts. Je me suis un peu blessé [béquille, NDR] à la veille du Mondial et ça m’a gêné, c’est pour cela que je n’ai pas joué contre l’Allemagne. Je tire un coup de chapeau au staff médical qui a fait tout son possible pour que je puisse jouer. J’avais vraiment à cœur de faire ce Mondial. »
Philippe Bozon (entraineur de la France) :
[Est-ce qu’il y a eu un problème physique ou mental sur cette fin de tournoi ?] C’est la question à laquelle nous devons répondre ! Est-ce que nous avons lâché physiquement ? Je vais voir avec les préparateurs physiques, ce serait bien que l’on sache. Car nous n’aurons pas tous les ans un tel programme, et si nous devons jouer un match 7 décisif plus tard… Il faut voir si c’est physique ou mental. Je ne vais pas m’attarder sur le match et garder le positif. Je suis fier de ce que l’équipe a fait dans ce Mondial, la façon dont les joueurs se sont présentés à chaque match. C’est sûr, j’aurais aimé récolter des points sur un gros match… Mais je suis fier d’eux, le groupe a eu un super état d’esprit. Tout le monde a accepté son rôle. Ce n’était pas évident avec les absents, il a fallu compenser et les joueurs ont bien réagi. Le leitmotiv de la préparation, c’était de saisir la chance qui nous était donnée, de ne pas la manquer. Les joueurs ont bien répondu aux attentes. Ils méritent leur maintien.
[La satisfaction, ce sont aussi les bonnes prestations des plus jeunes, comme Fabre ou Colotti ?] Le haut niveau, c’est avant tout la vitesse et quand on a cette qualité… C’est primordial en élite. Des équipes comme la Suisse, l’Allemagne ont travaillé là-dessus. Avec les jeunes, il faut encore travailler avec eux, ils ont eu peu de travail ces dernières années. Je préfère désormais donner la chance aux jeunes joueurs au niveau international pour les faire progresser, plutôt que de sélectionner des joueurs expérimentés de Magnus sur lesquels on n’a pas forcément une projection vers le haut niveau. Il faut continuer le travail avec ces jeunes joueurs, les sortir le plus possible au niveau international. Là, on est sur une transition d’effectif partielle, mais elle sera peut-être plus profonde bientôt… Les Pierre-Édouard Bellemare, Stéphane Da Costa, on ne sait pas combien de temps on les aura. Il faut absolument préparer la transition avant, anticiper ce changement. Mais il est aussi important que ces jeunes soient encadrés par des vétérans. Ceux que l’on avait ici on fait du très bon travail, comme Auvitu en défense qui a permis à des joueurs de bien performer. Les anciens devant ont facilité l’intégration et on a besoin de ça.
[Pourquoi ce choix de ne pas lancer Quentin Papillon ?] Sebastian Ylönen a souvent été à cette place de numéro 3 ces dernières années, où il a eu peu de matchs. Avec ce qu’il a performé en préparation comme dans le tournoi, il méritait de rejouer. Pour être honnête, je voulais aligner la meilleure équipe possible et jouer à fond ce match. Je me suis posé la question en cours de match et on en a discuté avec le coach de gardiens. Papillon n’a pas joué depuis l’amical contre la Suisse, c’était compliqué. C’est un choix pour récompenser Sebastian Ylönen de son bon travail.
[On vous verra au tournoi 2023 ?] Je suis en fin de contrat et les élections arrivent. Il faut les laisser passer, car c’est la priorité numéro 1 de la fédération en ce moment. Nous en avons discuté avec la DTN qui connaît mes intentions et mon envie de continuer. Mais tout cela sera discuté après les élections. »
Canada – France 5-0 (2-0, 2-0, 1-0)
Championnats du monde élite 2022.
Mardi 24 mai 2022, 20h20. Helsingin jäähälli, 2873 spectateurs.
Arbitrage de Andris Ansons (LET) et Lassi Heikkinen (FIN) assistés de Tommi Niittylä (FIN) et Davis Zunde (LET)
Pénalités : Canada 6′ (0′, 2′, 4′), France 4′ (0′, 2′, 4′)
Tirs : Canada 44 (17, 15, 12), France 19 (7, 6, 6)
Récapitulatif du score
1-0 à 12’40 : Cozens assisté de Sanheim et Batherson
2-0 à 17’31 : Comtois assisté de Sanheim et Lowry
3-0 à 22’07 : Dubois assisté de Cozens et Batherson
4-0 à 35’10 : O’Dell assisté de Whitecloud et Holden
5-0 à 45’29 : Whitecloud assisté de Mercer
Canada
Attaquants :
Dylan Cozens (+4) – Pierre-Luc Dubois (A, +4) – Drake Batherson (+4)
Cole Sillinger – Matthew Barzal (+1) – Josh Anderson (A, 2′, +1)
Maxime Comtois (+1) – Adam Lowry (+1) – Nicolas Roy
Kent Johnson – Morgan Geekie (-1) – Dawson Mercer (+2)
Eric O’Dell
Défenseurs :
Thomas Chabot (C) – Ryan Graves
Travis Sanheim (+4) – Damon Severson (+3)
Nick Holden (2′, +2) – Zach Whitecloud (+3)
Dysin Mayo (2′)
Gardien :
Chris Driedger
Remplaçant : Matt Tomkins (G). Réservistes : Logan Thompson (G), Noah Gregor (A).
France
Attaquants :
Tim Bozon (-2) – Valentin Claireaux (A, 2′, -2) – Alexandre Texier (-1)
Anthony Rech – Charles Bertrand – Sacha Treille (C)
Dylan Fabre (-3) – Nicolas Ritz (-3) – Kévin Bozon (-3)
Guillaume Leclerc (-1) – Fabien Colotti (-1) – Jordann Perret (-1)
Défenseurs :
Yohann Auvitu (A, -3) – Hugo Gallet (-2)
Florian Chakiachvili (-1) – Vincent Llorca
Pierre Crinon (-2) – Thomas Thiry (2′, -3)
Enzo Guebey – Romain Bault (-1)
Gardien :
Sebastian Ylönen
Remplaçant : Quentin Papillon (G). Réserviste : Henri-Corentin Buysse (G). Blessés : Damien Fleury (A), Louis Boudon (A).