Tampere, la capitale du hockey finlandais, est la capitale du hockey mondial l’espace d’un week-end, regroupant le dernier carré du championnat du monde 2022. Le premier duel pour accéder à la finale oppose le pays organisateur aux États-Unis, tombeurs de la Suisse à Helsinki.
C’est un duel qui oppose aussi les deux meilleurs gardiens du tournoi, Jussi Olkinuori et Jeremy Swayman. Le gardien de Boston a rejoint l’équipe après la défaite de ses compatriotes contre ces mêmes Finlandais durant la phase de groupe. La toute nouvelle patinoire de Tampere a en effet déjà vu une telle affiche il y a seulement quelques jours. La victoire avait été l’occasion pour le jeu de puissance finlandais de s’illustrer avec 3 buts en supériorité numérique qui ont permis une victoire 4-1. Mais pas forcément un match-référence car avec un jeu physique de part et d’autre, des bagarres, et beaucoup de pénalités (presque autant en un seul match que dans les 7 autres rencontres réunies), on est loin de la discipline et de la rigueur prônée par le sélectionneur Jukka Jalonen qui a fait la réussite de la Finlande et de son système de jeu défensif ces dernières années.
Depuis ce match, la défense s’est d’ailleurs renforcée avec les Stars Esa Lindell et Miro Heiskanen. Côté américain, les renforts sont plus difficiles évaluer. L’attaque s’est enrichie… tout au moins quantitativement, et le danger peut venir d’un peu partout. Mais ajouter des attaquants n’a pas laissé assez de place pour les défenseurs. Cela n’a pas été un problème puisque Seth Jones parvient à jouer une demi-heure par match et que les quatre autres, parfois avec l’aide d’un centre, ont réussi à bien tenir derrière. Mais ce banc déséquilibré pourrait leur jouer des tours à la longue. Or tenir jusqu’au bout du tournoi a toujours été ce qui a manqué aux États-Unis. Que ce soit avec des équipes brillantes regorgeant de talents ou avec des équipes bancales de bric et de broc, les Américains n’ont jamais atteint la finale du Mondial depuis des lustres et restent sur dix demi-finales perdues.
La défense déjà amputée de Merill est même encore plus réduite pour cette rencontre car Jaycob Megna des Sharks de San José a dû rentrer pour une urgence familiale. Comment les Américains vont-ils pouvoir tenir à seulement 4 défenseurs de métier ?
Ils commencent de la meilleure des façons: pendant qu’Adam Gaudette fait écran sur le gardien, un peu aidé par Hietanen qui le masque aussi, Nate Schmidt, de son puissant tir, lance de la ligne bleue le long du poteau. On jouait depuis à peine plus d’une minute (0-1).
Une charge contre la bande d’Austin Watson sur Sami Vatanen donne l’occasion aux Lions de vite revenir, mais le tir de Mikko Lehtonen de loin est au-dessus et celui de Valtteri Filppula à bout portant est sur le gardien.
La Finlande pousse, quitte à rééditer le jeu physique qui leur avait réussi lors du match précédent contre leurs adversaires du jour. Mais les Américains placent des contres dangereux.
La force des Finlandais dans les duels dans la bande est finalement payante car elle permet d’obtenir de longue séquences de jeu installé en zone offensive. Ainsi un très long shift permet aux Finlandais de changer de lignes en maintenant le jeu en zone offensive pendant que les lignes adverses restent sur la glace, ce qui est d’autant plus épuisant quand on tourne à 4 ou 5 défenseurs. Miro Heiskanen, le défenseur offensif de Dallas, parvient alors à slalomer entre les défenseurs américains fatigués de leur longue présence et bat Jeremy Swayman du revers (1-1).
Une pénalité d’Ohtamaa offre aux États-Unis une supériorité numérique juste avant la première pause mais les deux équipes regagnent le vestiaire sur un score de parité.
Alex Galchenyuk prend une pénalité en début de deuxième période et c’est le trio qui a tant fait souffrir les Américains au premier match (Granlund-Manninen-Lehtonen) qui va à nouveau les sanctionner. Toujours sur le même schéma, le défenseur Mikko Lehtonen se tient au milieu de la ligne bleue et a le choix entre Granlund et Hartikainen sur les côtés, pendant que Manninen profite du trafic et essaye de s’infiltrer au plus près du gardien. Cette fois, c’est Manninen à la finition, dans la lucarne opposée, pour son cinquième but du tournoi (2-1).
Le match s’emballe. Les deux gardiens si dominateurs jusqu’ici dans le tournoi finissent par flancher. D’abord sur une réaction rapide des Américains sur un tir dévié de Sean Farrell (2-2). Puis dans la foulée pour la Finlande avec Sami Vatanen, à nouveau sur une longue séquence de jeu installée en zone offensive, après avoir dribblé Bellows en un contre un (3-2).
Cette tactique est d’autant plus facile à mettre en œuvre pour la Finlande qu’elle a son banc du bon côté en ce deuxième tiers-temps pour rapidement changer les joueurs un par un quand le jeu est dans sa zone offensive.
Les Américains réagissent fort en fin de période pour recoller au score avec eux aussi de longues phases de jeu installé autour d’une Finlande arc-boutée. L’infatigable Seth Jones, au temps de jeu déjà impressionnant, se permet même de faire quelques extras en portant le surnombre en fond de zone. Mais malgré ce temps fort, les Finlandais abordent la troisième période avec un but d’avance.
Elle a l’occasion d’accroître son avance quand Vinni Lettieri est envoyé au cachot pour une faute évitable en zone offensive. Cette fois la sanction ne vient pas de la même ligne, malgré un tir de Manninen repoussé du bouclier, mais de Joel Armia (en photo ci-dessous), le grand gaillard des Canadiens de Montréal, en trouvant un trou de souris pour tirer entre les jambes du défenseur Schmidt, au moment où le joueur d’Anaheim sortait de prison (4-2).
Les Américains savaient qu’ils devaient éviter de prendre les pénalités qui leur avaient été fatales lors de la première confrontation, et on peut dire qu’ils l’ont fait avec seulement trois fautes sifflées contre eux. Mais ces trois fautes ont coûté deux buts.
Le sélectionneur David Quinn décide d’enlever son gardien à quatre minutes de la fin. Coup de poker gagnant: une belle combinaison à trois permet à Adam Gaudette de ramener son équipe à un but (4-3).
Nouveau quitte ou double à deux minutes du terme, mais les cinq lions empêchent tout tir et offrent à la Finlande une troisième finale consécutive, mais pour la première fois à domicile.
L’aventure américaine, comme toujours, s’arrête en demi-finale malgré un niveau de jeu qui place l’équipe parmi les meilleures du tournoi.
Désignés meilleurs joueurs du match : Miro Heiskanen pour la Finlande et Seth Jones pour les Etats-Unis.
Trois meilleurs Finlandais du tournoi selon leur entraîneur : Juho Olkinuora, Mikko Lehtonen et Sakari Manninen.
Trois meilleurs Américains du tournoi selon leur entraîneur : Seth Jones, Jeremy Swayman et Adam Gaudette.
Commentaires d’après-match :
Nate Schmidt (défenseur des États-Unis) : « Nous étions proches. Nous concédons un but en powerplay à la fin et ça finit par faire la différence. C’était un bien meilleur match car on était trop excité la première fois qu’on les a joués. On est un peu en sous-nombre en défense mais les gars se battent dur. Ils ont tiré avantage de ça en deuxième période, ils se sont appliqués à nous repousser sur notre ligne de but. On ne peut pas se lancer dans les actions comme on voudrait. Ça craint de continuer comme ça mais cette équipe a affronté beaucoup de choses dans ce tournoi et je suis fier des gars. »
Finlande – États-Unis 4-3 (1-1, 2-1, 1-1).
Samedi 28 mai 2022 à 14h20 à la Nokia Arena de Tampere. 11 055 spectateurs.
Arbitres : Mikael Nord et Linus Öhlund (SUE) assistés de Simon Šynek (SVK) et Nathan Oosten (CAN).
Pénalités : Finlande 2′ (2′, 0′, 0′), États-Unis 4′ (2′, 2′, 2′).
Tirs : Finlande 26 (7, 10, 9), États-Unis 28 (11, 6, 11).
Évolution du score :
0-1 à 01’04 : Schmidt assisté de Tynan et Peeke
1-1 à 16’53 : Heiskanen assisté de Pesonen
2-1 à 24’11 : Manninen assisté de Lehtonen et Hartikainen (sup. num.)
2-2 à 26’52 : Farrell assisté de Meyers et Jones
3-2 à 29’40 : Vatanen assisté de Pesonen et Heiskanen
4-2 à 45’03 : Armia assisté de Heiskanen et Vatanen (sup. num.)
4-3 à 57’09 : Gaudette assisté de Boldy et Tynan
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund (-1) – Sakari Manninen (-1) – Teemu Hartikainen (-1)
Toni Rajala (-1) – Valtteri Filppula (C) – Jere Sallinen (-1)
Harri Pesonen (+3) – Juho Lammikko (+2) – Joel Armia (+3)
Saku Mäenalanen (-1) – Hannes Björninen (-1) – Marko Anttila (A, -1)
Défenseurs :
Mikko Lehtonen (-2) – Juuso Hietanen (-1)
Miro Heiskanen (+2) – Ville Pokka (A, +1)
Niklas Friman – Sami Vatanen (+2)
Esa Lindell (-1) – Atte Ohtamaa (2′, -1)
Gardien :
Jussi Olkinuora
Remplaçant : Harri Säteri (G). En tribune : Frans Tuohimaa (G), Mikael Seppälä (D), Jere Innala (A).
États-Unis
Attaquants :
Alex Galchenyuk (2′) – Ryan Hartman – Matthew Boldy (+1)
Kieffer Bellows – T.J. Tynan (+2) – Adam Gaudette (+2)
Sean Farrell (+1) – Ben Meyers (+2) – Karson Kuhlman
John Hayden (-1) – Vinni Lettieri (2′, -3) – Austin Watson (A, 2′, -2)
puis à la mi-match [Lettieri] – Thomas Bordeleau – Riley Barber
Défenseurs :
Luke Hughes – Seth Jones (C, +1)
Nate Schmidt (A, +2) – Andrew Peeke (-1)
Sam Lafferty (-3)
Gardien :
Jeremy Swayman [sorti de 56’08 à 57’09 puis de 57’57 à 60’00]
Remplaçants : Strauss Mann (G). En réserve : Jon Gillies (G). Repartis : Nick Blankenburg (D, blessé), Jon Merrill (D, blessé), Jaycob Megna (D, urgence familiale).