Après leur exploit à Skellefteå, les Dragons de Rouen sont arrivés à Genève après un peu moins de péripéties, même si leur vol depuis Copenhague avait 1h30 de retard. Enchaîner une seconde grande performance semble improbable. Le champion de Suisse est habitué à évoluer à un tempo élevé et n’aura sans doute pas une attitude aussi hautaine que les Suédois, malgré l’habitude des Romands de considérer les voisins français avec un peu de sarcasme. On peut compter sur l’entraîneur-adjoint Yorick Treille pour connaître parfaitement les forces mais aussi les points faibles des champions de France. L’ambiance mise par le public romand est bien plus chaude qu’au cercle polaire et une colonie importante de supporters normands y contribue pour ce déplacement abordable au milieu du week-end. Le RHE a retrouvé comme prévu Guimond et Nesa, arrivés dans le car équipé tout neuf mis à disposition des Dragons, et avec lequel toute l’équipe rentrera.
Genève-Servette impose son jeu dès le début de match avec plusieurs séquences installées en zone offensive. Quand Daniel Winnik se plante devant la cage, le défenseur danois Emil Kristensen n’arrive pas à faire bouger le grand gabarit d’un millimètre même en prenant de l’élan. Matija Pintarič ne voit donc pas partir le tir du poignet du défenseur offensif (au maillot de « top scorer ») Sami Vatanen. Le gardien lève quand même la mitaine juste assez vite pour toucher le palet, mais sans pouvoir l’arrêter (1-0).
Les Suisses gagnent toutes les mises au jeu et monopolisent donc le palet. En deux coups de patin, Valtteri Filppula déborde Sacha Guimond derrière la cage et sert en retrait Arnaud Jacquemet pour une reprise imparable dans la lucarne opposée (2-0). Sur l’engagement, le jeune défenseur Noa Goncalves-Nivelais monte haut pour un pressing vain. Le centre Francis Perron – dont la défense n’est pas le point fort – est pris de vitesse en zone neutre par le petit Sakari Manninen qui signe une énième passe décisive pour son éternel complice Teemu Hartikainen (3-0). Si les Rouennais étaient déjà à la peine face aux jeunes Finlandais de Lahti, c’est encore plus vrai face aux stars internationales du pays aux mille lacs, tel ce super-duo du doublé JO/Mondiaux de 2022. Pour que son équipe ne se noie pas, Fabrice Lhenry doit déjà appeler son temps mort alors qu’on ne joue que depuis 7 minutes et 13 secondes.
Rouen relève la tête pendant le reste du tiers-temps. Une pénalité pour surnombre a paradoxalement un effet positif car elle est parfaitement tuée, notamment avec une belle interception de Jordan Hervé : bonne surprise de ce début de saison, le jeune attaquant fait d’ailleurs son retour au centre de la deuxième ligne ce soir. Après une crosse haute d’Alessio Bertaggia, le jeu de puissance est malheureusement moins convaincant de la part des Dragons avec beaucoup d’imprécisions techniques et aucun tir.
Le début de deuxième période fera l’effet d’une nouvelle douche froide – que les Rouennais restés à la maison aimeraient mieux recevoir au sens propre puisque la température a battu des records pour un mois de septembre aujourd’hui dans leur ville. Josh Jooris entre en zone à pleine vitesse, sans avoir été ralenti par le pylône Perron, et décale Guillaume Maillard qui a tout le temps d’ajuster Pintarič, à mi-hauteur côté plaque (4-0). La longue relance Simon Le Coultre sert Daniel Winnik dans le dos de Kristensen et le vétéran aux 798 matches de NHL dribble le gardien slovène avant de glisser le palet du revers au ras du poteau (5-0).
La potion amère n’est pas encore tout à fait bue. Pintarič, qui commence à faiblir lui aussi, laisse un rebond axial très moyen sur un tir de Völlmin. Marc-Antoine Pouliot récupère alors le palet, passe derrière la cage et initie un jeu en triangle que conclut Vincent Praplan absolument seul devant la cage. D’autant plus difficile à avaler que, si Praplan est démarqué, c’est parce que Milan Kytnár est couché au sol après avoir pris violemment une crosse en plein visage (6-0). Mais ce n’est pas une faute : c’est la crosse de Kristensen qui a frappé accidentellement son coéquipier alors que les Rouennais luttaient à 2 contre 1 dans l’enclave ! Les trois buts ont été inscrits en six minutes, encore plus vite qu’auy premier tiers.
Est-il bien pertinent de maintenir encore Matija Pintarič devant les filets ? On peut en douter en le voyant relâcher un palet face à Tanner Richard, qui sert ensuite Marc-Antoine Pouliot depuis l’arrière du but alors que les Dragons ont arrêté de jouer (7-0). Cette fois Fabrice Lhenry fait entrer son second gardien Tonin Caubet… et le jeune Basque doit débuter par une infériorité numérique car Antonín Honejsek a enlevé le casque de Karrer dans un duel. Les Suisses continuent de faire circuler le palet après le retour à 5 contre 5 et Pouliot se voit offrir son second but consécutif par un décalage parfait de Richard (8-0, photo ci-dessous).
Caubet peut heureusement se rassurer par une belle mitaine devant Winnik décalé par Miranda. Une mauvaise passe de Roger Karrer, qui ne connaît pas les angles de billard derrière sa cage, offre même un palet-cadeau à Rouen : Honejsek sert en retrait Jordan Hervé, qui bute sur Gauthier Descloux.
Le troisième tiers-temps commence mieux que les précédents pour les Rouennais (pire, c’était difficile). Ils tuent d’abord un restant de pénalité pour surnombre (encore). Puis c’est le jeune Jordan Hervé qui montre la voie et est récompensé de son bon début de campagne en CHL : il entre en zone, gagne le palet dans la bande face à Jacquemet et sert une passe décisive à Marcel Haščák dont le lancer de la ligne bleue trompe Descloux masqué (8-1).
Ce but reste anecdotique car une erreur individuelle suit. Dylan Yeo perd le palet dans sa zone face à Daniel Winnik, ce qui envoie Guillaume Maillard et Marco Miranda à 2 contre 0 : le premier nommé contrôle du patin et centre pour un but à bout portant (9-1).
Hormis cette action, Rouen fait une fin de match honorable. Même la quatrième ligne, qui avait concédé le premier but, s’illustre (avec le treizième attaquant Antoine Addamo monté à son tour sur la glace sur cette présence) : plein de culot, Tommy Perret remonte la glace dans une action individuelle, conserve le palet au duel et accélère entre deux défenseurs, toutefois sans que son tir du revers ne fasse mouche. Les jeunes ont donné satisfaction et Tonin Caubet a sauvé les meubles.
L’écart qui sépare Rouen du haut niveau européen reste sans appel. Genève-Servette a de quoi figurer parmi les candidats au titre dans cette CHL. Mais les Dragons ont peut-être une équipe moins taillée pour résister et défendre à ce niveau que par le passé.
(photos de Pierre Maillard)
Commentaires d’après-match (au micro de la CHL)
Jan Cadieux (entraîneur de Genève-Servette) : « Le match a été facile parce qu’on a travaillé juste et qu’on a joué les 60 minutes de la manière qu’on voulait. On se l’est rendu facile parce qu’on a fait le travail. À la fin c’était plus dur que ça avait l’air quand même. On sait que les prochains matches vont être beaucoup plus compliqués. C’est positif, ce qu’on a fait, mais on va se concentrer sur notre saison. Quand on reviendra au mois d’octobre pour rejouer la Ligue des Champions, espérons qu’on aura fait un autre pas en avant. C’était le plan de match que tout le monde soit impliqué dans le jeu. Ce soir on a vraiment eu la contribution des quatre lignes et c’est très positif. »
Genève-Servette – Rouen 9-1 (3-0, 5-0, 1-1)
Samedi 9 septembre 2023 à 19h45 à la patinoire des Vernets. 4971 spectateurs.
Arbitres : Michael Tscherrig et Loïc Ruprecht assistés de Dominik Altmann et Aurélien Urfer (tous SUI).
Pénalités : Genève 4′ (2′, 0′, 2′) ; Rouen 8′ (2′, 4′, 2′).
Tirs : Genève 42 (14, 18, 10) ; Rouen 13 (5, 4, 4).
Évolution du score :
1-0 à 03’14 : Vatanen assisté de Maurer et Miranda
2-0 à 06’54 : Jacquemet assisté de Filppula et Winnik
3-0 à 07’13 : Hartikainen assisté de Manninen et Rod
4-0 à 23’24 : Maillard assisté de Jooris
5-0 à 24’05 : Winnik assisté de Le Coultre et Filppula
6-0 à 25’53 : Praplan assisté de Pouliot et Richard
7-0 à 30’07 : Pouliot assisté de Richard
8-0 à 32’31 : Pouliot assisté de Richard et Manninen
8-1 à 42’47 : Haščák assisté de Hervé
9-1 à 44’02 : Miranda assisté de Maillard
Genève-Servette HC
Attaquants :
Daniel Winnik – Valtteri Filppula – Marco Miranda
Marc-Antoine Pouliot – Tanner Richard – Vincent Praplan
Noah Rod – Sakari Manninen – Teemu Hartikainen
Guillaume Maillard – Josh Jooris – Christophe Cavalleri (2′)
Alessio Bertaggia (2′)
Défenseurs :
Giancarlo Chanton – Roger Karrer
Marco Maurer – Sami Vatanen
Simon Le Coultre – Arnaud Jacquemet
Mike Völlmin
Gardien :
Gauthier Descloux
Remplaçant : Robert Mayer (G). Absents : Theodor Lennström (?), Eliot Berthon (surnuméraire).
Rouen HE (4′ pour surnombre)
Attaquants :
Anthony Rech – Francis Perron – Alexandre Mallet
Antonin Honejsek (2′) – Jordan Hervé – Marcel Haščák
Quentin Tomasino – Milan Kytnár – Rolands Vigners
Joris Bedin – Vincent Nesa – Tommy Perret
Antoine Addamo
Défenseurs :
Florian Chakiachvili (C) – Kristaps Sotnieks
Sacha Guimond – Emil Kristensen (2′)
Dylan Yeo (A) – Noa Goncalves-Nivelais
Gardien :
Matija Pintarič puis à 30’07 Tonin Caubet
Absents : Enzo Cantagallo (épaule), Loïc Lampérier (commotion), Jules Boscq (blessé).
















































