La dernière journée du championnat du monde de division IA à Bolzano a d’abord désigné l’équipe reléguée. Malgré son exploit initial face à la Slovénie, la Corée du Sud redescend, comme on le craignait maintenant que les financements olympiques se sont taris. Elle a surtout pâti du niveau de ses gardiens, n’ayant jamais préparé la relève après la retraite du naturalisé Matt Dalton à ce poste. Pour le dernier match contre l’Italie, elle a testé le portier universitaire Ha Jung Ho mais il s’en est pris huit (1-8). Ce résultat simplifie le scénario : pour que les Italiens soient promus, il faut que la Slovénie – déjà assurée de monter – batte la Hongrie.
Que la Hongrie soit à portée de la montée est déjà étonnant après la semaine très mouvementée qu’elle a vécue. Depuis que Vilmos Galló a qualifié publiquement son coach de clown, il est difficile de savoir ce qui se passe vraiment dans le vestiaire hongrois. Dans un premier temps, beaucoup sont tombés à bras raccourcis sur le sélectionneur Don MacAdam, notamment l’ancien gardien aux 178 sélections Péter Kovalcsik : « Le terme clown est peut-être même trop doux. Je dis ceci en tant que fan, parce que l’entraîneur laisse de côté presque deux des meilleurs joueurs de l’équipe nationale, István Bartalis et Vilmos Galló, ce qui est absurde. » (Bartalis a annoncé son retrait de la sélection en fin d’année dernière).
C’est dans ce contexte que le journal Nemzeti Sport a annoncé jeudi soir que Don MacAdam ne resterait entraîneur qu’en façade et serait remplacé pour les deux dernières rencontres par Dávid Kiss (l’entraîneur qui a succédé à l’ex-sélectionneur Kevin Constantine à la tête du club de Fehérvár). Aussitôt, Márton Botta, l’attaché de presse de l’équipe de Hongrie, a démenti et annoncé que MacAdam dirigeait toujours l’équipe et que Kiss restait son adjoint. Là encore, difficile de savoir qui parle et qui écoute qui dans l’intimité du vestiaire.

Après la victoire arrachée contre le cours du jeu contre l’Italie, ce dernier match devait servir de révélateur. En effet, la Slovénie a gagné 11 fois sur 11 face à la Hongroise dans leurs confrontations officielles, avec une différence de buts de 56 à 13. Des statistiques très encourageantes pour l’Italie. Autre point rassurant pour le pays-hôte : Edo Terglav aligne bien son équipe-type. Cela inclut Gašper Krošelj qui s’est installé au poste de gardien titulaire. Matija Pintarič n’a jamais eu de seconde chance après la défaite humiliante au premier match, parce que Krošelj a réussi un excellent tournoi (il en sera élu meilleur gardien).
Les Italiens sont aussi rassurés du comportement de l’équipe de Slovénie. Dès le coup d’envoi, elle presse les Magyars dans leur zone comme si son avenir – et non celui de l’Italie – en dépendait. Cette domination dure six minutes… La Hongrie n’a pas encore tiré une seule fois, mais Matic Török perd le palet dans sa propre zone sous la pression du défenseur adverse Zsombor Garát, palet que conserve ensuite Ákos Mihály dans l’autre coin malgré la pression physique de Ćosić. La passe de derrière la cage d’István Terbócs trouve alors János Hári… qui arrive tout droit du banc !

Le jeu s’équilibre après ce but. Matic Podlipnik pousse violemment Ákos Mihály sur son gardien (photo ci-dessus) et prend la première pénalité. Mais, avec ou sans Gallo, le powerplay hongrois ne fonctionne pas dans ce tournoi (1/11 à ce moment, soit moins de 10%). Les lancers de la bleue de Henrik Nilsson restent vains, mais le défenseur suédois naturalisé sera en revanche utile en infériorité numérique pour tuer la pénalité suivante de Zétény Hadobás – qui joue avec un bandage à l’avant-bras car il s’es blessé contre l’Italie.
En deuxième période, une caméra fait des plans sur des hockeyeurs de l’équipe d’Italie en train de boire une bière dans les tribunes. Les premières gorgées doivent avoir un goût très amer… La situation est proche d’empirer avec une percée côté droit de Kristóf Papp qui tire sur le poteau, puis une contre-attaque rapide de János Hári qui n’arrive pas à remporter son face-à-face avec Gašper Krošelj (photo ci-dessous).

Mais alors que la Slovénie vient de passer deux minutes dans sa zone sans pouvoir changer, elle aussi marque dans un temps faible ! Sur une action installée, Roland Kiss fait trébucher Rok Tičar – l’arbitre lève le bras – qui tombe à plat ventre… mais fait un mouvement tournant de la crosse au ras de la glace pour propulser le palet entre les bottes de Bence Bálizs, surpris comme tout le monde par ce but improbable. S’ils n’ont pas avalé de travers dans un hoquet de surprise, les joueurs italiens trouvent sûrement que la bière a meilleur goût.
De nouveau, l’équipe qui a marqué – la Slovénie cette fois – reprend le momentum, mais elle n’arrive pas à tromper Bence Bálizs, qui fait un arrêt magnifique en grand écart en début de troisième période face à Žiga Mehle servi par Nik Simšič. Les supporters de chaque camp (italien ou hongrois) sont de plus en plus tendus, chaque tir ou arrêt déclenche des cris. Les Slovènes concèdent deux infériorités numériques dans les neuf dernières minutes. Ils survivent à la première, pour une rudesse de Mehle. Pas à la seconde, après une pénalité de Kristjan Čepon (retenir). Balázs Varga prend un one-timer dans le cercle droit, Krošelj détourne de la botte, mais Kristóf Papp exploite le rebond en cage ouverte à l’opposé (2-1, photo ci-dessous).

Les Italiens n’ont plus que leurs gobelets de bière vides pour pleurer. Ils joueront une troisième année de suite hors de l’élite et ne pourront pas se préparer correctement à leur tournoi olympique. Que les uns critiquent le choix des joueurs trop peu rapides ou que les autres déplorent l’absence de système, il semble bien que l’investissement très cher dans des entraîneurs canadiens de la vieille école n’ait pas été très rentable (rappelons que Mike Keenan forfait pour raisons de santé a laissé les rênes depuis un mois à Mike Pelino). On n’a pas non plus vu l’intérêt de « lancer » en championnat du monde un « Italo » de 35 ans comme Dustin Gazley, très décevant dans la patinoire où il joue pourtant toute l’année.
Ce dernier match a aussi confirmé un constat un peu cruel : si l’Italie finit seulement troisième, c’est surtout parce que les gardiens des deux premiers ont été bien meilleurs que Damian Clara, le supposé prodige de 19 ans qui n’a pas vraiment pas été rassurant. On ne remettra pas en cause le potentiel que les scouts de NHL ont vu en lui, mais un gardien met plus de temps que les autres à se former. Ses performances moyennes de la semaine font sûrement partie de son apprentissage.
Quant à l’entraîneur hongrois Don MacAdam, qui a finalement le beau rôle, il a annoncé qu’il quitterait son poste sur ce succès. Le match contre le Canada mardi soir sera son dernier comme sélectionneur… Et a priori, il n’y arborera pas de nez de clown.
Désignés joueurs du match : János Hári pour la Hongrie et Matic Podlipnik pour la Slovénie.

Commentaires d’après-match :
Vilmos Galló (attaquant de la Hongrie) : « J’aimerais profiter de cette opportunité de faire une interview en direct pour m’excuser auprès de l’entraîneur. C’est incroyable, l’humilité qu’il avait. Même après mes déclarations, il s’y est pris en douceur, il a encouragé l’équipe et a digéré tout ce qui se passait. Avec le recul, je suis vraiment désolé que cela se soit produit. Je sais que j’ai fait une erreur, ce que j’ai fait est moralement inexcusable. Chapeau bas à la gestion de la situation par l’entraîneur. Après cela, nous avons très bien travaillé ensemble et l’équipe était pleinement concentrée sur les deux matchs restants. C’est sensationnel de faire l’expérience de la promotion. »
Don MacAdam (entraîneur de la Hongrie) : « Je n’ai rien d’autre que de la fierté, de voir que tout le monde a laissé tout ce qu’il y avait sur la glace. Nous avons terminé ce championnat du monde par deux matchs difficiles. La Slovénie était dans une meilleure position que nous, mais nous avons quand même réussi à la devancer. La Division 1A n’est que cela, avec une différence étonnamment faible entre la force des équipes. Comme je l’avais dit à l’automne, c’est un honneur de diriger une équipe nationale, c’est une expérience merveilleuse d’en être l’entraîneur principal. Avec quelques pièges sur le chemin, mais ça arrive, ce n’est pas grave. Nous avons dû jouer patiemment, défendre avec discipline. Il n’a pas reçu le prix du meilleur gardien, mais à nos yeux, Bence Bálizs était de loin le meilleur du tournoi. Il était incroyable, surtout contre l’Italie et la Slovénie. Les choses se sont bien passées, mais c’est parce que nous avons travaillé incroyablement dur pour ça. Voilà le résultat quand l’équipe, les entraîneurs, les fans se sentent ensemble sur la glace et en dehors. C’est fantastique. »
Kristóf Papp (attaquant de la Hongrie) : « Avec un tel enjeu, je n’ai jamais marqué un but aussi important. Je suis sûr que je m’en souviendrai pour le reste de ma vie. Bien sûr, c’était un travail d’équipe. Toute la semaine, tout le tournoi. Nous avons eu deux matchs très difficiles au cours des deux derniers jours, mais nous avons résolu le problème grâce à une excellente performance de notre gardien. C’est fantastique de revivre une promotion et de jouer à nouveau parmi les meilleurs au monde. »
István Sofron (capitaine de la Hongrie) : « Avant le championnat du monde, beaucoup de gens enterraient cette équipe, ils pensaient que la relégation n’était pas inconcevable. Mais aujourd’hui, nous avons accompli une chose jamais vue auparavant. C’est la première fois que nous terminons premiers, la première fois que nous battons la Slovénie en championnat du monde, et c’était un groupe incroyablement fort. La Corée, reléguée, a battu la Slovénie, promue. Après tant de malheurs, c’est ainsi que les choses devaient être. Et les fans m’ont donné beaucoup de force et d’endurance. »
Hongrie – Slovénie 2-1 (1-0, 0-1, 1-0)
Samedi 4 mai 2024 à 19h30 à la Sparkasse Arena de Bolzano. 2169 spectateurs.
Arbitres : Mike Langin (CAN) et Mads Frandsen (DAN) assistés de Patrick Laguzov (ALL) et Tommi Niittylä (FIN).
Pénalités : Hongrie 6′ (2′, 2′, 2′) ; Slovénie 8′ (2′, 0′, 6′).
Tirs : Hongrie 29 (9, 8, 12) ; Slovénie 36 (11, 15, 10).
Évolution du score :
0-1 à 07’09’’ : Hári assisté de Terbócs et Mihály
1-1 à 25’38’’ : Tičar assisté de Sabolič et Török
1-2 à 57’09’’ : Papp assisté de Varga et Nilsson (sup. num.)
Hongrie
Attaquants :
Balázs Varga – János Hári (+1) – István Sofron (2′)
Kristóf Papp – Balázs Sebők – Csanád Erdély (C, 2′)
Márton Nemes (-1) – Tamás Sárpátki (-1) – Vilmos Galló (-1)
Ákos Mihály (+1) – Kristóf Németh – István Terbócs (A, +1)
Défenseurs :
Bence Stipsicz (A) – Zétény Hadobás (2′)
Roland Kiss (-1) – Henrik Nilsson (-1)
Zsombor Garát (+1) – Tamás Ortenszky (+1, 2′)
Gardien :
Bence Bálizs
Remplaçants : Dominik Horváth (G), Bence Szabó (D). Non aligné : Nándor Fejes (commotion cérébrale).
Slovénie
Attaquants :
Robert Sabolič (C) – Rok Tičar (A) – Matic Török
Blaž Tomaževič – Rok Macuh (A) – Anže Kuralt (A)
Jan Drozg – Nik Simšič – Marcel Mahkovec
Žiga Mehle (2′) – Miha Beričič – Jaka Sodja
Žan Jezovšek
Défenseurs :
Bine Mašič – Aleksandar Magovac
Jan Ćosić – Aljoša Crnovič
Matic Podlipnik (4′) – Kristjan Čepon (2′)
Rožle Bohinc
Gardien :
Gašper Krošelj [sort de 58’11’’ à 58’22’’ et de 58’31’’ à 60’00’’]
Remplaçant : Matija Pintarič (G).









































