Si Luciano Basile a été chargé de reconstruire les Rapaces de Gap en déliquescence en tant que directeur sportif mais aussi de coach pour la saison prochaine, il n’en a pas moins conservé sa position comme entraîneur national de l’Espagne. Cela fait deux ans que cette sélection, qui évolue à son plus haut niveau depuis trois décennies, s’accroche à la division IB. Elle a obtenu son maintien de justesse l’an passé (1-0 face aux Pays-Bas).
Cette année, les Espagnols ont semblé un peu plus en difficulté défensivement, perdant notamment 1-6 contre l’Estonie qu’ils avaient poussée en prolongation l’an dernier. Il est vrai que leur adversaire était cette fois le pays organisateur. L’avant-dernier match face à la Chine à néanmoins été très prometteur. Les Ibères sont remontés de 0-3 à 3-3 et ne se sont inclinés qu’aux tirs au but. Mais la Croatie – l’adversaire-clé pour éviter la relégation – reste aussi sur sa meilleure performance, une défaite 1-2 en prolongation face à la Lituanie qui a pourtant dominé… 53 tirs à 19.
Avec un tel ratio de lancers, le héros croate se nommait évidemment Vito Nikolic, le dernier rempart de Courbevoie qui devra quitter la Division 2 française où les gardiens étrangers ne seront plus admis. Une telle performance remettrait-elle en cause la hiérarchie dans les cages croates ? Non : pour ce match qui décidera de la relégation, le titulaire est bien Vilim Rosandic, l’ancien gardien de Nice, Montpellier et Neuilly qui est rentré au pays et a aidé Sisak à faire une solide saison en Alps Hockey League.
La barre est bien plus haute qu’en 2024 pour les Espagnols. Contrairement aux Néerlandais l’an passé, les Croates disposent de leurs meilleurs joueurs, en particulier leur capitaine et grande star Borna Rendulic qui évolue en KHL. L’impact de Rendulic se fait sentir dès la première minute. Il reçoit le palet de Marinkovic face au but et ne se fait pas prier pour fusiller Raul Barbo en pleine lucarne (0-1). Mais ce but n’est pas tant dû à un exploit individuel qu’à une grosse erreur d’Alejandro Carbonell qui aurait dû sortir le palet de sa zone et se l’est fait prendre par Vito Idžan.
Raul Barbo sait qu’il n’aura pas de blanchissage cette année, mais après avoir concédé le premier tir, il reste en confiance et voit bien partir les lancers. Son équipe ne le laisse pas déstabiliser par ce début de match raté. En fin de période, Jaime Capillas remonte le palet tout seul, et une fois la ligne bleue franchie, il tire sous le défenseur Alic, au-dessus de la botte droite de Rosandic (1-1, photo ci-dessous).
Le match reste fermé et tendu. Une faille semble s’ouvrir en tout début de deuxième période quand le défenseur croate Patrik Dobric réussit à percer dans l’axe entre De Bonilla et Casillas, mais quand il arrive devant Barbo celui-ci évacue le palet de la crosse. Dobric prend aussi la première du match quand il fait trébucher Quim Muratet dans le coin. Vilim Rosandic lâche un rebond sur un lancer de Gaston Gonzalez, qui prend son propre rebond… détourné de justesse par un réflexe du bras droit du gardien, qui se rattrape. Pendant la première pénalité espagnole (palet envoyé en tribune par Muratet), Jan Smolec tombe tout seul à la ligne bleue. Dorian Donath se voit offrir un breakaway sur un plateau d’argent mais son tir est dévié de la plaque par Rosandic.
Les belles occasions se multiplient pour l’Espagne. En séquence installée, Gonzalez dévie dans les airs le palet envoyé de la bleue par Alfred Encinar, mais le palet est bloqué sous la botte de Rosandic. Pendant un changement de ligne croate hasardeux, Juan Muñoz sert une longue passe vers Oriol Rubio tout seul à la ligne bleue. Face au gardien, il tire à mi-hauteur… et frappe le poteau droit !
Plus le temps avance et plus l’Espagne domine, même si à un quart d’heure de la fin Patrik Dobric a encore une bonne occasion en contre-attaque, détournée du bouclier par Barbo. La crosse haute de ce même Dobric (2’+2′) n’aide pas son équipe. À 4 contre 5, Vilim Rosandic descend la mitaine très bas pour capter un dangereux one-timer dans l’axe de Pablo Zaballa.
En prolongation, les deux équipes s’appliquent à bien maîtriser le palet sans jamais se mettre en risque. La Croatie réussit quelques bonnes passes sûres, les Croates préfèrent garder la rondelle et tenter les débordements individuels, bien accompagnés par la défense rouge. Seul le défenseur croate Ivan Puzic arrive à passer Alfonso Garcia en un-contre-un dans l’enclave, mais sans conclure. On se dit qu’il n’y aura aucune ouverture… Mais avoir toujours quelqu’un entre soi et la cage ouverte peut parfois aussi être un atout : après être entré en zone, Jaime Capillas utilise Bruno Fičur comme écran pour décocher un tir entre la mitaine et la botte que Rosandic ne voit pas partir. Un tir symétrique de l’égalisation, à l’autre poteau.

Explosion de joie des Espagnols sur la glace et du staff qui se congratule. Luciano Basile réserve une accolade particulière à Jaime Capillas, qui a été véritablement décisif et a évité une séance de tirs au but déconseillée aux cardiaques. La sélection ibérique passera une troisième année consécutive en division IB. Détresse et visages déconfits des Croates, qui ne resteront pas à ce niveau quitté il y a sept ans.
Désignés joueurs du match : Alfred Encinar pour l’Espagne et Borna Rendulic pour la Croatie.
Meilleurs joueurs du tournoi : Oriol Rubio pour l’Espagne et Borna Rendulic pour la Croatie.
Commentaires d’après-match :
Patrik Dobric (défenseur de la Croatie) : « Ce n’est pas que nous ayons mal joué, mais des pénalités nous ont enlevé le momentum. Un mauvais but en prolongation et c’est fini. Nous avons eu quelques bons matchs ici. C’est positif d’avoir pu jouer avec tout le monde, mais sortir de groupe, ce n’est pas satisfaisant. »
Luciano Basile (entraîneur de l’Espagne) : « Ce groupe a grandi. Nous étions l’équipe la plus jeune il y a deux ans en division II, nous sommes montés avec ce groupe. C’est une vraie équipe, aujourd’hui nous avons joué avec quatre lignes, nous avons utilisé huit défenseurs, nous avons utilisés nos deux gardiens. Nous avons vraiment fait un bon match. Nous étions meilleurs en troisième période, notre énergie était là. Il y a beaucoup de passion dans le groupe, on a besoin de ça pour survivre ici. On joue sur l’émotion, on a parfois des difficultés à la contrôler. Nous avons pris beaucoup de pénalités en début de tournoi mais nous avons été meilleurs là-dessus aujourd’hui. Chaque année est une année de souffrance mais chaque année est un honneur de rester dans cette division, c’est une première dans l’histoire du hockey espagnol d’y être aussi longtemps. »

Espagne – Croatie 2-1 après prolongation (1-1, 0-0, 0-0, 1-0)
Vendredi 2 mai 2025 à 16h00 à la Tondiraba jäähall de Tallinn. 255 spectateurs.
Arbitres : Andreas Harnebring (SUE) et Lukas Kohlmüller (ALL) assistés de Michal Gerne (POL) et Michael Stalder (SUI).
Pénalités : Espagne 4’ (0’, 4’, 0’, 0’) ; Croatie 8′ (0’, 2’, 6’, 0’).
Tirs : Espagne 37 (11, 10, 15, 1) ; Croatie 21 (7, 10, 3, 1).
Évolution du score :
0-1 à 00’37” : Rendulić assisté de Marinković et Idžan
1-1 à 17’35” : Capillas assisté de Rubio
2-1 à 64’05” : Capillas
Espagne
Attaquants :
Gaston Gonzalez (-1) – Alejandro Carbonell (C, -1) – Oriol Rubio (-1)
Alejandr Burgos (+1) – Jaime Capillas (+2) – Adrian Torralba
Paul Cerda (+1, 2’) – Quim Muratet (2’) – Joan Cerda
Juan Muñoz – Pablo Zaballa – Dorian Donath (+1)
Défenseurs :
Bruno Baldris (A, -1) – Alfonso Garcia (A, -1)
Jaime de Bonilla (+1, 2′) – Arturo Guerra
Pablo Fernandez – Alfred Encinar (+1)
Bosco Collado (+1) – Ismael Escartin
Gardien :
Raul Barbo
Remplaçant : Marco Hernandez (G). Non aligné : Adrian Torralba.
Croatie
Attaquants :
Borna Rendulić (C, +1) – Vito Idžan – Karlo Marinković (+1)
Leo Selitaj (-1) – Nikolas Malenica – Dominik Kanaet (-1)
Ivan Janković (A, 2’) – Bruno Fičur (-1) – Fran Zavrski
Alex Dimitrijević – Luka Grgurić – Martin Šimunković
Défenseurs :
Patrik Dobrić (+1, 6’) – Jan Smolec
Ivan Puzić (A) – Niko Cavlović
Lavro Slovinac (-2) – Tin Alić (-1)
Ivan Brencun – Luka Kramarić
Gardien :
Vilim Rosandić
Remplaçant : Vito Nikolić (G). En réserve : Teo Janjatovic Loncar (G).
NB : les +/- ont été corrigés par la feuille de match officielle, complètement fausse sur ce point











































