Deux titres pour les États-Unis, six pour le Canada : les Jeux olympiques de Milan-Cortina ne vont toujours pas échapper aux deux super-puissantes du hockey féminin.
Dominatrices depuis le début, les Américains, qui ont infligé un cinglant 5-0 à leurs rivales en poule, sont archi-favorites. Sortir de cinq blanchissages de suite fait souvent cet effet… Mais Brianne Jenner le dit très bien : « Nous sommes déjà passées par là. Nous savons comment le faire. Il est juste question de se présenter. »
Le « facteur X » reste la star Marie-Philip Poulin, qui jour son 27e match olympique, nouveau record canadien. Blessée au genou, au point de faire le trajet vestiaire-patinoire en voiturette, elle a tout de même signé un doublé en demi-finale pour s’emparer du record de buts aux Jeux.

Un round d’observation
Le match débute par un round d’observation de cinq minutes, sans grande occasion. La première vraie chance revient à l’inévitable Poulin sortie du fond, pour un tir du cercle gauche, et Aerin Frankel s’impose.
Réplique peu après avec une accélération d’Abbey Murphy à droite, Ann-Renée Desbiens repousse. Mais les États-Unis sont punis d’un surnombre sur l’action. Plusieurs tirs se heurtent au rideau défensif américain, qui s’en sort sans dommage ; on notera aussi le travail de la peste Murphy, avec un contact sur Stacey pour sortir le palet de la zone.
Après dix minutes très équilibrées, les Canadiennes poussent et, à sept minutes de la pause, il faut une double intervention de Frankel pour tenir le score devant Emily Clark, du bouclier, et Laura Stacey, qui récupère le palet au vol et tire, sur une gardienne qui a tout lu.
Un peu plus tard, Stacey manque de profiter d’une erreur de jugement près du but ; Frankel doit geler le palet.
Une faute de Joy Dunne sur Erin Ambrose n’échappe pas aux officiels. La plus jeune joueuse de l’équipe américaine, promue sur la première ligne pour ce match, laisse son camp deux minutes. Les Américaines s’octroient la première chance lorsque Hayley Scamurra vole le palet à Renata Fast. Celle-ci reste au contact et sort un joli geste défensif pour mettre fin à l’échappée. Puis, Britta Curl gagne son duel le long de la bande et accélère, trouvant, Cayla Barnes en retrait. Le tir croisé frôle le poteau. Les Canadiennes mettent du temps à s’installer et seule Clark parvient à envoyer un tir du revers dans l’enclave. Frankel repousse.
Peu en verve offensivement les États-Unis bénéficient d’un jeu de puissance sur le fil, sur une faute de Shelton qui accroche Curl. 1’46 de cet avantage aura lieu en deuxième tiers : 0-0 après vingt minutes. C’est peut-être le meilleur tiers du Canada depuis le début du tournoi. Les Américaines n’ont pas réussi à installer leur jeu de transition rapide, sous pression dans la neutre et gênées par l’échec-avant. C’est la première fois qu’elles restent muettes au premier tiers dans ces Jeux.

O’Neill met fin à la série américaine
Le Canada débute à une joueuse de moins… mais Laura Stacey fait la différence. Elle accélère sur l’aile droite, laissant Edwards derrière elle, piégée par un rebond étrange sur la bande. Kristin O’Neill a suivi sur sa gauche, créant un deux-contre-un avec Keller. Stacey fixe et sert O’Neill seule devant Frankel. Une feinte pour la mettre au sol, puis glisser le palet dans le but (0-1). C’est la fin d’une série de 352 minutes et 21 secondes sans but encaissé.
Il faut donc partir à l’attaque. Murphy s’y emploie à droite, trouve Heise qui, dos au but, décale vers Bilka cage ouverte… au-dessus ! Les contres canadiens avalent les espaces et Emma Maltais cherche Renata Fast montée en deux contre un, elle aussi échoue à cadrer sa reprise.
Les États-Unis enchainent avec une présence longue durée, avec Harvey à la baguette. Le tir de la défenseure est alors contré et retombe sur Haley Winn ; Desbiens a mordu au premier tir et la cage est ouverte, un trop court instant. Plus agressives dans les duels, les joueurs de John Wroblowski récupère plus haut et conservent le palet en zone d’attaque.
Harvey se multiplie sur tous les palets, cherchant des remises dans le slot. Desbiens s’impose sur plusieurs actions, dont un arrêt de la botte sur Winn, un tir de Scamurra entre les cercles, puis un tir flottant qu’elle capte au dessus de Curl, alors que les Américaines ont clairement haussé le rythme.
Une montée de Barnes lance une nouvelle chance. Curl récupère et donne à Heise, qui allume du cercle gauche. Desbiens sauve, et Curl chasse le rebond qui file au dessus du but.
Le Canda recule et prend un peu d’air sur une mise au jeu offensive avec un lancer de Shelton, capté de la mitaine par Frankel. Puis, Watts frôle la déviation de près, suivie d’une remise vers Fillier près de la cage, qui exige de Frankel un déplacement rapide.
Le match semble sur le fil du rasoir. Frankel et Desbiens se livrent un duel à distance de très haut niveau. Sur une mise au jeu, Fast lance et Fillier dévie… juste à côté du poteau ! C’est la dernière occasion d’un tiers disputé sur un rythme très élevé. Le Canada vire en tête après quarante minutes.

La capitaine au rendez-vous
Les Américaines entament tambour battant et Desbiens répond présent à plusieurs reprises. Cela reste imprécis, avec des centres dans le slot pour personne, des remises à la bleue trop longues… bref, pas aussi fluide que lors des six premiers matchs.
Dix minutes passent et Desbiens n’a qu’une poignée de tirs assez faciles car lointains et sans écran. Les États-Unis ne parviennent pas à trouver du monde dans les zones de vérité, et restent donc repoussées en périphéries, dans des batailles usantes dans les balustrades. Les rares situations sont bloquées, à l’image d’un sacrifice de Stacey devant Stecklein.
La frustration se voit dans l’impact physique. Britta Curl vient asséner une vilaine charge à 6’23 de la fin, qui laisse Erin Ambrose au sol. La révision vidéo réduit la faute à deux minutes, mais l’arrière canadienne rentre au vestiaire. Watts se crée la première chance en dépassant Edwards à gauche, et tire sur le masque de Frankel. Poulin, servie entre les cercles, tire au dessus, et le jeu revient à 5 contre 5 avec quatre minutes à faire.
Le Canada profite de l’élan pour tenir le palet en attaque, Poulin offrant une chance à Fillier. C’est toujours du temps de mangé… et il ne reste que deux minutes. Frankel sort et les Américaines s’installent. Laila Edwards se charge du tir de la bleue et la capitaine Hilary Knight répond présent en déviant devant Desbiens (1-1). Knight prend la première place au classement des buteuses américaines aux Jeux : 15e but et 33e point, devant Natalie Darwitz et Katie King en buts, et Jenny Potter en points.
Les Américaines poussent encore sur la fin irrespirable. Une passe déviée revient sur Murphy qui reprend… le palet est freiné et bloqué par Desbiens. C’est la dernière action : prolongations !
Les derniers Championnats du monde s’étaient déjà dénoués sur cet exercice à 3 contre 3. Il avait fallu 17 minutes à Tessa Janecke pour donner la victoire aux États-Unis. Les Canadiennes, qui ont beaucoup reculé en fin de tiers, auront-elles l’énergie ? Leurs défenseures accumulent les minutes (29’44 » pour Fast 26’56 » pour Shelton) et Ambrose est indisponible.

Un but légendaire de Keller
Fast, Poulin, Stacey d’un côté. Coyne, Carpenter, Keller de l’autre : on a choisi l’expérience. La tension est palpable. Une perte de palet profite à Watts qui va se présenter seule… Non ! Abbey Murphy réalise un superbe retour, sans faute. Nouvelle contre-attaque canadienne après trois minutes. Watts fonce à droite, avec Fillier à sa gauche. Harvey coupe la ligne de passe et Frankel sauve en deux temps. Puis c’est un contre américain, et une mitaine ferme de Desbiens sur le tir de Knight.
Finalement, une très longue passe de Tylor Heise piège le Canada sur un changement de ligne. Megan Keller mystifie Claire Thompson d’un grand pont, fixe Desbiens et lève le palet au dessus de la jambière (2-1).
Les États-Unis sont championnes olympiques, et sur l’ensemble du tournoi c’est totalement mérité. 33 buts marqués, seulement 2 encaissés : une équipe dominante… mais qui est tombée sur un sacré os en finale. Le Canada a sorti sans doute son meilleur match depuis des mois, un modèle défensif rigoureux, collectif. Il n’aura pas manqué grand chose… Deux minutes et quatre secondes, en réalité.

Commentaires d’après-match :
Natalie Spooner (attaquante du Canada) : « C’est dur de finir comme ça. Nous avons fait un bon début de match, un très bon échec-avant, nous avons eu des chances. C’est notre meilleur match ensemble, donc c’est dur. Nous savions que nous étions capables d’un match comme ça, avec notre expérience, notre résilience après beaucoup de moments difficiles cette année. Nous voulions ramener l’or à la maison. Le 3 contre 3 ? C’est déjà mieux que les tirs au but en 2018 ! Quelle que soit la manière ça sera toujours dur de perdre. Le but c’était de progresser à chaque match dans ce tournoi, apprendre et nous avons montré le meilleur ce soir. Si nous avions pu concrétiser une de nos occasions… C’est différent de 2018, mais à l’époque cela m’avait fourni une grande motivation. On reviendra au travail, pour ne plus revivre un moment pareil. »
Renata Fast (défenseure du Canada) : « Comme attendu, c’était un match serré. Nous avons joué avec le cœur, la fierté et la passion, après beaucoup d’adversité ces derniers mois. On s’est présentées, pour rendre le pays fier de nous. Cette semaine nous avons beaucoup discuté pour aborder ce match avec la bonne mentalité. On voulait jouer un match honnête, appliquer les consignes. Un deuxième but aurait été immense, nous avons eu des chances en supériorité mais n’avons pas su exécuter. À chaque fois qu’on joue les États-Unis c’est comme ça, des matchs très serrés. Marie-Philip Poulin, je suis fière d’elle, c’est notre capitaine, on l’aime pour ce qu’elle est, pour la personne qu’elle est. Elle est proche de tout le monde, travaille tout le temps. C’est un tournoi difficile pour elle et cela montre la coéquipière qu’elle est. Elle a toujours été comme ça. La pénalité de match changée en deux minutes ? Je n’ai rien vu, j’étais concentrée sur mon prochain shift et le jeu de puissance. Ann-Renée Desbiens, c’est la meilleure gardienne du monde, on a de la chance de l’avoir. Elle est toujours calme derrière nous, elle nous apporte de la confiance. A l’issue de ce match, on prendra du recul et on sera fières de ce qu’on a mis, l’effort, la passion. On a eu beaucoup d’adversité depuis un an. Performer comme on l’a fait ce soir, je suis fière de notre groupe. »
Caroline Harvey (défenseure des États-Unis) : « Megan est juste une joueuse clé… Dès que j’ai vu le palet dans le but, j’ai juste sauté sur la glace. Elle a tellement d’habileté, c’est une grande meneuse. C’est une joueuse spéciale, qui sait monter son niveau aux meilleurs moments. Notre capitaine aussi a su marquer un but au bon moment ! Nous avons parlé dans le vestiaire après le deuxième tiers, nous avions confiance, nous savions que n’importe qui pouvait faire le travail. Je suis fière de faire partie d’un tel groupe. Il y a un bon mix entre les plus jeunes et les joueuses expérimentées. Je ne réfléchis pas encore à l’avenir, je viens tout juste de recevoir une médaille d’or. Sans doute déjà gagner le titre avec Wisconsin. Mais je vais prendre les étapes les uns après les autres. Où est-ce que je vais ranger la médaille ? Probablement d’abord dans une chaussette pour ne pas l’abîmer ! »
États-Unis – Canada 2-1 après prolongation (0-0, 0-1, 1-0, 1-0)
Jeudi 19 février 2026 à 19h10 à Milano Santagiulia. 11 171 spectateurs.
Arbitres : Kelly Cooke (USA) et Cianna Murray (CAN) assistées de Kristýna Hájková (CZE) et Tiina Saärimäki (FIN).
Pénalités : États-Unis 6′ (4′, 0′, 2′, 0′) ; Canada 2′ (2′, 0′, 0′, 0′).
Tirs : États-Unis 33 (6, 14, 8, 5) ; Canada 31 (8, 13, 8, 2).
Récapitulatif du score :
0-1 à 20’54” : O’Neill assistée de Stacey et Fast (inf. num.).
1-1 à 57’56” : Knight assistée de Edwards et Keller (att. supp.).
2-1 à 64’07” : Keller assistée de Heise
États-Unis
Attaquantes :
Joy Dunne (2′) – Alex Carpenter (A) – Hilary Knight (C)
Hannah Bilka (-1) – Taylor Heise (+2) – Abbey Murphy
Kendall Coyne – Kelly Pannek – Grace Zumwinkle
Britta Curl (2′) – Tessa Janecke (+2) – Hayley Scamurra
Défenseures :
Megan Keller (A, +1) – Laila Edwards
Caroline Harvey – Haley Winn
Lee Stecklein – Cayla Barnes
Gardienne :
Aerin Frankel
Remplaçante : Gwyneth Philips (G), Rory Guilday (D), Kirsten Simms (A).
Canada
Attaquantes :
Daryl Watts – Marie-Philip Poulin (C, -1) – Sarah Fillier
Emily Clark (-2) – Blayre Turnbull (A, -1) – Laura Stacey
Emma Maltais – Sarah Nurse – Brianne Jenner
Julia Gosling – Kristin O’Neill (+1) – Natalie Spooner
Jennifer Gardiner [1 présence]
Défenseures :
Jocelyne Larocque (A, +1) – Renata Fast (-1)
Ella Shelton (-1, 2′) – Sophie Jaques
Claire Thompson (-1) – Erin Ambrose (+1)
Gardienne :
Ann-Renée Desbiens
Remplaçantes : Emerance Maschmeyer (G), Kati Tabin (D).










































