Il y avait tout pour faire de cette soirée un tournant de la saison. Premier avec 86 points, le Rouen Hockey Élite 76 recevaient son dauphin, les Brûleurs de Loups de Grenoble (81 points), pour la 39e journée de Ligue Magnus. Un sommet entre le premier et le deuxième de la ligue. Trois semaines après la finale de Coupe de France remportée par les Dragons, l’affiche sentait la poudre pour la reprise de la Ligue Magnus post-olympique et sa polémique française autour de « l’affaire Crinon », présent et souvent sifflé sur la glace ce soir. Pendant quarante minutes, Grenoble a cru tenir sa revanche. Mais un troisième tiers renversant, porté par un triplé de Chase Gresock, a offert à Rouen une victoire majeure (5-3) dans la course à la première place.
Dès l’entame, les Brûleurs de Loups imposent leur intensité. Ils sont plus agressifs. Ils complètent leur échec-avant. Ils sont aussi plus rapides et plus nombreux dans la conquête des palets libres. Rouen, lui, est bousculé, encaisse et encaisse. Parfois il profite d’une présence moins physique ou s’extirpe de la pression adverse avec assiduité. Dair est le premier à tester Carruth (1’52), tandis que Holway répond en trouvant l’extérieur du filet (3’03).
Malgré deux supériorités rouennaises provoquées par des pénalités évitables d’Alexandre Mallet, c’est Grenoble qui ouvre le score. Boivin intercepte une relance rouennaise en zone neutre et ajuste Carruth d’un tir précis dans la lucarne (0-1 à 15’20). C’est le 19e but de la saison pour le meilleur pointeur de la ligue. Les Normands tentent de réagir, mais Pintaric ferme la porte devant Bouramman (16’39) et Simonsen (16’50). Le premier tiers a été en faveur des Dauphinois, marqué par des occasions de Grossetete (15’39) et de Beauchemin (18’02).
Le deuxième acte démarre mal pour les Dragons, qui ont perdu Julien Tessier, blessé. Matima (23’13) et Koudri (26’06) sont dangereux. Grossetete s’échappe depuis sa zone et double la mise d’un tir ras de glace entre les jambières de Carruth (0-2 à 26’53). Les Brûleurs de Loups ont capitalisé sur les principales erreurs rouennaises. Pourtant, le RHE76 apporte un peu plus de danger sur la cage grenobloise. Gresock, prompt et opportuniste sur un court rebond devant Pintaric, redonne espoir à tout Péchalat (1-2 à 29’34).
Mais l’indiscipline des locaux coûte cher. Lavoie puis Holway sont pénalisés, offrant 1’43 de « cinq-contre-trois » aux visiteurs. François Beauchemin en profite. Pas inquiété lorsqu’il tire à mi-distance (1-3 à 34’34). Malgré deux autres occasions de Lafrance (36’42) et de Lampérier (39’13), les Seinomarins rentrent aux vestiaires mené de deux longueurs.
La révolte démarre dans la dernière période. Rouen renverse la table. Devant la cage, Nesa prend un retour de la botte de Pintaric après un tir de Schmitt et relance la machine (2-3 à 42’21). Le timing est parfait. Trente-sept secondes plus tard, dans un un angle fermé côté fort, Gresock profite d’un long rebond accordé par Pintaric en déséquilibre après avoir été fusillé, presque à bout portant, par Lafrance. Il égalise (3-3 à 43’08). Finis, les vocaux habituels. Un vacarme assourdissant d’ « Allez Rouen ! » descend des gradins.
Les hommes de Carl Mallette enchaînent. Après une entrée en zone magnétique de Regush, Gresock, libéré en bas du cercle gauche, trouve la lucarne d’un petit tir croisé des poignets (4-3 à 45’05). Un joyeux maelstrom traverse Péchalat ! C’est le troisième but de la soirée pour l’ailier. Son 17e de la saison. En l’espace de trois minutes, le match a changé de visage. Temps mort immédiat d’Edo Terglav du côté des BDL qui revivent le début de match cauchemardesque de Bercy.
Grenoble pousse. Beauchemin (54’39) et Leclerc (56’00) butent sur respectivement, un Carruth et le duo Schmitt-Colomban impériaux. Les locataires de Pôle Sud se tirent une balle dans le pied en jouant avec trop de joueurs sur la glace. Preuve d’un coaching défaillant ? En tous les cas, d’un manque certain de sérénité.
L’ogre créé par le président Jacques Reboh terminera le match avec un homme de moins. Malgré l’infériorité, Matija Pintaric quitte sa cage. Mais, étonnamment, Edo Terglav se prive de ses hommes forts (Beauchemin, Boivin, Mallet et Rautanen) dans les dernières secondes. Seul Englund est conservé sur le bloc pour l’ultime mise en jeu dans le camp rouennais. Finalement, Holway scelle le sort du match, d’un long lancer pris en bas de sa zone, vers la cage vide (5-3 à 59’43).
Le plan de match grenoblois a échoué. Sans parler de la gestion de la fin de match qui relève plus du coaching. La robustesse, parfois mal maîtrisée, consomme beaucoup d’énergie directement et indirectement (pénalités). L’ardeur a manqué pour contrecarrer les deuxièmes et troisièmes palets lors du maelstrom rouennais.
Malgré des unités spéciales qui restent tellement à travailler, Rouen a tenu sa ligne directrice, sans variation, encaisser défensivement et soutenir un rythme stable en attaque en attendant moins la ligne de tir parfaite.
Leader avant la mise en jeu, mené après quarante minutes, puis finalement vainqueur 5-3 : Rouen a fait vivre toutes les émotions possibles à son public, jeudi soir, face à son dauphin grenoblois.
Au classement, les Dragons confortent leur première place et prennent un ascendant psychologique important sur leur principal rival,à l’approche du sprint final. La victoire a pourtant un coût : Tessier et Chakiachvili – ce dernier touché violemment contre la balustrade – n’ont pas terminé la rencontre.
Commentaires (dans Paris Normandie) :
Carl Mallette (coach de Rouen) :
– Grenoble est sorti fort. Ils ont une force de frappe assez incroyable,. Ils ont une bonne équipe, ils sont physiques. Leurs meilleurs joueurs ont répondu présent lors des deux premiers tiers. Dans le premier tiers, je ne trouvais pas qu’on jouait un mauvais match. On travaillait, les intentions étaient bonnes. Grenoble est sortie extrêmement fort. Physique, avec l’envie de revanche. Ils finissaient toutes leurs mises en échec, mais nous étions capables de subir leur jeu physique. On faisait les sacrifices pour supporter leur robustesse.
– On a donné les trois buts à Grenoble. On leur a donné les deux premiers buts deux sur revirements individuels mais je ne blâmerai jamais aucun joueur car c’est un sport collectif. Le troisième but, on a manqué de discipline, on méritait nos punitions, Grenoble a marqué à cinq contre trois.
– Ce que j’ai aimé de mon équipe, c’est sa résilience. On trouve une façon de gagner des matchs de hockey, et ce n’est jamais la même façon. J’avais un feeling qu’après la deuxième période on n’était pas morts parce qu’on travaillait fort. Il y a des soirs où tu n’as pas de jambes, que ton intensité n’est pas là, ta volonté n’est pas là, mais nous, on avait de la volonté ce soir. Le public est resté derrière nous. Un match de hockey ne se termine pas après 40 minutes.
– J’ai eu la main heureuse. On a perdu deux joueurs aujourd’hui. Julien Tessier qui s’est blessé. On a Chakiachvili aussi qui est tombé au combat. Donc, il fallait remanier un peu les trios. Des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas. J’ai senti que Gresock connaissait un fort match. D’ailleurs, il a beaucoup de succès contre Grenoble, il marque toujours contre eux. Je me suis dit qu’on allait le remettre avec son ami, Regush, et il marque trois buts.
– Ce qui m’impressionne le plus de cette équipe-là, c’est qu’il n’y a personne qui pense à lui-même. Le quatrième trio ce soir, Colomban, Nesa et Lampérier, ont été très, très, très solides. Ils nous remettent dans le match avec le gros but de Vincent Nesa.
– Notre gardien de but, encore une fois, a été très solide. On perdait 3-1, il nous a tenus dans le match, surtout en troisième, avec des gros arrêts.
– Maintenant, il faut sécuriser la première place sur les matchs à venir. Le premier objectif, c’était Bercy. Maintenant, le deuxième, c’est de terminer premier. Lorsque je regarde le calendrier il n’y a rien de garanti, il n’y a rien de fait.
– Rech et Chakiachvili m’ont dit qu’ils voulaient absolument jouer. Respect à eux. Il y a de la fatigue. Jouer aux Jeux Olympiques, c’est tout un mérite. Chapeau à eux. Je respecte énormément le fait qu’ils aillent jouer ce soir. Ça aurait été facile de prendre congé. Je n’allais pas les forcer, mais ça démontre exactement le leadership qu’on a dans le vestiaire. »
Rouen – Grenoble 5-3 (0-1, 1-2, 4-0)
Jeudi 19 février 2026 à 20h00, à la patinoire Nathalie Pechalat. 3029 spectateurs.
Arbitres : Cyril Debuche et Jeremy Rauline assistés de Timothée Maudet et Thomas Simon
Pénalités : Rouen 4′ (0′, 4′, 0′) ; Grenoble 10′ (4′, 2′, 4′)
Tirs : Rouen 40 (14, 10, 16) ; Grenoble 33 (12, 11, 10)
Supériorités : Rouen 1/5 ; Grenoble 1/2
Évolution du score :
0-1 à 15’20” : Boivin
0-2 à 26’52” : Grossetete assisté de Koudri
1-2 à 29’34” : Gresock assisté de Rech et Holway
1-3 à 34’34” : Beauchemin assisté de Mallet et Rautanen (double sup.num.)
2-3 à 42’22” : Nesa assisté de Schmitt et Colomban
3-3 à 43’09” : Gresock assisté de Lafrance et Regush
4-3 à 45’05” : Gresock assisté de Regush et Holway
5-3 à 59’43” : Holway assisté de Regush (cage vide)
Rouen
Attaquants :
Anthony Rech – Michael Regush – Tommy Perret
Alexandre Lavoie – Simon Lafrance – Tomas Simonsen
Rolands Vigners – Julien Tessier (sorti blessé à 20’00) – Chase Gresock
Loïc Lampérier (C) – Robin Colomban – Vincent Nesa
Arrières:
Florian Chakiachvili (A) (sorti blessé à 42’51) – Patrick Holway
Pier-Olivier Roy – Gustav Bouramman
Dylan Yeo (A) – Charles Schmitt
Gardien:
Mac Carruth (30 arrêts)
Remplaçant : Lucas Mugnier (G). Absent : James Phelan (raisons personnelles)
Grenoble
Attaquants :
Christophe Boivin – François Beauchemin – Alexandre Mallet
Nicolas Deschamps (C) – Mathias Bachelet – Guillaume Leclerc
Rudy Matima – Adel Koudri – Aurélien Dair (sorti blessé à 51’39)
Valentin Grossetete – Fedric Weigel – Sven Karlsson (A)
Arrières :
Pierre Crinon (A) – Axel Prissaint
Andrius Kulbis-Marino – Pontus Englund
Juho Rautanen – Antoine Fertin
Gardien :
Matija Pintaric (35 arrêts)
Remplaçant : Isidore Agnel (G). Absents : Jakub Stepanek et Nolan Zajac (surnuméraires), Sacha Treille (?) et Théo Gueurif (blessé).














































