La Lettonie a atteint les demi-finales une fois dans toute son histoire. La Norvège, jamais. La rencontre de ces deux pays en quart de finale assure donc déjà une présence inattendue dans le dernier carré. Sur ce qu’ils ont montré dans le tournoi, les Norvégiens mériteraient certainement de se qualifier, mais l’expérience de ce genre de situation semble pencher du côté balte.
Les Allemands se consoleront de l’absence de leur équipe nationale en quart de finale avec un duel entre deux gardiens de DEL, Henrik Haukeland (Straubing) et Kristers Gudlevskis (Bremerhaven).
Ce sont les Lettons qui entrent dans le match avec un peu plus de dynamisme, même s’il ne leur est pas facile d’entrer dans le milieu de la zone, solidement défendu. C’est pareil de l’autre côté glace. Le jeu se déroule sans temps mort, mais essentiellement dans les coins. Après 11 minutes, malgré l’engagement élevé de part et d’autre, le compteur de tirs affiche à peine 3 à 1 en faveur des Baltes. La Norvège n’incrémente ce faible total que par des tirs sans danger.
Au quart d’heure de jeu, enfin une occasion ! La défense norvégienne attend le pressing letton et l’évite avec une attaque rapide. Eirik Salsten entre en zone offensive sur la gauche et arrive à passer à Patrick Elvsveen dans le dos du défenseur. Son lancer à deux mètres du but est bloqué de justesse par Kristers Gudlevskis sous son bras gauche.
La meilleure chance balte survient quand Vilmanis repique à la cage… mais il est alors pénalisé pour obstruction sur le gardien. Gudlevskis a alors un peu de chance quand un one-timer du cercle droit de Tinus Luc Koblar est détourné par le manche de son bâton. Une fois sorti de prison, Vilmanis se faufile encore jusqu’à la cage, mais Haukeland s’interpose solidement de la botte.
La Lettonie entre vraiment plus fort dans la deuxième période. Elle se crée de longues possessions en zone offensive. Sandis Vilmanis est encore partout, par des passes ou des tirs. Son lancer puissant est dévié de peu par le haut de l’épaule de Haukeland. Mais les Norvégiens ont survécu à ces cinq minutes de tempête, et se mettent à leur tour à occuper le territoire adverse. Place en haut d’enclave, le junior Tinus Luc Koblar hérite d’un palet contré par un patin et le propulse au-dessus de la mitaine de Gudlevskis (1-0). Explosion de joie des supporters norvégiens, minoritaires dans les tribunes mais très audibles.
Les Baltes ne peuvent pas réagir de suite car ils doivent tuer une pénalité, Roberts Mamčics ayant retenu Rønnild dans le coin. Mais juste après, Andreas Martinsen commet une faute en zone offensive en chargeant Alberts Šmits dans la bande. En supériorité numérique, Vilmanis fait écran devant le gardien et l’enlève pour laisser passer le tir axial de Zile, qui est dévié par l’épaule gauche de Haukeland.
Martinsen sort de prison… et y retourne parce qu’il pousse le défenseur letton Andzans contre la cage. Obstruction (indirecte) sur le gardien : le style percutant du vétéran lui vaut deux minutes de pénalité. Sandis Vilmanis, encore et toujours, se fait servir de derrière la cage par Haralds Egle, mais son tir est détourné par le bras de Haukeland, une fois de plus. Rien ne rentre pour les blancs, même si ce ne sont plus les occasions qui manquent.
Les pénalités non plus, d’ailleurs. Zile fait trébucher Elvesveen dans un coin. À 5 contre 4, Michael Brandsegg-Nygård tarde un peu à réceptionner la passe transversale de Jacob Berglund et le gardien Gudlevskis a le temps de refermer l’angle. Si l’on voit des supporters habillés d’une croix blanche sauter d’un coup dans le public, c’est pour un évènement qui se passe au même moment à Zurich. Certains ont le regard rivé sur leur téléphone… À Fribourg aussi, les maillots rouges ont le dessus. Ils dominent la fin de période.
À la sortie des vestiaires, ce ne sont plus les Lettons qui sortent déchaînés. La Norvège a pris l’ascendant et semble tenir à le garder, en étant conquérante dans les duels. Mais après deux ou trois minutes, la tendance s’inverse de nouveau. Les tirs baltes se multiplient… et Patrick Thoresen utilise même son temps mort pour recadrer ses troupes. Ne pas reculer, ne pas subir, tel est sûrement son message. Ses joueurs ont déjà prouvé leur capacité à garder un avantage, ils ont beaucoup mûri durant ce tournoi.
Les offensives continuent néanmoins pour la Lettonie. À la cinquantième minute, une très belle croisée de Haralds Egle en zone neutre lance Eduards Tralmaks seul sur le côté gauche… mais le moustachu qui a mis 30 buts en AHL cette saison laisse échapper le palet et ne peut plus que faire un tir faible dans la botte du gardien quand il le rattrape. Terriblement frustré, Tralmaks fracasse sa crosse sur le banc et en prend une autre.
Le jeu est de plus en plus à sens unique pour les Baltes, mais le dernier geste fait toujours défaut. La reprise de Martins Dzierkals est trop écrasée sur une nouvelle bonne passe de derrière la cage de Haralds Egle, le centre sous-estimé qui fait un match de très haut niveau mais n’est pas récompensé. Les déviations ne tombent pas du côté letton et Haukeland gèle vite le palet dès qu’il y a du danger.
Gudlevskis sort à l’avant-dernière minute. Un Norvégien dégage en catastrophe dans le plexi, le palet rebondit dans la direction du but vide, mais assez lentement pour que Mamčics revienne le chercher. Tralmaks s’infiltre à la cage, son tir finit dans le plastron du gardien. Il reçoit un palet remporté en fond de zone par Batna… et tire dans la botte de Haukeland. Ce n’est pas son jour de marquer, il envoie un palet dans l’enclave en cherchant une déviation… mais Noah Steen le récupère et le conduit jusqu’à la cage désertée en évitant Šmits puis Egle (2-0).
Moments fabuleux de liesse sur le banc de la Norvège, où personne n’avait osé rêver d’un tel aboutissement. Ce pays où le hockey sur glace a toujours été au second plan est en demi-finale d’un championnat du monde. Un Haukeland solide signe son troisième blanchissage du tournoi, mais avec bien plus de travail que pendant les deux premiers (contre la Slovénie et l’Italie, deux candidates à la relégation).
Ce n’était pas la plus belle des victoires de cette quinzaine pour des Norvégiens qu’on a connus plus en verve offensivement, mais ce soir, ils ont montré leur autre face : leur capacité à bloquer des tirs et à frustrer des attaquants baltes en manque de réussite. Ils quittent Fribourg en héros ; ils auront tout un pays contre eux quand ils affronteront la Suisse à Zurich en demi-finale.
Désignés joueurs du match : Henrik Haukeland pour la Norvège et Oskars Cibuļskis pour la Lettonie.
Trois meilleurs Lettons du tournoi selon leur coach : Kristers Gudļevskis, Rudolfs Balcers et Sandis Vilmanis.
Commentaires d’après-match :
Henrik Haukeland (gardien de la Norvège) : « Dans mes rêves les plus fous, je n’avais pas pensé à ça. Mais on a montré dans ce tournoi quel genre de groupe nous sommes. C’est ce qu’il y a de fantastique dans les sports collectifs. On peut déplacer des montagnes avec une équipe. Je suis si fier d’être norvégien aujourd’hui. C’était incroyable tout le championnat du monde, chacun a bloqué les tirs comme si sa vie en dépendait. Nous avons un si gros cœur. Nous avons travaillé l’un pour l’autre. Ce n’était pas notre meilleur match ce soir, mais je pense que pour la première fois dans ce tournoi nous avions quelque chose à perdre. Mais nous sommes restés soudés et je suis incroyablement fier des gars. C’était un plaisir d’être derrière eux. »

Norvège – Lettonie 2-0 (0-0, 1-0, 1-0)
Jeudi 28 mai 2026 à 20h20 à la BCF Arena de Fribourg. 7500 spectateurs.
Arbitres : Taylor Burzminski et Jesse Gour (CAN) assistés de Gustav Jonsson (SUE) et Lukáš Rampír (TCH).
Pénalités : Norvège 4’ (0’, 4’, 0’) ; Lettonie 6’ (2’, 4’, 0’).
Tirs : Norvège 24 (6, 14, 4) ; Lettonie 35 (7, 8, 20).
Évolution du score :
1-0 à 27’10” : Koblar assisté de Brandsegg-Nygård et Hurrød
2-0 à 59’44” : Steen assisté de Pettersen (cage vide)
Norvège
Attaquants :
Andreas Martinsen (C, +1, 4’) – Tinus Luc Koblar (+1) – Michael Brandsegg-Nygård (+1)
Patrick Elvsveen – Eirik Østrem Salsten – Martin Rønnild
Petter Vesterheim – Eskild Bakke Olsen – Emilio Pettersen (+1)
Noah Steen (+1) – Håvard Østrem Salsten (+1) – Jacob Berglund
Défenseurs :
Christian Kåsastul (A, +1) – Max Krogdahl (A, +1)
Stian Solberg – Johannes Johannesen
Kristian Østby (+1) – Sander Hurrød (+1)
Gardien :
Henrik Haukeland
Remplaçant : Tobias Normann (G), Adrian Saxrud Danielsen (D), Mikkel Øby Olsen (A). Non équipés : Mathias Arnkværn (G), Thomas Olsen , Mikkel Eriksen (A). Blessé : Markus Vikingstad (A).
Lettonie
Attaquants :
Rudolfs Balcers (C, -1) – Deniss Smirnovs – Sandis Vilmanis (2’)
Eduards Tralmaks (-2) – Haralds Egle (-1) – Mārtiņš Dzierkals (-2)
Renars Krastenbergs – Oskars Batņa (-1) – Toms Andersons
Kristaps Skrastiņš – Gļebs Prohorenkovs – Oskars Lapinskis
Filips Buncis [1 présence]
Défenseurs :
Oskars Cibuļskis – Alberts Šmits (-1)
Ralfs Freibergs (A, -1) – Artūrs Andžāns (-1)
Kristaps Zīle (A, 2’) – Roberts Mamčics (2’)
Miks Tumānovs
Gardien :
Kristers Gudļevskis [sorti de 58’25” à 60’00”]
Remplaçant : Gustavs Davis Grigals (G). Non équipés : Mareks Mitens (G), Kristofers Bindulis (D), Olivers Mūrnieks (A).












































