Trois trophées Vézina, un trophée Hart de MVP de la NHL, une médaille d’or olympique en février… et pas une seule minute de jeu depuis le 13 avril : une défaite 6-2 à Las Vegas face aux Golden Knights, qui a éteint les derniers espoirs de qualification des Jets de Winnipeg pour les séries 2026. Après six mois de bras de fer avec son club, Connor Hellebuyck a été échangé aux Devils du New Jersey le vendredi 23 octobre, le jour même où prenait fin sa suspension. Retour sur une saga hors norme, et sur ce qui attend désormais le nouveau numéro 37 des Devils.
D’un sommet historique à une saison « inacceptable »
En 2024-2025, Hellebuyck domine la ligue. Il signe 47 victoires, un pourcentage d’arrêts de 92,5% et 8 blanchissages, et termine premier de la ligue en victoires, en moyenne de buts encaissés et en blanchissages. Les Jets remportent le trophée des Présidents, lui rafle le Vézina et le Hart, et devient seulement le cinquième gardien de l’histoire à recevoir les deux la même saison.
En février 2026, aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, il porte les États-Unis jusqu’à l’or avec cinq victoires en cinq matchs et un pourcentage d’arrêts de 95,6%. C’est le premier titre olympique des Américains chez les hommes depuis 1980, décroché en prolongation contre le Canada avec 41 arrêts en finale.
Mais à Winnipeg, la saison 2025-2026 tourne au cauchemar. Les Jets passent du trophée des Présidents à une saison sans séries. Hellebuyck, opéré du genou en novembre et absent pendant douze matchs, termine avec un pourcentage d’arrêts de 89,5% en 57 matchs. C’est le plus bas de ses onze saisons en NHL, et pour la première fois de sa carrière, il ne réussit aucun blanchissage. Passer de 92,5% à 89,5% en un an, pour un gardien de ce calibre, c’est une chute vertigineuse.
Avril : le point de rupture
Le 17 avril 2026, lors de son bilan de fin de saison face aux médias, Hellebuyck ne mâche pas ses mots. Il qualifie la saison d’« inacceptable », estime que remettre la même équipe sur la glace ne fonctionnerait pas, et renvoie la question des changements à effectuer vers son directeur général, Kevin Cheveldayoff. Il ajoute que la seule chose qui manque à son palmarès, c’est la Coupe Stanley, et qu’il se demande comment y parvenir.
Selon Cheveldayoff, la demande d’échange arrive dès avril, juste après l’élimination. En juin, le directeur général confirme que le club écoute les offres, et des discussions avec les Sabres de Buffalo sont rapportées avant le repêchage, sans aboutir. Puis l’été devient silencieux.
Le 27 août, Hellebuyck rend sa demande publique par un communiqué de son agent, Ray Petkau. Il y explique avoir demandé un échange en privé plusieurs mois plus tôt, avoir voulu gérer la situation discrètement, et juge que partir est la meilleure voie pour lui et sa famille.
Pourquoi vouloir quitter le club qui l’a repêché ? Hellebuyck n’a jamais avancé de raison unique et détaillée. On sait qu’il veut gagner la Coupe, qu’il a critiqué publiquement la direction prise par l’équipe et qu’il a évoqué sa famille dans son communiqué. Selon la presse canadienne, il a aussi indiqué que lui et ses proches avaient été la cible d’un harcèlement sévère en ligne après ses propos d’avril, et Cheveldayoff a déclaré que le club avait renforcé la sécurité autour de la famille, avec une présence policière. Pour le reste, seuls le joueur et le club savent.
Le camp manqué, la suspension
Le mercredi 16 septembre, jour des examens médicaux d’ouverture du camp d’entraînement, Hellebuyck ne se présente pas. Le soir même, les Jets le suspendent sans salaire. Le lendemain, ses coéquipiers reprennent la glace sans lui. « C’est dur », reconnaît l’attaquant Kyle Connor.
Le gardien n’est pas resté inactif pour autant. Il s’est entraîné au quotidien dans le Michigan avec deux anciens joueurs de NHL, transformant ce mois d’attente en « camp d’entraînement prolongé », selon ses propres mots.
Avant le premier match de la saison, Hellebuyck informe les Jets de son intention de revenir à l’issue de sa suspension. Pendant ce temps, Winnipeg avance avec Stuart Skinner, signé en juillet. Avec le retour de son gardien vedette à l’horizon, le club accélère pour trouver un échange plutôt que de le réintégrer.
Le 23 octobre, l’échange
Le jour même où sa suspension expire, Hellebuyck est échangé aux Devils du New Jersey. En retour, les Jets reçoivent l’attaquant Dawson Mercer, l’attaquant Nick Bjugstad, le gardien Nico Daws, les droits du jeune espoir suédois Alexander Command et deux choix de repêchage. Protégé cette saison par une clause de non-mouvement, Hellebuyck a dû donner son accord.
Côté Winnipeg, la pièce principale est Mercer, 24 ans, auteur de 20 buts et 42 points la saison dernière, et qui n’a jamais manqué un match en six saisons de NHL. Command reste un pari sur l’avenir. Les Devils, eux, n’ont cédé ni leur premier choix de repêchage ni un joueur de leur noyau. Les Jets n’avaient plus vraiment de levier. La demande était publique, et le joueur était sur le point de revenir dans un vestiaire qu’il voulait quitter. Cheveldayoff l’a reconnu à demi-mot, en regrettant que l’affaire n’ait pas pu se conclure quatre mois plus tôt.

Hellebuyck quitte Winnipeg en détenteur des records de la franchise chez les gardiens : 625 matchs, 345 victoires et 45 blanchissages. Les Jets et lui ne tarderont pas à se recroiser.
Et en France, ce scénario serait-il possible ?
En préparant cet article, je me suis demandé comment une telle situation serait gérée chez nous. Spoiler : elle ne pourrait pas se produire de la même façon.
En Amérique du Nord, les échanges font partie intégrante des grandes ligues, que ce soit en NHL, en NBA, en NFL ou en MLB. Un joueur ne choisit pas sa première équipe, c’est le repêchage qui décide pour lui, et une fois sous contrat, il peut être échangé presque à tout moment, sauf clause contraire. Face à une vedette qui ne veut plus jouer pour lui, un club a donc tout intérêt à l’échanger pour récupérer quelque chose en retour. C’est ce levier qu’a utilisé Hellebuyck.
En France, d’abord, l’échange à la sauce NHL n’existe pas. Un joueur peut tout à fait dire à son club qu’il souhaite partir, mais c’est le club qui veut l’accueillir qui doit faire la demande de mutation, et son club actuel qui doit l’accepter. Ce dernier ne peut pas refuser par simple caprice, mais tant que le joueur est sous contrat, c’est lui qui a le dernier mot.
Si la réponse est non, il ne reste au joueur que deux options, jouer ou négocier. Rester chez lui à la manière de Hellebuyck ne lui ouvrirait aucune porte en France. Il s’exposerait à un litige avec son employeur et se retrouverait sans club où jouer.
Un Hellebuyck à la française n’aurait donc jamais pu forcer son départ. Il aurait dû faire ce que Winnipeg a fini par faire : trouver un terrain d’entente.
Ce qui l’attend dans le New Jersey
Le besoin était criant : les gardiens des Devils figuraient parmi les moins efficaces de la ligue, au 23e rang pour le pourcentage d’arrêts. Le nouveau directeur général, Sunny Mehta, et l’entraîneur Sheldon Keefe ont désormais un gardien numéro un.
Hellebuyck éclipse les Stars
Le mardi 27 octobre, quatre jours après l’échange, Hellebuyck a retrouvé la glace à Dallas. Et le retour s’est fait en douceur : victoire 5-1 des Devils, et 17 arrêts sur 18 tirs pour Hellebuyck, qui n’a cédé qu’une fois, sur un tir dévié de Justin Hryckowian en deuxième période. Nico Hischier a inscrit un doublé, les frères Jack et Luke Hughes ont chacun ajouté un but et une passe, et New Jersey a mis fin à une série de cinq victoires des Stars, qui affichaient jusque-là la meilleure défense de la ligue.
Hellebuyck a surtout pu compter sur une équipe très solide devant lui. Il a lui-même salué ses coéquipiers, qui ont bloqué les tirs et tenu l’adversaire loin des zones dangereuses, le match idéal pour se remettre dans le bain. Son entraîneur, Sheldon Keefe, l’a jugé « exceptionnel ».
La rouille ne s’est pas vue à Dallas. Reste le printemps. En séries, ses chiffres restent inférieurs à ceux de la saison régulière : 24 victoires pour 34 défaites en 58 matchs, avec une moyenne de 2,90 et un pourcentage d’arrêts de 90,3%. Or c’est exactement pour le printemps qu’il a été recruté.
Cet épisode est peut-être terminé, mais ne manquez pas le prochain : rendez-vous le 10 novembre, quand Hellebuyck et les Devils débarqueront à Winnipeg !
































