Le sélectionneur russe Vyacheslav Bykov a eu une dernière nuit assez agitée. Il a regardé en intégralité le quatrième match du second tour de play-off entre Tampa Bay et Washington, qui a vu l’élimination de la tête de série numéro 1, et qui commençait à 1 heure du matin heure de Bratislava. Bykov savait donc que sa star Aleksandr Ovechkin serait disponible mais ne voulait pas l’appeler immédiatement pour lui laisser le temps de digérer les émotions négatives de la défaite. La digestion aura duré moins d’une heure… Dès 4h du matin, en effet, Bykov et le président de la fédération russe Vladislav Tretyak ont tous deux reçu un message d’Ovechkin qui a fait le premier pas en expliquant être prêt à prendre l’avion pour rejoindre l’équipe nationale dès que possible.
Le lendemain matin à l’heure américaine (l’après-midi en heure slovaque), Bykov a rappelé l’impatient Ovechkin et convenu d’un voyage organisé en moins de 40 heures, pour une arrivée samedi matin à l’aéroport de Vienne, situé à 50 km de Bratislava. Ce joker très attendu ne doit pas faire oublier de préparer le match du jour pour autant. Mais les joueurs russes ont ouï dire que les Danois ont fêté leur qualification dans un restaurant pour avoir un moment de détente après avoir assuré leur maintien. ils ne font pas grand cas de leur adversaire du soir, qui a mis son capitaine Morten Green au repos (touché à l’épaule lors du match-clé contre la Lettonie).
Les Danois confortent ce sentiment en donnant le bâton pour se faire battre. Plus précisément, Kasper Degn le donne au niveau de la tête (crosse haute) et Jesper Jensen au niveau des jambes (faire trébucher). Mais ces pénalités précoces montrent surtout les difficultés de la Russie en jeu de puissance depuis le début de ce championnat du monde. La Russie compense par une meilleure efficacité à 5 contre 5. Sergei Zinoviev ouvre sur le score par un lancer puissant, même si Frederik Andersen essaie de réclamer une faute d’un attaquant en s’écroulant sur la glace.
Mais cet avantage dure moins de deux minutes. Le Danois d’origine russe Kirill Starkov s’écarte de deux adversaires et prend un lancer… dévié par le patin de Nicklas Hardt, opportunément positionné juste devant la cage. En fin de première période, Artyukhin prend deux minutes pour une charge incorrecte, et dans les dernières secondes de cette pénalité, Mikkel Bødker perce la défense pour donner le plein de confiance à son équipe juste avant le retour aux vestiaires (1-2). Le Danemark mène jusqu’à la mi-match et peut y croire car il rivalise vraiment sur la glace, encouragé par les spectateurs slovaques qui prennent son parti. L’entraîneur Per Bäckman avait pourtant déclaré avant le match que son équipe pourrait gagner « une fois sur un million » face aux Russes !
C’est finalement la ligne du Salavat Yulaev Ufa (Zaripov-Zinoviev-Morozov) qui sauve la Russie du faux-pas en réussissant à étirer et déchirer la défense danoise. Sergei Zinoviev s’offre ainsi un hat-trick. Mais ce n’est pas totalement rassurant de voir une seule ligne briller à chaque fois (c’était celle de Radulov contre la Slovaquie). Il faudra réussir à mieux répartir le danger d’ici la phase éliminatoire, en incorporant Ovechkin. Le quatrième but a été inscrit par le rugueux Artyukhin sur un palet relâché par la mitaine de Frederik Andersen.
Ces questions offensives ont toutefois été éclipsées par le problème plus douloureux du gardien. Evgeni Nabokov, sur qui Bykov avait tout misé envers et contre tout, s’est fait mal en essayant d’empêcher le doublé de Hardt (qui a réduit le score à 4-3 après une action tourbillonnante de Starkov qui a éliminé Tyutin) et s’est relevé en grimaçant de souffrance. Il est resté sur la glace deux minutes de plus avant de sortir. Konstantin Barulin est entré en jeu pour la seconde fois du tournoi… et n’a toujours pas encaissé de but. Il se pourrait que son rôle change bientôt et que Bykov – qui a eu la mine sombre quand on lui a demandé comment allait Nabokov – soit contraint d’en faire son titulaire.
Désignés joueurs du match : Sergei Zinoviev pour la Russie et Kirill Starkov pour le Danemark.
Commentaires d’après-match :
Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) : « Je laisse nos adversaires s’inquiéter et se demander lequel de nous marquera la prochaine fois. Je ne me plains pas de l’attaque. En même temps, je m’abstiendrai de féliciter Zinoviev. Oui, un hat-trick est toujours un bon motif de félicitation, mais Sergei peut jouer encore plus utilement. Il aurait facilement pu mettre quatre ou cinq buts, il a eu les occasions pour. J’espère que ses meilleurs matchs du championnat sont devant lui. […] Il n’y avait aucune erreur de Nabokov dans les trois buts encaissés. Absolument aucune. C’est juste la défense qui est loin du niveau approprié, comme dans chaque match précédent sur la glace de Bratislava. Nous faisons le tri, nous expliquons, mais les bonnes notes sont encore loin. »
Konstantin Barulin (gardien de la Russie) : « Peut-être que Zhynka [Nabokov] voulait sentir la gravité de sa blessure, mais je pense qu’il s’est immédiatement rendu compte qu’il ne pourrait pas continuer le match. Il est resté en jeu une minute et demie de plus dans un seul but, me laisser m’échauffer un peu. Il est bien conscient de la difficulté pour un gardien froid de rentrer sur la glace après s’être assis sur le banc pendant deux tiers-temps et demi. Je me sens plus que prêt. Le contact avec la défense est bon, les gars écoutent tous mes conseils et bloquent beaucoup de tirs. Je n’ai as de problème psychologique au fait de rentrer à la fin. C’est plus ma femme – chez nous en Russie avec un bébé – qui est nerveuse. Elle m’appelle sans cesse et se plaint : ‘Pourquoi n’es-tu pas aligné dès le début, mais envoyé au feu alors que le résultat est incertain ? Tes entraîneurs me font m’inquiéter.’ Je la calme autant que je peux, et j’ai même oublié ce qu’est la nervosité. »
Russie – Danemark 4-3 (1-2, 2-0, 1-1)
Jeudi 5 mai 2011 à 16h15 à la Ondrej Nepala Arena de Bratislava. 9204 spectateurs.
Arbitres : Vladimír Baluška (SVK) et Sören Persson (SUE) assistés de Paul Carnathan (USA) et Christian Tillerkvist-Jonsson (SUE).
Pénalités : Russie 14’ (2’, 2’, 10’) ; Danemark 6’ (4’, 0’, 2’).
Tirs cadrés : Russie 40 (17, 12, 11) ; Danemark 22 (9, 8, 5).
Évolution du score :
1-0 à 09’26” : Zinoviev assisté de Nikulin et Zaripov
1-1 à 11’12” : Hardt assisté de Starkov
1-2 à 19’46” : Mi. Bødker assisté de Hersby (sup. num.)
2-2 à 30’08” : Zinoviev assisté de Morozov et Zaripov
3-2 à 34’18” : Zinoviev assisté de Zaripov et Morozov
4-2 à 45’21” : Artyukhin assisté de Korneyev et Kalinin
4-3 à 47’27” : Hardt assisté de Starkov
Russie
Attaquants :
Danis Zaripov (+3) – Evgeni Zinoviev (+3) – Aleksei Morozov (C, +3)
Ilya Kovalchuk (A, -1) – Aleksei Tereshchenko (-1) – Aleksandr Radulov (-1)
Evgeni Artyukhin (2’+10’) – Aleksei Kaïgorodov – Maksim Afinogenov
Nikolaï Kulyomin – Konstantin Gorovikov – Vladimir Tarasenko
Défenseurs :
Nikolaï Belov (+1) – Ilya Nikulin (+3)
Fyodor Tyutin (+1) – Vitali Atyushov (-1, 2’)
Dmitri Kalinin (+1) – Konstantin Korneyev (+1)
Aleksei Emelin (-1) – Dmitri Kulikov (-1)
Gardien :
Evgeni Nabokov (15/18) puis à 49’20” Konstantin Barulin (4/4)
Danemark
Attaquants :
Nicklas Hardt (A, +1) – Julian Jakobsen (+1) – Kirill Starkov (+1)
Frederik Storm – Thor Dresler – Kasper Degn (-1, 2’)
Mikkel Bødker (-2) – Morten Madsen (A, -2) – Mads Christensen (-2)
Jesper Jensen (-1, 2’) – Kim Staal (-1) – Morten Poulsen
Défenseurs :
Stefan Lassen (-1, 2’) – Daniel Nielsen (C, -1)
Jesper B. Jensen – Kasper Jensen (+1)
Mads Bødker (-1) – Philip Hersby (-2)
Michael Eskesen
Gardien :
Frederik Andersen [sorti de 57’21” à 60’00”]
Remplaçant : Patrick Galbraith (G). En réserve : Simon Nielsen (G), Morten Green (épaule).






































