L’élimination inattendue

Les États-Unis savent de plus que, comme au match précédent, ils devront évoluer dans une patinoire hostile, le public canadien ayant pris l’habitude de les huer systématiquement. Ce sera d’autant plus que le cas ce soir que leur faux-pas propulsera le Canada à la première place de la poule et donc en demi-finale.
Dos au mur, le coach américain Dean Blais a modifié ses lignes et a fait revenir dans les cages Jack Campbell, qui avait cédé sa place après un premier match moyen contre le Danemark. Devant la Finlande, son collègue John Gibson avait craqué dans la dernière période.
Le match commence par un choc. La mise en échec de Petr Straka sur la ligne rouge centrale – photo de droite – n’avait aucune intention malsaine a priori. Mais dans la chute du défenseur américain Derek Forbort, son genou se dirige droit vers la bande qu’il frappe violemment. Les deux minutes infligées initialement par les arbitres se transforment en un renvoi direct aux vestiaires lorsqu’ils constatent la blessure. Dès le coup d’envoi, leur capitaine Jason Zucker côté droit est tout proche du but en visant sous le bras de Petr Mrazek, mais le gardien tchèque a un superbe réflexe et capte le palet de sa mitaine (2’31 »).

Kevin Gravel s’engage trop sur son ailier en zone neutre, alors que la montée offensive de Jiri Riha permet aux Tchèques de se présenter à deux contre un. Tomas Filippi choisit le tir et surprend Jack Campbell en deux temps car le gardien n’a pas vu que le palet était resté coincé sous sa jambière dans un premier temps et l’a relevée – photo de gauche (1-1). Les Américains paraissent bien moins sereins. Pour l’instant, les Tchèques pâtissent uniquement de leurs pénalités. Kyle Rau montre qu’il a été coupé par la crosse haute de Zamorsky, qui prend 2’+2′ à cheval sur la première pause. Sans conséquence.

À vingt minutes de la fin, ce match donne donc le sentiment de pouvoir basculer d’un côté comme de l’autre. Une chose est sûre : le jeu de puissance n’est pas le point fort des Tchèques. Tomas Hyka se fait même contrer en zone neutre par Austin Czarnik, qui décale parfaitement J.T. Miller… La transversale sauve les rouges ! Les Américains patinent plus et redoublent d’efforts. Ils pressent de plus en plus fort en zone offensive, Rau vole le palet derrière sa cage à Zamorsky et permet un bon tir à son capitaine Zucker.
Quand les Tchèques renversent la pression et s’installent en zone offensive, le contre est fulgurant et Czarnik envoie Josh Archibald en breakaway. Le défenseur Lukas Riha plonge et semble contrer le palet, tout en fauchant les jambes de l’attaquant. Un tir de pénalité est signalé. Le coach américain s’affole et demande un temps mort pour que l’arbitre lui indique si la tentative peut être effectuée par n’importe quel joueur. C’est le cas, mais c’est bien Archibald qui s’élance, sous les huées de la foule canadienne. Il feinte à gauche, mais son revers reste à l’extérieur du filet. Dans la minute qui suit, le capitaine Zucker a encore un incroyable palet de but face à une cage ouverte sur une action confuse, mais son tir est contré par le défenseur Bohumil Jank.

Le tout jeune défenseur Jacob Trouba (17 ans) se fait contrer à la ligne bleue par le capitaine tchèque Tomas Nosek qui sert Tomas Filippi entre les cercles pour le but de la qualification (2-4). Le gardien Mrazek le considère comme tel, à le voir se jeter dans le plexi puis sur le tas formé par ses coéquipiers, par-dessus lesquels il fait un roulé-boulé.
Les Américains n’ont plus rien à perdre et Charlie Coyle, malade la nuit dernière et qui n’a fait que de rares présences en première période, demande à ses entraîneurs de le faire jouer pour essayer de renverser la situation. Mais son entrée et la sortie du gardien n’apporteront rien, sinon un palet donné par Brandon Saad à Petr Holik qui met le point final (2-5, 58’34 »).
Les Tchèques sont euphoriques après cette qualification en laquelle peu de monde croyait même dans leur pays. Le gardien au numéro 2, Petr Mrazek, en particulier est rayonnant de joie et d’émotion après son match exceptionnel. Le portier des Ottawa 67’s ne devait normalement pas être là. Il était suspendu en sélection parce qu’il avait quitté son club formateur de Vitkovice malgré un contrat en cours. Mrazek a reçu une autorisation il y a un mois seulement. Et ce soir, il est devenu le héros du tournoi. Sa défense est aussi à saluer pour son travail devant la cage, en particulier Jiri Riha, inlassable à écarter les (très nombreux) palets du slot durant les (très nombreuses) infériorités numériques.
Même une victoire sur le Canada ne peut plus sauver les États-Unis, qui seront éliminés quoi qu’il arrive si la Finlande bat le Danemark un peu plus tard (ce qu’elle fera évidemment). Les voilà en poule de maintien, ce qui ne leur était plus arrivé depuis… 1999 ! De quoi relancer les polémiques sur la sélection de Dean Blais et sur l’omission de joueurs qui ont effectué des carrières parallèles au programme de formation américain.
Dans cette équipe, seul Jarred Tinordi était le prototype du défenseur solide dans sa zone. Les autres devaient contribuer à la relance et à accélérer les transitions dans les actions offensives, ce qu’ils ont fait malgré du déchet. Le problème est que, même en dominant nettement aux tirs dans leurs deux rencontres cruciales, les Américains n’ont pas trouvé un joueur-vedette capable de faire la différence. Ils ont aussi manqué collectivement de vitesse, d’habitude leur point fort, alors que cette équipe tchèque paraissait prenable en patinage, surtout après s’être beaucoup fatiguée à tuer des pénalités.
Désignés joueurs du match : Bill Arnold pour les États-Unis et Petr Holik pour la République Tchèque.
Commentaires d’après-match
Miroslav Přerost (entraîneur de la République Tchèque) : « L’équipe avait autant travaillé dans les rencontres précédentes, mais cette fois nous avons ajouté un jeu de qualité en infériorité numérique et la finition en attaque. Si l’expulsion avait eu lieu en deuxième ou en troisième période, cela aurait été pire. Au début du match, nous avions assez de force pour résister à l’infériorité. Nous sommes sur la bonne voie, mais nous avons les pieds bien ancrés sur terre. »
Petr Mrazek (gardien de la République Tchèque) : « Pour moi c’était une expérience extraordinaire. Je voudrais remercier le club de Vitkovice de m’avoir autorisé à jouer ce Mondial 20 ans. J’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai entendu mes coéquipiers venir chanter mon nom. C’était merveilleux. »
États-Unis – République Tchèque 2-5 (1-1, 1-1, 0-3)
Vendredi 30 décembre 2011, 13h30, Rexall Place d’Edmonton. 14733 spectateurs.
Arbitrage de Brent Reiber (SUI/CAN) et Jyri Petteri Rönn (FIN) assistés de Kiel Murchison (CAN) et Dmitri Sivov (RUS).
Pénalités : États-Unis 6′ (0′, 4′, 2′), République Tchèque 37′ (6’+5’+20′, 6′, 0′).
Tirs : États-Unis 54 (18, 15, 21), République Tchèque 29 (6, 13, 10).
Évolution du score
1-0 à 05’14 » : Tynan assisté de Miller et Arnold (sup. num.)
1-1 à 12’05 » : Filippi assisté de Pribyl et Uher
2-1 à 31’50 » : Arnold assisté de Zucker et Merrill (sup. num.)
2-2 à 34’51 » : Hertl
2-3 à 52’26 » : Holik assisté de Sekac et Krejci
2-4 à 57’19 » : Filippi assisté de Nosek
2-5 à 58’34 » : Holik (cage vide)
États-Unis
Gardien : Jack Campbell [sorti de 57’50 » à 58’34 »]
Défenseurs : Jon Merrill (-3, 2′) – Jarred Tinordi (A, -2) ; Stephen Johns (-1) – Adam Clendening (-1, 2′) ; Derek Forbort puis Kevin Gravel (-1) – Jacob Trouba (-2).
Attaquants : Jason Zucker (-1) – Nick Bjugstad (-2) – Kyle Rau (-1, 2′) ; Brandon Saad (-2) – Charlie Coyle (-1) puis TJ Tynan (-1) – Emerson Etem (-2) ; Josh Archibald (-1) – Austin Czarnik – JT Miller ; Austin Watson (-1) – Bill Arnold (-2) – Connor Brickley (-2).
Remplaçant : John Gibson (G).
République Tchèque
Gardien : Petr Mrázek.
Défenseurs : Daniel Krejčí (+1) – David Musil (+3) ; Bohumil Jank (+1) – Vojtěch Mozík (+1) ; Jiří Říha (+2, 2′) – Petr Zámorský (+1, 4′) ; Marek Hrbas (+1, 2′).
Attaquants : Jiří Sekáč (+1) – Petr Holík (A, +2) – Dmitrij Jaškin (+2) ; Tomáš Nosek (C, +1) – Tomáš Filippi (+2) – Dominik Uher (A, +1) ; Jakub Culek (+1) – Tomáš Hertl (+1) – Petr Straka (5’+20′) puis Tomáš Hyka (2′) ; Radek Faksa (+1) – Lukáš Sedlák – Daniel Pribyl (+3).
Remplaçant : Libor Kasik (G).







































