Suède : la petite lucane

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Profitons de la première trêve internationale pour faire une escapade vers le nord, en Suède où le besoin de nouveauté se fait sentir.

KarlskronaHK 2015Les contes de fées ont-ils encore leur place en 2016 dans un grand championnat ? C’est en tout cas ce qui se produit en Suède puisqu’une utopie a pris la forme d’une lucane, ce coléoptère aux mandibules proéminentes qui est le symbole de Karlskrona, une ville du sud du pays répartie sur une trentaine d’îles.

Le Karlskrona HK a poussé au début des années 2000 sur le terreau du Karlskrona IK qui avait fait faillite. En l’espace de 14 ans, le KHK, où a évolué Kévin Hecquefeuille lors de la saison 2012-2013, est passé de la Division 3 (cinquième niveau national) à l’obtention d’un ticket en SHL. L’an passé, la première année en élite suédoise n’a été guère reluisante puisque la lucane est restée prostrée sur sa lanterne rouge, gardant toutefois sa place au détriment de l’AIK.

Et après une préparation difficile, rien ne prédisait un tel rendement du KHK après 14 journées. Car le leader du championnat suédois, ce n’est pas Frölunda ou Skellefteå, mais bel et bien Karlskrona ! C’est donc une lucane qui fait la loi, défendant son territoire avec fermeté. Karlskrona n’a alloué que 23 buts quand la deuxième meilleure défense (HV71) en a encaissé 30. Une réussite qui revient avant tout à ses deux gardiens. Le vétéran Johan Holmqvist (38 ans) était le héros qui a permis le maintien au printemps dernier grâce à des performances ahurissantes. Johannes Jönsson était déjà au centre d’un conte de fées la saison dernière, celui de Tingsryd en Allsvenskan. Jönsson affiche six victoires de rang. Cette doublette est donc pour le moment une réussite. Qui pour démolir le mur ?

La fréquentation en chute libre

Karlskrona est le lieu, improbable, d’exercice de la meilleure équipe de Suède à l’heure actuelle. C’est un succès sportif mais aussi populaire, la rénovation de l’ABB Arena permettant 4246 spectateurs de moyenne. Et ce chiffre est aussi une réelle performance. Hormis le promu Leksand, Karlskrona est la seule équipe du championnat suédois à avoir augmenté son affluence par rapport à la saison dernière, les douze autres membres de la SHL enregistrant une baisse de fréquentation dans leur enceinte, très importante pour certains. Certes Karlskrona bénéficie de son statut « d’équipe-cendrillon », mais Malmö, qui réalise un très bon début de championnat, connaît une baisse de 1023 spectateurs. Le champion en titre Frölunda n’est guère mieux loti avec -1066. Entre les matchs de championnat – pourtant abaissés à 52 pour la saison régulière – et la Champions Hockey League, la saison compte-t-elle trop de rencontres ? L’élargissement de 12 à 14 équipes a-t-il rendu la configuration du championnat moins excitante ? C’est en tout cas ce qu’avancent certains spécialistes.

Et ce n’est pas forcément au Hovet de Stockholm – qui affiche -799 par rapport à l’exercice précédent – que l’on va constater une hausse de l’affluence. Djurgården connaît un début de saison catastrophique avec huit revers consécutifs, dont une dernière gifle à domicile 0-4 face à Rögle. Les contre-performances à répétition d’un groupe, qui a certes connu plusieurs départs majeurs mais qui compte sur une nouvelle génération prometteuse, n’ont pu empêcher les sifflets. Autant dire que le fauteuil du coach Robert Olsson est en train de trembler. Les fans du DIF, eux, sont déprimés !

La SHL tousse, la SDHL rayonne

En 2013, l’Elitserien suédoise s’est muée en Svenska Hockeyligan (SHL). En 2016, par souci d’uniformisation, la Rikserien s’est muée en Svenska Damhockeyligan (SDHL). Le championnat de Suède féminin compte quatre joueuses françaises : Betty Jouanny (Brynäs), Caroline Lambert et Léa Parment (entente Sundsvall / Timrå), Jennifer Laloi (SDE de Stockholm). Si la gardienne Caroline Lambert et l’arrière Léa Parment découvrent depuis la rentrée la SDHL, Betty Jouanny est désormais une expatriée aguerrie puisqu’il s’agit de sa quatrième année au Brynäs IF de Gävle, elle est la quatrième marqueuse de son équipe. 

Que quatre bleues évoluent en SDHL, cela demeure une bonne nouvelle pour le hockey français car la ligue féminine suédoise est probablement devenu le championnat européen le plus relevé. Le niveau ne cesse de s’améliorer, certaines organisations comme Linköping ou Luleå réservent une place importante à leur section féminine et la SDHL s’est fortement internationalisée. Quinze nationalités sont représentées cette saison, dont quelques stars du hockey féminin comme Florence Schelling ou Jennifer Wakefield.

Les tribunes se sont peut-être vidées en SHL, mais la SDHL, qui a certes des affluences clairsemées, a établi un nouveau record. Le 12 octobre dernier, 3150 spectateurs ont assisté à la rencontre Luleå – MODO, le précédent record, 2653, datant de la saison dernière. Emma Nordin, une des stars du leader Luleå, partageait son émotion auprès du quotidien Kurinen : « J’en frémissais quand je suis sortie de la glace, j’en avais les larmes aux yeux, c’est un sentiment incroyable. » Stefan Enbom avait lui également le sourire car, hormis la victoire de ses protégées sur MODO 6-2, le président du club a vu les recettes se multiplier par dix lors de cette rencontre : « Nous avons réalisé un bénéfice net de 400 000 couronnes suédoises (40 500 €), ce qui représente pour nous une quantité incroyable d’argent. » Aucun doute, malgré les obstacles, le hockey féminin suédois poursuit son expansion, à l’heure où le championnat masculin soulève bon nombre d’interrogations.

 

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