Décryptons chaque mois le classement de la NHL, ses logiques et ses incohérences annonciatrices de changement. Les statistiques utilisées dans cet article sont expliquées en fin de texte.
Par Thibaud Châtel – @batonsrompus
Nous sommes maintenant au quart de la saison et les choses se mettent doucement en place. Les bons et les mauvais départs se nivellent doucement et de vraies tendances émergent. Faisons le point au 1er décembre.
Division Centrale
Chicago poursuit son beau début de saison tout en se payant le luxe d’améliorer progressivement ses statistiques. La possession est passée de 50,2% à 50,9% mais surtout les chances de marquer remontent de 46,5% à 48,3%, signe que l’équipe monte aussi en puissance sans baser ses succès sur une bonne fortune comme en début de saison. Certaines choses sont ainsi naturellement rentrées dans le rang, comme la réussite surnaturelle des tireurs qui stagne maintenant dans la moyenne de la ligue (de 11,1% à 7,7%). Corey Crawford continue par contre son excellent départ, et même si le taux d’arrêt perd un point ce mois-ci les gardiens des Blackhawks viennent au premier rang de la ligue à ce chapitre devant le Minnesota de Dubnyk et le Montréal de Price. Au final, le PDO intenable de 107,9 est descendu dans des niveaux presque acceptables à 103,1. Même si le capitaine Toews est sur la touche du fait d’une commotion cérébrale, Kane est à son niveau habituel, le duo Panarin Anisimov produit et Marian Hossa ne semble pas vieillir. Malgré les contraintes du plafond salarial (Kane et Toews sont depuis cet été les joueurs les plus chers de la ligue à 10,5 millions chacun), Chicago semble parti cette année encore pour jouer les troubles fêtes dans la division la plus relevée de la ligue.
Les Blues de St Louis confirment les revues positives du mois d’octobre. Sur le papier, l’équipe domine autant au taux de possession qu’aux chances de marquer, signe d’un système en place et efficace soir après soir. Cela tient surtout à une excellente assise défensive, la 4e de la ligue pour les chances de marquer accordées. Il faut dire qu’avec Shattenkirk, Pietrangelo, Parayko et Bouwmeester, il y a pire comme top-4 en défense. Par contre, comme en octobre, les Blues sont encore en proie à un manque de réussite notable de ses tireurs (seulement 6,9%). Seul Tarasenko et Schwartz tiennent leur rythme habituel mais les Blues tirent tellement au filet que le nombre de buts inscrits devrait être globalement bien plus élevé. De plus, les gardiens sont toujours en dessous de la moyenne de la ligue, un sérieux handicap pour un prétendant à la coupe Stanley.
Minnesota a trouvé son rythme en novembre. Si l’équipe nouvellement coaché par Bruce Boudreau carburait en octobre grâce à une réussite insolente, le taux de possession a atteint les 50% et les chances de marquer ont bondi de 50 à 55%, le 3e de la ligue ! L’équipe affiche pourtant la 24e attaque en la matière… mais aussi la meilleure défense, ce qui fait largement pencher la balance dans le positif ! Si l’on ajoute à cela un Devan Dubnyk qui a trouvé le rythme qu’on lui connait depuis son renouveau – présentement meilleur taux d’arrêt de la ligue – c’est peu dire que Minnesota n’encaisse que peu de buts. Eric Staal semble se trouver une seconde jeunesse et les trois autres meneurs à l’attaque ont tous 24 ans (Coyle, Niederreiter et Granlund), tout ce qu’espérait la direction de l’équipe.
Le compte-rendu du mois d’octobre appelait à la prudence vis-à-vis des Predators de Nashville et de leur début de saison décevant mais avant tout plombé par un manque de réussite à se frapper la tête contre un mur. Les choses sont depuis rentrées dans l’ordre. Les tireurs sont ainsi passés de 5,6% à une moyenne « normale » de 8%, permettant de concrétiser une domination quasi quotidienne des Preds sur leurs adversaires. En effet, le taux de possession a atteint la moyenne à 50% et les chances de marquer continuent d’augmenter à 54,6%. Ils sont toujours la 5e défense et désormais la 10e attaque de la ligue à ce chapitre, une solide recette du succès. Pekka Rinne a de plus retrouvé la forme de ses belles années et a été élu joueur du mois de novembre par la NHL ! Débarrassée de ces anomalies de début de saison, l’équipe peut donc se concentrer sur la force de son système et le talent de ses joueurs. La solution en défense a finalement été de séparer Josi et Subban, ce qui semble fonctionner à merveille et Josi-Ellis / Subban-Ekholm sont un top-4 à faire pâlir d’envie le reste de la ligue. Si l’ex-défenseur de Montréal a semblé un peu perdu sur la glace en début de saison, dans un rôle moins omniprésent qu’avec les Canadiens (mieux entouré aussi diront certains), il a manifestement trouvé ses marques et Nashville affiche un taux de possession de 53,8% et 61% des chances de marquer lorsqu’il est sur la glace ! Il déjà dépassé son total de buts de l’an passé avec 7 et joue plus de 25 minutes par match. La bête est lancée. Quand Forsberg (seulement 2 buts) et Johansen (5) débloqueront vraiment, Nashville fera vraiment peur.
Les Stars de Dallas sont certainement la déception de ce début de saison. L’équipe enthousiasmante à regarder ces deux dernières années n’est plus que l’ombre d’elle-même. Certes les blessures n’aident pas et la réussite des tireurs est faible à 6,6% mais l’équipe paye de plus en plus les départs cet été de Demers et Goligoski en défense. L’édifice arrière parait un brin fragile surtout que la révélation John Klingberg a seulement 12 points et a même regardé quelques matchs des tribunes car son jeu n’était pas du goût de l’entraineur. Dan Hamhuis embauché cet été n’a que 5 petits points au compteur à l’image d’une défensive qui peine à appuyer une attaque elle-aussi endormie. Sans vouloir manquer de respect au super début de saison de notre frenchie du Texas, voir Antoine Roussel 4e marqueur de son équipe n’est pas bon signe pour celle-ci. À suivre.
À ce rythme-là, Winnipeg restera surtout dans les mémoires cette année pour les vidéos des buts de Patrick Laine. S’ils ne sont pas décrochés au classement, les Jets n’ont pas grand-chose pour eux. Le taux de possession est toujours à 47% et les chances de marquer sont passées de « trop catastrophiques pour être vraies » (39%) à mauvaises (47%)… Les gardiens sont, eux, toujours en dessous de la moyenne de la ligue. Alors, oui, Patrick Laine confirme tous les espoirs placés en lui et est actuellement meilleur buteur ex-aequo de la ligue et Mark Scheifele était aussi dans les meilleurs compteurs… était car il est blessé. Tout va bien…
Colorado a la singularité dans notre tableau de compte-rendu d’avoir toutes ses cellules en rouge, signe que tout va mal… L’équipe a le 25e taux de possession et le 27e taux de chances de marquer de la ligue, avec notamment la 30e attaque à ce chapitre. Les tireurs ne sont pas en veine et Varlamov a son visage des mauvaises saisons. Pas grand-chose de plus à ajouter ici. Peut-être se penche-t-on déjà vers le repêchage 2017 ?
Division Pacifique

Derrière les Sharks, quatre équipes sont au coude à coude à commencer par Anaheim qui continue de surfer sur la forme de ses gardiens malgré une réussite au tir moyenne. Si les chances de marquer sont remontées de 46% à 50%, le taux de possession est toujours négatif, loin en dessous de celui des Sharks, Kings et Oilers. Les talents individuels répondent cependant présent. Perry, Getzlaf, Silfverberg, Fowler et un Kesler en grande forme permettent de tenir la route. À voir si cela va suffire au fil des mois.
Edmonton tient toujours la route ! Les chiffres des Oilers se sont même améliorés en novembre car si les chances sont passées de 53% à 51,2%, le taux de possession a lui grimpé de 49% à 52,3%, fait bien plus rassurant pour la pérennité de l’équipe si l’on croit le caractère prédictif de la statistique ces dernières saisons. Les Oilers comptent évidemment sur Connor McDavid, meilleur compteur de la ligue, dont l’impact est phénoménal sur une équipe qui manque peut-être encore d’un brin de profondeur. Imaginez plutôt : lorsque McDavid est sur la glace, les Oilers obtiennent 65% des chances de marquer ! Lorsqu’il n’y est pas : seulement 45%… Le jeu ouvert (volontairement ou non) d’Edmonton confronte toujours la 4e attaque et la 26e défense de la ligue en termes de chances de marquer, mais la balance penche de plus en plus dans le bon sens. L’optimisme demeure donc de rigueur et il se pourrait, peut-être, qu’il y ait potentiellement du hockey au printemps à Edmonton…
Los Angeles prouve qu’elle est l’une des équipes les plus régulières de la ligue ces dernières saisons, depuis que Daryl Sutter en a pris les commandes en fait. Les Kings figurent une fois de plus dans le top 3 de la ligue pour le taux de possession, domaine où ils excellent année après année. Les chances de marquer sont remontées de 45% à 50,6%, plus en accord avec le véritable visage de l’équipe. La vraie bonne nouvelle est que le 3e gardien Peter Budaj, propulsé titulaire depuis le début de saison et les blessures en cascades, tient la baraque, à 5 contre 5 en tout cas. Il fait ainsi oublier l’absence de Jonathan Quick même si celui-ci, contrairement à la croyance populaire, n’a rien d’un foudre de guerre en saison régulière avec une seule saison au-dessus de 92% d’arrêt en carrière. La réussite aux tirs est également revenue après avoir valu aux Kings d’être à ce chapitre la pire équipe du mois d’octobre. Avec un PDO ainsi à 99,9, nous avons maintenant une idée du véritable visage des Kings, qui devraient sûrement continuer de s’améliorer. Suffisamment pour rivaliser avec les autres grosses écuries de la conférence ? À voir. Ils seront certainement à classer juste derrière, en embuscade.
Calgary s’accroche malgré des indicateurs bien négatifs. La possession est à peine en-dessous de 50% mais les chances de marquer sont fortement dans le rouge à 44,2%. Certes, celles-ci étaient à 38% en octobre mais cela constituait un abysse tout de même inconcevable dans une ligue aussi homogène que la NHL. Les Flames restent piteusement la 26e attaque et la 22e défense à ce chapitre. De plus, la réussite n’est pas au rendez-vous, même si le retour au jeu de Johnny Gaudreau devrait aider, et les gardiens sont toujours largement en dessous de la moyenne de la ligue. Rien de bien encourageant pour la suite donc.
Vancouver a comme Colorado le « privilège » de voir tous ses indicateurs dans le rouge… S’ils ne sont pas encore décrochés au classement, le taux de possession est négatif à 48,4% et les chances de marquer tristement stable à 45%… Le Directeur Général Jim Benning s’est cependant encore publiquement évertué à dire que parler de reconstruction serait une insulte aux jumeaux Sedin mais il n’y a pourtant objectivement aucun avenir à court terme sur la côte ouest canadienne. Les tireurs sont 27e de la ligue, les gardiens 29e… La défense est 28e pour les chances de marquer accordées. La recrue de l’été Loui Eriksson n’a que 11 points et un contrat jusqu’en 2022… Arrêtons le massacre des chiffres mais un brin de réalisme ferait le plus grand bien aux Canucks. Peut-être que les jumeaux aimeraient bien gagner une coupe (ailleurs donc) avant la retraite ? Si Vancouver retenait disons 50% de leur salaire (ils valent 7 millions chacun sous le plafond salarial jusqu’en 2018), il est certain que bien des équipes seraient preneuses.
Arizona se dirige à vitesse grand V vers la course au 1er choix du prochain repêchage. Les Coyotes ont tout simplement les pires taux de possession et de chances de marquer de la ligue… Sachant que tireurs et gardiens sont dans la norme, les 19 points acquis jusque-là sont bien le reflet du talent pauvre de l’équipe. Évidemment, 19 points, cela les classe aussi dernier de la ligue… Reste à savoir quels seront les prochains mouvements du Directeur Général de 27 ans, John Chayka, dans sa vision à long terme. Après les coups audacieux de cet été, une première affaire est venue un brin choquer le milieu alors qu’il aurait proposé à Calgary un échange entre Anthony Duclair et Dougie Hamilton… Le Président des Flames Brian Burke s’est alors insurgé, au-delà du caractère farfelu de l’idée, du fait que Chayka aurait ébruité l’affaire aux médias afin de possiblement faire monter la pression sur Calgary et leur gestion de leur jeune défenseur dont le début de saison fait un peu jaser. En résumé, Chayka aurait manqué de tact dans un milieu où le code de conduite est très respecté. À voir si des actions de ce genre pourrait lui coûter la confiance de ses homologues et leur envie de faire affaire avec lui.
Toutes les statistiques ne concernent que le jeu à égalité numérique (5v5, 4v4 ou 3v3). Constituant la grande majorité des matchs, seul le jeu à égalité numérique est révélateur des tendances de fond. À l’inverse, le jeu durant les supériorités et infériorités numériques est trop dicté par l’inégalité du moment et impose des tactiques temporaires non révélatrices des forces et faiblesses d’une équipe. Ces phases doivent plutôt être considérées en parallèle.
Taux de possession : Plus communément appelé « Corsi », cette statistique recense tous les tirs effectués par une équipe, qu’ils soient contrés, non-cadrés, arrêtés par le gardien ou deviennent des buts. Cette métrique est utilisée pour décrire quelle équipe a été la plus offensive durant un match, chaque tir étant une conséquence de la possession de la rondelle. Signe de l’importance retrouvée de la vitesse et du jeu offensif, les 5 derniers champions de la coupe Stanley figuraient parmi le top 3 de la ligue en termes de possession.
Chances de marquer : Le pourcentage de chances de marquer fonctionne comme le taux de possession mais ne prend en compte que les tirs pris dans un trapèze allant du but au haut des cercles de mise en jeu en passant par les points de mise en jeu. C’est de cette zone que sont marqués 70% des buts en NHL.
% tirs : Le pourcentage de réussite aux tirs est tout simplement le nombre de tirs cadrés qui finissent au fond des filets. Si au niveau individuel cette statistique peut varier, à l’échelle des équipes le niveau de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 8%. Une différence importante indique par conséquent une période de réussite ou de déveine constituant une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.
% arrêts : Le pourcentage de tirs cadrés arrêtés par les gardiens d’une équipe. Si quelques gardiens se démarquent du lot, en bien ou en mal, le niveau des portiers de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 92%. Une différence importante indique par conséquent une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.
PDO : Il est simplement l’addition du % tirs et du % arrêts, donnant un score tournant logiquement autour de 100, et permettant de voir d’un coup d’œil si une équipe respecte les moyennes de la ligue ou non. Chaque année, environ 25 équipes sur 30 obtiennent ainsi un score entre 99 et 101. Les minimums et maximums peuvent aller de 97 à 103.
Par Thibaud Châtel – @batonsrompus









































