Un menu copieux en guide d’entrée dans le tournoi : la Russie, championne olympique en titre, rien que cela ! L’effectif russe compte une bonne douzaine de joueurs médaillés d’or en Corée, complétés par quelques joueurs NHL : Artem Anisimov, Nikita Zaitsev, Pavel Buchnevich, Maxim Mamin et Evgeny Dadonov. Battue en préparation par la Finlande et la Suède, les Russes n’ont finalement gagné que le 29 avril contre les Tchèques. Une préparation moyennement rassurante, et les critiques pleuvent déjà envers l’entraîneur Ilia Vorobyov, coupable, selon certains supporters, d’avoir favorisé les joueurs du CSKA Moscou et du SKA Saint-Pétersbourg au détriment d’autres joueurs plus en forme… Son arrivée ne s’est pas faite dans les meilleures conditions, à sa décharge (lire la présentation des Championnats du monde).
Côté bleu, la sensation d’une année charnière se dessine. Dernière année de Dave Henderson, un Laurent Meunier basculé du côté du staff – en formation pour un futur poste d’entraîneur-chef ? – et plus de Cristobal Huet. À l’inverse, cinq novices intègrent le groupe. Sébastien Ylonen, Thomas Thiry, Hugo Gallet, Guillaume Leclerc et Alexandre Texier vont participer à leur premier championnat du monde. Un goût de construction pour l’avenir donc, mais aussi des craintes après une préparation mitigée. Les deux victoires initiales contre le Danemark ont été suivies de défaites contre les Tchèques, les Allemands et les Slovaques, ponctuées, enfin, par un ultime succès contre la Slovaquie. Stéphane Da Costa, nouveau capitaine, sera le fer de lance d’une formation tricolore qui joue assurément le mondial de tous les dangers. Un premier match disputé sans Yohann Auvitu, laissé « au repos »… ce qui ne va pas arranger la défense, plus gros point faible de la préparation.
La Russie, sans forcer son talent…
Le début de match se révèle extrêmement lent. Les deux équipes semblent gênées par la qualité de la glace. Les échanges manquent de vitesse et de précision, limitant les chances de marquer. Un premier tir sans danger de Treille et un tour de cage bloqué de Texier sont les seules occasions françaises des six premières minutes. La Russie n’a pour sa part sollicité Hardy que deux fois, sans masquer le gardien. Malgré tout, le favori contrôle pour l’essentiel le palet et a plutôt tendance à jouer dans le camp tricolore. Une tendance qui s’accentue au fil des minutes.
Ce travail finit par payer. Dadonov reçoit le palet et tourne autour de la défense, avec un Hugo Gallet un peu trop spectateur et une défense trop passive. L’attaquant de Florida se libère au cercle gauche et sert en retrait Kirill Kaprizov. La volée entre les cercles fait mouche (1-0).
Pour ne rien arranger, Damien Raux commet un faire trébucher dès la présence suivante. C’est en trop pour la défense. La volée de l’aile droite de Mikhail Grigorenko est bien repoussée par Hardy, mais directement sur la crosse de Pavel Buchnevich, tout seul. Il a tout son temps pour contrôler et marquer dans une cage déserte (2-0).
La défense bleue cafouille. Raux peine à dégager derrière son but un palet facile, et se retrouve à l’envoyer à la bleue. La Russie bloque, dissèque l’arrière garde d’une belle diagonale vers le côté gauche, pour une passe en retrait. La reprise en lucarne de Dadonov ne laisse aucune chance à Hardy (3-0). Un quatrième but est sauvé de justesse juste après…
Lents et passifs, les Bleus. Bien trop spectateurs des déplacements adverses, qu’ils suivent mal – ou pas du tout -, laissant libre cours dans l’enclave aux tirs adverses. Le 3-0 a le « mérite » de ralentir la Russie, et de faire timidement sortir les Bleus, sans cadrer les lancers.
Ce léger mieux se traduit par un premier jeu de puissance, lorsque Stéphane Da Costa est accroché après avoir éliminé Pavel Datsyuk d’un petit pont. Les Bleus se mettent en place et Kevin Hecquefeuille tente le premier lancer de la bleue, difficilement bloqué par le gardien sous le nez de Sacha Treille. La France passe un peu plus de temps en zone offensive dans les derniers instants avant de rentrer au vestiaire avec trois buts de retard.
Un tiers soporifique
À la reprise, les Bleus semblent plus appliqués et tentent un peu plus, à l’image d’un slalom d’Alexandre Texier qui débouche sur un lancer dévié au-dessus de Thomas Thiry. Il y a plus de combativité dans les duels, plus d’implication, et la France fait le jeu – même si cela reste brouillon, avec un palet sauteur.
La Russie obtient toutefois les meilleures chances et le palet navigue plusieurs fois dans l’enclave de Hardy sans être contrôlé. À la mi-match, Kiselevich dégage au dessus et se rend coupable d’un retard de jeu. Le jeu d’installe bien et Stéphane Da Costa tente sa chance en hauteur depuis le cercle gauche. Ce sera le seul tir de cette supériorité.
Si la Russie joue en « touriste », elle n’en reste pas moins dangereuse et Hardy doit sortir quelques palets difficiles. Il reste deux minutes à jouer et la France tente de dégager… Le palet est contré à la bleue et Datsyuk gagne un duel au contact contre Texier. Il renvoie vers Kaprizov dans le dos de la défense. Le sniper est seul devant Hardy et ne perd pas son duel (4-0). Kaprizov manque même le triplé, lorsque la passe de Dadonov en deux-contre-un lui échappe. Un score fleuve après deux tiers, mais la France a fait meilleure figure dans cette deuxième période.
Les Bleus ont lâché
La Russie démarre fort le dernier tiers. Quemener, entré en jeu à la place de Hardy, sort un tir lointain, puis une percée de Nesterov sur l’aile gauche. Barabanov porte la marque à 5-0 lorsque son centre du revers vient trouver la cuisse d’un défenseur et tromper Quemener. Dans la foulée, la crosse haute de Treille n’échappe pas aux officiels. Le jeu de puissance russe s’installe avec aisance, tourne le palet avec facilité et démarque Shalunov au cercle droit : lucarne opposée (6-0).
Les Bleus tentent encore, avec un débordement de Perret lancé par Ritz, un essai dans l’axe de Thiry, puis un tir de la bleue de Chakiachvili à travers l’écran de Treille. Mais la défense, en revanche, gaspille… Hecquefeuille se rate sur une passe dans la bande derrière son but et Quemener sort un arrêt miraculeux devant Buchnevich.
Avec une trentaine de tirs à dix, la Russie régale, en fait parfois trop dans le jeu de passe, aussi. La défense française a bien du mal à suivre et relancer proprement, sans parler de créer offensivement. Gallet sorti pour un palet dégagé hors glace après une longue présence, la Russie en profite. Anisimov s’empare d’un rebond et porte la marque à 7-0. Le match se termine sur une pénalité de Gavrikov, qui donne un contre dangereux à Mamin, puis une de Claireaux sans conséquence.
La Russie s’impose donc sans vraiment forcer son talent face à une faible équipe de France. Les Bleus ont commis bien trop d’erreurs dans le jeu simple – contrôle, passe, relance, prenant parfois des risques inutiles et qui ont coûté très cher. Il faudra vite oublier ce match, et se reconcentrer dès le lendemain face à la Biélorussie.
Désignés joueurs du match : Kirill Kaprizov (Russie) et Jordann Perret (France)
Commentaires d’après-match :
Hugo Gallet (défenseur de la France) : « Ce match montre que l’on est loin du top mondial et qu’il y a encore beaucoup de travail. Nous avons pris trois buts trop rapides, il faut tenir plus longtemps défensivement, ce qui mènera à une meilleure offensive. Ils patinent plus vite, plus fort. Nous devons donc être plus alertes, plus réveillés, avoir un pas d’avance. J’étais un peu stressé avant ce premier match qui était un gros test, un peu fébrile, mais cela allait mieux après quelques minutes. »
Damien Fleury (attaquant de l’équipe de France) : « On leur a donné beaucoup. En première, nous étions passifs, cela a donné trois buts. Ils lâchent un peu après, on joue notre hockey, mais on relâche sur la fin. Je suis très déçu, je ne sais pas trop quoi dire… Il faut l’oublier vite car nous rejouons demain un match important. Nous avons fait des erreurs techniques, les plus anciens n’ont pas été à la hauteur. C’est tout un groupe, les jeunes apprennent mais nous, les plus anciens, devons être à la hauteur et montrer la voie pour demain. »
Dave Henderson (entraîneur de l’équipe de France) : « Nous devons être réalistes dans un match comme ça, et je ne parle pas d’offensive. Nous avons joué en finesse quand il fallait jouer simple avec une mauvaise exécution technique. Il faut être plus « chien », plus dur sur le palet, plus intense. Ils ont une équipe talentueuse, mais nous aussi à notre niveau. Sauf que si on ne met pas d’intensité et de volonté dans les duels, on aura du mal. Il faudra rectifier cela pour demain. Je n’ai pas de joueur à sortir du lot ce soir – Jordann Perret joue toujours à fond, mais je n’ai personne d’autre à citer. On ne peut pas jouer en finesse contre une équipe comme cela. Il faut jouer simple. Au lieu de donner rapidement le palet, simplement, on développe quelque chose qui n’est pas là… Le leadership ? Il y a plusieurs joueurs – Stéphane Da Costa, Damien Fleury, Kevin Hecquefeuille, Florian Chakiachvili… les joueurs qui ont trois ou quatre Mondiaux à leur actif, mais de toute façon, il faut 25 joueurs. Travailler tous dans le même sens. Pour ceux dont c’était le premier à ce niveau, il y a eu quelques éléments positifs mais pas assez. Tout le monde a été en difficulté de toute façon. Yohann Auvitu ? Il y a des chances qu’il joue demain. Charles Bertrand ? Nous l’avons sollicité en début de saison et on s’est entendu sur plusieurs choses. Mais il a décidé qu’il ne pouvait pas venir. »
Ronan Quemener (gardien de la France) : « On n’a eu du mal à rentrer dedans, on a laissé faire. Contre ces équipes-là, si on les embête pas un minimum, ça va être très vite. Ils sont très doués devant la cage. On a un gros match demain, ce sera plus important. Ce sera celui-là qu’il faudra gagner. On a beaucoup de choses à apprendre de ce match et il faudra vite apprendre car demain on n’aura pas le droit à l’erreur. On a joué des matches de préparation mais le championnat du monde est un niveau au-dessus. Contre une des meilleures équipes du tournoi, c’est important de prendre des sensations. C’est bien qu’on ait touché tous les deux la glace, on a ainsi du rythme pour les jours à venir. »
Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : « Peu importe si l’on commence contre les meilleures équipes ou non, dans un tel tournoi, il faut jouer à fond tous les matches, ne se permettre aucune erreur, et toujours aller de l’avant. Il y a toujours de la motivation en moi, quelle que soit la compétition. Il y a toujours cette volonté de se lancer des défis sur ce que je peux encore faire. »
Russie – France 7-0 (3-0, 1-0, 3-0)
Vendredi 4 mai 2018, 16h15. Royal Arena de Copenhague. 6453 spectateurs.
Arbitrage de Jan Hribik (TCH) et Mikael Sjöqvist (SUE) assistés de Peter Sefcik (SVK) et Sakari Suominen (FIN)
Pénalités : Russie 6′ (2′, 2′, 2′), France 8′ (2′, 0′, 6′)
Tirs : Russie 39 (15, 5, 19), France 10 (6, 2, 2)
Récapitulatif du score
1-0 à 07’08 : Kaprizov assisté de Dadonov et Zaitsev
2-0 à 08’18 : Buchnevich assisté de Grigorenko et Nesterov (sup. num.)
3-0 à 10’22 : Dadonov assisté de Kaprizov et Khafizullin
4-0 à 37’59 : Kaprizov assisté de Datsyuk et Zaitsev
5-0 à 42’36 : Barabanov assisté de Kiselevich et Kablukov
6-0 à 44’50 : Shalunov assisté de Datsyuk et Khafizullin (sup. num.)
7-0 à 57’13 : Anisimov assisté de Nesterov et Grigorenko (sup. num.)
Russie
Attaquants
Kirill Kaprizov (+3) – Pavel Datsyuk (C, 2′, +2) – Yevgeni Dadonov (A, +3)
Mikhail Grigorenko – Artyom Anisimov – Pavel Buchnevich
Maxim Mamin – Sergei Andronov (A) – Maxim Shalunov
Alexander Barabanov (+1) – Ilya Kablukov (+2) – Ilya Mikheyev (+1)
Défenseurs
Vladislav Gavrikov (2′) – Bogdan Kiselevich (2′, +1)
Nikita Nesterov (+2) – Nikita Zaitsev (+2)
Nikita Tryamkin (+1) – Dinar Khafizullin (+1)
Yegor Yakovlev (+1)
Gardiens
Vasili Koshechkin
Remplaçant : Igor Shestyorkin (G)
France
Attaquants
Damien Fleury (A) – Stéphane Da Costa (C) – Valentin Claireaux (2′)
Sacha Treille (2′, -1) – Anthony Guttig (-1) – Teddy Da Costa (-1)
Loïc Lampérier (-2) – Alexandre Texier (-2) – Guillaume Leclerc
Anthony Rech (-2) – Nicolas Ritz (-1) – Jordann Perret (-1)
Floran Douay (-1)
Défenseurs
Florian Chakiachvili (-1) – Antonin Manavian (-1)
Hugo Gallet (2′, -2) – Kevin Hecquefeuille (A, -2)
Damien Raux (2′, -1) – Jonathan Janil (-1)
Thomas Thiry
Gardiens
Florian Hardy puis Ronan Quemener à 40’00
Réservistes : Sebastian Ylönen (G), Yohann Auvitu (D), Maurin Bouvet (A).